‹ L'Écho de la jeune France (volume 5)Chapitre 37 sur 129 · LA PROMENADE · texte numérisé non relu

LA PROMENADE

Après une longue promenade solitaire dans le bois de Montmorency, je venais d'arriver nu Rendez-vous du château de la Chasse. Assis sous l'ombrage le plus profond, au bord de cette eau limpide, dont le léger murmure apprend inopinément au promeneur, perdu dans un épais massif, qu'il approche d'un lieu de repos ; j'entendais le bruit du battoir et les sabots des petits enfans, qui jouaient et couraient sur les planches , pont en miniature jeté sur une miniature de rivière.

Tout était radieux, animé et souriant autour de moi, et je goûtais les charmes d'une belle journée passée en plein air, lorsque je fus troublé par le bruit d'une brillante cavalcade.

C'étaient des jeunes dames gracieuses et parées ; des jeunes gens élégans et empresses auprès d'elles. Poussé par un mouvement de curiosité, j'aHais m'approcher du banc

(1) La socitlé de la Jeune France a décidé qu'un exemplaire des œuvres complèles de Delillc, magniOquement relié par Thouvenin, serait ofTert au jeune auteur des Wamjo/îiM de la n>.— Nous ne disons pas son nom aujourd'hui; sans doute toute la ville de Beaucaire dirait ce nom lu au besoin.

de gazon où ils s'étaient assis, lorsque je vis un jeune homme, d'une belle figure, qui semblait appartenir à la joyeuse cavalcade, et qui, à quelques pas de moi, interrogeait l'Hébé villageoise qui distribue le lait aux promeneurs de Montmorency.

Je n'entendais pas complètement leur conversation , mais quelques phrases arrivaient jusqu'à moi. Je comprenais qu'il s'agissait d'une jeune fille que souvent l'un des deux interlocuteurs indiquait du doigt j le nom d'Emma frappa plusieurs fois mes oreilles ; et en combinant dans mon esprit tous ces fragmens d'une conversation, à laquelle se mêlaient et le chant des oiseaux et les voix lointaines des promeneurs, je finis par conclure qu'on interrogeait la laitière du Rendez-vous du château de la Chasse sur une promenade faite les jours préccdens, par les mêmes personnes, avec mademoiselle Emma, mais dont le questionneur ne faisait point partie. Bientôt le jeune homme s'éloigna et la laitière le suivit. Moi, je suivis aussi, rêvant à la jeune Emma, que mon imagination se représentait déjà si belle; je voulais la voir, et je rae glissai derrière les massifs. Parmi de longs éclats de rire, je distinguais déjà les voix des dames, dont un bosquet me dérobait la vue j indécis, embarrassé de la contenance que je devais avoir en me présentant sans motifs, j'hésitais et je crois que j'allais fuir, lorsqu'une brusque et vive accolade vint m'assaillir.

C'était Edmond que je n'avais pas vu depuis sept ans ; Edmond avec lequel j'avais fait mes premières études, mes premières folies; Edmond que j'aimais tant, que ma mère redoutait bien qu'elle l'aimât aussi ! Son aîné de quatre ans, au collège j'étais son guide ; dans les plaisirs, où les guides sont ceux qui égarent, il fut souvent le mien. Il était si entraînant, si spirituel, sa gaîté avait une originalité si piquante, sa société était si recherchée que l'on sentait une sorte d'orgueil à le nommer son ami. Mais il avait fallu nous séparer : j'étais attaché à perpétuité au barreau de Paris par ma profession d'avocat, quand sa famille, qui le destinait à la haute magistrature, lui fit obtenir une place d'auditeur à la cour royale de p*-^**. H partit! Notre correspondance, long-temps active, s'était interrompue tout-à-coup ; plusieurs de mes lettres étaient demeurées sans réponse ; j'avais bien juré de ne jamais le lui pardonner j il n'y avait point eu de pardon, et nous étions dans les bras l'un de l'autre.

Combien de gracieux souvenirs vinrent alors me sourire ! Nos premiers bonheurs et nos premières peines, dont le souvenir nous est peut-être encore plus cher, je revis tout eu cet instant.

Puis, l'ivresse passée.... — » Depuis deux ans, Edmond, qu'es-tu donc devenu ? » — ba main alors s'échappa de la mienne, il recula et ne répondit pas. Au vif incarnat que la surprise et la joie avaient répandu sur son visage, succéda une pâleur effrayante, et cette pâleur semblait lui être habituelle; son regard avait une sombre fixité ; sa tête, légèrement blanchie, était à demi-chauve ; il était encore beau, pourtant !

Je promenais sur lui un regard de surprise et de douleur; j'allais renouveler ma question ; il le prévit et se hâta d'y répondre. — « J'ai voyagé, dit-il. » — Puis, d'un mouvement convulsif, il me serra la main, et je compris qu'il voulait dire : — « Ne me ques- « tionne pas ! »

Apres une courte pause : — ff Je n'ai rien perdu de mes bonnes habitudes ; viens, me » dit il en souriant péniblement ; je vais te présenter à des dames charmantes. » — Et nous étions déjà près d'elles.

La première personne à laquelle me présenta Edmond était une femme d'une taille moyenne; un peu trop d'embonpoint la faisait paraître petite, mais tous ses mouvemens, vifs et grâcioux, lui prêtaient une sorte de légèreté. — « Avez vous oublié, dit-elle à Ed- » mond, que dans notre petite républiqîic tous les biens sont communs, surtout les amis? » — Se tournant vers moi : — « Monsieur, si vous avez l'amour de la franche gaîté et la j) haine du cérémonial, prenez place parmi nous. » — Elle accompagna ces mots du plus gracieux sourire ; et sans me laisser le temps de lui répondre autrement que par un salut, que les trois autres dames me rendirent, elle reprit sa place qu'elle venait de quitter,

empressée qu'elle était d'écouter la fin d'une histoire, vraisemblablement fort amusante à en juger par l'hilarité générale.

Edmond, me tirant à l'écart , m'expliqua en quelques mots quelles étaient les trois dames qui venaient de m'accucillir avec tant d'indulgence. Madame Doremieux, veuve d'un riche banquier, et propriétaire d'une maison de campagne dans les environs, était celle qui m'avait adressé la parole ; elle avait chez elle, dans ce moment, deux de ses intimes amies : d'abord la narratrice dont j'avais interrompu le récit, une de ces femmes qui portent sur tous leurs traits un sceau de résignation et de mélancolie; puis madame Delmas, modèle des vertus domestiques. — <c Et pas un mot sur mademoiselle Emma, lui i> dis-je. — Emma ! la regarder c'est la connaître ; belle, fraîche, naïve, confiante, elle i> entre dans la vie ; et tandis qu'autour d'elle tout sourit, peut-être que là-haut se déroule j) pour elle un avenir bien sombre! — Quelle idée ! n'a-t-elle point de parens? — Oui ! » sa tante, madame Doremieux, femme brillante, légère, inconsidérée, qui prend la vie i> pour une fête, voilà son guide. La société qu'on lui choisit, c'est M. Ernest de Torigni w et ses amis. Pauvre Emma! »

Les cris: Partons, partons, se font entendre; chacun était debout, les chevaux hennissaient, tout était en mouvement; Edmond s'élance, m'entraîne avec lui, et détachant son cheval, il m'en jette la bride : — « Monte- le, me dil-il, je veux aller à pied. »

— « Mais ferez-vous donc toute la route ainsi ? » lui dit Emma, qu'il venait d'aider à monter à cheval.

— « Je veillerai mieux sur vous, » murmura Edmond.

Il se fait autant de diplomatie dans la vie privée qu'en politique, et le plus innocent des roués rendrait deux points à MM. de Metternich et de Talleyrand. Ainsi Ernest trouva moyen de déranger une combinaison qui venait à rencontre de ses projets. Par politesse pour Edmond, il mit son groom à pied et m'offrit son cheval; par politesse encore, Edmond fut obligé de remercier Ernest d'avoir fait échouer son plan, et après avoir échangé un regard où se peignait la plus cordiale antipathie et l'inimitié la plus intime, les deux antagonistes mirent leurs chevaux au pas et donnèrent le signal du départ.

Je ne les suivais qu'à une assez grande distance, occupé par une intéressante causerie avec la narratrice que ma brusque arrivée avait interrompue quelques instans auparavant, lorsque tout-à-coup, jetant un regard sur Edmond et sur Ernest, qui semblaient s'être à dessein écartés de la société et échangeaient, avec des gestes véliémens, quelques paroles que nous ne pouvions entendre : — « Veillons sur votre ami, » me dit-elle. INous les rejoignîmes au galop.

— « Voilà ce dont je ne prétends rendre compte qu'à Emma, disait Ernest. — Eh bien î » attendez-vous à me voir sans cesse entre elle et vous, » reprit Edmond.

f^a jeune dame passa brusquement entr'eux , en leur faisant , du ton de la plaisanterie, le défi de la suivre ; les éclats de rire recommencèrent, mais un regard qu'elle me lança me fit comprendre que nous étions arrivés à temps, et qu'elle avait lu bien des malheurs sur les visages pleins de colère de ces deux jeunes hommes.

Après une longue marche, nous apercevions enfin le bassin couvert de nacelles et les petits îlots de Blemur, lorsqu'un cri perçant se fit entendre. Nous accourons : Edmond transportait dans ses bras Emma évanouie ; une barque était renversée. C'était Ernest qui, grâce à son imprudence, avait failli terminer par une catastrophe une journée de plaisir. Edmond aidait la jeune fille à entrer dans une nacelle : Ernest s'y précipite, en sautant de son cheval, pour lui présenter lu main et fait chavirer la barque ; un peu plus il entraînait Emma qu'heureusement Edmond put retenir.

Elle fut prompte à revenir de son évanouissement, dont la frayeur était la cause ; et en ouvrant ses beaux yeux, son premier regard, je le remarquai avec peine, ne fut point pour celui qui, peut-être, lui avait sauvé la vie, mais pour celui qui l'avait exposée a un danger imminent. Madame Doremieux riait aux éclats en voyant la pileuse figure d'Erne.-.t, tout ruisselant d'eau et tout souillé de vase, et chacun se mêlait à sa gaîlé.

Lorque Emma voulut quitter le banc sur lequel l'avait transporté Edmond, elle éprouva quelques difi&cultés à marcher; la nacelle, en se renversant, l'avait légèrement blessé à la jambe.

Un château était à deux pas, on y demanda l'hospitalité pour la malade, et comme il fallait aller chercher la calèche de madame Doremieux, tous les jeunes gens partirent, à l'exception d'Edmond, qui soutenait Emma, et qui entra avec elle au château. Quant à moi, qui ne possédais pas de maison de campagne dans les environs, remarquant que le jour baissait, je pris congé de la cavalcade, non sans regret, et je rentrai dans Paris.

{La suite au prochain numéro.)

CimONIQUE DE LA PREMIERE QUIIVZAIIVE DE JUIN.

Mon Dieu oui ! Tout ce que nous faisons aujourd'hui, ce sera de l'histoire un jour ! Et quand on songe que toutes les histoires de ce monde ont été ainsi faites par des petits hommes de cinq pieds, qui se sont agités cinq ou six heures par jour [dans un espace plus ou moins long ! Mais jamais, que je sache, les hommes n'ont été si petits, et l'espace si étroit. Je voudrais bien voir revenir au monde un des hommes du dix-septième siècle, le premier venu pourvu qu'il eut vu Versailles. — Moins que cela, je voudrais voir un contemporain de Voltaire et de Diderot, tomber tout-àcoup parmi nous le peuple Athénien, le peuple spirituel par excellence, le peuple civilisé, le peuple philosophe, le peuple poétique. Aussitôt notre nouveau venu de s'informer, que se passe-t-il à Paris? et Paris de répondre. — Il se passe ici qu'on s'occupe à faire des procès.

Oui, depuis tantôt deux mois, Paris est la ville des procès. On ne saurait compter le nombre des huissiers qui sont morts sous le poids des assignations. On a été chercher des procès dans tous les coins de la France. On a bâti une nouvelle salle pour les procès; on a vu passer sur les grands chemins des voitures remplies d'accusés et de témoins pour les procès. On a fait prendre les armes à des légions entières pour le procès. La chambre des Députés s'est réunie pour juger un procès. La chambre des Pairs s'est déclarée cour des Pairs, pour avoir son procès. On a fait aux accusés présens un procès, on fera aux accusés absens un procès. On vient de faire aux défenseurs des accusés un procès, aux journaux des accusés, un procès. On plaide, on ne plaide pas, on récuse, on accuse, on abuse, voilà toute la grande société française arrêtée par quelques accusés obscurs, qui ne veulent pas répondre à leurs juges ! Et a quels juges, je vous prie ? aux plus grands de tous les juges? Aux Pairs de France ! au plus redoutable de tous les tribunaux, au tribunal sans appel î Comment voulez-vous que le sujet du roi Louis XIV, ou même le sujet du roi Voltaire , s'ils reviennent tout d'un coup parmi nous, se puissent expliquer tant de procès accumulés, entassés les uns sur les autres? — De mon temps dira l'un , cela n'avait lieu que dans une comédie de M. Racine, qu'on appelait les plaideurs. — De mon temps dirait l'autre, nous avions d'autres procès à soutenir; le procès de la révolte contrôle droit, du doute contre la croyance, le procès de Voltaire contre la société, parlez-moi de ces procès là. Parlez-moi de ces plaidoieries! Parlezmoi de cette chambre des Pairs ! Or, en ceci le sujet du roi Louis XIV, aussi bien que le disciple de Voltaire auraient parfaitement raison.

Nous donnons en effet un singulier spectacle à l'Europe. Les plus grands intérêts s'agitent autour de nous. La Russie menace l'Orient, l'Espagne se déchire de ses propres mains, l'Anglctere pousse à la roue fatale du Char de 89, qu'elle a déjà mis en mouvement sous Cromvell, quand c'était le Char de 1600; nous mêmes nous sommes sous le poids d'une révolution dont le coup est partout, mais dont le contre-coup n'est encore nulle part ; et au milieu de ces graves intérêts, à quoi nous occupons-nous, je vous prie ? Insensés que nous sommes ! nous allons chercher dans les décombres de Lyon quelques pauvres diables qu'on a surpris avec deux ou trois cartouches dans leur poche, et au lieu de les laisser à leur justice, nous les traînons à la chambre des Pairs ! Et alors la France assiste au triste spectacle de ce reste de pairie, qui se déconsidère à chercher de quelles peines on doit frapper quelques malheureux qui n'ont pas été plus coupables que les autres. Cependant tout d'un coupla société s'arrête, la machine sociale ne va plus. Les accusés se révoltent contre leurs juges; voilà les juges qui pàlisse.U , caries accusés n'ont rien à perdre, et les juges ont tout à perdre; grand danger pour un juge do ne pas juger ses Pairs, car, alors l'accuse

et le juge ne Jouent pas le môme jeu, leur jeu est différent, et pendant que celul-cî a tout à perdre, l'autre atout à gagner. — Mais ce n'est pas assez. On était parvenu parmi les cent-vingt-six accusés, à en obtenir une douzaine de dociles. Le procès allait donc comme tous les procès de ce monde auxquels personne ne s'intéresse. Il faut le ranimer. Que fait-on alors? on s'en prend non plus aux accusés, mais aux défenseurs. On traîne les défenseurs à la barre, et alors les voilà qui prennent corps à corps la pairie ! et alors voilà la pairie immobile sur son siège, obligée d'entendre ces accusations formidables, si terriblement formulées. L'un des défenseurs, M. Trélat, homme d'une passion sombre et froide, grand lecteur de Tacite, tout imbu de ses maximes, jette au visage de la noble chambre des accusations de sang et de meurtre, et il faut que la noble chambre écoute ! Un autre défenseur, M. Michel (de Bourges), espèce de paysan du Danube, se récrie et s'emporte en invectives éclatantes, et il faut que la noble chambre écoute ! Quand tout est dit, on fait retirer les accusés et alors on les condamne à la prison et à l'amende, puis ce procès terminé, un autre procès commence. On va chercher dans !a chambre des députés un député, et d'abord on demande à cette chambre la permission de traduire à la barre de la cour des pairs ce député inviolable. La chambre des députés accorde tout ce qu'on lui demande. Alors nouveau procès, le député est condamne. Puis, quand tous les nouveaux procès sont unis, le procès principal recommence, longuement, lentement, fastidieusement. Triste procès où l'accusé ne peut pas être condamné, où le juge ne peut pas juger, où personne n'écoute ce qui se dit, ni le pair de France sur son fauteuil, ni l'accusé sur sa banquette, l'un dort, l'autre lit ou cause avec son voisin, le greffier pourrait passer des pages de l'acte d'accusation sans aucune espèce d'inconvénient j personne ne s'en apercevrait, pas même lui I

Or, n'est-ce pas la ravaler bien bas, la justice des hommes ! Nous avons vu , à quatre ans de distance, deux procès à la chambre des pairs. Nous étions là quand on jugeait M. de Polignac I Quelle différence! Au dehors, une multitude émue, un peuple furieux, toute une armée. Au de ■ dans, des juges attentifs et solennels, des accusés qui jouaient leur tête. C'était l'arrêt de la peine de mort politique qui se portait ce jour-là. Aussi toute l'Europe était attentive et ne respirait pas, tant elle avait peur! Mais aujourd'hui, à la chambre des pairs, quel insigniQant spectacle ! D'une part, des vieillards à demi assoupis sur leurs sièges, accablés par une chaleur de vingt-cinq degrés; d'autre part, des accusés insigniûans et sans portée; au dehors de la salle, des allans et des venans qui passent, sans môme demander : Que se -passe-t-il là-haut? Voilà tout.

Ce procès-là durera, dil-on, six mois, en allant au pas de course. Six mois! Que voulezvous que pense la France d'un procès de six mois? Le procès de Fualdès, le maître des procès en fait de terreur et d'intérêt n'a pas occupé Paris plus de huit jours. Pour comble de malheur, car tous les accidens tombent un à un sur ce malheureux procès de la chambre des pairs, voici qu'un grand procès s'entame devant la cour d'assises; avec ce nouveau procès, il y a de quoi enterrer vingt procès comme celui de la chambre des pairs. Il s'agit d'un crime monstrueux; la scène se passe à Saumur, chez le général - commandant l'école militaire, homme d'honneur, homme de cœur et d'un grand nom. Dans celte maison respectable à tant de titres, un officier s'introduit, un lâche, qui commence par jeter sur toute cette famille d'infâmes lettres anonymes. Il en jette sur la femme de son officier, il en jette sur sa jeune fille, jeune enfant de seize ans. Bientôt, non content de ces lâchetés anonymes, il corrompt les valets de la maison, et une nuit, nuit fatale ! pendant que tout dormait , le misérable escalade les murs, brise la fenêtre d'une chambre à coucher, et là il lire de son lit sa victime éplorée, il la foule aux pieds, il la frappe d'un couteau, et puis, la laissant presque morte, il s'en va comme il est venu. Le lendemain , de nouvelles lettres anonymes annonçaient à la ville de Saumur que la jeune fille était déshonorée. Le misérable mentait encore, grâce à Dieu, sa victime n'était qu'assassinée.

Voilà le procès qui va tenir tout Paris attentif pendant huit jours! Après cela, le moyen d'avoir ww peu d'intérêt pour l'insignifiant procès de la chambre des pairs! A notre sens, ceci est le dernier coup de grâce porlê au palais du Luxembourg. Ce que messieurs les pairs ont de mieux à faire, c'est de juger les accusés qui se sont abandonnés à leur justice, c'est de remettre le reste du procès à l'année prochaine, et d'aller prendre un repos dont ils ont grand besoin, dans leurs belles maisons des champs. De cette manière, on ne finira pas le procès, on le retardera.

Du délai, voilà le grand mot! Ne vivons-nous pas dans une époque dilatoire? A demain les affaires sérieuses, voilà le mot d'ordre, heureux que vienne le lendemain si peu espéré. Appellet-on cela gouverner, je ne sais, c'est tout au plus si on peut appeler cela, attendre. — Attendre c'est prévoir, prévoir c'est savoir, savoir c'est pouvoir. Vous voyez que nous ne sommes guères dans aucune disposition favorable à l'espérance. Nous allons au jour le jour. Nous vivons, moyennant

une hausse ou une baisse de quelques centimes à la bourse. La bourse, c'est notre trône, c'est notre aulcl, c'est le temple de notre Dieu, l'argent, la bourse, c'est le palais de notre roi, l'argent. Quand la bourse va bien, tout va bien dans le monde. Nous avons l'honneur au dehors, le bonheur au dedans, le paix partout. Nous sommes le plus grand peuple du monde de par M. le baron Rotschild, le banquier juif. Mais que la bourse vienne à faiblir de quelques centimes, aussitôt tout 6' ébranle. La monarchie de Juillet est aux abois, le peuple n'est plus qu'une république; tout est perdu, même l'honneur, surtout l'honneur. Malheureuse nation, dont l'argent est le symptôme, peuple d'agioteurs, dont le cœur ne bat que pour l'argent ! Et de quelle nécessité cela n'est-il pas de régénérer de fond en comble un si grand peuple, une si généreuse, si intelligents et si spirituelle nation, qui, a force de bouleversemens, de révolutions, de grandeurs évanouies, a fini par ne plus croire à rien, qu'à l'argent?

L'Espagne cependant, livrée à des guerres civiles, sent remuer ses vieilles entrailles. Le roi légifime, don Carlos, arrive nud et fugitif snr le vieux sol , a trouvé tout de suite un général et une armée. La reine, aux abois dans sa capitale, a imploré les secours armés de la France et de l'Angleterre; d'abord la France était disposée à dire oui, mais ensuite elle a consulté l'Angleterre, qui a répondu 7ion, La France a donc répondu comme l'Angletere. Ce n'est pas ainsi que se montrait Charles X.

Voilà toutes les nouvelles. La littérature n'a rien produit qui mérite d'être mentionné. Le théâtre Français a joué un stupide mélodrame, intitulé le Comte de St. -Germain, Dans ce mélodrame, on voit un prêtre et une abbesse occupés pendant trois actes, adonner une maîtresse au roi Louis XV ; or, cette maîtresse est elle-même une jeune novice du couvent de la Visitation. On ne pousse pas plus loin l'absence du goût , de l'esprit et des bonnes mœurs.

Rica dans les arts. On a exposé quelques tapisseries de Gobelins , travail coûteux , un million par an ! Dans ces tapisseries, on a tenté de reproduire les plus beaux tableaux de Rubens de la galerie du Louvre , c'est-à-dire la couleur la plus rare et la plus brillante et la plus difficile à imiter. On ne saurait croire ce que sont devenus ces chefs-d'œuvre du grand peintre ainsi transportés sur la laine. Et quand on songe que ces trois ou quatre morceaux de tapisserie ont coûté cinq ou six millions ! !

Et quand on songe qu'il y a plus de dix mille communes en France qui n'ont pus un seul maître d'école ! Et qu'avec le prix d'un seul morceau de cette dispendieuse tapisserie , on pourrait faire apprendre à lire à deux cent raille enfans du peuple !

^^©^S^BBsa-

ENCYCLOPÉDIE CATHOLIQUE

La nouvelle de celte publication est assurément la plus importante du mois. Yoici dans quels termes les éditeurs en font l'annonce :

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