A ÉLEVER
A la mémoire fie madame de S»évigné.
Il faut que j'aie eu de bonnes et tristes raisons pour n'avoir pas plus tôt répondu à un désir qui m'avait été témoigné plusieurs fois par nos correspondans de INîmes et de Grignan. A eux appartient la bonne et patriotique pensée de consacrer un souvenir à la femme inimitable , que toutes les nations étrangères envient à la France; en effet, dans un temps où l'on se vante d'honorer toutes les gloires et d'être juste envers toutes les illustrations, quelle illustration plus grande , quelle gloire plus pure à honorer que celle de madame deSévigné?
Il me semble que toutes les femmes qui lisent , que toutes les femmes qui écrivent, mieux que cela , que toutes les mères de France voudront souscrire pour le monument de la plus tendre des mères ; et il n'y aura pas que les femmes qui voudront contribuer à perpétuer avec l'aide des arts le beau nom de Sévigné : les hommes qui aiment le siècle de Louis-le-Grand applaudiront à l'idée de ce monument; car qui a mieux contribué à faire connaître les nobles personnages de cette noble époque que la mère de la marquise de Grignan ? Pour l'érection d'un monument consacré à un homme de guerre , on voit souscrire les soldats; pour perpétuer la gloire d'un homme qui a illustré la science , lessavans apportent leur offrande ; pour que le nom d'un peintre ou d'un statuaire ne périsse pas , les artistes s'empressent d'offrir leur souscription. Ainsi chacun a sa spécialité ; mais pour le monument qu'il est question d'élever à madame de Sévigné, ce ne seront pas telles ou telles professions, telles ou telles classes : ce sera tout le monde qui voudra apporter sa pierre ou son grain de sable pour que la France ait à montrer gravé sur le marbre le nom qui est sans rival dans les littératures étrangères.