CHAKLES-ÉDOUARD EN ECOSSE
Ce lut une noble et ge'ne'reuse pensée que celle de ce jeuno prince qui , rêvant dans l'exil du trône et de la patrie perdus , s'en vint un jour, tout seul , poser le pied sur la rive d'Ecosse , en criant : A moi , jacobites î c'est moi Charles Stuart , fils de Jacques l'exile' , qui viens re'claraer des fils la foi jure'e par vos pères aux raiens.
A cette voix, de roi en détresse, il se fit un grand tumulte dans la raontaj^ne. Chaque chef accourait, à la tête de son clan, porter au fils d'Ecosse vœu d'obéissance et de fidélité; mais quand ils le virent seul, tout seul; car il avait refusé , pour ne point mêler l'étranger à sa cause, jusqu'aux faibles secours que la France lui offrait, ils baissèrent la tête , découragés.
Dieu et mon droit I dit le jeune homme.
Mais nul n'a répété son cri de guerre. Ils se taisent. Oh ! fuis , pauvre prince I c'est ta ju-ésence qui leur fait peur. Fuis, te dis-je; l'Ecosse n'a pas d'asile pour le fils de ses rois !
Edouard aussi baisse la tête, son cœur se serre en pensant à l'exil. Ainsi toutes ses chimères se sont évanouies comme la vapeur que dissipe le vent; à peine, la mort dans l'ame , jette-t-il un dernier regard sur les chefs qui l'entourent, mornes et silencieux. Mais parmi ces durs et généreux montagnards qui les suivent, un homme aux dents serrées, à l'œil étincelant , porte convulsivement la main à sa claymore : Edouard le voit, s'avance, et pressant cette main qui tremble dans la sienne , et vous,m'abandonnerez-vous aussi?
— Quand je serais le seul en Ecosse qui tirerait Tépée, je suis prêt à mourir pour vous.
— J'ai donc trouvé un défenseur ! s'écria Stuart. Mille hommes comme lui , et le trône de mes pères est à moi I
— Vive le roi ! crièrent tous les clans entraînés par l'exemple. Charles- Edouard avait une armée !
Chaque jour lui amenait de nouveaux renforts; c'étaient de braves et fidèles Ecossais qui , pareils aux ruisseaux qui tombent de leurs montagnes, accouraient en hàie grossir les rangs de ses soldats.
Dès qu'il se vit à la tête de quelques milliers d'hommes, \c prétendant marcha sur Edimbourg. En vain le général ("iope , qui commandait des forces bien supérieures, cssaya-t-il de lui disputer le passage; tout pliait devant la bravoure et l'enthousiasme des montagnards.
Le cœur battit à Edouard ([uand au loin il vit croître, à travers le I roui lia 1(1 . la cili- d'Kdiniltouig et 1rs hautes louieli<'.sihuliàto,ni d'Iloly-
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Ko(h1 , où inoiiraicnt ses anccircs. Ces larges coins, ces longues galeries, tTttc demeure royale, et ces bois qui l'entourent , il ne les avait jamais vus, lui, pauvre enfant d'Ecosse, ne' dans l'exil; et pourtant il lui sembla que tout cela éveillait en son ame comme un vague et inexplicable souvenir. Oh ! c'est que bien souvent en rêve il s'était égare' sous ces voûtes, endormi à l'ombre de ces grands arbres, agenouille sur le marbre de cette vieille chapelle, douces choses qu'un ange révélait au proscrit, comme jadis à Moïse cette terre sacre'e qu'il ne dut point toucher.
Près d'Edimbourg , il descendit de cheval. Déjà une foule immense de tout rang , de tout âge et de toutes les opinions , était rassemblée sur son passage; parmi elle bien de vieux jacobites qui venaient offrir au jeune prince leurs vœux et leurs félicitations. Edouard les accueillait avec aisance, souriant à chacun de ce sourire de roi qui trouve si peu de cœurs fermés. Plus d'un whig même se sentit ému; car sa jeunesse , sa taille élégante , ses yeux bleus, si doux et si fins , son noble et gracieux visage qu'encadraient de blonds cheveux bouclés, tout cet ensemble donnait à sa personne un tel charme de séduction qu'il était bien difficile de lui lésistcr.
Et cependant, parfois errait sur son front pâle je ne sais quelle triste et mélancolique expression , semblable à ces astres funestes qui présagent un sombre avenir. Était-ce chez lui pressentiment? Qui sait? Il est en notre ame de ces pensées confuses qui restent à jamais un mystère entre le ciel et nous.
Quoi qu'il en soit, plus il s'éloignait de l'Ecosse, terre sainte des vieilles croyances et des vieux souvenirs, plus il voyait se restreindre le nombre de ses partisans.
Quant aux Anglais, moins attachés encore au gouvernement qu'à la paix , il les trouva sourds à toutes ses proclamations. En vain promettaitil la répression des abus, la diminution des impôts , la liberté des cultes et de la presse , la garantie de la dette publique et la vente des biens de la couronne, rien n'avait d'effet sur des hommes qu'effrayait le seul mot de guerre.
Cependant le gouvernement, vivement inquiet de ce qui se passait, cherchait le moyen d'y lemédier. Le moyen fut digne de lui : on promit trente mille livres sterling à qui rapporterait la têle de Charles- Edouard. Mais Charles-Edouard ne démentit point son loyal caractère. Pour toute réponse à cet infâme cartel, il enjoignit à ses soldats de respecter en toute occasion les jours de son rival ; et pourtant ce rival ne rougissait pas d'appeler à son aide la Hollande , le Hanovre, la Hcsse et le Danetnarck, quand lui , Charles Stuart, presque Erançais de fait, n'acceptait qu'à regrit les promesses, hélas 1 stéiiles de la France.
En attendant, la guerre continuait. Aussi actif que courageux, le
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Prétendant , loujours à la tête des siens , avait repoussé toutes les attaques tentées contre lui. Mais à quoi servaient ces triomphes? Chaque victoire lui coulait plus cher qu'une défaite à ses ennemis. Hors d'état de se recruter dans un pays qui lui était contraire , il voyait son armée s'affaiblir par ses propres succès. La fatale bataille de Culloden vint terminer celle lutte inégale. Charles Stuart battu , poui'suivi, forcé de regagner sur une frêle barque le rivage de France , eut encore la douleur do voir, en s'éloignant, expirer dans les flammes plusieurs centaines de ses braves et malheureux compagnons. Celte atroce vengeance , ordonnée par l'héritier de la couronne , le duc de Cuml)erland , ne fut que le prélude de massacres plus exécrables encore. En vain les jacobilcs essayaientils de fuir dans leurs montagnes; en vain mettaient-ils en œuvre tout ce que le désespoir inspire de resolution , ceux que la force ne pouvait réduire venaient succomber devant la trahison. Les places publiques, inondées de sang , retentissaient des cris que les supplices arrachaient aux victimes ; car pour un jacobite , c'eût été une mort trop douce que la mort réservée au sacrilège ou à l'assassinat. Pour eux on inventait des tortures. Écoutez le lord grand sénéchal lire aux condamnés leur sentence, sentence , songez-y bien, prononcée par un jury anglais : « Le jugement de la loi est que vous soyez conduits à la place d' exécution , où vous serez pendus par le col, mais non jusqu'à ce que mort s'en suive, car vous devez être ouverts vivans ; vos entrailles seront arrachées et crulées a vos yeux 'y vos têtes seront ensuite séparées du tronc , vos corps coupés en quatre parties et mis à la disposition du roi. »
Et c'était à Londres , en Angleterre , chez une nation civilisée , que de pareilles atrocités pouvaient se lire et s'exécuter! Et voilà le peuple dont on nous vante les mœurs et les institutions, le peuple qu'on nous propose pour modèle I Arrière ! H est de ces traces sanglantes que le temps même ne saurait effacer.
Les officiers de la garnisoD de Carlisle , qui avaient eu la bonne foi de croire à la parole du duc de Cumberland , furent tous condamnés à raoït ; seulement on eut la précaution de les juger par séries successives , de peur (ju'nne condamnation en masse ne fît paraître trop d'aniraosité. Dans la première série qui subit son supplice à Kennington ( ils étaient dix-Jiuit), il n'y en eut qu'un seul , Sydal , qui laissât échapper un léger signe d'émotion. On les avait transportés de la prison sur trois tombereaux, précédés du bourreau qui tenait son sabre nu à la main. Mais quoique presque tous catholiques ou (-pisropaux, ils n'avaient ni prêtres , ni crucifix , ni aucun des secours ordinaires de la religion ; tout ce qui eût pu adoucir pour eux le passage si effrayant de ce monde à l'ctcrnilé, avait été soigneusement écarté, Heuicuscmcnl l'un d'eux, M. Mor-
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gan , avait gaivle un livre de pieté ; il lisait tout liant , on inaicliant à la mort , des prières auxquelles les autres accuses repondaient.
James Dawson fut le dernier qui subit sa sentence. A l'instant ou son cœur arrache' fut jeté dans les flammes, un cri affreux partit du milieu tic la foule. C'était le cri d'une jeune fille, la fiancée de James, qui tombait morte de douleur, comme si Dieu , qui avait béni leur amour , eût permis que leurs âmes ne fussent pas séparées en ce dernier moment.
La bataille de CuUoden , et surtout les Lon-ibles massacres qui en furent la suite, mirent un terme à la lutte si long-temps prolongée de l'Écossc et de l'Angleterre, ou, pour mieux dire, de la vieille fidélité contre l'esprit de révolution et de réforme ; lutte terrible que cimenta le plus pur du sang écossais.
Tel est le drame , tout palpitant de poésie et de passion , que M. Pi- «liot a exploité. Que l'écrivain se soit trouvé à la hauteur d'un pareil sujet , c'est ce que nous n'oserions affirmer. Il est dans la religion et dans l'histoire de ces choses si élevées que nulle main humaine n'y saurait atteindre
REVUE LITTERxURE.
Au moment de terminer notre premier volume , que va compléter la livraison prochaine, nous éprouvons le besoin d'adresser à nos associés, avec nos remercîmens, de rassiu-antes paroles. Nous aussi, nous voulons présenter à nos commettans noire compte rendu.
Il y a moins d'un an , la Jeune France , au milieu de notre désorganisation sociale , séduite ou méconnue , livrée aveuglément aux hommes de parti ou plus aveuglément livrée à elle-même , entourée d'erreurs et à chacun de ses rêves demandant la vérité , pleine de l'instinct du bien et cédant presque à la contagion du mal, sentant en elle de quoi vivre et menacée de mourir , flottait incertaine et découragée partout cherchant un centre et un drapeau. Nous les lui avons donnés. Il y avait dans le présent des choses tristes et honteuses; nous les avons rejelées; il y avait dans le passé, surtout dans le passé qui nous avoisine de plus près, de déplorables traditions, de sanglans souvenirs j noire voix s'est élevée pour les flétrir. Mais tout n'était pas à répudier dans ce double héritage; il fallait choisir. Derrière nous, a coté de nous, même, il y avait plus d'un utile exemple, plus d'un enseignement utile à recueillir. Nous avons demandé conseil au temps à l'expérience, et nous avons accepté la succession sous bénéfice d'inventaire. Nous avons rompu sans retour avec la France d'hier, caduque, impie et révolutionnaire; avec celte génération vieille avant le temps de ses excès et de ses débauches. Celle-là, méchante ou folle, ne
iiouv.'iit piëtt-ndie ;« l'Iionnour de nous conduire. Il nous fallait irautres chefs; nous les avons clus. Entre les siècles e'coulcs et le siècle qui nous attend, il y avait un <>l)nuc à combler ou à fr.nncliir j nous avons combir l'abîme de tous les décombres que nous avaient lègues tour à tour et la reforme et la philosopliie et le romantisme politique et littéraire, vl nous l'avons franchi. La chaîne des âges était brisée; nous en avons rattache les anneaux, et les âges se sont donne la main. Nous avons alors rassemblé dans un seul faisceau toutes les saines doctrines , ces doctrines éminemment protectrices de la société. Les sciences, les lettres et les arts s'y sont rattaches, et, rallumant à l'autel du vrai Dieu le flambeau de la foi, purent y puiser encore cette chaleur qui les anime, ce parfum qui les vivifie. Sur notre édifice, que protégaient comme d'un double rempart toutes les illustrations de la France ancienne et de la jeune France , nous avons arbore la croix sainte, et, d'une main leur présentant l'Évangile, cette charte immortelle du chrétien , celte loi d'ordre, de progrès et d'amour, ce code impérissable de loutes les vertus et de toutes Icslibertés ; de l'autre leur montrant l'avenir que nous allions préparer pour eux , nous avons appelé nos amis, et nous Uur avons dit : levez-vous et marchons î
Ils sont venus. L'événement n'a pas trompé notre attente. Nous avions bien jugé de la jeunesse française ; elle et nous , certes , nous nous sommes compris. Nous comptons onze mois d'existence à peine , et déjà le nombre de nos souscripteurs, dont la liste se grossit chaque jour, surpasse celui des abonnés de cinq ou six journaux réunis, et ceux-là datent d'une origine plus ancienne. Soixante comités littéraires provinciaux se sont organisés sous la direction du comité de Paris. En France et à l'étranger, trois cents-vingt correspondans assurent nos communications , facilitent l'échange de nos idées, et s'apprêtent à surveiller la distribution de nos inochures. Nos progrès ne s'arrêteront pas là, et, quoi qu'on fasse, la question est jugée. Nos adversaires le sentent bien, et comment en serait-il autrement? Dieu, le temps et les faits sont pour nous. Nous grandissons quand ils déclinent. Il n'ont pour eux que les souvenirs qui ne nous manquent pas; nous sommes plus riches qu'eux de l'espérance. Si, chez nous, les chefs sont hommes faits, l'armée est jeune, pleine de vie et de force; chez eux, les généraux sont morts et les soldats sont invalides on hors d'âge. C'est une légion de vétérans, l'arrièreban de nos milices. Ils s'usent à nous retarder; il ne nous faut qu'attindre. Une faux plus sûre que nos armes les décime, et chaque jour (claireit leurs rangs; les nôtres se doublent au contraire. De (juoi leui' sert de se débattre? Ils tomberont l'arme au bras, sans que nous prenions la peine de les frapper. Les reproches que nous serions fondés à leur ;i<lresser, nous les leur épargnerons : il serait peu généreux de les accablfi lorsqu'ils chancellent. L'histoire dira la vérité sur leur tombe ; n'en-
l'écho UE la JEUiNE FKANCE. 'M>J
ucipons pas de quelques jours sur son jugement, cl ne leur taisons pas, t.uuiis qu'ils sont cneorc debout, ce procès qu'on ne fait qu'aux morts. Mais au\ hommes seuls nous faisons grâce , aux principes jamais. Nous pouvons bien renoncer à un droit; nous ne trahirons pas un devoir.
Nous continuerons à faire entendre haut et ferme le langage de la raison, de la justice et de la vérité; tout ce qui s'agite de passions ignobles, il'ignoblcs intérêts au milieu de cette décadence qui nous environne; tout ce qu'il y a de faux et de dangereux dans les théories , de honteux et de mauvais dans les actes, dans les écrits et dans les discours, nous continuerons à le signaler, à le combattre, à le flétrir, et l'on ne nous fera pas taire facilement. Nous sommes dix mille... Quelques mois entore, nous serons cent mille peut-ctrc. Et nous, c'est la France, la France forte qui croît et s'élève pour vi c ; eux , c'est la France cacochyme qui décroît et faiblit pour mourir.
Toutefois, parmi les sujets qui s'offraient le plus naturellement à nos méditations et à notreplunie, ilcnest unquenous n'avons pas touché jusqu'ici. Nous voulons parler des sources de cette anarchie intellectuelle, de ce désordre moral dont s'affligent avec nous tous les hommes d'esprit et de cœur. Le fait, nous l'avons signalé; mais, en déplorant les effets, nous nous sommes abstenus de remonter aux causes. Ce ne fut impuissance ni oubli de notre part ; l'omission fut volontaire. Il nouseîit été facile, certes, en lui arrachant son masque hypocrite et ses haillons dorés, de mettre à nu celte société qui meurt et qui croit vivre, parce qu'elle s'agite, inquiète et brillante , sous un embonpoint factice et sous un éclat d'emprunt; qui prend pour de la santé cette ardeur impatiente de la fièvre ou cette morbide intumescence d'un corps dont la pourriture a gonflé les chairs ; qui nous veut donner pour de la vie je ne sais quoi de rouge enluminure et de mouvement désordonné, comme si c'était la vie que ces couleurs plaquées dont un charlatan barbouille ses figures de cire, comme 61 c'était la vie que ces contractions convulsives d'un cadavre qu'on galvanise. Celte société moqueuse et frivole , sans mœurs et sans croyances , cette société qui veut qu'on la remue, parce qu'elle ne peut plus rien sentir, nous vous L'aurions fait voir dans son effrayante nudité, et, du doigt sondant chacune des plaies qui la dévorent, nous vous aurions montré sur chaque blessure , acharné connue un vampire sur sa proie , le démon qui l'avait laite. Là , le philosopbisme avec sa gangrène sèche et sa carie honteuse; là, le journalisme avec son fiel impur et ses poisons enivrans; là rindifféienlisine avec sa hideuse paralysie; là , l'égoïsmc et l'avarice avec leur soif insiiliable , leur dure inscnsibdilé et leur lèpre dégoûtante. Ailleurs, celte critique c'honlée aux censures complaisantes , aux louanges mercenaires de la camaraderie , et celle assurance niuluclle contre l.i ■ucdiocritc ; ces succès de feuilleton ; ces immorlalitci. d'une semaine; ce
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cliarlalanisrac d'annonces , de pages blanches et de couvertures ; ces roueries de libraire et toutes les misères de la littérature marchande. Ici, renseignement avec ses entraves , sa liberté dc'risoire et son irreligion patentée; la centralisation, avec son lourd et imbécile niveau, sacorrup t ion officielle et son écrasant patronage; et, triste et dernier fléau, huitième et cruelle plaie que Dieu dans sa justice c'pargnait à l'Egypte , pour la reserver au siècle qui s'osa dire le siècle des lumières , la jiestc imprimée , cette litte'rature nauséabonde , sanglante et folle , à la poe'sic rocailleuse et larmoyante, à la prose plus dure encore que ses vers , à l'ignorance prétentieuse, aux pense'es creuses et vides, au cynique langage, sans titre comme sans but qu'elle ose avouer, sans dignité' comme sans caractère, à la muse obscène, se chaussant sur la borne, se broyant du lard dans le ruisseau , salissant jusqu'à l'opprobre , calomniant jusqu'à l'infamie; cette Irllerature, la hontedu dictionnaire et l'effroi des familles, immorale , impie et séditieuse, des livres et des théâtres , habile seulement à fausser le goût, à corrompre le cœur, à mettre la rougeur au front de nos matrones, et à faire rentrer dans les ténèbres de la barbarie notre langue polie par tant d^écrivains illustres, honorée de tant de chefsd'œuvre.
Sans doute, il y avait là pour nous d'éloquentes inspirations; plus d'une page brûlante d'indignation et de colère. Nous pouvions , dans le double intérêt de l'art et de la vertu, nous armant d'un fouet sanglant, flageller sans pitié toute cette tourbe d'écrivassiers et de rimailleurs, d'effrontés charlatans, d'empoisonneurs publics, et chasser les marchands hors du temple. Nous pouvions de toute la hauteur des considérations morales les plus élevées dominant notre sujet, planer sur ce déplorable spectacle, et, s'il ne nous était j)ermis d'assigner au mal un terme ou des remèdes, du moins rallentir ses progrès et , stygmalisant les coupables, les signaler au mépris et à l'animadversion des honnêtes gens. INous ne l'avons pas fait encore , ou du moins nous ne l'avons fait que d'une manière incomplète, et nos amis en devineront aisément les motifs. Ces motifs se trouvent dans les dillicullcs inséparables d'un début, lorsque, sans mission que notre zèle, sans appui que notre cQurage, nous ne parlions pas encore au nom d'une association imposante; lorsque tant de petites causes pouvaient paralyser nos effoits et nous faisaient comme un ilevoir de la circonspection ; lorsqu'cnlin nous n'avions pas devant nous un auditoire <pii nous fût accpiis, et que nos paroles couraient le risque de se perdre dans le vide. D'un autre côté, le défaut de timbre, en nous interdisant la plupart des questions qui se rattachent à cet important sujet, nous soumettait à toutes les tracasseries d'une aulorilé jalouse que tourmentent à la fois et la cei tiltide de nos sincès et l'instinct de sa prochaine impuissance. Nous sentions le papiti brûler sous notre plume ,
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oxhalanl une odeur de réquisitoire, et nous écrivions avec un poids de ecnl livres à chaque main. Ce n'est pas de quoi discourir à l'aise et garder ses alluies tranches.
GràceàDicn, tous ces obstacles vont disparaître ou ontdisparu. Nous avons mission aujourd'hui , et nous n'y faudrons pas. Nous avons la conscience de nos obligations et de nos forces. Ce sujet que nous avons laisse' vierge , parce qu'il ne pouvait être qu'impai-faitement traite' , nous allons le reprendre, et nous ne craignons pas de contracter à l'avance un engagement que nous sommes sûrs de remplir, sinon avec talent, du moins avec zèle et de bonne foi. Déjà nous avons quelques gages à donner : nos anciennes promesses religieusement tenues. Vienne avril maintenant, et que nos amis se retrouvent, fidèles, au rendez-vous que nousleurdonnons, .iu milieu de toutes les questions que soulève cette thèse, sur le nouveau terrain que nous avons choisi ; on verra si le courage nous manque pour accomplir nos promesses nouvelles. Notre première discussion sera prectfde'e d'une exposition du plan que nous voulons suivre; malheur à nous, si nous nous en écartions jamais.
Nous ne terminerons pas cet article sans jeter un coup d'œil sur le petit nombre de nouveautés que le mois de janvier vit éclore.
Le Brasseur-Roi de M. le vicomte d'Arlincourt, d'abord, roman allégorique, dans lequel l'auteur a poussé jnsqu'à la témérité le courage des allusions. Dans son livre, tout plein d'ailleurs d'un intérêt de circonstance, M. d'Arlincourt n'a pas toujours été juste. Nous nous proposions de lui adresser à ce sujet quelques reproches. Mais la lettre si noble et si belle qu'il a publiée de[ uis l'apparition du roman désarme notre critique, et la force à se taire. On ne peut gronder quand on applaudit. Il y a pour le Hrasseur-Roi un succès de vogue.
La porte Saint-Martin a donné , sous le nom à'yingèle , un drame ou mélodrame nouveau de M. A. Dumas. Tous les journaux, en blâmant cet incroyable abus de talent, s'accordent sur le prodigieux succès de l'ouvrage à la représentation. Nous ne savons alors qu'admirer le plus, ou la hardiesse de l'auteur ou l'impudeur du parterre. Nous avons lu la pièce; c'est assez pour nous ôter toute envie de la voir, et nous n'oserions conseiller à aucune femme de s'y risquer , même à celles qui ne rougissent plus : il y a tel spectacle où leur présence même est un scandale, et où ce n'est pas assez de protester du voile et de l'éventail. Pour notre compte, nous aurions fort mauvaise opinion d'un homme qui conduirait là sa femme ou sa sœur, et nous doutons même que M. A. Dumas , s'il avait à l.iire choix d'une fiancée, pût avoir foi bien grande à l'innocence d'une jeune (illc, six mois après qu'elle eût vu son mélodrame. Nos Icitcurs comprendront sans peine qaenous ne leur donnions pas une analyse de cet ouvrage, lussi bien écrit que d(-plorablcmciit conçu. ^Nousserionsembarrasst'sà la faire
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honnête, et nous voudrions plutôt cHaccr jusqu'au litre. H y a pou» IM. A. Duiuas d'autres triomphes que ne desavoueront au moins ni la morale ni 1 hongoût.
M. le Marquis de Fondragon a public sur ses l'oyages en Italie el eu Sicile y cinq gros volumes dans lesquels se trouve plus d'un chapitre recommandable. Notre voyageur promène avec lui son lecteur de Naples , à Rome, à Venise , à Milan , à Florence. Nous ne doutons pas qu'il y ait beaucoup à profiter en si bonne compagnie j mais tout cela est bien loin ; M. de Fondragon a vu tant de choses , il nous faudrait courir si vite pour le suivre, que nous aimons mieux renvoyer les amateurs à son livre.
Dans l'impossibilité où nous nous trouvons, faute d'espace, déparier en détail de tout ce que nous avons reçu , nous nous bornerons à mcntionnci honorablement jusqu'à meilleure occasion : Y Histoire de l'ancien Bourbonnais que MM. Achille Allier et Desrosiers ont publiée avec un luxe typographique et une perfection de lithographie qu'on aurait peine à trouver, même dans la cap-.tale; La Deuxième année des élrennes coutançaises , plus intéressantes et plus remarquables j)cut-ctre encore que l'année dernière; V Almanach du jeune Henri , que tout le monde voudra se procurer, et les Conseils à ma fille sur la relis;ion, ouvrage écrit et pense' avec le cœur d'une mère, puis enfin les Études sur Ducis, de M. O. Leroy. H y a dans ce livre d'utiles cnseignemens pour la jeunesse. Mais nous croyons devoir dire à l'auteur que son ouvrage , un peu profond pour des e'coliers, se trouve trop grave encore pour les gens du monde, qui ne veulent s'instruire qu'à condition qu'on les amuse.
Nous n'avons pas cru devoir, dans ce court expose', parlerd'un ouvrage oii le vice et l'immoralité du fonds ne sont jias même rachetés par la forme; plan lourd et mal conçu, mauvais style, donnc'e ridicule et do tails repoussans, somme toute, œuvre pitoyable. Ce n'est pas la prenuère fois que M. Touchard-Lafosse écrit un mauvais livre. Qu'il en fasse un bon , nous l'annoncerons avec plaisir. Aujourd'hui nous ne donnerons pas même le titre de son ouvrage, de peur (pie, mettant à part notre censure , il en vît dans cette publicité presque un service rendu.
M. l'abbc A. de Menerbes publie en ce moment ses Souvenirs dUinr année ou Promenades dans Rome chrétienne. Nous n'avons sous les yeux que l'introduction de l'ouvrage, nous ne pouvons parler de l'enscmblc. Toutefois, dans ce que nous avons vu, nous avons rencontre d'excellentes intentions et une modestie bien rare aujourd'hui, même chex des gens qui écrivent beaucoup moins bien (jue M. l'abbc île Menerbes.
Voila , Dieu merci , nos comptes rcfgles avec le mois, et bientôt avec l'année. Vienne doncavril, pour nous y retrouver ]>lus nombreux encore, toujours fermes, toujoms unis; que nos maîtres, que nos jeunes amis con 'muent à nous aider comme par le passe de leur coopération et de leurs
l'écho de la jeune FRANCE. 3(J I
conseils, qu'ils ne manquent pas à l'œuvre, et l'œuvre ne leur manqucn pas. F. C. de Damluy.