MÉLANCOLIE
A M. L'abdÉ FÉLIX COQUEREAU.
Tu voudrais recueillir ma pensée et ma vie , Rafraîchir un instant mon ame qui s'ennuie
Et ne peut rire qu'à moitié ; Cicatriser la plaie élargie el profonde , Qu'a faite sur mon cœur le frollement du monde ,
Et ses faux dehors d'amitié ;
En moi de la gaîté faire passer les charmes , M'entourer d'un prestige et mêler à mes larmes
Quelques j^outtes d'un nectar pur; Voiler d'un voile d'or la douleur qui torture , Souvent dans une nuit oii l'étoile est obscure ,
JMe montrer un beau coin d'azur ;
Enlever de mon front cette sombre tristesse ,
Oui rend vieux, qui m'a fait blasphémer ma jeunesse ,
Hélas ! songe trop décevant !
D'une main caresser mes restes d'espérance , De l'autre ra'amener doucement en présence
Du peu de bonheur qui m'attend !
Merci de tes efforts ; oh î je les apprécie ! J'aime à te voir dorer la pâleur de ma vie,
Quand tu dis : Le soleil viendra !
Son rayon n'est plus chaud sur ma tète pesante ; Loin de son sol natal, quand végète une plante,
Crcis-tu qu'elle reverdira?
Il est beau ton espoir ! Aussi, j'y voudrais croire ! Mais quand l'homme a heurté son fantôme illusoire,
Oîi vont-ils ses enchantemcns?
L'avenir qu'il créait s'évapore en fumée ; Puis vient le cauchemar sur son ame opprimée ,
Et puis on meurt pendant long-temps!
Car, on peut-être mort, sans avoir nne tombe, Sans qu'un pli de linceul sur votre corps retombe
Pour couvrir des membres «placés ; Quand une ame a perdu sa fraîcheur et sa sève , A vingt ans, lorsqu'aucun espoir ne la soulève ,
Quand tous ses ressorts sont froissés.
Est-ce là vivre? Oh ! non ! c'est bien une ironie , C'est une anfj,oisse horrible, une lourde insomnie,
Un long et pénible duel ; Il faut pour supporter sa saignante blessure, Au-dessus du malheur lever une ame pure,
Se faire une patrie au ciel !
Encore Un Exilé, avec ce refrain qui arrive au bout de chaque strophe. Pays, que t'ai'jc fait?
La Mort de Zitmalacarrcguy ^ par le comte L. de Trogoll". Le jeune poète s'est élevé très-haut; il est vrai que le sujet devait bien l'inspirer : l'admiration donne des ailes.
L! Avenir ', on y remarque ces strophes:
Aux ordres du Ïrès-Kaut long-temps obéissante, O ma belle patrie, heureuse et grandissante, Tu marchais fièrement sous la main du seigneur : Reine par tes beaux arts, et par tes armes, reine, O France, tu tenais tout le monde en haleine. Courbé devant ton front vainqueur.
Mais tes cnfans, un jour, gonflés de leur puissance, Enivrés par le vin d'une folle science, Désertèrent l'autel du Dieu des nations ; Et ce Dieu trop jaloux, pour châtier leurs crimes, Des enfers déchaîna sur eux, grandes victimes, L'esprit des révolutions.
L'esprit vint, et souffla ses fureurs sur la France, Soudain, un tremblement profond, terrible, immense, Pareil à l'Océan par les vents agité, Eclata : les autels et le trône tombèrent, Et sut leurs grands débris, les peuples s'élancèrent Joyeux, en criant : Liberté !
Et nous le demandons au poète, est-ce la llherlé qu'ils obtinrent ?
1793 et V Ai>eniv^ avec cette épigraphe:
« Un spectacle curieux, ce serait celui-ci : Voltaire jugeant Marat, la cause jugeant l'effet. »
La Lampe et ï Agonie d'une jeune fille, idée touchante et triste qui aurait pu être mieux traitée.
Stances, Le Proscrit, dédiées à M. de Chateaubriand. M. Tliiers se fâcherait si nous les citions.
Beaucoup d'articles en prose, beaucoup de morceaux de poésie contre h suicide. . .
Oit est le Sanctuaire de Dieu, par M. Patureau, grandes et religieuses pensées, ])caux vers. Les deux vont souvent ensemble.
Nos lecteurs comprendront l'impossibilité où je suis de prolonger cette revue nous n'aurions pu sans dépasser les bornes qui sont imposées à chacun de nous donner plus de longueur à cette guirlande littéraire et poétique. Je la termine par ces vers dédiés à mes jeunes lecteurs, par M. Victor Davin.
AUX JEUXE FRANCE.
Hommages soient rendus à vous tous Jeune France^ Vous qui surabondez d'amour et d'cspéranct^.
Vous, palpitans de charité, Disciples de la foi î ce siècle qui commence
.M 8 LA JEUXE FRANCE, etc.
Vous salue en disi'.nl : gloire, hûnhcLU' immense, Aux amis de la vérité.
Vous êtes d'Israël les tribus héroïques ; C'est à vous de veiller sur ses autels antiques,
Qu'on voit partout abandonnés.
Ne vous étonnez pas de féconder les ruines, De bâtir sur un sol où croissent les épines?
N'êtes-vous pas des Machabés ?
Ici, s'arrêteront mes citations, et je dirai que dans tout ce que j'ai lu pour faire cette très-incomplète revue, j'ai constamment éprouvé une douce satisfaction. Si dans tout ce qui me passait sous les yeux, il n'y avait pas même talent, il y avait dans tout, un même parfum religieux , une même clialeui' de foi, une même vigueur d'espérance qui consolaient mon ame... Non, non, avec tous ces élémens de salut nous ne périrons pas. Notre glorieuse patrie reprendra le rang que Dieu lui a assigné parmi les nations... Dieu le veut I Dieu le veut î
A ce moment toujours solennel de la fin d'une année, qu'il me soit permis, à moi nouvellement nommé à la direction du journal de la Jeune France, de faire des vœux pour l'année qui va bientôt commencer.
Quçl'an 1836 appelle la rebgion et l'antique honneur à son aide, pour que ses jours soient bons. Et à vous, jeunes lecteurs de Y Écho, je souhaite que vous conserviez dans Y avenir VQS sentimens présens ; avec ces sentimens là, on peut bien éprouver des désastres , traverser des malheurs , mais on reste pur. Et c'est ce qu'il faut awU tout à gens comme vous et comme moi. Yicomte Walsh.