UN ACTE DE BOIN PLAISIR DE LA CENSURE
Voici un de ces actes capricieux et violens, contre lesquels l'intérêt général de la presse nous fait un devoir de protester.
La censure vient d'interdire la publication d'une collection de portraits qui ne représentent que des personnages étrangers, et qui n'oft'rent par conséquent aucun caractère offensif pour la loi française ; il s'agit des principaux acteurs du giand drame dont le dénouement approche en Espagne.
M. Isidore Magnés, mêlé aux hasards de cette guerre héroïque, a successivement reproduit les traits de don Carlos, Zumalacarreguy, Tj-vèque de Léon, don J.-B. de Erro, don Aznarès, le brigadier marquis de Valdespina, le comte de Casa-Eguia, don José Moreno, don Bruno de Villaréal, le chanoine Elcheveriia, le maréclial-de-camp Cabanas , don Simon de la Torre-Gomez , don José Uranga, le baron de los Vallès, don Joachim Elio et l'infant don Gabriel Sébastien.
Ces portraits, exécutés par autorisation du prétendant, sont admirables de ressemblance et excellens comme objets d'art ; on devait donc s'aliendre à un succès certain pour une collection d'une authenticité aussi incontestable.
Toutefois, l'éditeur, M. Toussaint, se défiant du mauvais vouloir de la censure, prit la précaution, avant de débourser les premiers frais, d'aller sonder les dispositions de M. le directeur Cave, et il en reçut des paroles si complètement assurantes qu'il n'hésita plus à faire mettre sons jirt^se. En rï{iii , quel
obstacle sérieux pouvait-il s'élever? N'a-t-on pas déjà publié plusieurs ouvrages avec portraits sur la guerre de la Péninsule ; ne trouve-t-on pas chez tous les marchands de gravures des portraits plus ou moins inexacts de don Carlos ou de Zunialacarreguy ? La police, ajoutant ses indulgences à celles de la censure, a laissé crier et vendre le portrait de la princesse de Mecklenibourg , quand cette jeune étrangère n'avait pas encore franchi le Rhin , où sejait donc la raison de diflérence ?
M. Toussaint n'a pu le deviner , et il a jeté quinze mille francs avec une entière confiance dans une entreprise qui lui a paru aussi heureuse que légale. Eh bien ! c'est lorsque l'ouvrage a été annoncé , c'est lorsque de nombreuses souscriptions ont été déjà recueillies, c'est lorsqu'enfin le public attend avec impatience la réalisation d'une promesse , garantie en quelque sorte par la parole c^e M. Gavé, qu'un refus sec et brutal est jeté à la face de l'éditeur : M. Toussaint a dépensé quinze mille francs, qu'il les perde ! — Il y a eu autorisation verbale. — Nimporte I Verha volant.