CHROXIQUE DE LA PREMIÈRE QLIXZAIXE DE JUILLET
C'est toujours par les événcmcns dont l'Espagne est le lliéâtre, par les scènes de violence et les semblans de justice du procès d'avril , que l'attention du monde politique est absorbée.
Les dernières lignes de notre dernière Chronique annonçaient la mort de Zumalacarreguy , et l'espace nous manquait pour déplorer ce trépas glorieux, qui venait de clore une glorieuse, mais trop courte existence. Zumala vivait retiré à Pampelune , quand la nouvelle de la mort de Ferdinand arriva dans la capitale de la Navarre; ce fut un soir, qu'en rentrant, il vint dire aux siens que Charles V était roi d'Espagne , que tout Espagnol devait prendre les armes pour le faire proclamer; et ce dut être une belle scène digne des temps antiques que ces adieux de Zumala saisissant sa vaillante épée, que toute cette famille attentive aux paroles du grand homme qui allait bientôt se révéler à l'Europe.
Il y a deux jours , venait l'anniversaire de la journée où Charles Y, qui avait traversé la France avec l'un des braves officiers de noire ancienne garde royale, se présenta pour la première fois à la petite armée de Zumala : alors. Dieu aidant et la bonté de leur cause, le roi d'Espagne et son général virent accourir autour d'eux de nombreux soldats; et, dans le court espace qui était donné à ce dernier, que de grandes choses et de grandes actions! Cinq généraux usés par ses armes, la terreur et la désorganisation portées au sein du gouvernement qu'il combat , l'usurpation espagnole contrainte d'appeler l'étranger à son aide ! On a dit avec raison que depuis long-temps, dans aucun pays, dans aucun parti, aucun homme ne s'était placé aussi haut que le généralissime des troupes de Charles V. L'éloge même des ennemis de sa cause n'a pas manqué à sa tombe; pendant que le lendemain de sa mort le roi qu'il avait si courageusement servi lui prononçait, à la vue de Bilbao assiégé, une noble et belle oraison funèbre, en disant à son armée: « Je viens parmi vous pour « mêler mes larmes aux vôtres, et pour déplorer la perte de celui que nous aimions tous; » puis , se rappelant que sa cause n'est pas de celles qui périssent de la mort d'un homme , si grand qu'il puisse être, Charles V a pu ajouter : « Braves soldats, défenseurs de mes justes droits, je me « place à votre tête; votre souverain vous conduira au combat , et, à vos côtés, il vaincra où il « périra. » Peu de jours après, le siège de Bilbao était abandonné pour un plan de campagne plus vaste. Ituralde continuera d'occuper la Navarre , pendant que don Carlos ot Moréno s>'avancerontdans la plaine.
Après ces quelques lignes consacrées au récit des gloires do l'Espagne , il est pénible d'avoir à rappeler le rôle que notre gouvernement a fait jouer à la France dans les misérables négociations de la question espagnole. Là, comme toujours, on a marché au hasard , changeant de direction à toutes les impulsions qui ont pu venir du dehors , s'inciulélant peu de fouler aux pieds , dans cette marche incertaine et chanc(>lante , et les principes qu'on avait invoqués en d'antres temps , et le droit des gens, et l'honneur du pays.
Au mépris de ce principe de la non-intervention que le cabinet des nouvelles Tuileries a tant de fois revendiqué, au mépris du principe même de la souveraineté populaire, qui veut apparemment que toute nation soit libre de choisir son roi, on avait eu des velléités de guerre; on aurait fait entrer une armée en Espagne, si les puissances du Nord n'avaient opposé leur veto aux pensées belliqueuses de la doctrine. A leur voix , l'inlerv» ntion était devenue une quasiintcrvenlion; on se contentait d'envoyer des bandes de volontaires qui devaient trop bien rappeler
les reitres et les condottieri du moyen-âge ; ou se contentait de vendre au gouvernement espagnol cette légion étrangère , qui s'est faite française en versant son sang pour la France sur les côtes d'Afrique.
Peu importait encore à la doctrine que la civilisation parût ainsi rétrograder aux temps les plus barbares du moyen-5gc; peu lui importait que , dans le trafic qu'elle faisait de la légion étrangère, la dignité de l'homme, les droits de l'hospitalité fussent étrangement méconnus. Il est heureux pour nous qu'après avoir pris son parti , cette fois encore, sur la violation des principes de justice et de dignité qui font la vie morale des sociétés , on semble maintenant s'arrêter devant des obstacles d'une autre nature qui paraissent se rencontrer: toujours est-il que le Moniteur se garde d'insérer les circulaires du préfet de la Seine qui faisaient un appel aux enrôlemens; toujours est-il que le ministère de la guerre rétracte les circulaires qui avaient eu l'audace d'en parler à l'armée; toujours est-il enfln que les quelques volontaires qui songeaient à s'engager sous les bannières de Christine se promènent de l'ambassade d'Espagne, qui n'a pas reçu d'instructions, à l'intendance militaire, et de l'intendance militaire, qui n'a pas reçu d'ordres, à l'ambassade d'Espagne. Quant à la légion étrangère, elle est toujours à Alger; on dit toujours qu'elle refuse d'abandonner le service de la France , qu'elle ne veut pas déchirer sa cocarde et son drapeau; et peut-être le ministère pourra-t-il placer ses incertitudes et ses peurs sous la protection des sentimens de dignité dont les réfugiés politiques lui donneraient l'exemple.
Pour achever le tableau des variations de la politique doctrinaire sur la question espagnole, il faut ajouter que celte question a suscité de vifs et nombreux dissenlimens dans le conseil; qu'il y a eu, cette fois encore, des comédies de portefeuilles offerts à la pensée immuable et rendus par elle; que c'est pitié de voir , enfin, au milieu de quelles divisions intestines, de quelles mesquines combinaisons se traitent et se discutent les aflaires de la France.
Une pensée qui nous frappe en arrivant au procès d'avril, c'est que le procès a éprouvé les mômes destinées que la question d'intervention. Le ministère a même force et même bravoure contre les partis et contre l'étranger. Comme les projets de guerre du gouvernement, cet immense complot que l'éloquence ministérielle avait évoque si souvent dans les discussions législatives, cet immense complot qui avait demandé quinze mois d'instruction, s'est évanoui aux dernières audiences dans un réquisitoire de M. Martin ( du Nord ) et dans un arrêt de la cour : plus de bataille rangée contre la république ; on jugera séparément les diftérentes catégories d'accusés, en commençant par les accusés lyonnais : ce n'est pas tout; la résistance de quelques uns des accusés qu'on avait pu jusqu'à présent traîner aux débats, étant devenue plus énergique, ces accusés, on demande qu'ils soient jugés absens, qu'ils soient jugés sur pièces, jugés comme Fouquier- Tinville a jugé Danton et Camille Desmoulins. Aujourd'hui la cour délibère sur ces nouvelles propositions; mais tout donne à penser qu'entraînée dés l'origine du procès dans les voies de l'arbitraire et de l'illégalité, elle s'inclinera devant cette étrange jurisprudence que depuis long-temps le système impitoyable veut lui faire subir.
IVous devons dire encore quC; dans la quinzaine qui Onit, la cour et le parquet ont eu de pénibles audiences à supporter: nous avions vu de nouveau des accusés interpeller leurs juges en leur rappelant qu'il se trouvait des hommes parmi eux qu'ils pourraient saluer du nom de frères et cousins. On a parle d'agens provocateurs qui auraient paru dans les premiers instans des mouvemens de Lyon, pour ne se retrouver plus lard que sur les bancs des témoins à charge: nous avons vu juges et accusés se renvoyer du banc des accusés aux hôtels ministériels la terrible responsabilité des malheurs de l'insurrection : singulières représentations judiciaires, et qui pourraient discréditer la majesté sainte de la justice elle-même, si l'esprit public ne savait pas remonter à leurs causes.
Mais où va donc le mondc,'qui semble ainsi emporté dans un tourbillon de misères et de folies ? la France marche-t-elle sans retour vers les abîmes? ou plutôt sur cette route semée d'écueils et de périls qu'on nous fait parcourir en portant plus haut nos regards, ne voyons-nous pas des lueurs d'espérance se lever à l'horizon? Oh oui, nous en avons la ferme confiance, au travers de ces tristes spectacles qui nous sont donnés, toutes les grandes institutions et les grandes choses se relèvent et se réhabilitent, les sentimens sociaux, les vérités sociales reprennent leur empire.
Que les derniers partisans d'une philosophie qui se meurt murmurent encore d'une voix éteinte que le catholicisme n'est pas la source la plus féconde des nobles actions, et de tout ce qui est beau et généreux. Certes l'Espagne proteste noblement contre ces impuissans démenlis donnés aux souvenirs du catholicisme : quelle nation dans nos temps modernes a gardé un courage plus ferme, une constance plus éprouvée que cette nation espagnole, qui a gardé le plus intacte aussi la foi de
SCS pcrcs? Le premier entre tous les peuples d'Europe, ce peuple sait résister à nos armes longtemps victorieuses, et le premier encore, c'est lui qui se lève contre l'invasion révolutionnaire qui veut lui enlever ses vieilles lois, ses vieilles franchises, le séparer violemment de son passé; et croyez-vous que d'autres principes sociaux ne sont pas' vengés par les annales judiciaires de la cour des pairs, comme les idées religieuses par la gloire du peuple espagnol !
Pourquoi donc , à quarante années de distance, voyons-nous reparaître, avec les d fférences que les mœurs des temps ont pu faire, les odieuses procédures des tribunaux de la révolution? Pourquoi la cour des pairs a-t-ellc vu souvent invoquer contre ses actes et ses arrêts de cruels et affreux souvenirs? Pourquoi maintenant, comme nous le disions tout à l'heure, est-elle à la veille de juger d'après le code de Fouquier-Tinville? Pourquoi, si ce n'est que la violence est une triste nécessité imposée par les lois sociales aux pouvoirs révolutionnaires, faut-il qu'ils se coiffent d'un bonnet rouge, où qu'ils se parent d'un manteau royal et d'une couronne : vingt années d'une première révolution nous avaient appris où se trouve pour la France le principe de l'ordre et de la prospérité; cette fois nous comprendrons plus facilement sans doute, obligés que nous sommes de repasser par l'ornière déjà parcourue , les sévères leçons que les cvénemens nous apportent.
En terminant, nous parlerions encore du drame qui s'est donné en cour d'assises, grave enseignement aussi qu'ont reçu la littérature et les mœurs de notre époque; nous chercherions à reproduire les émotions qui ont fait palpiter tout Paris pendant huit jours, si nous ne pensions pas que la publicité ne s'est déjà emparée que trop long-temps de cette horrible histoire, que les échos de la presse n'ont que trop répété le nom d'une jeune fille et les douleurs d'une famille éplorée : justice est faite maintenant, et le moment est venu de laisser aux soins et aux embrassemens de sa mère la victime d'un crime affreux; le moment est venu de la plaindre en silence, en demandant poup elle seulement quelqu'avenir de bonheur qui lui soit une compensation du malheur qui l'est venu frapper si jeune , si belle et si pure.
ÎV'oublions pas, enfin, que le jury parisien vient de rendre un verdict empreint d'une sage intelligence de la situation que les événemens ont faite au pouvoir : la Quotidienne , la Gazette de France, la France, comparaissaient devant lui sous la prévention des articles relatifs à la déclaration royaliste : le jury a consacré par un acquittement le droit qui existe sous l'empire de la constitution de 1830, de discuter le principe du gouvernement. J.
P. S. Vingt-huit des prévenus d'avril viennent de s'évader de la prison de Sainte-Pélagie, I'uq d'eux a adressé au Messager la lettre suivante :
« Banlieue de Paris, dimanche 12 juillet, onze heures du soir.
o Monsieur le rédacteur,
« Occupé aujourd'hui j depuis cinq heures du soir jusqu'à neuf, à percer la dernière croûte du souterrain par lequel nous nous sommes évadés, il m'a été impossible d'apposer ma signature à la déclaration que mes amis doivent vous faire remettre en quittant Sainte-Pélagie et dont j'ai connu le projet.
M Je vous prie, monsieur, de publier cette note mardi soir comme une adhésion pleine et entière de ma part à l'ultimatum des accusés d'avril de la catégorie de Paris. Mercredi malin je serai hors de l'atteinte de la police Gisquot qu'il est si facile de mettre en défaut, malgré ses énormes budgets.
« Agréez» etc. Landolphe , accusé d'avril.
Dans les doux numéros précédens nous avons annoncé un grand ouvrage , r Encyclopédie Catholique, dont la nouvelle a réveillé partout l'enthousiasme et la foi. iJ Introduction qui a paru dans le dernier numéro de la Jeune France vient d'être réimprimée à 200,000 exemplaires avec une première liste.de 50 collaborateurs qui ont déjà pris l'engagement positif de travailler à ce livre. Cette Introduction a été adressée à tous les curés de France avec la circulaire suivante;
Monsieur le Curé ,
Celte lettre a pour objet de soHiciler voire suffrage et votre concours à la grande Encyclopédie catholique que nous allons enfin publier sous les auspices du clergé de France et sous la direction d'un comité d'ecclésiastiques , cbarp:é spécialement de veiller à ce qu'il n'entre rien dans ce i^rand ouvrage qui ne soit orthodoxe. Entièrement basé sur la foi , ce répertoire aura spécialement pour but de battre en ruinç tous les systèmes des encyclopé-
distes , pbîlosophistes , déistes, scliismatiques , hércsiarqu.^s , etc., qui jusqu'à ce jour se sont faits les antagonistes de la doctrine chrétienne.
Dans ce livre seront résumés et analysés tous les travaux des philosophes , écrivains ou autres qui ont combattu pour le triomphe de la vérité. Il renfermera les paroles de Jésus- Christ et de ses Apôtres ; les pensées des Pères , les décisions des conciles , la vie des saints personnages qui ont illustré l'Eglise romaine depuis son commencement jusqu'à nos jours ; l'histoire des sectes qui l'ont troublée, des princes qui l'ont persécutée, ou dont le sage pouvoir l'a protégée ; la description de toutes les cérémonies; l'explication des termes employés dans la chancellerie romaine ; des détails géographiques sur les pays où les bienfaits du Christianisme se sont étendus , c'est-à-dire sur l'univers ; des notices sur les souverains pontifes, les plus célèbres princes de l'Eglise et sur les prêtres révérés, sur les chefs d'ordres; enfin sur tout ce qui se rattache, de près ou de loin , à la seule doctrine qui puisse mener l'homme à une noble fin.
Il est à souhaiter. Monsieur, que, guidée par le zèle éclairé des pasteurs, chaque paroisse possède cet ouvrage ; il satisfera à tous les besoins intellectuels des populations chrétiennes qui , sûres d'y trouver des notions exactes et complètes sur les connaissances universelles, lui donneront bientôt la préférence sur toutes ces publications , périodiques ou non périodiques, infectées de matérialisme et de maximes irréligieuses qui tendent à briser tous les liens sociaux.
En efifet , ce livre est publié pour tenir lieu de toutes sortes de dictionnaires des langues, de législation, de statistique , d'histoire , de biographie, de géographie , d'économie rurale et domestique, d'agriculture, d'horticulture, d'industrie, de botanique , de chirurgie et de médecine , de marine , de commerce , des] sciences et des arts , de mathématiques , des arts et métiers , etc., etc
La première liste des collaborateurs de tous genres qui ont bien voulu s'associer à nos travaux, suffirait sans doute pour répondre de l'avenir de notre œuvre, envisagée sous le double point de vue moral et matériel ; mais, outre que cette liste sera augmentée de plus de cent noms connus, pour ne laisser aucun doute sur la nature de nos intentions et sur l'esprit qui nous anime, nous déclarons formellement qu'aucun article ne sera admis à faire partie de V Encyclopédie catholique qu'il n'ait été, avant tout, examiné par les respectables ecclésiastiques qui composent notre comité d'orthodoxie.
Ainsi, fort de nos intentions et de notre zèle ardent pour la propagation des saines lumières , nous osons espérer. Monsieur, que vous voudrez bien nous accorder votre suffrage et concourir au succès du plus beau monument religieux , littéraire et scientifique que la piété ait jamais élevé à la gloire du Catholicisme.
J'ai l'honneur d'être , avec respect , etc.
Le mode de souscription, qui fait participer les 2500 premiers souscripteur dans les propriétés et les produits de 1 entreprise , a été accueilli avec une faveur telle qu'il a été mis en usage immédiatement pour la publication d'un nouveau journal destiné aux enfans , qui paraîtra à la fin du mois et dont on fait l'annonce en ces termes.