‹ L'Écho de la jeune France (volume 4)Chapitre 26 sur 75 · RECDEILLIES PAR SA MERE · texte numérisé non relu

RECDEILLIES PAR SA MERE

Neuf ans sont à peine écoulés depuis le moment où le nom d'Elisa Meicœui fut salué, pour la première fois , par les voix les plus imposantes de la renommée; et déjà la tombe s'est refermée sur de si justes espérances, sur des espérances si pures, si peu importunes, si unanimement accueillies; et déjà la postérité est arrivée pour demander les œuvres complètes de la jeune Muse ; sa mère va nous les donner.

Elisa est née le 24 juin 1809. Dès 1826, l'Académie provinciale de Lyon, la Société académique de la Loire-Inférieure , la Société polymathique du Morbihan s'étaient empressées d'adopter cette gloire naissante.

En 1827 parut la première édition des poésies d'Elisa 3Iercœur. Elle habitait encore Nantes , avec sa mère. Paris l'appela ; elle y accourut pour recevoir les couronnes qui lui étaient promises de loin. Elle venait au-devant de son avenir ; pleine de confiance, elle ne pouvait prévoir le sort cruel qui l'attendait. Et qui eût pu soupçonner de si prochaines catastrophes?

Mais Paris se trouvait absorbé dans les mille préoccupations de la politique. Paris sentait une révolution inconnue qui fermentait dans sou sein.

La jeune fille était trop étrangère à toutes ces choses ; elle ignorait trop ce qui se remuait autour d'elle. Il ne lui fallait qu'une lyie, des fleurs et de bienveillans sourires. Elle qui avait d'abord été tout étonnée de l'admiration qu'elle avait excitée , éprouva bientôt un autre étonnement, celui de voir la poésie et les arts ne plus suffire à un peuple qu'elle avait cru si passionné pour la poésie et les arts. Elle ne savait pas, la pauvre enfant, qu'un orage terrible déjà grondait à l'horizon.

Toutefois, elle continua de vivre de cette vie à part, de cette vie d'un autre temps ; elle se contentait des sympathies toujours subsistantes du petit nombre. Mais sa santé ne tarda pas à s'altérer loin de ses douces solitudes. Et il fallut mourir avant d'avoir réalisé ses beaux rêves, ses fraîches espérances. Et les Muses ses sœurs, qui auraient tant aimé à chanter avec elle, sont venues gémir et pleurer sur son tombeau.

Sa mère désolée, pieuse légataire de la Muse sitôt éteinte , ne vit plus que pour remplir le triste devoir de publier les œuvres de sa fille chérie, dont quelques-unes, hélas î sont restées inachevées.

L'édition, qui ne tardera pas à paraître, sera enrichie de documens précieux. Madame Mercœur, avec tous ses sentimens de mère éperdue , a écrit les Mémoires de sa fille, ainsi que des notices en léte des poésies, des nouvelles et des romans ; et ces différentes pièces ne peuvent manquer d'ajouter beaucoup à l'intérêt d'une publication si attendue.

(1) Trois beaux volumes in-8", ornés d'un porlrail, par Devéria, et de deux fac simife. — Prix de la Souscription, à Paris ?0 francs, et dans toute la France 25 fr., franc de por(. S'adressci chez madame Mercœur, rue du Bac, i3.

Le portrait donné par M. Devéria sera trouvé un chef-d'œuvre. IMadaine Mercœur a été d'autant plus touchée de ce beau présent d'un artiste aussi distmgu»'*, qu'elle a été plus à même d'apprécier la perfection de la ressemblance. On verra , dans les mémoires, à l'aide de quels élémens M. Devéria a pu parvenir à un tel résultat. On y verra également la note relative aux deux fac-similé qui ornent l'édition.

Madame Mercœur ajoutera à l'édition des œuvres de sa fille la liste des souscripteurs. On ne sera sans doute pas étonné de voir que tous les rangs , toutes les opinions , tous les partis semblent s'être entendus pour rendre ce dernier hommage à l'innocente jeune Muse , et pour offrir l'appui de leur souscription au dévouement de la mère inconsolable.

L'Agent de Change.

Esquisse de Moeurs , par feu M'i* Elisa Billotev , Auteur de Quoi ?

Encore une jeune fille frappée de mort sur le seuil de la carrière littéraire. Elisa Billotey avait révélé dans un premier ouvrage un talent qui semblait n'attendre que la maturité di^s années pour porter les plus beaux fruits , et elle a eu le sort d'Elisa Mercœur ; elle a pu comme André Chenier , se frapper le front en s'écriant avec désespoir: ail y avait quoique chose là I »C'est sa famille qui publicî aujourd'hui son deuxième et dernier ouvrage, il est intitulé : Vyigcnt de change; c'est encore une esquisse de mœms , et voici en quels termes la jeune fille eu a indiqué elle-même la pensée et le but :

M J'ai cherché à retracer quelques scènes de la vie privée , sans cependant en exclure toute situation forte, ce qui n'aurait produit qu'une composition pâle et sans intérêt. Ayant remarqué que les vices dominans du siècle sont la cupidité et l'égoïsme , j'ai essayé d'en montrer les funestes conséquences dans Y Agent de Change , parvenu , qui sacrifie tout à ces passions des petites âmes. Les différentes phases de sa prospérité , sa décadence , ses crimes et leurs résultats, voilà une partie de l'intrigue, augmentée d'un contraste perpétuel par la conduite d'Henri , et par une succession de personnages qui sont tous en rapport plus ou moins direct avec le sujet principal , et dont ils deviennent pour ainsi dire les corollaires. Quant à la morale de ce livre , c'est le seul point où je nie crois invulnérable ; car je suis fortement pénétrée du principe qui rend tout auteur responsable du mal qu'ont pu faire ses écrits. 3Liintenant j'attendrai le jugement du public , et je m'y soumettrai sans amertume, persuadée que, si les gens de bien trouvent beaucoup de défauts dans mon esquisse , ils rendront au moins justice aux sentimens qui l'ont dictée, et ne me blâmeront pas d'avoir suivi le vieil adage de nos pères , auquel je ferai cette légère variante :

or Fais ce que tu peux; adt^iennc que pourra. >« O.

CHRONIQUE DE PAlilS.

Page 1