‹ L'Écho de la jeune France (volume 4)Chapitre 50 sur 75 · PAR M. ALISSAN DE CHAZET · texte numérisé non relu

PAR M. ALISSAN DE CHAZET

Le temps va si vite et traîne avec lui tant d'oubli que nous devons savoir gré aux hommes de vérité et de conscience de nous garder des souvenirs vrais des jours écoulés. M. le chevalier Alissan de Chazet, qui a vu de près les grandeurs, s'est chargé de rappeler à un pavs qui oublie facilement ce que valaient les absens et les morts; il a consigné dans ses spirituels Mémoires des faits pleins d'intérêt , et chaque trait , chaque anecdote est redit avec cet esprit tout français que l'on connaît à M. de Chazet. Sous la restauration , nous avons lu souvent dans les journaux des vers charmans que les fêtes royalistes inspiraient à M. de Chazet ; il n'a point oublié ceux qu'il avait chantés dans les jours prospères ; et dans les pages du livre que nous annonçons, on retrouvera de3 noms bénis et révérés.

On y lira une esquisse de ce roi malheureux qui donna à la France tout un royaume au moment où il partait pour l'exil...

r^a Notice du duc de Berry soulèvera tous les cœurs contre l'assassin qui renversa tant d'espérances; mais, cette fois, la mort fera rêver de la vie , et en s'attristant sur le sort du père , le lecteur se souviendra du fils , sur la tête duquel sont accunuilés tant de siècles de malheur et de gloire !

Après ces tendres émotions, on jettera un regard curieux sur la Galerie contemporaine. On sera ravi de la variété des tableaux et de la simplicité des sujets: ici la reine Caroline de Naples , Charlotte Gorday, madame Cottin et la sœur Marthe ; plus loin, le cardinal Maury, le vicomte de Ségur , Hofimann, Jacques Delille et Colnet, cet écrivain de tant d'esprit et ce critique de tant de verve. Et puis viendront les OEm^res dramatiques de M. de Chazet , pièces charmantes, telles que nos théâtres n'en connaissent plus de nos jours.

Le troisième volume s'ouvre avec la jeunesse de l'auteur et les scènes révolutionnaires de notre malheureuse patrie. Ce récit , plein de traits et de nobles pensées, embrasse la révolution de 1789, le directoire, le

(1; 3 vol in-8", chez Postcl , éditeur, rue do la Monnaie, 22.

consulat, l'empire, la première restauration, les cent-jours, la seconde restauration et la révolution de juillet.

N'allez pas croire toutefois que M. Alissan (Je Chazet revienne sur les événemens que vous connaissez déjà : le Moniteur et les gazettes ont eu soin de vous les détailler; cela lui suffit; mais, en revanche, il vous racontera mille faits que vous ignoriez, mille petits dévouemcns que vous serez bien aise d'apprendre, ne seraient-ce que le sang-froid et l'héroïsme de ce sergent de grenadiers auquel Bonaparte dicte des ordres sur le champ de bataille de Marengo , et qui est renversé par un biscaïen , et se relève tout mutilé en criant : Général, nous en étions là; ou le procès des Vendéens , la mort religieuse et pleine de fermeté de Georges Gadoudal, la conspiration Mallet, en 1812, qui faillit renverser l'empire par ces deux mots : « Fuit imperator, Napoléon est mort! » les deux fils de régicide en i8i5, et le guet-apens du 27 juillet i83o.

Nous sommes tentés d'en vouloir à M. Alissan de Chazet d'avoir refoulé ses poésies à la fin de ce volume. Il va tant de grâce et d'esprit dans ses œuvres poétiques, tant d'abandon et de légèreté , qu'elles auraient mérité un volume à part. Nous ne citerons que VArt de causer, épître d'un père à son fils, au Défenseur d'une Coquette de six ans , et une foule de chansons composées pour les dîners du vaudeville et du Caveau, qui seules auraient suffi pour obtenir un meilleur traitement, dans un temps surtout où la coquetterie littéraire est de mode. C'est une leçon que M. de Chazet a voulu donner, sans doute , aux écrivains du jour qui n'écrivent que pour fliire des volumes. Nous lui savons gré de l'intention.

Tous les genres d'attraits se trouvent réunis dans ces mémoires; les personnages les plus marquans de la Çin du dix-huitième siècle et du commencement du dix-neuvième s y donnent la main pour encourager l'auteur, et l'on y remarquera les autographes de La Harpe, de Lacépède, du vicomte de Ségur, de madame de Parny , d'Holfmann , de Chateaubriand et de Charles Nodier. On le voit, M. Alissan de Chazet ne pouvait être en meilleure compagnie : c est le cas de dire qup les amis portent bonheur. Bertrwd Rop

iH —

A H. le Tlcomle IValtsh.

Mon cher vicomte ,

Un hasaid heureux , vous le savez , m'a fait rencontrer à Vichy des dames, et voire même nombre d'hommes, qui aimaient le lis.. . conime fleur (M.Plougoulm, je vous prie de le croire). Je suis destinée, à ce qu'il paraît, à ces heureux hasards; car, à mon retour des eaux , j*ai trouvé , déposé chez moi , le projet d'un délicieuse lithographie- projet qui depuis a été mis à exécution et dont je m*empresse de vous annoncer l'apparition pour les premiers jours d'octobre. Le jour devait en être plus rapproché ; c'était , je crois , le jour de la Saint-3Iichel qu'il devait rappeler à la France deux enfans bien chers et bien malheureux , puisqu'ils sont là-bas. Mais des obstacles ont retardé la possibihté de se procurer pour cette époque ce tableau que tous les salons de Paris voudront avoir. Je ne puis vous donner le nom de l'auteur qui a conservé un modeste anonyme ; mais j'offre de déposer à votre bureau tous les renseignemens nécessaires. Comme ce sont les enfans de la France qui sont représentés dans cette lithographie , l'auteur a pensé qu'il fallait la mettre à la portée de toutes les fortunes, et avec la lettre elle ne coûtera que 10 francs. Nous avons des originaux qui nous coûtent bien plus cher que cela. J'ai pensé , mon cher vicomte , vous faire une gracieuseté en vous annonçant ce tableau qui sera dignement placé entre les deux apothéoses et qui consolera , en faisant espérer.... en Dieu , M. Plougoulm.

Recevez , mon cher vicomte , l'assurance de mon dévouement.

Votre collaboratrice et amie ,

Baronne de Vaux.

On se souvient que, dans le dernier numéro de notre Echo, nous avons rendu compte de la distribution des prix de Juilly, qui fut présidée par M. Berr>er, ancien élève de cette belle institution. L'auteur de cet article, M. Auguste Johanet, racontait, entre autres détails, comment M. Berryerpère conduisit lui-même son fils , âgé de six ans , dans cette maison de l'Oratoire qu'il regardait comme le lieu k plus digne de ce précieux dépôt. M. Berryer père , à ce sujet , a écrit à J>L Auguste Johanet une lettre que nous reproduisons ici , parce qu'elle est aussi pour VEcho une marque d'honorable sympathie et un noble encouragement bien touchant de la part d'un vieillard de 84 ans :

«1 Monsieur ,

» Vous ne pouvez douter du contentement que vous avez porté au cœur d'un père et d'une mère , par la belle relation que vous avez faite dans VEcho de France de la présidence de leur fds ti Juilly. Je vous dois eu particulier des remercîmens de la part que vous m'assignez si honorablement dans les succès de

mon fils. Vous avez retracé les élans do son aine cxpansivedans dos icini'^-s qui font répandre do nouvelles larmes , non moins douces que celles veisées à la distribution des prix. On reconnaît bien à votre touche l'œuvre de Tamitié , mais on y retrouve surtout la pureté du talent.

"Veuillez agréer. Monsieur, les actions de grâce de M"»*' Berryer et les miennes. Berryer père. *»

Passy-lès-Paris, 22 septembre 1837.

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