SOCIÉTÉ BIBLIOGRAPHIQUE
Au milieu de tant d'entreprises qu'élève chaque jour la cupidité déguisée sous des apparences plus ou moins trompeuses, on repose sa pensée avec complaisance sur une œuvre, véritable fruit du dévouement et du zèle, et fondée par une réunion de personnes lionoiables qu'anime un seul et même désir, celui de se rendre utiles à la religion et à leur pays ; on applaudit à leur courage, on se réjouit de leur constance , on s'honore de partager leurs désirs, on aime à seconder leurs efforts. Tels sont les sentimens que nous éprouvons quand nous avons à parler de la Société bibliographique : nous nous plaisons à constater ses travaux et ses succès , parce qu'ils ont bien rempli tout ce que nous en attendions , parce que nous en espérons les plus heureux résultats pour le bien. Déjà, en effet, elle a donné, dans sa première année, terminée depuis plusieurs mois , un grand nombre d'excellens ouvrages sur divers sujets, et nous savons qu'elle va, sous peu , en pubher plusieurs autres non moins importans, parmi lesquels il en est un dont nous avons entendu prédire , par des personnes fort capables d'en juger, qu'il ferait époque dans les annales, non pas seulement de la littérature , mais de la science.
Malgré ses travaux si dignes d'éloges et d'encouragement , une lacune lui restait cependant à remplir pour rendre son utilité aussi générale qu'elle est incontestable. Quelques personnes désiraient que quelques-uns de ses ouvrages pussent devenir, par la plus grande modicité de leur prix , l'objet d'une propagation plus active dans les campagnes et dans les écoles primaires. Ce vœu ne pouvait manquer d'être entendu de M. d'Exauvilloz , son directeur-gérant , qui a déjà tant fait pour l'instruction populaire, et il a été aussitôt lemph. Nous pouvons donc annoncer, et c'est avec une vive satisfadion que nous le faisons, que désormais tous ceux des ouvrages de la Société qui , par leur nature , conviendront plus particulièrement à cette destination, seront reproduits sur iKipici moins beau et à des prix bien inférieurs. Ainsi un volume in-18 de 216 pages pourra ne coûter que 40 ou 45 centimes , quoiqu'orné d'une jolie gravure sur bois dont l'exécution a été confiée à l'un de nos meillems artistes, el quoique les sujets n'en soient presque jamais pris dans le domaine public. C'est là ime nouvelle qui sera sans doute accueillie avec joie par toutes les persomies qui
(1; Rue Saint-Antoine, 70.
comprennent combien il importe d'opposer un antidote abondant aux pernicieux effets de tant de mauvais livres qui se colportent publiquement aujourd'hui dans toute la France , jusque dans les moindres hameaux. Nous avons souvent entendu proférer des plaintes amères sur l'immoralité qu'ils y répandent , sur la corruption qu'ils y sèment; mais des plaintes ne guérissent rien ; il faut savoir opposer à chaque mal le remède qui lui est propre. On veut perdre les mœurs par de mauvaises lectures ; il faut les conserver et les sauver par de bonnes lectures. Pour mieux séduire , on offre des livres qui amusent et qui intéressent; pour rendre nulle la séduction , il faut en offrir qui intéressent et qui amusent encore davantage.
Loin de nous la pensée de critiquer les ouvrages de dévotion î ils sont excellens pour entretenir la ferveur des âmes pieuses ; mais malheureusement c'est le petit nombre , et au grand nombre il faut des livres qui piquent la curiosité et qui , en même temps , rappellent à la foi et à l'amour de la vertu. C'est là le plus grand besoin de notre époque , besoin indiqué par la source même du mal qui le réclame. La grande profusion d^écrits philosophiques et de romans obscènes , répandus dans le peuple pendant les dernières années de la restauration , ont été la principale cause de la perte de la foi , bientôt suivie de tant de scandales et de crimes dont chaque jour nous apporte de nombreux et déplorables témoignages ; nous ne la ferons renaître que par une égale profusion de bons livres propres , avec le temps , à détruire les préventions , à guérir les erreurs , à rappeler à la pratique de la vertu. Une réunion d'hommes d'intelligence et de dévouement se présente pour contribuer à cette grande œuvre de régénération sociale ; elle se présente appuyée déjà sur plus d'une année d'honorables succès qui permettent de la juger ; elle appelle à elle tous ceux qui partagent ses désirs , ses vœux , ses espérances ; elle réclame le concours de tous les amis de la religion et du bien public ; le lui refuser, lui opposer des résultats qui ne sont pas les siens , des abus qui lui sont étrangers , des déceptions dont elle est innocente , et s'endormir dans une coupable indifférence , ne serait-ce pas comme un suicide moral ? Nous le regarderions du moins comme tel , et nous aimons à espérer que nos lecteurs , partageant notre opinion , s'empresseront de seconder de tous leurs efforts , de toute leur influence, une œuvre aussi digne de leur confiance par le but qu'elle se propose que par les succès qu'elle a déjà obtenus. D.