‹ L'Écho de la jeune France (volume 5)Chapitre 95 sur 129 · HYMNE AU CHRIST · texte numérisé non relu

HYMNE AU CHRIST

Verbe incréé ! source féconde

De justice et de liberté !

Parole qui guéris le monde !

Rayon vivant de vérité !

Est-il vrai que ta voix, d'Age en âge entendue, Pareille au bruit lointain qui meurt dans l'étendue , ]\'a plus pour nous guider que des sons impuissans ?

Et qu'une voix plus souveraine,

La voix de la parole humaine,

Étouffe à jamais tes accens ?

Mais la raison, c'est toi ! Mais cette raison même Qu'était-elle avant l'heure où tu vins l'éclairer? INuagc, obscurité, doute, combat, système, Flambeau que notre orgueil portait pour s'égarer !

Le monde n'était que ténèbres ; Les doctrines sans foi luttaient comme des flots; Et trompé, détrompé de leurs clartés funèbres, L'esprit humain flottait noyé dans le chaos ! L'espérance ou la peine, au gré de leurs caprices, Ravageaient tour-à-tour et repeuplaient les cieux, La fourbe s'engraissait du sang des sacrifices, Mille dieux attestaient l'ignorance des dieux !

Fouillez les cendres de Palmyre,

Fouillez les limons d'Osiris,

Et ces Panthéons oii respire L'ombre l'élide encor de tous ces dieux proscrits!

Tirez de la fange ou de l'herbe, Tirez ces dieux moulés, fondus, taillés, pétris, Ces monstres mutilés, ces symboles flétris, Et dites ce qu'était cette raison superbe

Quand elle adorait ces débris !

Ne sachant plus nommer les exploits ou les crimes, Les noms tombaient du sort comme au hasard jetés; La gloire suffisait aux âmes magnanimes,

Et les vertus les plus sublimes

N'étaient que des vices dorés !

Et plus loin, comme le clirétieii inspiré peint bien les erreurs des hommes quand ils ferment les yeux à la lumière du Christ :

L'astre qu'à ton berceau le mage vit éclore, L'étoile qui guida les bergers de l'aurore Vers le Dieu couronné d'indigence et d'affront, Répandit sur la terre un jour qui luit encore, Que chaque âge ù son tour reçoit, bénit, adore. Qui dans la nuit des temps jamais ne s'évapore, Et ne s'éteindra pas quand les cieui s'éteindront !

Ils disent cependant que cet astre se voile. Que les clartés du siècle ont vaincu cette étoile j Que ce monde vieilli n'a plus besoin de toi ! Que la raison est seule immortelle et divine, Que la rouille des temps a rongé ta doctrine , Et que de jour en jour de ton temple en ruine Quelque pierre en tombant déracine ta foi !

O Christ ! il est trop vrai ! ton éclipse est bien sombre ;

La terre sur ton astre a projeté son ombre ;

Nous marchons dans un siècle oii tout tombe à grand bruit.

Vingt siècles écoulés y mêlent leur poussière,

Fables et vérités, ténèbres et lumière

Flottent confusément devant notre poussière,

Et l'un dit : C'est le jour ! et l'autre : C'est la nuit !

Quand le Christ est écouté des hommes, le poète s'écrie :

Tu parais ! ton verbe vole ;

Comme autrefois la parole Qu'entendit le noir chaos De la nuit tira l'aurore, Des cieux sépara les flols Et du nombre fit éclore L'harmonie et le repos , Td parole créatrice

Sépare vertus et vice, Mensonges et vérité ; Le maître apprend la justice, L'esclave la liberté, L'indigent le sacrifice, Le riche la charité.

Un Dieu créateur et père, En qui l'innocence espère, S'abaisse jusqu'aux mortels ; La prière qu'il appelle S'élève à lui, libre et belle.

Sans jamais souiller son aile Des holocaustes cruels !

Nos iniquités, nos crimes, Nos désirs illégitimes, Voilà les seules victimes Qu'on immole à ses autels !

L'immortalité se lève Et brille au-delà des temps ; L'espérance, divin rêve.

De l'exil que l'homme achève Abrège les courts instans ; L'amour céleste soulève Nos fardeaux les plus pesans ; Le siècle éternel commence, Le juste a sa conscience, Le remords son innocence ; L'humble foi fait la science Des sages et des enfans !

Et l'homme qu'elle console, Dans cette seule parole Se repose deux mille ans !

Règne à jamais, ô Christ, sur la raison humaine, Et de l'homme à son Dieu sois la divine chaîne î Illumine sans fin de tes feux éclatans Les siècles endormis dans le berceau des temps ! Et que ton nom légué pour unique hérilajje, De la mère à l'enfant descende d'âge en âge , Tant que l'œil dans la nuit aura soif de clarté , Et le cœur d'espérance et d'immortalité ! Tant que l'humanité plaintive et désolée Arrosera de pleurs sa terrestre vallée, Et tant que les vertus garderont leurs autels, Ou n'auront pas changé de nom chez les mortels î

Pour moi, soit que ton nom ressuscite ou succombe, O Dieu de mon berceau, sois le Dieu de ma tombe! Plus la nuit est obscure et plus mes faibles yeux S'attachent au flambeau qui pâlit dans les cieux ; Et quand l'autel btiséque la foule aluuulonne S'écroulerait sur mn !... Temple que je chéris,

Temple où j'ai tout reçu, temple où j'ai tout appris, J'embrasserais encore ta dernière colonne, Dussé-je être écrasé sous tes sacrés débris !

Jamais , nous le déclarons hautement , nous n'avons entendu de plus beaux vers revêtir de plus belles pensées. Quel admirable acte de foi et d'amour.

Victor Hugo aussi s'est trouvé sous le souffle inspirateur ; voici un de ses plus délicieux chants ;

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