‹ L'Écho de la jeune France (volume 5)Chapitre 86 sur 129 · MÉLANGES POLITIQUES ET LITTÉRAIRES. — CAUSERIES. — RÉVÉLATIONS · texte numérisé non relu

MÉLANGES POLITIQUES ET LITTÉRAIRES. — CAUSERIES. — RÉVÉLATIONS

Quand la tempête a grondé , quand l'ouragan a courbé les arbres de la forêt , bien des milliers de feuilles ont été détachées des rameaux, emportées par les vents et perdues dans l'espace ; et après la tourmente aucune voix ne s'élève dans la forêt pour demander compte à la tempête , pour lui dire : que sont devenues toutes les feuilles que tu m'as emportées?

Il n'en est pas de même pour nous, quand le temps nous a enlevé des jours , comme l'orage a arraché des feuilles aux arbres ; on vient , à nous , journalistes , nous demander ce qu'il y a eu dans ces jours passés, dans ces jours qui ne sont plus à nous... Voyons donc ce que la dernière quinzaine a eu de remarquable.

D'abord , quelques journaux ont parlé de fêtes à Fontainebleau , puis on a dit ce projet abandonné , puis on revient aujourd'hui à annoncer encore une cour plénière dans le château de François I^r. De tous ces on dit contradictoires , il faut conclure que l'incertitude est ailleurs que dans les affaires , et que le plaisir a ses irrésolutions comme la politique.

Mais si la cour de Louis-Philippe est encore incertaine , si elle hésite à aller s'amuser dans ce royal château, si rempli d'historiques souvenirs, M. Thiers et ses amis n'ont pas voulu remettre à une autre époque les joyeuses journées qu'ils avaient conçues pour se délasser de leurs grands travaux...

C'est un Achille qui a reçu chez lui tous ces Atlas qui portent le monde français , en d'autres termes, c'est M. Achille Vigier qui a fait les honneurs de son château de Gra?id- Faux , à MM. Persil, Thiers, Duchatel, Yatout etRambuteau.

La semaine précédente , M. ïhiers et M. Persil avaient eu un accès de dévotion , ils avaient fait saisir de mauvais livres... peut-être est-ce en ouvrant un de ces mauvais livres saisis qu'ils ont puisé l'idée à^s, plaisanteries de Grand- Vaux.

A propos de mauvais livres, voici un nouvel ouvrage de M. Paul de Kock : ce ne sera pas dans l'Echo de la Jeune France que l'on fera l'annonce des ouvrages du romancier des servantes et des laquais, des cabarets et des tavernes. Malgré tout ce que l'on voit d'affligeant dans la société actuelle, il faut le dire, il y a amélioration dans la librairie : elle spécule sur toute autre chose que l'impiété, l'immoralité et l'indécence. Sous ce rapport, M. Paul de Kock n'est pas de son siècle: nous ne connaissons qu'un homme à placer à côté de lui, c'est Pigault Le Brun. Pigault Le Brun et Paul de Kock sont deux retardataires d'un autre âge , deux voltigeurs de l'école voltairienne !...

Les livres de Paul de Kock , nous n'en aurions pas parlé , car notre monde ne les lit pas ; mais dans le monde subalterne , dans les derniers rangs de la société , ils trouvent des lecteurs : c'est là que cette peste écrite fait d'affligeans ravages !

Pour nous consoler des mauvais livres, parlons des bons. En voici un qui n'est encore qu'annoncé, et qui fait déjà du bruit "dans les salons : c'est le double règne, par le vicomte d'Arlincourt.

Passionné pour les études sérieuses, M. d'Arlincourt demande à l'histoire le sujet de ses livres, il sait en trouver les détails , et pour ainsi dire les ornemcns , dans cet immense recueil de chroniques françaises et étrangères qu'il est si habile à fouiller avec une patience admirable, avec un goût exquis, nous dirons presque avec une sorte de divination historique qui, à l'aide de quelques phrases ou de quelques mots épars dans raille volumes , lui l'ait reconstruire toute une époque moite, comme un habile architecte relève tout un temple avec deux colonnes qui eu sont demeurées debout.

C'est ainsi que le Double Règne a été composé. Le grand et merveilleux fait historique sur lequel il est fondé, surprendra sans doute beaucoup de lecteurs. Oublié, ou plulùt encore redouté par de timides historiens, il dormait dans les chroniques d'où M. d'Arlincourt

vient enfin de l'exhumer. Sans lui , peut-être celte étonnante époque n'aurait pas eu son historien.

Etonnante époque en effet ! Tout-à-coup , un trône nouveau surgit en face d'un vieux trône ! Deux monarques, cousins-germains , ont chacun leur sceptre et leur armée : l'un est roi par élection , l'autre par hérédité. Auprès de ces illustres princes, les pins imposantes figures des temps passés se dressent avec leurs noms chevaleresques et leur puissance féodale. Ces hauts harons, ces fiers suzerains, nohles vassaux delà couronne, divisés en camps distincts, y apparaissent tels qu'ils étaient , confondant le bien et le mal, sacrifiant l'honneur à l'intrigue et le devoir à l'intérêt, faisant excuser parfois la frénésie de leurs passions par la vaillance de leurs armes, mais souvent aussi dégradant leurs bannières, en les portant, au gTé de leur ambition, où soufflait le vent de la fortune.

Voici donc un ouvrage qui va faire de la vie dans la conversation du beau monde : ça va être, comme après V Usurpation et la Peste, comme après le Brasseur roi^ grande joie parmi ceux qui lisent, parmi ceux qui aiment le bien, et qui détestent le mal.

La police, il y a quinze jours, a eu une quasi velléité morale ; elle a fait saisir de scandaleux ouvrages étalés au Palais-Royal et sur les quais. Le journal des Débats^ journal du haut juste-milieu , s'est prononcé "contre cette mesure : on explique ce blâme par une dis-j cussion survenue depuis quelque temps parmi les ministres. Quelques personnes qui se croient bien informées, prétendent que MM. Thiers et Maison, les deux rigoristes ^ les deux hommes vertueux du conseil, sont ceux qui ont poussé à la mesure qui a été prise dans l'intérêt des mœurs.

Nous parlions tout à l'heure de bons livres, en voilà un : c'est un chapitre dé l'HisToiRE DE Charles V, par le baron de Los Yallès, et publié par la mode; nous connaissons peu de lecture plus attachante que celle-là, et c'est tout naturel , il y a toujours un puissant attrait dans la conduite d'un homme qui fait son devoir.

Quand on lit Un chapitre de r Histoire de Charles V ^ on voit es que cOate souvent ^'accompfissement du devoir de roi : on voit les dangers, les périls qui entourent le prince qui affronte l'adversité pour satisfaire à sa conscience. On craint, on espère, on frémit tour-à-tour en lisant ses aventures... et nous ne pouvons qu'applaudir à l'idée qu'a eu l'ancien directeur de La Mode de publier cette intéressante histoire ; de bonnes idées lui venaient souvent, et nous en souhaitons d'aussi heureuses à son jeune successeur.

On croira, j'en suis sûr, à la sincérité de ce souhait.

La mode disait l'autre jour , dans un de ses bulletins du monde élégant , que parmi les livres, les recueils, les revues que l'on voyait sur les tables du milieu des salons fashionables, se trouvait notre Echo de la Jeune France. Nous avons la conscience de mériter cet honneur, cette justice, et nous avons cette conscience, parce que nous sommes résolus à ce que notre ECHO ne répèle jamais que de bonnes doctrines; doctrines religieuses, doctrines monarchiques, doctrines d'union, d'harmonie et de paix.

Bien loin, bien loin de nos pages, les paroles qui irritent et allument les haines. Bien loin, bien loin de nos pages, les paroles c^i excusent les turpitudes et les scandales. Nous nous souvenons de ce vers du grand poète :

Rompez; rompez tout pacte avec l*impikté.

Aussi , entre elle et nous jamais d'alliance.

Parmi les choses qui consolent le mieux les hommes, c'est la littérature ; nous lui donnons beaucoup de place sous notre couverture rose.

Une résolution bien prise , bien arrêtée par nous , c'est de ne jamais louer un livre qui ne le mérite pas. Les auteurs qui nous envoient leurs ouvrages ont sans doute le droit d'exiger que l'on parle d'eux, mais eu parlant d'ci'v nous aussi nous avons un droit, une obligation, c'est de garder notre libre arbitre, c'est de dire ce que nous pensons des livres qui nous sont adressés.

Parmi les choses remarquables de la dernière quinzaine, c'est le jugement qui vient d'être prononcé contre le comte de Kergorlay, ce constant, cet intrépide confesseur de la légitimité. Certes, si les persécutions, si les emprisoiincmens pouvaient quelque cbose sur les âmes fortes, depuis long-temps 31. de Kergorlay aurait dû adoucir ses paroles et amollir sou opposition... Mais non, celui qui a eu le courage d'aller protester hautement contre l'acte additionnel des Cent jours, reste toujours le même... c'est le vieui chêne que rien ne peut ébranler... Et quand de nouveau, il aura fait son temps dans la prison qu'il plaira au pouvoir de lui donner, il en sortira , pas plus ami du pouvoir. . . Il y a des fidélités au malheur incorrigibles y des dévouemens entêtés...

M. de Kergorlay est Breton ; et Ventêtement est un des traits distinctifs du pays.

Yicomle Walsh.

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