DU PRÈÏRE DANS SES RAPPORTS AVEC LA LIBERTE CIVILE
BÈUXIÈMB ARTICLE,
Où l'on démontre que le prêtre a été le gardien de la liberté civile.
L'esclavage est , ainsi que nous l'avons vu , l'aumône des peuples non chrétiens, et à ce titre, il acquiert chez eux une légitimité à la fois incontestable et permanente. Les nations les plus civilisées de l'ancien monde reconnurent donc à l'indigent un droit qu'il possède encore à la côte de Guinée, le droit d'aliéner sa propre liberté, le droit de vendi'e ses enfans, et en cela elles se montrèrent humaines. Quand les mœurs et les institutions ne peuvent offrir au prolétaire d'autre garantie d'existence qu'un dernier appel à la cupidité du riche , elles seraient plus qu'impuissantes, elles seraient atroces, si elles le lui refusaient. Rome autorisa cet appel , et lorsque la victoire eut multiplié les esclaves étrangers, au point de détruire la valeur vénale de l'homme, l'état fit enfin un effort, et il accorda , aux frais du public, des fers à quiconque ne put trouver un acheteur.
Cependant, à mesure qu'une civilisation toute matérielle faisait de nouveaux progrès, et que les richesses s'accumulaient dans la cité impériale, le paupérisme s'y développait avec une égale rapidité. La classe moyenne disparut , et bientôt il n'y aurait eu dans Rome que des millionnaires et des esclaves, si les premiers empereurs, afin de sauver les restes de la population libre, n'eussent distribué les blés de l'Egypte et de l'Afrique aux familles pauvres qui ne s'étaient point encore vendues. Ce fut la charité légale de l'époque, une taxe payée par le monde à la misère de ses vainqueurs, le seul butin resté après tant de conquêtes. L'invasion de la servitude se ralentit alors, mais le pain d'une oisiveté héréditaire dégrade toujours ceux qui le reçoivent, et la postérité des Scipion et des Fabius, vicieuse comme si elle eût été riche, asservie comme si elle eût été indigente, devint en masse la propriété du César qui daignait la nourrir.
Ces largesses locales ne firent ri*în pour la dignité du pauvre, et , partout méprisé, partout avili, il demeura ce qu'il est partout où ne prédomine point la charité catholique, un moyen terme entre le riche et la bête de somme. Aussi le monde païen fut-il frappé de stupeur lorsqu'il entendit parler pour la pre-^ mière fois des disciples du Christ, de ces insensés qui soulageaient les seules misères répudiées par la servitude, la misère de l'esclave devenu inutile à son maître, la misère de l'enfant abandonné par sa famille. Incapable de comprendre im pareil dévouement, incapable surtout d'en deviner les futures conséquences, le peuple romain poussa la folie jusqu'à n'y voir qu'un acte d'hostilité contre l'espèce humaine. Oui, les chrétiens primitifs furent traités en ennemis de leurs semblables; ce nom leur fut donné, et cette étrange épithète ne leur vint pas comme une de ces injures officielles qui récemment encore transformaient le vendéen en brigand, et que la conscience publique renvoyait à leurs auteurs. Elle FRANCE, 1«; AOUT 1835. 3« ANNÉE. TOME 3. N^ 10.
était l'expression d'une pensée populaire, d'une pensée que la création d'une société nouvelle allait rendre aussi fausse que long-temps elle avait été vraie.
L'économie politique n'est point une découverte moderne. Ce n'est pas seulement aujourd'hui que l'on s'occupe des lois de la population, et que l'on s'efforce de la refouler en dedans des limites de la subsistance. Avant que le protestantisme n'eût fait du précepte croissez et multipliez un châtiment anticipé de la révolte de nos premiers pères, avant que les économistes anglais n'eussent convié le prolétaire aux stériles joies d'un célibat impur, avant qu'ils n'eussent demandé la suppression des hospices, les économistes païens avaient dit les mêmes choses, mais avec plus de franchise, parce que le catholicisme n'était point là pour les faire rougir de leur inhumanité. Les ims voulaient avec Platon que l'on fit avorter les femmes enceintes, quand le cadre des citoyens était rempli ; les autres, avec Aristote, que l'on étouffât les enfans dont les membres débiles annonçaient des consommateurs^ et ne promettaient pas des producteurs. Tous enfin, ils s'attachaient avec un soin extrême à limiter l'essor des générations naissantes, et s'ils tenaient tant à la conservation de l'esclavage, c'est qu'ils connaissaient sa double mission. Il empêche d'abord de naître, et puis il assassine.
Or, les enfans sauvés par les chrétiens, les esclaves qu'ils rendaient à la santé, les vieillards dont ils soulageaient, et par conséquent, ainsi que le dirait un économiste moderne, dont ils prolongeaient les souffrances, devenaient un fardeau que le paganisme ne se sentait point la force de supporter. Heureusement pour le monde, pour la société païenne elle-même, l'ineffable charité des chrétiens naquit comme la Minerve de la fable, tout armée. Elle se révéla pleine, entière, parfaite, avec cette organisation sans laquelle, au lieu d'être un bien, elle ne serait trop souvent qu'un mal. Le prêtre vint au monde avec elle, et c'est chose merveilleuse que de les suivre dans leurs rapports et dans leurs progrès.
A peine les premiers chrétiens ont-ils jeté les fondemens de la société nouvelle, que de nombreuses offrandes déposées aux pieds des apôtres sont distribuées par les diacres aux membres souffrans de Jésus-Christ. Dès lors apparaissent les conditions du développement normal de la charité évangélique, conditions qui font sa force, et qu'elle ne peut méconnaître sans tomber dans le néant social de la philanthropie. Le riche donne, mais le pauvre ne reçoit rien de lui, car le don s'adresse à Dieu, et c'est Dieu lui-même qui par l'organe de ses ministres séparera les misères véritables des misères fausses ou factices, afin que d'une part l'aumône ne puisse dégrader, et que de l'autre elle puisse suffire. Grâce au prêtre, nul besoin n'échappera aux secours que la Providence a préparés, mais aussi, grâce au prêtre, ces secours arriveront au vice accompagnés de sévères avertissemens, et l'imposture ne les obtiendra qu'avec peine, lorsqu'elle ne sera qu'oisiveté, et que les besoins véritables ne pourront épuiser les biens qui leur sont réservés. Grâce encore au prêtre, le superflu aura partout un dépositaire naturel, et grâce encore à lui, il n'existera aucune douleur assez secrète pour qu'elle n'ait un confident. Car le prêtre ne peut humilier personne, lui qui n'est le bienfaiteur de personne, lui qui n'est que le canal par lequel passent les bienfaits de tous. S'il prétendit quelque reconnaissance, celle qu'il réclame, la seule à laquelle il ait droit, est une reconnaissance d'amour- Aimez le maître qui vous l'envoie, aimezle lui-même, et votre dette est payée. Priez pour lui, et il devient votre débiteur.
Ainsi, il y a division dans le travail de la charité véritable. Le laïque donne, sollicité par sa conscience, excité par le prêtre. Celui-ci distribue, et le pauvre bien souvent ignore jusqu'au nom du riche dont il recueille les bienfaits. Car la charité à sa pudeur, elle aime le secret, et elle respecte celui de la pauvreté, afin de ne pas trahir le sien. Cependant, donnez au prêtre une femme, des enfans, et il ne pourra plus remplir sa glorieuse mission, et la charité se desséchera dans sa source^ parce qu'elle cherchera vainement des hommes en qui elle ait confiance. Qu'on ne s'y trompe pas : elle ne peut rien si elle n'est administrée, et sa main se ferme dès qu'elle n'a plus dans le désintéressement de ceux qui l'administrent cette foi entière, absolue de position, que lui inspire le céhbat du prêtre. Le protestant et l'incrédule qui déclament avec une si plaisante colère contre la plus sociable des institutions de l'église, devraient se souvenir que peut-être aujourd'hui ils seraient encore de misérables esclaves, sounns aux caprices et au fouet d'un maître, si le sacerdoce catholique n'eût conquis la liberté de leurs aïeux en renonçant aux liens de la famille.
Partout où pénétraient les apôtres, la charité cathohque, dirigée, excitée, soutenue par le prêtre, devenait un gage de liberté pour les nouveaux convertis. Ce gage n'était pas une distribution faite au hasard, et devenue un privilège héréditaire, car celui qui pouvait travailler donnait et ne recevait point. Mais vieux, infirme, malade, il était secouru à son tour, et quand il mourait, ses enfans, adoptés par l'Église, grandissaient libres. Que si une communauté chrétienne se trouvait surchargée de pauvres, l'évêque faisait un appel aux autres évêques, et recevait le pain qui manquait à son troupeau. Ainsi, et dès le commencement, les chrétiens se firent solidaires de leur mutuelle hberté, et bientôt l'œuvre de la charité s'étendant au dehors, les païens eux-mêmes commencèrent à s'apercevoir qu'un païen pouvait tomber dans l'indigence sans tomber dans l'esclavage.
Si les chrétiens prodiguaient leurs premières aumônes aux chrétiens , et si parmi les chrétiens eux-mêmes , ils faisaient de la charité une prime accordée à la vertu, en donnant aux meilleurs une éclatante préférence, néanmoins ils ne rejetaient aucmie misère, et leur main s'ouvrait pour tous. Ainsi, à chaque nou veau progrès que faisait le christianisme , l'esclavage perdait une partie de sa valeur sociale , puisque sous sa forme d'aumône , il était remplacé par l'aumône véritable. Celle-ci n'amena d*abord qu'un petit nombre d'afiranchissemens, mai;» elle empêcha la servitude de s'étendre. Les lois adjugeaient les enfans abandonnés et les esclaves délaissés à quiconque voulait les recueillir. Les chrétiens assurèrent la liberté aux uns et aux autres, et le pauvre vahde leur dut encore la sienne , car il le soignèrent dans ses maladies , et le nourrirent dans les temps de disette gratuitement, en frères qui partagent ce qu'ils ont avec des frères. Le simple fidèle ne repoussait aucun des malheureux qu'il rencontrait sur sa route, mais il savait aussi qu'une charité collective pouvait .seule assurer à l'indigence cette contiuuité de secours qui est l'essence même des institutions vraiment sociales. Chaque église eut donc sa caisse générale où se versaient les oftrandes du riche, avec l'obole de la veuve, et cette caisse, créée et rcmphe par la parole du prêtre , était placée sous son inspection immédiate. Alors il se montra dans toute sa majesté , et le monde sut enfin ce qu'est le prêtre. Intermédiaire entre Dieu et l'homme , il fut aussi l'intermédiaire entre le riche et le pauvre , le représen-
tant de celui-ci auprès de celui-là , de celui-là auprès de celui-ci. Dès lors la charité ne se dissémina plus en actes isolés ; elle eut cet ordre , cette mesure , cette prodigalité et cette parcimonie qui constituent sa puissance. Otez-lui le prêtre, et que sera-t-elle ? une taxe des pauvres si la loi s'en mêle^ ou bien im détestable gaspillage.
Cependant le catholicisme continuait à travers les persécutions sa marche triomphante , et l'action libératrice de son sacerdoce se manifestait de plus en plus. La législation , toute paienne qu'elle était encore , finit par s'apercevoir de ce mouvement social , et elle perdit quelque chose de son atroce sévérité envers les esclaves. Comme ils devenaient moins dangereux à mesure qu'ils cessaient de se recruter parmi les citoyens , elle commença , cent trente-huit ans après la naissance du Sauveur, à soupçonner qu'après tout ils pouvaient bien appartenir à l'espèce humaine, et Adrien enleva aux maîtres le droit de vie et de mort qu'ils avaient conservé si long-temps. L'esclave devint justiciable des tribunaux ordinaires, et ce fut la première victoire légale de la liberté civile.
Enfin les persécutions cessèrent. Constantin monta sur le trône, et la charité catholique, sortie des ténèbres où elle se cachait auparavant , couvrit le monde chrétien de ses institutions. Alors son énergie redoubla , d'une part à cause des richesses plus grandes que possédaient les chrétiens ; de l'autre , parce qu'elle jouissait enfin d'une sécurité absolue. Les fondations destinées à secourir avec les misères présentes ou prochaines les misères des générations futures commencent à cette époque. Dans la fortune publique, le pauvre a sa part, son héritage, l'héritage de l'orphelin pendant qu'il est orphelin, du malade pendant qu'il est malade. Animés d'une sainte pri' voyance, les chrétiens lui donnent sans cesse; ils l'enrichissent à l'envi, dans la personne du prêtre; car le prêtre, c'est le pauvre, et c'est à lui, à Jésus-Christ, en lui, qu'ils offrent leurs présens. Il se fait comme une croisade universelle contre les soutTrances de l'humanité; les hôpitaux .sont inventés, et l'enfance, la vieillesse, les infirmités passagères ou permanentes ont leur champ d'asile, leur lieu de repos. Elles sont devenues sacrées, et l'indigent se redresse avec orgueil devant le prêtre , car il a appris du prêtre que lui aussi est un homme.
Déjà l'ouvrier libre n'a plus à redouter l'esclavage , et l'esclave lui-même a âéjà sa part dans les bienfaits de la loi nouvelle. Maintenant que les peuples sont chrétiens, le prêtre invoque l'indissolubilité des liens du mariage, et le mari ne sera plus vendu sans sa femme , sans ses enfans, et le servage existe en germe. Or le servage , c'est l'initiation de l'esclave à la liberté. Maître de son pécule quand il est serf , il apprendra par une douce expérience à connaître le prix du travail , car s'il est encore une propriété , il a cependant des propriétés , un troupeau , une récolte , les meubles de sa chaumière , qu'une légitime industrie accroîtra pour lui, et non pour un autre. Il perdra donc dans le servage son ancienne et brutale imprévoyance, il deviendra actif et économe, et quand l'œuvre de son émancipation sera achevée , lorsque le salaire viendra remplacer le pain de la servitude , il aura acquis les hatitudes et la noble indépendance du citoyen. Sa gloire sera de se suffire à lui-même , et il n'acceptera les secoms de la charité que dans des circonstances exceptionnelles , qu'autant qu'il ne pourra s'en passer. Ainsi elle pourra soutenir le fardeau de la liberté de tous , parce que tous conspireront pour alléger ce fardeau. Mais jusque-là , le prêtre ne provo-
quera point avec une aveugle imprévoyance ralFranchissenient des esclaves, car un instinct divin lui a révélé l'impuissance de la charité , tant que l'éducation de l'esclave est encore incomplète. Cette éducation, il la fera, et le catholicisme enseigné, expliqué par lui de génération en génération, fera descendre dans toutes les intelligences l'amour de l'ordre et d'une honorable activité avec l'amour et la science du Dieu vivant.
Toutefois le sacerdoce n'attendra point que le servage soit régulièrement organisé pour améliorer la condition des esclaves. Tout d'abord il se constituera leur défenseur, et les maîtres chrétiens trembleront en apprenant de lui que les pleurs de l'esclave injustement puni ou traité avec rigueur appellent sur ceux qui les font couler la vengeance du père commun. Le travail forcé perdra ainsi son âpreté, et une abondance inconnue auparavant lui servira de salaire. Enfin viendront les fêtes qui multiplieront les jours de repos, et par un de ces merveilleux artifices dont le catliolicisme possède seul le secret, le genre humain retrouvera sa liberté perdue sans secousses politiques, sans efforts, presque sans en avoir conscience, et presque sans y attacher de prix. D'une paît, l'esclave travaillant moins, et consommant davantage, ne donnera plus au maître les mêmes bénéfices, et par conséquent la cupidité de celui-ci ne prentira qu'un faible intérêt dans la grande question sociale de la servitude. De l'autre, l'esclave d'abord, le serf ensuite, s'apercevra à peine du poids de ses fers, et, familiarisé d'avance avec les périls aussi bien qu'avec les bienfaits de son affianchissement, il s'effraiera assez des uns pour n'éprouver aucune ivresse en prenant possession des autres.
Ces deux tendances, produites par la charité, et développées parle prêtre, amenèrent par leur mutuel concours le triomphe universel de la liberté civile. Elle grandit à mesure que les ressources nécessaires à l'homme libre devenaient plus nombreuses, à mesure encore que l'indigent valide s'accoutumait davantage à vivre des fruits de son propre travail. Tout marcha de front, le perfectionnement moral du prolétaire et les richesses que l'Eglise recevait pour lui. Enfin les temps arrivèrent où le législateur osa proclamer la rédemption légale de l'homme, cette rédemption que le prêtre avait déjà opérée.
Sans doute le prêtre a plus d'une fois abusé des biens qui lui étaient confiés. Toutefois ces abus, moins fréquens qu'on ne le suppose, mais trop fiéquens encore, demeurèrent des exceptions flétries par le mépris public, et surtout par l'Eglise. Le miracle toujours visible de l'affranchissement des masses démontre d'ailleurs que ces exceptions furent nécessairement rares. Vous êtes libres, dironsnous aux ennemis du prêtre ; donc il avait fidèlement administré les richesses commises à son zèle.
Dans un dernier article, nous montrerons que l'esclavage serait aujourd hui la seule espérance laissée à l'ouvrier et à la société par la réforme et la philosophie, si le prêtre ne devait bientôt retrouver son influence primilive et libératrice. C.
LITTÉBATLRE.
JLETTRE A UN PROVINCIAL, SDR LE DRAME,
A l'occasion ^/'Angelo,
Vous me demandiez , mon ami , dans une de vos dernières lettres, mon opinion sur le drame moderne. Vous vouliez que je vous aidasse à vous rendre compte à vous-même de l'impression produite sur votre esprit par la représentation des chefs-d' œillère de Yictor Hugo et d'Alexandre Dumas. Mon opinion , vous l'aurez tout entière ; je le ferai avec d'autant plus de plaisir , que le drame est la question vitale de la littérature moderne, qu'il résume tout entière : ce sera à vous de voir si vous voulez en faire la vôtre.
En province, nous répétons souvent qu'il faut voir Paris, pour savoir quelque chose ; et nous disons vrai , mais dans un sens tout opposé à celui que nous
avons en vue. Notre ami C m'écrivait dernièrement que le mépris pour les
hommes et les choses du jour, dont mes lettres étaient empreintes, l'effrayait. Il me reprochait d'être déjà blasé, expression ridicule quand elle s'applique à qui n'a pas joui. Oh I Paris est bien le pays du désenchantement I Ici les vertueuses illusions se dissipent vite devant la hideuse réalité , et cette réalité odieuse , elle est là , sans cesse devant vos yeux. Elle est dans cette activité , inouïe partout ailleurs, qui pousse les hommes, perfas atque nefas, aux jouissances , à l'or, à l'or surtout. Elle est dans ces palais somptueux qui insultent à la misère publique. Elle est dans ces consciences qui se vendent , dans ces succès de théâtre ou de librairie qui s'achètent, à raison de tant le feuilleton. Elle est dans tous ces hommes qui se ruent à l'envi dans l'esclavage. Oh I ne venez pas à Paris , vous qui voulez encore croire à la vertu I Mais je sens que je m'écarte du but de ma lettre. Mon cœur a entraîné ma plume. Revenons.
J'ai vu , il y a quelques jours, Angelo, pour la première fois. Ce sont mes impressions que je vais vous transmettre ; mais auparavant , je dois vous dire ma pensée sur le drame en général.
Le drame est nouveau en France. Diderot a été le premier, je crois, qui ait employé cette dénomination. Beaumarchais, puis Mercier, s'en sont servis après lui. Néanmoins, M. Victor Hugo me paraît être celui qui a décidément nationalisé parmi nous cette forme empruntée aux Allemands , aux Espagnols , mais surtout aux Anglais.
Auparavant , on connaissait la tragédie, qui faisait pleurer sur des infortunes héroïques , grecques ou romaines ; et la comédie , qui égayait le public aux dépens des maris trompés, des barbons amoureux , des docteurs ignorans et des marquis ridicules. Tout était là. Après l'immortel jMolière, Régnard , Marivaux , Destouches, Lesage, etc., vécurent sur ce fonds. Tout alla bien ainsi jusqu'à la révolution. Mais quand cette terrible institutrice eut fait avec le fer l'éducation des Français, ces amusemens d*enfans ne furent plus goûtés La société était entrée dans une nouvelle période ; des besoins nouveaux s'étaient manifestés; des conditions nouvelles d'existence avaient été posées par les révolutions : tout devait changer. Dès lors, l'art diamatique, dit classique, était
bien mort : sa place était marquée dans l'histoire, à côté de l'art grec et de Tart romain , dont il avait été le reflet moderne.
Mais que fallait-il donc à cette génération dont le berceau avait été placé au milieu des tempêtes ? Ce qu'il lui fallait ? Des spectacles d'horreur, des meurtres, des empoisonnemens, des adultères sanglans, des incestes et l'écliafaud : il lui fallait le drame. Ces sensibilités émoussées par la multiplicité des crimes dont elles avaient été témoins ne pouvaient être excitées que par ces stimulans corrosifs.
D'après cela , je vous avouerai , mon ami , que je trouve pour le moins de l'inconséquence dans ces accusations portées contre les dramaturges. « Ils cor- » rompent, dit-on , les mœurs publiques, ils dépravent la société. » Eh I non , ce ne sont pas eux qui dépravent la société ; c'est la société qui les a dépravés tout d'abord. Croyez-vous que chez un peuple vertueux les horreurs de presque tous les drames modernes auraient obtenu du succès? Non , sans doute. Hélas I le drame est le miroir de la société , si des monstres de crime lui sont offerts , peut-il représenter autre chose ? Il est vrai qu'à son tour le drame agit sur la société, qui a primitivement influé sur lui : c'est la loi universelle.
Aussi, voulez-vous connaître un peuple? Yoyez ses spectacles. Rome pauvre, austère et vertueuse, n'avait pas de théâtres. Ses seuls divertissemens étaient les exercices du corps, la course, la lutte, et avant tout , le culte rendu aux dieux immortels. Puis, à mesure que ses citoyens se corrompirent , vinrent les spectacles des Grecs ; et enfin , quand ce peuple fut devenu un peuple-monstre, il eut le cirque, où les lions de la Numidie dévoraient les hommes par mille !
Mais, me direz-vous, de la faveur acquise parmi nous à des scènes d'horreurs, doit-on conclure que nous donnons, dans notre vie privée, les modèles des crimes représentés sur le théâtre ? Je ne dis pas cela. Mais je prétends qu'il arrive des époques dans la vie des peuples où les choses simples ou vraies perdent toute faveur, où une sensibilité maladive fait rechercher les émotions insolites, où l'on n'est remué qu'à coups de foudre. Et nous sommes dans l'une de ces époques. .
Alors, quel est le devoir du poète qui est appelé à donner à un tel peuple ce pain quotidien d'émotions terribles? Son devoir, c'est de respecter Dieu et la morale éternelle. S'il doit faire couler le sang , que ce sang crie vengeance au ciel ; s'il doit montrer Oreste parricide, que les terribles Euménides le poursuivent jusqu'aux pieds des autels. Que l'incestueuse Borgia , qui a réuni tous les crimes dans son cœur, voie s'accumuler sur sa tête toutes les vengeances. Voilà comment le poète accomplira vertueusement une mission déplorable.
Venons-en maintenant à l'œuvre de M. Victor Hugo. Angelo est le Podesta envoyé par Venise pour gouverner Padoue. Tyran de tout un peuple, et lui-même tremblant à chaque instant sous la main invisible du conseil des Dix, une seule chose peut donner quelque trêve à ses sombres inquiétudes, l'amour qu'il a conçu pour la comédienne Tisbé. Mais celle-ci ne le paye pas de retour : elle aime Rodolfo, qu'elle fait passer pour son frère, qui la dédaigne de son côté, et qu'une passion ancienne et nuituelSe unit à Catarina, épouse d'xVngelo. Au milieu de toutes ces existences ennemies, dr toutes c(\s individualités rivales, se glisse un être mystérieux, un niais, un sbne, un espion du conseil des Dix : il s'appelle Homodeï. Son influence, comme celle d'un génie malfaisant, domine tous Supplément au numéro du 1^"^ août 1835.
les personnages du drame. Cet homme sait tout, il a tout vu, il connaît toutes les issues, il a les clefs des galeries secrètes du palais du Podesta, et il dispose de tout pour satisfaire sa Laine. Pour cela il offre à Rodolfo une entrevue à minuit avec son amante, dans l'appartement le plus secret de la reine, où nul homme n'est jamais entré que le Podesta. Ensuite il excite la défiance de Tisbé. Il offre de la rendre témoin de quelque chose qui intéresse puissamment son amour, ])Ourvu qu'elle obtienne de la complaisance du Podesta une clef qu'il porte toujours à son cou, en g»uise de bijou, et qui lui ouvrira les appartemens de sa rivale.
Tout arrive comme llomodei l'a disposé. Rodolfo et Catarina se revoient après une longue séparation. Ils se revoient, il est vrai, sur le bord de l'abîme, carie Podesta est là dans la chambre voisine : il peut entrer à chaque instant, et une lettre qu'IIomodei a laissée sur la table leur apprend que c'est son amour dédai- {jné qui se venge, et que le salut n'est plus possible. Mais que leur importe? ils s'aiment !
Tisbé, elle aussi, n'a pas oublié le rendez-vous qui doit éclaircir son malheur. Catarina entend du bruit, elle n'a que le temps de faire entrer son amant dans son oratoire, et elle se trouve face-à-face avec Tisbé, la comédienne, l'amante méprisée, qui arrive terrible, inexorable. La scène entre ces deux femmes est de la plus grande beauté. La jalouse Tisbé appelle le Podesta. Le tyran entre. Mais déjà les dispositions de la comédienne sont changées par rapport à Catarina; car un crucifix de cuix're qui lui tombe sous la main, et où son nom se trouve grossièrement gravé, lui fait reconnaître dans sa rivale celle qui, étant encore enfant, sauva par son intercession la vie à une pauvre femme, chanteuse fie rue, que des sbires allaient pendre : cette femme était la mère de Tisbé.
Pour expliquer sa présence à cette heure dans les appartemens de la reine, Tisbé allègue une conjuration contre la vie du Podesta, dont elle avait à préveniila reine pour qu'elle empêchât son époux de sortir le lendemain matin. Le Podesta se retire dans ses appartemens, et la clef secrète que Tisbé remet à Catarina sert à f[iire évader Rodolfo.
Cependant le traître Homodei tombe sous le poignard de RoJolfo. Une lettre de celui-ci en prévient son amante. Cette lettre interceptée vient apprendre à Angelo qu'un rival s'est introduit dans son palais pendant la nuit. Le nom seul manque. Et cependant l'époux outragé voudrait pouvoir, dans le caveau qui va recevoir Catarina, jeter la tète de son amant. Il consulte Tisbé sur cette lettre. (jcUe-ci reconnaît Rodolfo, mais elle ne le nomme pas. Et elle conseille pour finir les jours de Catarina , au lieu du fer, le poison qu'elle s'ofiVe de fournir.
Tisbé va chercher le poison, et Angelo annonce à Catarina qu'il faut nommer son complice ou mourir. Pendant les instans que le tyran lui a laissés pour se décider, Rodolfo est entré une seconde fois dans le palais. Il voit de nouveau Catarina, il lui demande si elle a reçu sa lettre, et, pressé par elle, il se retire, ignorant le terrible mystère qui va s'accomplir.
Le Podesta rentre avec Tisbé: il présente le poison à Catarina. Irrité des résistances de cette faible feuime, qui tient à la vie par tous les liens qui y rattachent un cœur aimant et aimé, le tyran va chercher des armes. IMais un mot de Tisbé à Catarina lui fait couîprendre que la seule voie de salut pour elle est d'avaler ce prétendu poison. Quand elle l'a pris, Angelo, sûr d'avoir accompli sa
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vengeance, ordonne de descendre Ca ta rina dans le caveau. Mais les hommes chargés de ce soin la transportent dans le palais de Tisbé, par ordre de cette comédienne. Le poison n'était qu'un soporifique. Catarina repose dans le palais de la magnanime comédienne, qui dispose tout pour son évasion. Mais Rodolib, instruit par la suivante de Catarina, de la part que Tisbé a prise à la mort de celle qu'il aimait, arrive haletant, furieux, chez la comédienne. Son amour éclate en imprécations terribles , en délirantes effusions. Enfin il plonge son poigilard dans le sein de cette femme infortunée , et tranche ainsi une existence vouée à d'inconcevables amertumes. Elle tombe sous la main de celui qu'elle à aimé jusqu'à lui sacrifier son amour , et lorsqu'elle rend le dernier soupir , Catarina, qui s'éveille et qui appelle Rodolfo, est témoin de la mort de son héroïque rivale.
Voilà yàngeio, drame assez faiblement noué, selon moi, mais où l'on trouve des passages comme M. Victor Hugo est seul capable d'en faire : par exemple, le tableau de Venise, où le poète a trouvé le moyen d'être neuf après tant d'autres, c'est Angelo qui parle :
« Ecoutez, Tisbé. Oui , vous l'avez dit, oui, je suis tout ici; je suis seigneur, despoîc et souverain de celte ville; je suis le Podesta que Venise met sur Padoue, lu griffe d;i tigre sur la brebis. Oui, tout-puissant; mais, tout absolu que je suis, au-dessus de moi , voyez-vous, Tisbé, il y a une chose grande et terrible, et pleine de ténèbres ; il y a Venise. Et savez-vous ce que c'est que Venise, pauvre Tisbé ? Venise, je vais vous le dire, c'est l'inquisition d'état, c'estle conseil des Dix. Oh ! le conseil des Dix î Parlons-en bas, Tisbé, car il est peut-être là, quelque part qui nous écoute. Des hommes que pas un df nous ne connaît, et qui nous connaissent tous ; des hommes qui ne sont visibles dans aucune cérémonie, et qui sont visibles dans les échafauds ; des hommes qui ont dans leurs mains toutes les tètes, la vôtre, la mienne, celle du doge, et qui n'ont ni simarre, ni élole, ni couronne, rien qui les désigne aux yeux , riea qui puisse nous taire dire : Celui-ci eu est I Un signe mystérieux sous leurs robes, tout au plus ; des agens partout , des bourreaux partout. Des hommes qui ne montrent jamais au peuple de Venise d'autres visages que ces mornes bouches toujours ouvertes sous les porches de Saint-Marc , bouches fatales que la foule croit muettes, et qui parlent cependant d'une façon bien haute et bien terrible, car elles disent à tout passant : Dénoncez ! — Une fois dénoncé, on est pris. Une fois pris, tout est dit. A Venise, tout se fait secrètement, mystérieusement, sûrement. Condamné, exécuté ; rien à voir, rien à dire ; pas un cri possible, pas un regard utile, le patient a un bâillon , le bourreau un masque. Que vous parlais-je d'échafauds tout à l'heure? Je me trompais. A Venise, on ne meurt pas sur l'échafaud, on disparaît. Il manque tout-à-coup un homme dans une famille. Qu'est-il devenu? Les plombs, les puits, le canal Orfano, le savent. Quelquefois on entend quelque chose tomber dans l'eau , la nuit. Passez vite alors î Du reste, bals, festins, flambeaux, gondoles, théâtres, carnaval de cinq mois, voilà Venise. Vous, Tisbé, ma belle comédienne, vous ne connaissez que ce côté- là; moi, sénateur, je connais l'autre. Voyez-vous, dans tout palais^ dans celui du doge, dans le mien , à l'insu de celui qui l'habite, il y a un couloir secret» perpétuel trahisseur de toutes les salles, de toutes les chambres, de toutes les alcôves; un corridor ténébreux dont d'autres que vous connaissent les portes, et qu'on sent serpenter autour de soi, sans savoir au juste oii il est ; une sape mystérieuse où vont et viennent sans cesse des hommes inconnus qui font quelque chose. Et les vengeances personnelles qui se mêlent à tout cela et qui cheminent dans cette ombre! Souvent la nuit, je me dresse sur mon séant, j'écoute et j'entends des pas dans mon mur. Voilà sous quelle pression je vis, Tisbé. Je suis sur Padouc ; mais ceci est sur moi. J'ai mission de dompter
Padoue. Il m'est ordonné d'être terrible. Je ne suis despote qu'à condition d'être tyran. Ne me demandez jamais la grâce de qui que ce soit, à moi qui ne sais rien vous refuser, vous me perdriez. Tout m'est permis pour punir, rien pour pardonner. Oui, c'est ainsi. Tyran de Padoue, esclave de Venise. Je suis bien surveillé, allez! Oh! le conseil des Dix! Mettez un ouvrier seul dans une cave, et faites-lui faire une serrure; avant que la serrure soit finie, le conseil des Dix en a la clef dans sa poche. Madame ! madame ! le v^ilet qui me sert m'espionne, l'ami qui me salue m'espionne, le prêtre qui me confesse m'r pionne, la femme qui me dit: Je t'aime, — oui, Tisbé, — m'espionne.... Oui , je vous le répète, tout ce qui me regarde est un œil du conseil des Dix , tout ce qui m'écoute est une oreille du conseil des Dix , tout ce qui me touche est une main du conseil des Dix. Main redoutable qui tâte long-temps d'abord, et qui saisit ensuite brusquement. )>
Cela est bien, très-bien. On reconnaît M. Hugo à ce style concis, nerveux, quelquefois un peu étranglé à force de vouloir être vigoureux : et pourtant si vous nie demandez de résumer mon opinion sur ce drame, je vous dirai que je ne trouve là rien de complet, rien de neuf. Enefï'et, je me demande quelle création il y a dans cette pièce ? est-ce Angelo tyran pusillanime, qui fait tout trembler et tremble lui-même devant un sbire, le prince qui aime une comédienne et déteste la femme dont il a épousé la fortune ? Cela n'est certes pas nouveau : pas plus sur le théâtre que dans l'histoire. Est-ce Homodeï, sorte de contr'épreuve du Gubetta de Lucrèce Borgia? Est-ce Catarina, esclave du tyran plutôt que sa jemme, et dont le cœur a conservé une affection ancienne? Le personnage de Tisbé pourrait seul offrir quelques traits neufs, mais il ne donnerait pas à ce drame une pensée qui y manque. Et pourtant M. Hugo a la prétention de faire incarner dans chacune de ses pièces de théâtre une moralité profonde. Cette moralité, ses préfaces sont chargées de la révéler au public, comme autrefois le numéro du Mercure donnait le mot de l'énigme du numéro précédent. Dans toutes ses préfaces il parle de la moralité du théâtre et de la mission qu'il a reçue , selon lui , pour faire l'éducation du peuple. Eh bien I c'est sur ce terrein que la critique a droit d'appeler le poète. Quelle moralité renferme sa pièce? je me le demande même après avoir lu sa préface. Serait-elle par hasard dans les vertus d'une comédienne, d'une femme de mauvaises mœurs? En ce cas , l'on pourrait plaindie avec raison le peuple à qui s'adressent de pareilles instructions. Mais que parlé-je de critique I M. Victor Hugo ne reconnaît pas ces droits. A toutes ces observations , il répond comme Scipion : Montons au Capitole. N'a-t-il pas pour lui cet auditoire intelligent et sympathique qui se presse tous les soirs datant cette toile que sa pcnsce à lui^ faible poète, va faire lei'cr? Cette phrase est de votre connaissance. Il est bon pourtant que vous sachiez un peu à quoi vous en tenir sur tout ce verbiage de feuilleton et de préface. Savezvous comment se fait le succès d'une pièce ? il dépend toujours du directeur du théâtre. Toute la question est dans le plus ou moins de dépenses qu'il doit faire pour la claque. Je viens d'employer là un mot d'argot. La claque est une exploitation toute parisienne, dont la province n'a pas encore le privilège. Du moins le métier de claqucur n'y est pas encore organisé de manière à ce qu'on puisse compter sur lui pour gagner sa vie. A Paris, au contraire, c'est un état comme un autre, qui donne, terme moyen, cinq francs par soirée. Pour cela, il suffit d'avoir la figure tant soit peu mutine, l'œil hardi, l'air mauvais sujet, et
fies bras robustes. On est agréé d'emblée chemlier du lustre. Ce nom a été donné aux claqueurs, parce que c'est ordinairement sous le lustre qu'ils établissent leur quartier général : c'est là le centre de leuis opérations sur l'entliousiasme du public. De là partent les applaudissemens que les spectateurs sont obligés de subir. Le dégoût que ces applaudissemens payés inspirent est tel que, de peur d'être confondus avec les chemliers du lustre, les gens qui se respectent ne prennent jamais part à ces applaudissemens, même lorsqu'ils viennent à propos ; je dis même lorsqu'ils viennent à propos, car la sagacité n'est pas le caractère dislincii{ de ces applaudisseurs. D'ordinaire, ime tirade ampoulée est saluée par une salve bruyante, tandis qu'un trait délicat, un mot sublime de simplicité et de naturel passe silencieusement. On l'a répété bien souvent aux acteurs : vous vous déshonorez en ayant recours à ces moyens. Yotre goût s'y gâte, ou du moins il ne peut pas espérer ces salutaires instructions qu'un public d'élite pourrait lui donner par son approbation et par son blâme. Il est si doux d'être applaudi, qu'on oublie souvent de voir comment et par qui. Un succès de représentation n'est donc rien, il ne prouve rien. Un succès de journaux et de feuilletons prouvet-il davantage? Non. Je vous l'expliquerai une autre fois.
Je vous ai dit ma pensée sur le drame moderne en général ; je vous ai donné mon jugement sur Angelo en particulier, faut-il maintenant vous faire connaître mon opinion sur M. Victor Hugo ? la voici en deux mots. Il a préféré frapper fort que frapper juste : son action sera grande sur ses contemporains, nulle sur la postérité. Le comte de PHAREM0^7).