‹ L'Écho de la jeune France (volume 3)Chapitre 79 sur 99 · NOUVELLE CONQUÊTE · texte numérisé non relu

NOUVELLE CONQUÊTE

Encore une illustration aux illustrations dont nous avons donné la nomenclature. Lamartine, le poète chrétien, ne pouvait manquer à la Jeune France chrétienne, il s'est enrôlé sous notre bannière.

354 LiuilO DE LA JKUNK r-JiANCK.

A M. Jui.US FoiU-ELIER , SECRKTAIUE DE LA So(.IETt DE EA JeUNE

France.

Monsieur ,

Je reçois avec reconnaissance le titre et la racdaillc que vons voulez bien m'adresser. La France de toutes les dates ne demande que développement et progrès moral et politique. Je m'associe de toutes les forces de ma conviction et de mon intelligence à un mouvement intellectuel qui promet un meilleur avenir à l'ordre social, et je vous remercie de m'avoir juge digne d'en recevoir le symbole. Je n'examine pas plus que vous ne le faites vous même si nos opinions sont analogues; il est une sphère èleve'e où toutes les opinions lionorahlcs doivent se rencontrer un jour, et nous y marchons.

Agréez, Monsieur, ma considération la plus distinguée,

Lamartine.

Du 1(( janvier.

Ainsi nous allons entrer dans noire deuxième année escortes de toutes nos gloires. Kt alors qui pourra prédire les destinées de la Jeune France ( i ).

Lettre à MM. du Comité de Paris, sur l'eiwaiitû^e de puhlier /'Echo rit- la Jeune France deux fois par mois .

Messieurs, Au milieu des ruines et de la dissolution qui nous entourent, tandis (uie la vieille génération achève tristement sa tâche, et lorsque, sur la scène politique ou sur la scène littéraire, tant de gens sont occupes à exploiter le présent sur lequel ils pèsent, et le passé qu'ils calomnient, ce fut à vous une grande et généreuse idée que de revendiquer pour nous

(1)Ses légions se sonl grossies de plus <lc cinq cents jeunes gens depuis le 25 décembre, ouirc les autres personnes de tous les sexes ei de tous les âges qui viennent y prendre place , jalouses qu'elles sont d'c-tre du mouvement dont nous avons donne le signal. ÎSous n'aurons pas dit cnvain qu'un ;;rand avenir se prépare pour nous, car nous voyons enfin la possibilité de réaliser l:i pensée qui a présidé a la l'ondation de notre entreprise.

Des que le jugement que nous attendons nous aura rendu toute la liberté de discussion qui nous manque depuis que le fisc s'est attaqué a nous , nous dirons nos moyens de réforme dans l'ordre moral en France ; en attendant que les plus zélés d'entre vons se désignent , nous ne pouvons trop répéier que nous avons besoin, pour seconder nos efforts, du secours de toutes le<; intelligences, cl particulièrement d'un • orrespondant actif dans < liarpic canton cl si cela ('st possible dans c!iaf|iie cninmimr.

L ECHO DK LA Jl-UNC FRANCE. 35:>

de la jeune Fiance, l'avenir -|iii nous ajij^arlient. A d'autres la besoj^nc sanglante et la mission dévastatrice qu'ils n'ont que trop bien accomplies. Des l'abord , frappes d'impuissance et de stérilité', ceux-là n'eurent charqc que de détruire. Hommes et doctrines, ils n'ont rien produit, et ne nous légueront que des décombres. Dieu soit loue ! leur règne touclie à sa fin et leurs jours sont comptes. A nous donc la mission d'ordre, la mission régénératrice. A nous le soin de le'parer et l'honneur de reconstruire. A nous de relever tant de nobles et saints édifices tombes sous le marteau e: la hache, de réhabiliter tant de beaux noms insolemment proscrits. A nous de laver dans notre histoire tant de belles pages qu'on s'efforça d'y salir, d'en arracher tant de feuillets honteux qu'on ne rougit pas d'y coudre. Oui , certes , à nous de rassembler, de rajeunir tous les éle'mens confondus de notre vieux mobilier social, et, si les ruines sont infécondes, s'il ne nous est pas donné d'animer d'un souffle de vie cette froide poussière , ces ossemens e'pars , à nous de remplacer par une socie'te' nouvelle , jeune, vivace, forte de ses convictions et de ses croyances, cette socie'te de'cre'pite qui s'en va mourante aux pieds du veau d'or, rongée d'une double plaie, l'égoïsme et l'incre'dulité.

Chrétiens et Français nous sommes à Dieu et à la France. La France aussi est à nous; gardons de la laisser perdre, faute de nous faire entendre d'elle. Disons-lui ce qu'il importe qu'elle sache; rappelons-lui ce qu'on voudrait lui faire oublier. Parlons-lui de ses intérêts, de ses droits, mais songeons à Uii parler de ses devoirs. Montrons-lui l'indispensable nécessité de l'ordre et de l'autorité , sans lesquels il ne saurait y avoir unité ni politique ni religieuse , ni société par conséquent. Qu'elle reconnaisse, dans les inégalités sociales, l'inévitable corollaire des inégalités naturelles et la condition rigoureuse de toute police bien organisée. Qu'elle s'accoutume à voir la liberté, non dans un misérable abus de nos facultés, mais dans une mesure exacte, dans une heureuse combinaison de droits sagement compris et de devoirs fidèlement obsei'vés. Qu'elle apprenne à lire ailleurs que dans un contrat chimérique la source du pouvoir, la raison de l'obéissance , et que l'un et l'autre s'ennoblissent à ses yeux de la noblesse de leur origine. Nous aussi nous la voulons intelligente, mais nous la voulons sage pour qu'elle soit heureuse. Nous aussi nous sommes amis du progrès et des lumières j mais le progrès que nous aimons, c'est cette marche lente et réfléchie qui nous porte d'un pas égal et sûr vers un but déterminé, et non cette impatience de locomotion qui, d'un mouvement aveugle et rapide, nous entraîne successivement sur tous les rayons d'une circonférence inconnue, ou, follement nous épuise à tourner sur place; mais nos lumières sont celles qui réchauffent en éclairant, et non celles ([ui éblouissent et qui briilent. Que la France soit religieuse aussi, qu'elle soit religieuse d'abord, pour être grande et forte. Disons-

35G l'echo de la. .IEU^E fua>ck.

lui que les siècles d'indifférence et d'inciedulile furent toujours des siècles de de'coinposilion sociale; que les siècles de foi, les siècles de croyances furent seuls des siècles d'action et de progrès. L'histoire à la raain, raonlrons-lui dans le triomphe du christianisme le succès assure à cette lutte constante de rintelligence contre la force brutale, de la liberté contre le despotisme. Qu'elle le voie, parti de la crèche de Bethléem, s'avancer humble et pauvre, une crois de bois à la main , à travers le monde conquis, contre vinç;t religions ennemies que soutenaient les armées de l'empire et la puissance des Césars. Qu'elle l'admire, souffrant et résigné, bravant les proscriptions et les tortures, priant pour ses bourreaux, n'opposant à ses persécuteurs que sa patience et ses vertus, triomphant par la persuasion, puis victorieux , de la nuit des catacombes, des bûchers et des combats sanglans du cirque , s'élançant à la conquête de l'univers, s'asscyant au trône des empereurs, et plaçant son symbole aux étendards de Constantin. Il règne enfin, et c'est pour nous affranchir. Il a détruit la tyrannie romaine, aboli l'esclavage, réconcilié l'homme avec l'homme , le pouvoir avec la liberté. Il a policé nos mœurs , fait une vertu de celte humanité qui n'avait pas même de nom dans les langues anciennes. 11 a rendu à la femme ses titres de noblesse, protégé l'enfance, défendu l'opprimé, soutenu le faible et enrichi le pauvre. Plus tard, c'est lui qui désarme les barbares, défriche nos forets, cultive nos champs, relève nos raonumens détruits , conserve à nos bibliothèques les chefsd'œuvre de l'antiquité, couvre l'Europe de nouveaux chefs-d'œuvre, féconde les arts, les lettres, l'industrie et les sciences, fonde des écoles et des hospices , et rallume dans les ténèbres ce précieux flambeau dont les lumières jetèrent sur le moyen âge un si vif éclat. Chaque page de nos annales nous révèle un de ses bienfaits; puis tout à coup, sombre génie évoqué de l'abîme, la réforme vient arrêter dans ses développimens cette civilisation large, magnifique, dont le catholicisme avait jeté les fondemens. Habile et cachant sous le mensonge des mots son rêve orgueilleux, pour mieux asservir les peuples, elle les appelle à régner. Elle ne soustrait l'homme à Dieu que j)our le remettre dans la dépendance de l'homme. C'est au nom de la libcrié qu'elle tyrannise; c'est au nom de la tolérance (ju'elle persécute; c'est au nom de la morale qu'elle relâche les liens de la famille, autorise l'adultère et justifie tous les crimes. L'Europe lui doit ses impôts énormes, son système de crédit par l'emprunt et la ruine, ses guerres civiles, ses guerres nationales, ses lévolutions et la perle de ses colonies; elle désole tour à tour rAliemagnc, l'Angleterre et la France. Partout, raisoiuieiise et bavarde, jiorlanl son faux rigorisme et son fanatisme imbécille, elle matérialiM- les sociétés, dessèche et pétrifie les croyances, glace les arts et la littérature, et de son souffle empoisonné flétrit tout ce qu'elle touche. Enfin, près de périr elle-même, étouffée

L É{.HO DK LA JEUNE FliANCK. .l')^

sons CCS iniilurs tic sectes qu'elle enfanta, ressuscitant sons une nouvelle ioirac cet esprit de révolte et de farouche indépendance de ses premiers aptkres, elle signale encore sa fureur en léguant au dix-huiticine siècle l'athéisine philosophique et le fanatisme révolutionnaire, au dix-neuvième le libéralisme et le romantisme. Car de quelque nom qu'il s'appelle, sous quelque métamorphose qu'il se reproduise , c'est toujours le protestantisme, c'est-à-dire l'affranchissement de toute règle, le mépris de foute autorité, de toute expérience, la souveraineté' de la raison, la supe'riorile du sens particulier sur l'enseignement universel. C'est la même pense'e , c'est le même princi])e et le même ordre d'idc'es appliques à des ordres de faits diffërens; l'individualisme enlin, introduit dans le triple domaine de la religion , de la politique et des arts.

A ceux qui nous écoutent, ne laissons rien ignorer de ce qu'il y eut de l)ien et de mal dans les siècles qui nous ont devancés. Refaisons pour eux l'histoire, que tant d'autres leur travestissent en satire effrontée ou en effronté panégyrique, selon que l'intérêt ou la passion les conseillent. Qu'ils n'oublient pas que de l'erreur naissent le désordre et le criuic , comme de la vérilé naissent l'ordre et la vertu , parce que l'erreur n'est (pie le mal formulé , comme le bien n'est que la vérité pratique. Qu'ils sachent que l'erreur ne saurait rien fonder, qu'il n'y a de durable que ce (pii est établi sur la véri'é j qu'ils sachent encore que toutes les erreurs se tiennent, comme toutes les vérités sont sœurs; que rompre leur admirable enchaînement > c'est risquer de les perdre toutes par la perte d'une seule, et que le principe abandonné, toutes les conséquences s'échappent, comme les grains d'un collier dont on a dénoué le fil.

Voilà ce qu'il faut dire à la France , non point à la France d'hier : elle ne nous comprendrait pas, mais à la France de demain, à cette France de l'avenir, généreuse et bonne, car elle a soif de vérilé. Apôtres de la Croix, ministres du Très-Haut, allez! enseignez, et, du haut de la chaire, faites retentir comme un tonnerre la parole d'espérance et de vie! Prêchez, et nous , vos disciples , missionnaires et martyrs, s'il le faut , de nos doubles croyances , nous irons répéter aux hommes du monde , aux puissans du jour ce (jue nous aurons recueilli de voire bouche, ce que vous aurez fait entendre aux lidèles des villes et des campagnes. Que les nations s'instruisent! J'ai confiance dans la génération qui s'élève : libre de tous engagemens euA'ers le passé , elle n'a ni souvenirs fâcheux, ni mauvaises espérances, et les temps lui sont promis.

Pour vous , Messieurs , qu'associa généreusement une belle pensée , et dont l'entreprise a grandi si près de son berceau , quand vous n'avez pas manqué à nos secrets désirs, nous ne manquerons point à votre confiance. Nous assurer dans l'avenir un sol raffermi , un ciel exempt d'orages ; réconcilier les temps ; joindre par la main ces deux civilisations du moyen

âge et de l'âge qui cominencc , en comblant l'abîme qui les sépare ; nous détacher, par une ligne bien tranchée , de tout ce qui ne saurait nous suivre; nous unir étroitement à tout ce qui doit se rencontrer avec nous sur le même chemin ; rendre à la jeune France , avec ses antiques croyances , toutes les illustrations , toutes les gloires de la France ancienne et tout ce qu'elle peut avouer d'illustrations et de gloires dans la France moderne; entretenir en nous , purifié par l'amour de Dieu , l'amour auguste de la patrie ; nous accoutiuner à l'obéissance , pour nous préparer au commandement; nous instruire à respecter les lois, à chérir la vertu, et nous ramener , par la religion et l'ordre, au bonheur et à la liberté; nous apprendre enfin à mériter, par notre félicilé dans cette vie, notre félicité

dans l'autre, car Dieu paie deux (ois ceux qui l'ccoutent voilà votre

but , et le succès ne vous saurait faillir. Jeunes gens , vous parlez à des jeunes gens, et toutes vos paroles auront de l'écho dans nos cœurs. Laissezmoi voi:s dire seulement que ces paroles sont bien rares, et qu'entre amis, entre frères , il serait bien que la conversation se pût suivie à de moins longs intervalles. Et puis, n'y a-t i! pas quelque intérêt à ne se pas éloigner de la maiclie des idées , à se conserver toujours à portée du champ oia se rencontrent , se heurtent et se combattent tant de doctrines diverses , tant d'opinions opposées, parmi lesquelles il n'est pas que nous ne rencontrions quelque enseignement à recueillir^ quelque préjugé ou quelque mensonge à détruire. Une publication par mois , c'est trop peu pour répondre peutêtre à cent publications quotidiennes. La vieille presse hurle tous les jours, de toute la puissance de ses nombreux organes; et que peut la raison, avec un filet de voix , contre une gueule comme ceile-là ? En attendant que l'étendue sans cesse croissante de l'association lui donne les moyens de satisfaire complètement aux besoins de l'avenir , pourquoi , de mensuel qu'il est , notre journal ne deviendiait-il pas hebdomadaire , ou tout au moins ne s'augmenterait-il pas d'une publication par mois, et ne paraîtrait-il pas tous les quinze jours? Vous seriez alors soumis au timbre , ce qui nécessiterait pour les associés une addition à leur modique souscription. Mais quoi , doublé même, le prix l'esterait minime encore. La question bursalc n'en serait une pour personne, et ce léger surcroît de dépenses de quelques cinquante ou soixante centimes par mois se laisserait à peine sentir, prélevé même sur la bourse d'un écolier de sixième. N'aurons-nous pas d'ailleurs ce que nous paierons en plus, deux volumes au lieu d'un? Le spirituel auteur des Ruines ne nous fera plus regretter si longtemps la suite de ses éloquentes méditations; et puis, une carrière nouvelle s'ouvrira pour

nous, qui nous était fermée jus(]u'à ce jour la politique, (|ui nous

tient au cœur; la politique, à côté de laquelle il nous fallait passer sans oser y toucher, de peur des procès; la politique , qui se mêle à tout, aux arts, à la littérature, aux iuumus, aux théâtres, aux modes (à quoi ne

LÉIHO DE LA JEUNE ^ilA^C^;. ,1")0

tient rllc [)ab.') cl sur la([ucllc , en traitant de tout , il nous cl. ni tlclcndu dcdiroun mot. Voilà, ce me semble, une large compensation ; et qui donc, pour quelques iVancs , sans parler des hauts intérêts (jui s'y rattachent , ne voudrait se donner le plaisir de lire ou d'écrire.... que.... que.... tout ce qui enfin , sur les questions à l'ordre du jour peut servir de commentaire à cette muette éloquence des points et des cœtera —

Voilà , Messieurs , les idées que depuis long-temps je me proposais d<' vous soumettre. C'est à vous de décider. Quoi qu'il advienne maintenant, et du conseil et de la lettre, je n'en demeure pas moins d'avance convaincu que vous ferez ce qui sera possible , et que ce que vous ierez sera bien fait. Soldat , j'ai cru pouvoir donner un conseil à mes généraux j mais quand ils auront prononce , je ne saurai plus qu'obéir (i).

Après la défaite de Cannes, le sénat vota des actions de grâces à Varroii, pour n'avoir pas désespéré de la république. Comme leconsul, vous n'ave j>as désespéré de la patrie : la jeune France vous doit aussi des remercieuicns. En attendant qu'elle s'acquitte envers vous, permettez-moi de vou» offrir pour mon compte le tribut de ma reconnaissance , et de me dire avec la plus haute considération ,

Messieurs,

Votre très-humble sejvitcur.

Adrien F. Dulys , Membre de la Jeune France.

(i) A part les éloges que nous n'acceptons que pour nos amis et nos camaïades des provinces, M. Dulys a parfaitement compris notre plan et la pensée qui nous dirige.

Sans doute, il y aurait pour nous tous un grand avantage à faiie paraitrc deux fois par mois VEcho de la Jeune France, non [>as précisément à cause de la liberté que nous aurions d'entrer dans le domaine de la politique , on sait bien que nous voulons rester étrangers à ces misérables discussions de tribune qui aigrissent les esprits au lieu de les calmer, et nous tenir toujours dans cette sphère élevée d'où l'on peut envisagei les choses et traiter les questions avec l'impartialité d'hommes qui n'ont d'engageinens qu'envers Dieu et la France ; mais celte transformation d'un journal mensuel en un journal paraissant tous les quinze jours présente des difficultés.

i" L'impôt du timbre nous frapperait alors légalement et pour vingl quatre numéros au lieu de douze que nous donnerions, il exigerait 3 f i . par chaque abonnement, ce qui nous forcerait a demander iî> Ir. pour l'édition ordinaire, et 7.'S fr. pour l'édition de luxe, si le journal parai.'isait deux fois par mois.

^i"!! faudrait avoir le consentement de tous les sociétaires souscripteurs.

De toutes manières, nous faisons pour le rtnouvellemcDt une de-

36o l'écho de la jeune france.

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