VOITURES DE M. DIETZ PERE
Paris va joiiir d'un spectacle qui a émerveillé Bruxelles ; une société française vient d'acquérir un nouveau remorqueur, destiné à fonctionner sur les routes ordinaires, et un système de waggons affecté au transport des voyageurs et des marchandises.
Cette société est propriétaire des brevets d'invention et de perfectionnement accordés pour cette importante application de la vapeur, qui fait espérer que bientôt tous les pays pourront jouir des avantages qu'offrent les chemins de fer, et cela sans qu'il soit nécesseure de rien changer à nos routes actuelles.
Économie , Célérité et Sûreté , voilà ce que donnera , ce que garantit la nouvelle invention de 31. Dietz père , un des premiers mécaniciens de l'Allemagne.
Le remorqueur perfectionné va bientôt arriver à Paris. Des waggons d'une suspension toute nouvelle viennent de le précéder.
Rien de plus ingénieux que ces élégans et légers waggons qui peuvent être mis en mouvement par toute espèce de moteur. Aussi l'on peut regarder comme prochaine une révolution complète dans tout le roulage.
On a vu à Bruxelles , à plusieurs reprises, deux chevaux mener au grand trot quatre-vingts voyageurs, des malles et des ballots, et n'être pas plus fatigués après plusieurs heures de course que des chevaux de poste après un court relai.
Voici ce qu'un journal de Bruxelles disait , il y a deux mois , des voitures de M. Dietz, voitures qui vont incessamment fonctionner sous nos yeux.
« Ainsi que nous l'avions annoncé, M. Dietz a fait hier, dimanche, la deuxième « expérience de ses nouvelles voitures. Nous avons i épondu à l'invitation du » savant industriel, et nous avons voulu juger sa découverte par l'expérience. » Son convoi, composé de cinq waggons élégans et de formes différentes, est parti » à cinq heures un quart delà chaussée d'Anderlecht, pour parcourir différens » quartiers de la ville , la route de Vilvorde et retour. Il était attelé de quatre M chevaux conduits par des postillons, et contenait 80 personnes.
» Arrivé sur la Grand' Place, après avoir traversé la rue d'Anderlecht encom- » brée de curieux et de la foule chômant la kermesse, il en fait le tour en plu- » sieurs sens, et a décrit autour de la lanterne des circonférences de toutes les » formes; il a ensuite suivi des rues étroites dans lesquelles il est entré et sorti » en tournant à angle droit, de manière que chaque waggon n'opérait sa conver- >» sion qu'au fur et à mesure que ce mouvement devenait nécessaure pour suivre » sans déviation le waggon qui le précédait.
» Arrivant à la place de la ÎNIonnaie, il a tourné à angle droit devant le café » des Mille Colonnes; il a fait le tour de cette place en tournant à chaque angle, » avec autant d'aisance qu'un cheval dressé dans le carré d'un manège , et est '• revenu effectuer diverses évolutions autour de l'arbre de la liberté qui est au >• milieu delà place. Là^ tous les connaisseurs comme les simples curieux ont pu
» remarquer la régularité des mouvemens de toutes ces voitures. Dans un mo- >» ment la circonférence était si parfaite que la tête des premiers chevaux tou- » chait le dernier waggon. Chacun admirait l'heureuse combinaison qui donne un » mouvement si uniforme à cinq voitures, et chacun a pu se convaincre qu'il en » serait de même, le nombre de voitures étant plus grand.
M Le convoi a poursuivi sa marche vers la porte de Laeken, par la Longue rue » Neuve ; arrivé au boulevard, on a appris que les grilles de l'Allée- Verte étaient » fermées à cause de la pluie du matin, ce qui a fortement désappointé les ama- » teurs à équipages, les cavaliers qui suivaient le convoi et les piétons, car il a fallu » prendre la route pavée pour aller au pont de Laeken qui a été traversé par M le convoi en allant et revenant, au miUeude la foule , avec moins de difficulté » que pour une calèche. On s'est arrêté à l'extrémité de l'Allée- Verte ; les wag- » gons ont été aussitôt entourés d'une grande afïluence de personnes, qui tou- >» tes , les jugeant avec plus ou moins de connaissances spéciales , en faisaient » l'éloge. Nous avons entendu plus d'une explication flatteuse pour le construc- ») teur.
« Les équipages ordinaires s'étaient rangés de chaque côté du convoi, et leurs » propriétaires, parmi lesquels on remarquait beaucoup d'Anglais, enviaient déjà ») les douceurs du système de suspension inventé par M. Dietz. On s'était donné »» rendez-vous de toutes les extrémités de la ville pour être témoins de cette ex- » périence. Tout le monde en a paru extrêmement satisfait, sauf les entrepre- » neurs d'omnibus et de messageries qui croient voir dans cette innovation une » grave atteinte à leurs intérêts. Cependant, comme ils pourront eux-mêmes y » avoir recours, ils devraient au contraire s'en réjouir.
» Rentrant en ville, le convoi était escorté par une si grande afïïuence de per- » sonnes à pied, à cheval, en voitures, qu'il a dû marcher au pas pour éviter des » accidens. Il a renouvelé ses évolutions sur la place de la Monnaie, et cette fois » une quinzaine de curieux étant entrés dans le cercle formé par les waggons, ils >♦ le remplissaient, et n'ont pu s'empêcher de donner des applaudissemens à ce » qui se passait sous leurs yeux.
» Nous ne pouvons que féliciter M. Dietz du succès surprenant qu'il a obtenu, M il est maintenant incontestable, et nous l'engageons avec instances à faire jouir » promptement la Belgique d'une invention qui améliorera considérablement le » bien-être des voyageurs à cause de l'extrême douceur des mouvemens de ses » voitures, et parce qu'il paraît qu'avec elles nul accident n'est possible. La trac- » tion par les chevaux a aussi beaucoup à gagner de ce procédé, car après avoir » traîné un poids de près de 18 mille livres, pendant près de deux lieues, les quart tre chevaux de poste étaient moins fatigués que s'ils avaient conduit une sim- » pie chaise au même pas. M. Dietz , dont l'imagination est constamment appli- » quéeaux perfectionnemens, arrivera à faire une nouvelle révolution dans la lo- » comotion ; bientôt il recevra la récompense due à l'homme de génie qui se » grandit devant les difficultés. »
Ces voitures ont fait, depuis cette expérience, le voyage de Bruxelles à Louvain, et de Bruxelles à Paris, sans accident et avec célérité et agrément pour ceux qui y avaient trouvé place.