‹ L'Écho de la jeune France (volume 5)Chapitre 44 sur 129 · CIIROMQUE DE LA SECONDE QUINZAINE DE JUL · texte numérisé non relu

CIIROMQUE DE LA SECONDE QUINZAINE DE JUL

Encore une quinzaine toute pleine de découragement, de violences et d'indécision. Kicn n'est changé. La polilique intérieure n'a pas avancé d'un pas; elle se traîne toujours sur les bancs de la cour des Pairs, sans le moindre avantage pour la doctrine. Les fauteuils de la justice exceptionnelle continuent à se vider. Les meneurs seuls du procès luttent contre les obstacles à force de violences et d'activité.

Au Palais-Bourbon, la représentation nationale s'apprête à déborder sur toutes les routes; les bureaux de diligences affluent de députés. Après avoir, comme chacun sait, assuré le repos et le bonheur du pays, qu'ont de mieux à faire les rcprésentans, que d'aller se reposer de leurs nobles faligues au sein de leurs départcmens? Le ministère, dit-on, a eu bon marché de leurs voles, cela n'est pas démontré, les fonds secrets n'ayant pas subi de réduction. Mais au fond qu'importe ! un gouvernement qui a placé l'honneur de la France si haut, un gouvernement qui n'agit que d'après ses propres inspirations, sauf toutefois la ratification du conseil britannique; un gouvernement qui doit figurer dans l'auguste réunion de Kalisch, un gouvernement qui n'a à se reprocher, ni usurpation, ni meurtres, ni illégalités, un gouvernement enfin sous lequel nous devons nous estimer trop heureux de vivre, ne peut pas supporter qu'on discute son tarif : tout ou rien. D'ailleurs la France n'a-t-c!!e pas à s'applaudir de ce que MM. Thiers et Guizot veulent bien consentir à se charger d'elle? h quoi bon alors lésiner avec la doctrine.^ voilà ce que les députes se sont dit, et ils ont voté, ils ont voté ! Le ministère, lui, avait sa réponse toute prêle : Clouions au Capi(o!€f dans le cas où la chambre se serait avisée d'être économe dos deniers de ses corameitans.

Ainsi donc, après le vote du budget, la farce représentalive se trouve être à peu près jouée. Seulement on peut s'apercevoir que la session dure enctre aux quelques pêlilions qu'elle se hâte d'étouffer sous ses ordres du jour. Elle aurait probablement cesse d'exister, si la chambre des Pairs n'avait eu à enregistrer les travaux législatifs de l'autre chambre, C'est là toute U\ fouclion de la

nouvelle paîrîc/c'cst une position comme uncautre, c'est celle du moins que' les trois jours lui ont faite, et qu'elle a acceptée. Grand bien lui fasse ! La doctrine qui devait, disait-elle, remonter le moral de la pairie par le procès d'avril, en a clé pour son invention. Les formes brutales de la cour exceptionclle ont encouru la réprobation de tous les partis. Le dix-neuvicmc siècle ne veut pas comprendre que la justice puisse faire traîner devant elle, pieds et poings liés, des hommes à qui elle-même n'a pas d'autres épithètcs à donner que celle d'accusés. Ce serait faire reculer la société un peu au-delà du moyen âge. Aussi la noble cour pourra achever de juger le procès, mais le pays n'aura pas attendu jusque lu pour juger la noble cour.

Au milieu de ces scènes de douleur^ une voie généreuse est venue heureusement se faire entendre. Me Ploque, défenseur nommé par la cour et refusé par les accusés, a conclu à ce qu'aucun débat contradictoire ne puisse s'engager soit à l'égard, soit même en présence de l'accusé Margot, tant que tous les accusés ne scrontpas amenés à l'audience pour y assister jusqu'à la fin des débats, comme le veut la loi. Ces conclusions ont soulevé l'impatience de la cour. M. Martin (du Nord) a répondu qu'il y avait arrêt de la cour ; Me Ploque, que la loi est plus forte qu'un arrêt, et que la loi est formelle. Et pendant que l'iiommc de parti s'appuie sur la nécessité, et que l'homme de conscience invoque la loi, la France entière applaudit à ces belles paroles: «Je parle, messieurs, » comme un avocat, comme un homme à qui la loi dit : Tu prendras tes cliens dans la geôle, tu » les protégeras, tu les défendras jusqu'à ce que tu les aies rendus à la liberté. » Et à celles-ci : «Si la modération est le devoir de l'avocat, le calme est le devoir du juge; et comment préten- » drait-on que la défense est libre, quand l'avocat qui vient attendre son client à cette barre, » Ignore s'il arrivera sauf ou mutilé ! » On ne sera pas étonné que la cour exceptionnelle ait accueilli ces mots par d'innombrables murmures, et condamné à la réprimande celui qui a la gloire tle les avoir prononcés.

Si le Luxembourg met ainsi la robe de la justice en lambeaux , les montagnes de la Suisse ont le bonheur de voir l'héritier présomptif de la couronne de France faire de la pastorale. Peut-être le vainqueur illustre d'Anvers cherche-t-il la solitude, pour rêver plus à loisir aux désappointemens de ses mariages projetés ; l'orlêanisme n'a pas , pour cela , cessé d'être en velléité de matrimonie j il n'y a pas de puissance en Europe sur laquelle il n'ait songé, au moins une fois, à enter quelqu'un de ses nombreux rejetons : l'Angleterre , la Russie , la Prusse , l'Italie , l'Espagne , le Portugal , ont tour à tour dédaigné les insinuations dos Villiaumc politiques. C'est maintenant à la cour de Wurtemberg, que le prince royal va déployer tous les agrêmcnsde sa personne. Nous pouvons prédire d'avance le résultat de cette tentative. Hélas ! pour arracher ses patrons à l'humiliation de tant de refus, M. Dupin a cru devoir écrire une brochure, où il conseille l'alliance de a royauté citoyenne avec la famille de quelque riche plébéien français; pauvre M. Dupin ! vous en serez pour vos frais d'impression. Fi donc ! la royauté , des pavés descendre.... Vous n'y pensez pas.

Le procès la Roncière a pris une face nouvelle, bien qu'il ne suit pas encore entamé. Il y a quinze jours l'accusé n'avait pas encore d'avocat ; à la fin , il vient d'en trouver un qui vaut tous les autres. Celui qui se charge de cette cause difficile est le plus courageux , et peut-être le plus cloquent avocat du jeune barreau. C'est M^ Chaix d'Est-Ange, impétueux orateur, dont la parole facile et brillante a déjà retenti si souvent dans des causes si importantes et si difficiles. D'abord , il avait refusé cette t.lche onéreuse, mais bientôt il a vu arriver chez lui M. de la Roncière le père de l'accusé, un vieillard honorable, homme d'honneur qui porte la tête haute, et qui a si bien parlé pour son fils accusé et avec tant de conviction et avec tant d'énergie et avec tant de cœur, que le jeune avocat a accepté cette défense. Aussitôt que Paris a appris que M*- Chaix d'Est-Ange s'étai^ chargé de cette afl'aire , l'opinion publique a fait volte-face, et l'accusé a paru moins coupable. Voilà où en est l'affaire. Elle sera plaidée, d'un côté, par M. Odillon-Barrot et par M. Berryer le grand orateur, et d'autre côté, par M»- Chaix d'Est-Ange : ce sora là une belle lutte s'il en fut; déjà on se presse aux portes du Palais-de-Justice pour entendre ces trois orateurs, l'honneur du barreau, parler chacun à son tour, dans une cause si difficile et si cachée, mais on dit que l'affaire sera plaidée hlitiis-clos. Grand désappointement pour tous ceux qui aiment les grands drames bien noirs et bien plaides! Ce qu'il y a de sur, c'est que l'audience n'aura lieu qu'à minuit. En cfiet, la victime de cet horrible guet-apcns, M^l^ do Morell , est tombée depuis ce triste jour dans une maladie étrange et funeste, la catalepsie. Cliaquc jour , depuis quatre heures du matin jusqu'à minuit, la pauvre jeune fille est en proie aux secousses de cet horrible mal. Son œil se ferme, son pouls s'arrête, son cœur ne bat plus ; elle n'a plus ni mémoire, ni souvenir, ni sentiment, on la dirait morte ! Mais aussitôt minuit venu, voilà l'cnfaul qui sort de son horrible sommeil, le ro-

gard lui revient , la pensée lui revient , la mémoire aussi , le sentiment aussi ; c'est presque la jeune fille d'il y a six mois avant l'horrible attentat quand elle jouait dans le salon de son père; alors Mlle de Morell se rappelle tout ce qu'elle a souffert , alors elle reconnaît son meurtrier, alors elle élève la voix pour demander justice : on dit que c'est là un spectacle admirable et louchant î Et figurez-vous celte belle jeune personne ainsi désolée, devant ses juges , à minuit , demandant justice , et devant elle celui qu'elle accuse, en le montrant du doigt , et derrière elle deux grandes familles du royaume qui rappellent par leurs ressentiments, les haines invétérées des Capulets et des Montaigu.

Quant à la politique extérieure, elle est toujours dans la même atmosphère d'irrésolution. On interviendra, on n'interviendra pas; telles sont les questions qui ne cessent de s'agiter et auxquelles personne, pas même le ministère, ne peut donner une solution quelconque. D'abord il était anêté que la France fournirait les hommes, et l'Angleterre l'argent; puis, que les armemens se feraient simultanément dans les deux états respectifs; puis, que l'intervention était abandonnée ; puis, qu'elle était reprise et qu'on enverrait en Espagne le corps d'étrangers que nous avons en Afrique, à la léte duquel on plaçait le général Desmichels; puis, enfin, la mort du brave Zumalacarréguy est venue et a tout jeté dans l'indécision. Maintenant, on attendra pour prendre un parti, si toutefois on en prend un, de savoir l'eflet qu'aura produit sur la population espagnole la perte du premier capitaine de Charles V. Ce malheureux événement n'a pas manqué de relever les espérances des doctrinaires. Il est probable que le ministère Toréno qui, en Espagne, avait succédé au ministère sans couleur de Martinez délia Roza, va céder sa place à celui-ci.

Qu'on dise maintenant que la doctrine a jeté de profondes racines dans les pays où elle a cherché à s'établir. Voyez le Portugal, un volcan; la Belgique, un volcan; l'Espagne, un volcan; la France, un volcan; partout où la doctrine se montre, on est sur qu'il s'y forme un brasier souterrain qui ne doit pas larder à l'engloutir. C'est qu'on ne gouverne pas les hommes avec une idée qui, pour s'appliquer îi tout, ne s'applique à rien. D'autres partis s'agitent, mais ils ont du moins un principe arrêté, personne n'ignore ce qu'ils veulent; mais la doctrine, elle semble n'avoir à tâche que de profiter des désordres qu'elle-même a soin de fomenter.

Conclusion : un gouvernement est bien misérable quand il est obligé de spéculer sur la mort d'un homme, et de calculer le degré d'influence que cette mort peut lui procurer.

Encore un suicide à enregistrer ! Et celle fois la viciimc n'est pas un de ces infortunés vulgaires à qui l'on peut donner un regard distrait. Un des plus grands peintres de l'époque, le baron Gros, vient d'être retiré de la rivière, près Meudon. Les causes de cette résolution désespérée ne sont pas pleinement connues. P. S.

RODOLPHE DE FRAXCOIV.

Chez Eugène Rendoel, rue des Augustins, à Paris.

Rodoljihe de Francon. — Chez Eugène Rcnduel , rue des Augustins, à Paris.

Parmi la foule des romans nouveaux récemment publics, neus avons remarqué Rodolphe de Francon^ ouvrage qui appartient évidemment à l'école historico-religieuse de Manzoni. C'est dans le Dauphiné, vers la fin du seizième siècle, que l'auteur a placé la scène : le célèbre Lesdiguières y apparaît sur le second plan. Mais au moment oîi commence le roman, la guerre civile est éteinte ; les lois, si long-temps suspendues, commencent à reprendre leur empire, et le terrible chef des Huguenots, déjà catholique à demi, n'est qu'un gouverneur de province, puissant et redouté sans contredit, mais qui pourtant a reconnu un maître et ne le braverait pas impunément. Celte position un peu équivoque offre pourtant des tableaux intéressans, des aperçus pleins de profondeur.

Le héros du roman , Rodolphe de Francoji, imite en petit les actes arbitraires et les tyranniques violences de Lesdiguières. Il va plus loin. Il se laisse pousser au crime par une passion coupable, et par les perfides suggestions de sou écuyer. Il lue uu de ses vavassours dont il épouse ensuite la femme.

Yeuu à Grenoble pour assister au second mariage de Lesdiguières , Francon se trouve

amené par hasard dans l'église cathédrale où prêche l'illustre évoque de Genève, François de Sales. Une foudroyante sortie du saint prédicateur contre l'adultère et la violence terrasse le malheureux Rodolphe, qui se jette à genoux, en implorant la miséricorde divine L'auditoire s'émeut : François de Sales se hâte de le calmer, descend de la chaire, entraîne Francon par une porte secret- .t le conduit au couvent voisin. Là , les douces paroles de l'homme de Dieu font rentrer l'espérance dans ce cœur flétri , et changent en un repentir chrétien le désespoir qui le consumait.... Rodolphe quitte la France, après avoir laissé toute sa fortune à celle qui fut sa victime. Il arrive à Rome, où le cardinal grand-pénitencier lui donne l'ahsolution et lui impose le voyage de la Terre-Sainte. Puis il meurt assassiné par une troupe de bandits , au nombre desquels est ce même écuyer, l'auteur de son crime et de ses infortunes.

Yoilà la courte analyse de cet ouvrage qui se recommande par la couleur brillante et vraie des descriptions, et par le contraste varié des caractères. L'héroïne du roman est une création charmante. Le crétin Jeannot, personnage tout local , nous paraît un type neuf et heureux. Maif nulle part l'auteur n*a montré tant de talent que dans le portrait de Saint François de Sales, qu'il fait parler et agir en véritable précurseur de Fénelon.

On peut reprocher à l'action de se nouer un peu lentement, et au héros du roman de devenir trop odieux par son crime bas etlàche. Mais il parait que l'auteur était enchaîné sur ce point par une tradition locale.

En résumé, cet ouvrage nous paraît se placer au-dessus des romans ordinaires par l'inlérêt qu'il excite, et plus encore par l'effet moral qu'il produit.

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