‹ L'Écho de la jeune France (volume 5)Chapitre 83 sur 129 · TRIBUNAUX · texte numérisé non relu

TRIBUNAUX

AFFAIRE DE L'ENCYCLOpÉDIE CATHOLIQUE.

C'est une grande et noble tâche que celle de combattre les sopliismes à l'aide desquels la philosophie du xviii* siècle a ébranlé la foi, détruit les croyances, et déplacé les conditions d'existence sociale, sans lesquelles aucune société ne peut subsister.

M. Jules Forfelier n'a pas craint de l'entreprendre , et d'offrir au monde catholique un ouvrage destiné à faire revivre, appuyées de l'autorité du temps et des lumières du siècle, les véritables doctrines du catholicisme.

Encouragé par le succès de ses précédentes publications, assuré du concours des savans occupant le premier rang dans les lettres et les sciences, certain de l'appui du clergé français, M. Forfelier est entré dans la lice avec la confiance qu'il serait soutenu par l'opinion publique et par l'irrésistible entraînement des esprits vers des principes sacrés, qui après tant d'essais malheureux reprendront bientôt leur salutaire influence au milieu de notre belle France.

Une lutte préhminaire s'est engagée, et a retardé l'exécution du vaste plan conçu par le fondateur de Y Echo de la Jeune France j dirigé aujourd'hui par le vicomte Walsh. C'est cette lutte que vient de terminer la cour royale de Paris, par son arrêt du 8 octobre.

A côté de M. Forfelier, est venu se placer M. Amie, l'un de ses collaborateurs , qui, dès le 25 mai 1834, avait fait déclarer au ministre de l'intérieur, par M. Guiraudet, imprimeur, l'intention déjà depuis long-temps manifestée, de faire imprimer un ouvrage sous le titre à' Encyclopédie catJioliqiic.

A ce premier fait légal, se joignaient de graves témoignages qui prouvaient que dès 1833, IM. Amie avait hautement annoncé son projet.

C'en était assez pour assurer la priorité à M. Forfelier, investi du bénéfice de la déclaration de M. Amie.

Les actes postérieurs n'étaient ni moins explicites ni moins décisifs. Ainsi, en mai 1835, MM. Amie et Forfelier s'étaient réunis afin d'arrêter des mesures pour la publication de V Encyclopédie catholique.

Des annonces avaient été faites dès le 3 juin suivant: le 6, une société rendue publique avait été fondée dans le même but.

Le 24 , le Prospectus de l'ouvrage avait été régulièrement déposé. Les bureaux, les écritures, en un mot, le matériel et le personnel de l'administration avaient été organisés.

Enfin , une circulaire avait été adressée au clergé de France, et avait reçu la plus grande publicité.

Il résultait de ces faits , de ces actes, et de toutes les circonstances qui s'y rattachaient, qu'endroit comme en équité et en raison, 31. Forfelier ne pouvait être arrêté dans la publication de son Encyclopédie catholique. M. de Saiut-Priest était loi" '''^ 'avoir les mêmes avantages.

Il n'invoquait que des insertions faites en septembre 1834 dans quelques journaux, insertions qui n'avaient été ni précédées ni suivies d'aucune déclaration, et qui n'avaient point de caractère légal.

Il est vrai que M. de Saint-Priest se prévalait d'un dépôt par lui fait le 25 juin, lendemain du jour où M. Forfelier avait déposé son Prospectus. Mais ce moyen est devenu plus malencontreux qu'utile.

En effet , il est résulté de la discussion que c'est après avoir été prévenu par M. Forfelier le 24, du dépôt effectué ce jour, que JM. de Saint-Priest s'est misa l'œuvre pour en paralyser l'effet.

A cette fin, il a transcrit littéralement quelques passages de V Encyclopédie mé' thodique de Diderot, s'est hâté de les faire imprimer avec un Prospectus^ et a déposé le 25 un cahier ainsi composé, auquel il a donné le nom pompeux de Première livraison de V Encyclopédie catholique.

Cette partie de la cause a fourni à M^ Chaix-d'Estange, avocat de M. Forfelier, plusieurs de ces beaux mouveniens d'éloquence qui entraînent et sul>juguent.

L'habile défenseur a fait ressortir avec un admirable talent tout le machiavélisme de cette conception et toute la grossièreté de son exécution.

Il a fait remarquer : 1" Qu'on avait agi avec tant de précipitation, qu'il avait fallu annoncer qu'w/« second Prospectas plus développé que le premier^ serait publié prochainement ^ 2« que sans parler de fautes plus graves, la prétendue première livraison de M. de Saint-Priest ne contenait pas moins de 800 fautes d'impression.

Il était difficile de résister à une argumentation aussi pressante, qui s*appuyait tout-à-la-fois sur le droit et sur les faits.

La défense de M. Forfelier était d'ailleurs corroborée par une savante consultation délibérée par un des plus célèbres jurisconsultes de nos jours, M. Teste , sur un mémoire plein de clarté, rédigé par M. Félix Huet, avoué de 1" instance à Paris.

Cette défense a obtenu tout le succès qu*en attendaient M. Forfelier et ses amis. Le jugement de première instance qui lui avait fait défense de donner à son ouvrage le titre à! Encyclopédie catholique^ a été réformé en ces termes :

Considérant que Forfelier et de Saint-Priest ayant eu , à des époques diverses , la pensée de fonder un ouvrage ayant pour titre : Encyclopédie catholique, ont chacun usé de leur droit , en annonçant publiquement ce projet, sans acquérir aucun droit exclusif sur ledit ouvrage ;

Que le dépôt d'un prospectus , fait par Forfelier , ne peut être assimilé au dépôt de l'ouvrage même ; et que , si de Saint-Priest a , le 25 juin 1S35 , déposé une première livraison de son ouvrage, il est constant que cette publication unique, informe, soit sous le rapport typographique, soit sous le rapport de la rédaction, n'a élé faite à la hâte que pour tenter de créer le privilège résultant du dépôt, et qu'elle ne saurait être considérée comme une réalisation sincère de l'œuvre projetée , devant la faire réputer commencée et suscep^ tible d'en assurer la propriété ;

Sans qu'il soit besoin de statuer sur l'inlervention d'Amie ;

Réforme le jusemcnt.

Maintenant que le droit de M. Forfelier est reconnu et consacré, il n'a plus à craindre d'être entravé dans la publication de VEncyclopédie catholique. Déjà la presse française en a préconisé la réussite en proclamant la nécessité d'un pareil ouvrage au milieu de la g:énéraUon actuelle. Le monde catholique en a accueilli la nouvelle avec joie : aujourd'hui donc, que rien ne s'oppose plus à l'édification du grand monument qui doit marquer la première ère du dix-neuvième siècle, chacun peut y concourir par les moyens qui sont en son pouvoir.

PERSONNEL DE l'eNCYCLOPÉDIE CATHOLIQUE.

ADMIXÏSTRATIOX.

Mm. le vicomte Walsh, directeur-administrateur ; Max. Raoul, rédacteur en chef ; Auguste Amic, gérant; Jules Forfelieh, censeur.

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