‹ L'Écho de la jeune France (volume 5)Chapitre 97 sur 129 · TRAVAUX ACADÉMIQUES, INDUSTRIE, ARTS ET METIERS, DECOUVERTES · texte numérisé non relu

TRAVAUX ACADÉMIQUES, INDUSTRIE, ARTS ET METIERS, DECOUVERTES

INVENTIONS UTILES

Chaque jour voit s'augmenter la foule qui se presse dans la salle de l'acadëmie des sciences: à peine un nouveau local propre à ses séances est-il construit, que déjà il est trop étroit pour les curieux. C'est à qui viendra s'instruire ; notre jeune clergé lui-même comprenant les obligations que le siècle lui impose , ne craint pas de se montrer au milieu des scrutateurs de la nature , et là , il vient apprendre les secrets que Dieu leur a permis de dévoiler. Dernièrement l'une de ces séances aurait pu facilement passer pour un véritable congrès scientifique, car les savans les plus remarquables de la Russie, de la Suède, de l'Angleterre et de l'Ecosse, s'y trouvaient réunis. Pourtant, rien n'est généralement plus soporifique qu'une séance de l'académie des sciences ; aussi rien ne serait plus difficile, du moins à nous, que de retracer d'une manière agréable l'aspect offert par cette réunion. C'est donc à la raison que nous nous adressons. C'est au père de famille, au propriétaire rural, qui doit <iiriger ses enfans , ses fermiers, ses ouvriers, quç nous offrons ces lignes : ici point de mots légers , point de ces narrations vives et atta-^ chantes : sécheresse et raison, hélas! à nous , voilà notre partage. Mais revenons à nos doctes habitants de l'institut.

Si nous suivons M. Berthelot jusqu'aux Canaries, nous le voyons visiter avec M. Despréaux, puis encore en 1829 avec M. Webb, les antiques monumens de ce pays. Les tombeaux que l'on trouve entre les ports de Nièves ou de Junckal offrent surtout quelques particularités assez curieuses. Ce sont des buttes de douze pieds d'élévation, formées de scories volcaniques , entassées sans ordre , et occupant de petits espaces d'environ vingt pieds carrés. Les corps que l'on retrouve en squelettes , au fond de ces tumuhis , k quelques pieds au-dessous du niveau du sol, ont été garantis de la pression de ces pierres au moyen de plusieurs blocs de lave disposés en voiite. Dans ces fosses et avec les ossemens, on voit une grande quantité de petits fruits du cenorum pulverulenium ^ plante possédant des vertus antiseptiques, et pour cette raison beaucoup employée dans les embaumemens par les indigènes.

Nous ne reviendrons pas sur la comète d'Halley , sur cet amusement céleste des savans Européens ; seulement nous nous contenterons d'ajouter que chaque soir maintenant on l'aperçoit à la simple vue, dès la nuit, sur notre horizon oii elle se trouve depuis quelques jours dans tout son éclat. Nous nous arrêterons encore moins aux révélations médicales des docteurs Velpeau et Baudcloque, Civiale et Flourens ; que grâces et honneurs leur soient rendus quand ils sauvent un malade ; rien de mieux qu'ils soient même ensuite coQiblés de richesses et de présens , nous le voulons bien , mais qu'ils nous pardonnent de ne point oÛVir ici l'exposé technique de leurs découvertes. Ce tableau ne saurait plaire à nos lecteurs, et ce serait tout-à-fait inutile à la haute réputation de ces savans. Nous ne les sortirons donc pas de leurs amphithéâtres. Nous laisserons aussi M. d'Orbigny lire un mémoire sur l'organisation et les mœurs d'une espèce de poisson , appartenant à l'ordre des ptéropodes. Peu nous importe qu'ils soient essentiellement pélasgiens, qu'ils se tiennent dans toutes les mers, sous l'équateur comme dans le voisinage du cercle polaire , qu'ils ne s'approchent jamais du littoral , qu'on ne les prenne

que vers cinq heures du soir, par un temps sombre , ou même plus lard et par une nuit très-obscure suivant que l'on veut pêcher. Peu nous importe nous le répétons, car pour trouver ces habitans des mers , il faut aller au loin les chercher, et en vérité nous nous contentons de croire M. d'Orbigny sur parole.

Il n'en serait jîas tout-à-fait de même de Ptl. de Monferrand et de sa loi de la mortalité et de la population, si nous avions assez d'espace pour présenter quelques-uns des résultats de ses tableaux statistiques, car rien n'est plus sujet à erreurs que les calculs de ce pcnre. Du reste, cet auteur lui-même s'en est aperçu, puisqu'il a trquvé, comme plusieurs fois nous avions eu l'occasion de nous en assurer, en traçant notre statistique de l'Orne : que les nombres des lignes verticales et horizontales des feuilles du mouvement de la population des départemens ne concordent presque jamais. M. de Monferrand a eu la patience de corriger et ces fautes de simples commis et toutes les autres qu'il a pu rencontrer ; puis , des extraits de ces feuilles il a formé des tableaux fort intéressans de la population de chacun de nos départemens.

Nous devrions parler ici des observations d'optique sur la chimie mécanique, faites par M. Biot pendant son dernier séjour à la campagne. Mais alors il faudrait faire, comme cet habile professeur, de la science transcendante, et rapporter des expériences méticuleuses , destinées à prouver si les combinaisons chimiques et moléculaires s'opèrent toujours et uniquement suivant des proportions définies, de nombres atomiques, séparés par des intervalles discontinus, ou si en donnant une complète liberté de distribution aux molécules, dans l'état de solution, il peut se former en outre des combinaisons en proportions continuellement progressives ; ce qui pourrait bien ne pas être fort amusant , ni fort utile, et encore moins compréhensible pour beaucoup de nos lecteurs; aussi nous laisserons ce savant silencieusement continuer ses expériences : plus tard nous verrons si nous devons faire connaître les résultats qu'il aura obtenus.

Secours à donner aux noycs. — Si l'incrédulité et l'indifférence religieuse, filles du dix-huitième siècle, portent l'homme au suicide , si les sophismes des grands philosophes ont changé son courage en lâcheté , s'ils ont enlevé de son ame l'espoir qu'un Dieu éternellement bon récompenserait un jour dans le ciel les maux qu'il lui ordonne de souffrir ici bas pour l'éprouver ; c'est à nous chrétiens , à nous qui marchons sous la bannière sacrée de Jésus-Christ , à nous pour qui la charité est un devoir facile , à rappeler, autant qu'il nous est possible, à une vie de douleur mais d'espérance, ceux de nos semblables que nous trouvons ainsi sur les bords de l'abîme. Les flots , la plupart du temps, servent le désespoir de ces infortunés, mais trop souvent aussi on les voit charrier les corps de quelques victimes d'horribles assassinats. Tous ces malheureux exigeant nos prompts secours, n'épargnons jamais rien pour les arracher à la mort qui nous les dispute. Leur triste position exige de nous plus de zèle ; ce sont les soins du médecin qu'ils réclament , et comme un homme de l'art n'est pas toujours présent, mettons-nous chacun en état de leur prodiguer ces soins d'une manière au moins qui ne puisse pas leur être plus nuisible qu'utile. Le diflicile était de nous fixer sur les principes qui doivent nous diriger dans ceux des secours à employer, car peu de savans étaient d'accord sur la meilleure marche à suivre dans ce véritable traitement. Heureusement qu'un médecin de Rouen, M. le docteur Vigne, a généreusement entrepris , dans un Mémoire de quelques pages, de clairement résumer les moyens dont il faut se servir pour rappeler à la vie celui que nous venons de retirer des flots. Qu'il nous soit donc permis de présenter rapidement ici une courte analyse de ce mémoire important.

Si le noyé , dit le docteur Vigne , ne présente d'autres signes de l'extinction de la vie que l'immobilité, l'insensibilité , la pâleur du visage, l'élévation même excessive du ventre , l'enduit glaireux de la cornée transparente , l'enfoncement et la flaccidité du globe de l'œil , l'écume autour de la bouche et des narines , commençons et continuons à le secourir, non pas seulement pendant quelques momens, mais, comme l'a recommandé Portai, pendant sept ou huit heures , car plus d'une fois il a fallu tout ce temps

pour rappeler des noyés à la vie. Par conséffuent, il ne faut pas perdre patience , et encore moins, hàtons-DOUS de le dire, faut-il ne pas trop se précipiter. Il est donc important d'açir avec intelligence, tranquillité et persévérance. A peine le noyé est-il retiré des flots, qu'il faut avant tout éviter qu'on ne cherche à lui faire dégorger l'eau qu'il a pu avaler , soit en le roulant dans un tonneau , soit en le suspendant par les pieds, soit en le tourmentant de toute autre manière , car ainsi au lieu de le sauver , on risque à ie tuer en engorgeant davantage le cerveau, le cœur et le poumon. Il faut donc à la sortie de l'eau, transporter le noyé jusqu'à la maison Ja plus voisine sur les bras ou sur un brancard, en lui évitant la plus légère secousse et en le tenant seulement couché sur le côté droit et la tête un peu relevée. Arrivé à la maison , on le couche sur le mcme côté droit et la tête légèrement penché et bien soutenue, sur une table ou une paillasse, ou mieux sur un matelas. On retire de sa bouche les mucosités et tout ce qui fait obstacle au passage de l'air , on lui nettoyé les oreilles avec de petits rouleaux de linge , on coupe ses habits pour l'en débarrasser plus doucement, puis on l'enveloppe dans une couverture de laine pour commencer à le sécher et à le réchauffer. Bientôt après on le découvre pour l'essuyer avec des flanelles, ou des linges secs et chauds , ou à leur défaut, avec des éponges , de vieilles bardes ou même du foin sec , aftn de le nettoyer de la matière gluante qui souvent le couvre tout entier et arrête la transpiration en augmentant le froid dont il est saisi. Ensuite, on le place toujours dans la même position dans un lit sec et modérément chaud, en lui appliquant sur la poitrine, sur la région de l'estomac, dans le creux des aisselles, et dans les plis de l'aine et des jarrets , des étoffes chaudes et sèches. On a vu opérer ce réchauffement avec beaucoup de succès , en étendant sur le lit une couche de quatre à cinq pouces de cendres préalablement chauffées dans un chaudron , en plaçant le malade sur cette couche et en recouvrant son corps d'une même épaisseur de cendre que l'on renouvelle de temps en temps. Quelquefois on a vu également de bons effets de pareils bains secs et chauds de sable , de sel ou de fumier. Quoiqu'il en soit, dès que le malheureux sera couché sur le lit , on lui fera des frictions, notamment sur la colonne vertébrale, sur les régions du cœur et de l'estomac avec d'autres étoffes également sèches et chaudes ; puis on irritera la paume des mains et la plante des pieds en les grattant fortement avec les ongles ou avec des brosses, ou en y appliquant des sachets médiocrement chauds de cendre, de son ou de sable. Alors on cherchera à retirer l'organisme de son espèce d'anéantissement ; pour cela, on excitera les fosses nasales avec la barbe d'une plume , des rouleaux de papier ou de charpie , de l'eau de Cologne ou des Carmes ou du vinaigre ordinaire , le tout avec la plus extrême réserve, pour éviter au malade de trop vives secousses qui , dans l'état fragile de ses organes, augmenterait la congestion cérébrale et déterminerait sa mort; aussi est-ce encore avec plus de prudence que pour opérer ces irritations il est permis de faire usage du vinaigre radical , de l'alcali volatil fluor, de la poudre sèche debétoine, de rhue , d'euphorbe, de tabac , ou de la fumée de ces diverses plantes. Il serait même important de ne pas du tout s'en servir si la figure était rouge et violacée, si les yeux étaient brillans et gonflés, et si les membres conservaient encore de la chaleur et de la flexibilité, car alors on devrait saigner en ouvrant les veines jugulaires, afin de dégager promptement la tête et lepoumon; saignée, au contraire, qu'il faudrait éviter , si le corps était pâle , froid etraide, car elle donnerait la mort. Après ces premiers soins, on cherche à irriter les voies inférieures, en introduisant dans les intestins du noyé, au moyen d'une canule et d'un tube quelconque, des vapeurs excitantes de benjoin, d'encens ou de genièvre , ou à leur défaut , simplement de la fumée de tabac, et le tout d'après les conseils des docteurs Louis, Stoll, Vitet, Alibert , Orfila , Pia et Guersent. Enfin , il est important, en même temps que l'on prodigue ces soins , de rappeler la respiration du noyé , s'il est possible , en redonnant de l'oxigène au sang pour qu'il puisse reprendre son activité et la rendre également au cœur et au poumon. Pour cela , il faut insuffler de l'air ordinaire dans ce dernier organe, comme l'ont recommandé les docteurs Avencl, Girardin , Vinglrivier, Pouchet et Chaussier. Il ne suflit pas, dit ce dernier , de mettre dans la bouche ou dans les nari-

nés du noyé un tuyau par lequel un assistant pousse de l'air soit avec la bouche, soit avec un soufflet , mais il faut , après avoir introduit une canule jusque dans le larynx, y soufiler d'abord un peu d'air avec la bouche ou un soufflet que l'on fait agir jusqu'à ce que les pou- Daons soient remplis ; puis on relire le soufflet pour laisser échapper l'air introduit , et l'on facilite la sortie de cet air par de légères pressions sur la poitrine, puis on recommence ces insufflations et ces pulsions successives pour imiter autant que possible les mouvemens alternatifs de la respiration naturelle. Quelquefois la bouche est tellement fermée et Té" piglotte si fortement appliquée sur le larynx, que l'on est obligé d'introduire l'air ou par l'une des fosses nasales ou par une incision qu'un médecin habile doit seul faire à la trachée-artère, opération que l'on a vu réussir aux Tissot et aux Roux. Souvent aussi il est utile d'introduire dans le tube intestinal comme dans le poumon de l'air atmosphérique. On a même vu Aldini et Leroi d'Étiolés ranimer les organes du cœur et le jeu des poumons de plusieurs animaux noyés, en appliquant des chocs galvaniques ou sur le creux de l'estomac , ou sur les nerfs du diaphragme , ou dans l'intérieur de l'une des oreilles. En admettant que les soins prodigués auront rappelé le malade à la vie , il faudra, au premier signe de la respiration renaissante , essayer de faire passer doucement dans sa bouche , avec une petite cuiller , du vin ou de l'eau-de-vie coupés de trois parties d'eau sucrée tiède, sans cependant le forcer à boire tant qu'il aura de la difficulté à avaler; mais dès qu'il boira , dès qu'il respirera facilement, il sera sauvé , et l'on n'aura plus qu'à rendre grâce à Dieu de ce triomphe ; mais en finissant , nous le répétons encore avec 31. Vigne, une longue persévérance peut seule obtenir un heureux résultat, et nous ne devrons enfin cesser nos efforts que lorsque la putréfaction , caractérisée par le soulèvement de l'épiderme, par le ramollissement de la peau , par des taches livides à sa surface, et par l'odeur cadavéreuse, nous préviendra que l'ame du malheureux, objet de notre sollicitude , est en présence de son juge éternel ! J. O. D.

DÉCOUVERTES INDUSTRIELLES ET USUELLES

GÉOLOGIE. — Puits artésiens. — Avant d'abandonner la transcendance des calculs et des théories, nous trouvons encore au milieu des communications faites à l'académie des sciences, plusieurs faits qui intéressent le propriétaire instruit, pour lequel les applications industrielles ou agricoles ne doivent pas rester étrangères. — Les conclusions d'un mémoire de M. Dufresnoy, sur les terrains tertiaires du midi de la France, sont de ce nombre, et vont remplacer ici le peu de mots dont nous aurions été obligé de faire précéder une note sur un puits artésien, présentée quelques jours plus tard à la même société, par l'estimable et savant M. le vicomte Héricart de Thury : les terrains tertiaires du midi, d'après les observations de M. Dufresnoy, présentent trois étages distincts , séparés les uns des autres par une discordance dans la stratification , c'est-à-dire dans la séparation de leurs couches , car, ajouterons-nous, tout terrain le dernier formé, est divisé par une foule de lignes d'intersection plus ou moins inclinées horizontalement. 2» Cette séparation, indiquée seulement pour le second étage, par une transgression de la molasse au grès tendre, sur les différentes couches du calcaire grossier, est établie d'une manière trèsnclte pour le troisième étage. 3° L'étage inférieur qui correspond à la fois dans le bassin de Paris aux formations de l'argile plastique ou argile à potier, du calcaire grossier, du gypse et du calcaire siliceux , est représenté uniquement dans le bassin du midi par un calcaire coquillicr, analogue aux couches inférieuics du calcaire grossier des environs de Paris , dans lequel les miliolites ou petites coquilles fossiles ou pétrifiées , d'une ligne à peu près de diamètre, sont très-abondants. 4" L'étage moyen du midi correspond au grès de Fontainebleau, et aux meulières ou calcaire siliceux du bassin de Paris. Cette partie des terrains tertiaires forme une couverture presque continue dans toutes les contrées de la France dont le sol inférieur est formé de terrains secondaires. Tantôt cette couverture présente ou du calcaire d'eau douce, ou du calcaire siliceux, ou du grès siliceux, ou

des argiles grossières, avec minerai de fer ou de calcaire marin, appelé aussi molasse coquillière, ou des faleurs, c'est-à-dire des masses de calcaire grossier, rempli de miliolites ou de sables siliceux; tantôt elle contient des pierres à plâtre , des rognons de soufre et des liguites , espèce de bois pétrifiés , servant à fabriquer les parures en jay, et que l'on prend souvent pour du charbon de terre, à cause de sa propriété de brûler facilement. 5° Les terrains tertiaires supérieurs, qui sont à peine représentés dans le bassin de Paris par quelques dépôts de sables et de galets, placés sur certains plateaux de la Normandie , ne se trouvent dans le midi qu'au-delà de la Garonne j alors ils n'offrent guère sous forme d'alluvion qu'une couche assez mince , recouvrant le second étage des terrains tertiaires. D'après ce peu de mots sur la géologie de la plus grande partie de la France, qu'il nous soit permis d'ajouter que toutes les couches constituant ces terrains, étant inclinées, il est facile de comprendre que l'eau, quand elle tombe sur les coteaux, s'infiltre entre les vides laissés par les stratifications de ces couches , coule sous terre dans ces vides, et tend à remonter au niveau de son point de départ, dès qu'on lui donne issue. Celte théorie , connue depuis long-temps , avait aussi depuis nombre d'années été mise en pratique dans tout l'Artois , et dans cette contrée on voyait presque partout surgir l'eau au moyen d'un simple trou de quelques pouces de diamètre , que l'on faisait en terre avec le secours d'une forte tarrière. Cependant, ce procédé d'obtenir de l'eau ne se répandit presque pas, soit par insouciance, soit par toute autre cause. Pourtant l'immense utilité qu'il présentait, éveilla la sollicitude de l'un de nos plus habiles géologues, de M. Héricart de Thury. Son espoir n'a pas été déçu; dans une foule de localités , on a vu sortir de terre des jets d'eau inattendus, et encore dernièrement ce savant a fait connaître les résultats du forage d'un puits semblable , exécuté par M. Mulot dans une propriété de M. Desbassins de Richemont, à Congé-sur-le-Cher, département d'Indre-et- Loire. En vingt-un jours, M. Mulot est arrivé à deux cent dix pieds de profondeur dans la craie , d'oii il a obtenu six cents litres d'eau à la minute ; ensuite à trois cent soixantequinze pieds , il a fait jaillir du fond des grès verts un jet donnant mille litres d'eau , puis à trois cent quatre-vingt-dix pieds , il a trouvé une troisième nappe d'eau , qui a fourni deux mille cinq cents litres; et enfin ayant percé plus avant , il a fait sortir un véritable torrent, qui vomissait plus de quatre mille litres d'eau et de sables verts , toujours dans le simple cours d'une minute : d'oii il résulte, comme l'a fort bien observé le savant IM. Arago, que la quantité d'eau fournie en vingt -quatre heures par ce puits artésien équivaut à plus de six mille mètres cubes , et donne par jour, deux fois plus d'eau que la rivière de Bièvre ne peut en fournir à Paris dans le même espace de temps. Quelque beau que soit ce résultat, ajoutons que le procédé ancien employé par M. Mulot est seul et fort coûteux. Déjà cet habile sondeur lui a fait subir d'importantes modifications, mais nous plaçons encore au-dessus de ses appareils , ceux employés au Vigan par M. Hamond , et nous regardons en outre comme infiniment supérieure , môme à ceux-ci , la sonde chinoise, actuellement employée par M. Selligue, à forer un puits artésien dans l'une des cours de l'École-Militaire, derrière le Champ-de-Mars. Son mouvement continu est des plus économiques, car nous lui avons vu creuser une profondeur toujours de même diamètre de cinq pieds, avec quatre hommes , dans un espace de temps qui ne permettait aux anciens appareils de ne forer dans le même terrain , que huit à neuf pouces avec sept ou huit hommes. Déjà en 1829, M. Héricart de Thury avait fait connaître la lettre d'un respectable missionnaire de la Chine, dans laquelle il donnait la description d'un appareil grossier du même genre, employé par les Chinois. Depuis cette époque, les ingénieurs prussiens ayant utilisé cette description , ont fait construire sur son principe des inslrumens perfectionnés dont ils ont retiré les plus grands services. Tout fait espérer que les efforts de M. Selligue seront couronnés des mêmes succès, car jusqu'ici rien ne semble devoir l'arrêter, mais du reste , grand serait l'étonnement des Chinois , si à force de creuser avec l'instrument de leur invention, nous allions un beau inatiu nous faire jour jus*

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que chez eux. Alors serait résolu le grand problème de Maupcrtuis , qui ne désirait rien tant que de voir percer la terre d'outre en outre.

THEATRES

DON JUAN D'AUTRICHE. — COSIMO. — UN MARI CHARMANT. — LES AVENTURES DE JOVIAL. — LE FILS DE FIGARO. — UN FILS. — LA PÉRICHOLE.

Une chose que (dut madame Sophie Gay me flétrir de ce nom qu'elle inventa, du sobriquet de Grognard dramatique.) je ne saurais m'empêcher de constater, c'est l'état d'infirmité , d'abaissement , tranchons le mot, de détresse où se trouve réduite, à mon sens, notre première, c'est-à-dire noire vraie, notre seule scène nationale. Ce n'est pas que j'entende par ce mot de détresse élever sur la situation financière de la caisse la plus légère suspicion ; grâce à Dieu et au directeur , ce point-lù n'est pas inquiétant : si , par malheur, le Théâtre-Français n'a rien gardé des manières du grand seigneur, il n'en a pas non plus gardé les dettes. Jamais, il en faut convenir, la comédie française ne fit mieux ses affaires ; mais jamais aussi , qu'elle l'avoue ù son tour, elle ne fit plus mal celles de l'art. Car, parlons franchement, quelle scène, je le demande, quelle scène que celle qui se voit forcée de recruter au Vaudeville et au Gymnase deux premiers sujets dont elle manque! Quelle scène que celle oii M. Guiaud, oii M. Saint-Aulairc , où M. Desmousseaux sont chefs d'emploi ! où Menjaud, comédien estimable d'ailleurs, a remplacé Armand et Fieury! quelle scène que celle où Ligier n'a d'autre doublure que Beauvallet et où mademoiselle Mars n'en a pas !

Je ne suis pas bien vieux encore, et pourtant je me souviens (puisque j'en suis déjà aux souvenirs) je me souviens de ce jour où brillaient là tous à la fois tant de talens divers, et Talma, et Lafon, et Carligny, et Michaut, et Damas, et Armand, et les deux Rjptistc, et Michelot, et Devigny ; en actrices, c'était Leverd, Demerson, Duchesnois, Courgoin, Rose Dupuis, qucsais-je? Quel temps, quel temps que celui-là! Alors tout le succès d'un rôle ne dépendait pas d'un costume historiquement fidèle, d'un énergique frémissement d'épaules, ou d'un cri hardiment lancé. Il fallait d'autres qualités pour réussir; il fallait du goût, de la tenue, de la diction, de la noblesse, beaucoup de choses fort inutiles sans doute , puisque nos grands artistes d'aujourd'hui ont si bien appris à s'en passer.

Et notez qu'en fait de pauvretés je n'ai parlé là que de ceux qui jouent les pièces. Si nous parlons de ceux qui les font !,.. vraiment je sens que je voudrais ne me brouiller avec personne, et cependant que dire de royautés dramatiques telles que M, de Longpré, telles que M. Scribe, telles que M. Hugo, telles même, il faut bien en venir là, telles que M. Casimir Delavigne ? Loin de moi l'idée de prétendre que M. Delavigne soit un homme sans mérite : il en a, et plus qu'il n'en faut pour être de l'académie ; mais pourtant, il faut bien l'avouer, le talent de M. Dclavignc n'est qu'un talent de deuxième ordre, talent doux, point original; talent qui imite, non qui crée; qui ne sait rien risquer que ce que d'autres ont déjà risqué les premiers ; qui est pour la littérature comme ces fashionables de seconde main attendant pour adopter une mode que les vrais élégans n'en veuillent plus; et, si j'osais ajouter quelque chose au spirituel jugement porté dans ce même recueil par un de nos plus piquans critiques, je dirais que M. Delavigne n'eut, selon moi, jamais été poète s'il n'y eût eu des poètes avant lui.

«Et malgré tout cela, M. Delavigne fait courir, me dira-t-on, M. Delavigne fait recette, le Don Juan de M. Delavigne vaudra quelque cent mille francs de plus à la caisse du Théâtre-Français w. Eh ! oui, sans doute. La raison, c'est que M. Dclavigae est l'écrivaiu

qui travaille le plus en vue de la foule, et le moins en vue de la critique; c'est à la foule seulement que M. Delavig-nc veut plaire , et son Von Juan même en est une nouvelle preuve : il y a de tout dans Don Juan.

Pour l'amateur du vieux mélodrame, il y a le tyran^ Phlippe II ; le redresseur de torts ^ Charles-Quint; Sarah, V innocence malheureuse^ et jusqu'au niais, Qaixada.

Pour le partisan du vaudeville, il y a le moinillon Peblo, type frappant des petits cousins, et le héros lui-même, don Juan, qui n'est autre, à y bien prendre garde, qu'un beau colonel du Gymnase, affublé d'un manteau, d'une dague et d'un pourpoint.

Quant au sectateur du drame moderne , il n'aurait qu'à choisir dans des phrases telles que celle-ci : la pointe de mon epe'e à ta poitrine ou le plat de mon e'pe'e sur ton visage, pour trouver de quoi se satisfaire; sans compter que l'ouvrage est tout entier écrit dans sa langue favorite, en prose, licence fort peu poétique, comme on voit.

De façon que Don Juan d^ Autriche a beaucoup moins l'air, au résumé, d'une pièce de M. Delavigne que d'un mélodrame fait par M, Pixérécourt, corrigé par M. Scribe et récrit par Victor Hugo.

Je n'insisterai pas davantage sur Don Juan ; je ne cliichanerai pas M. Delavigne sur certaines transpositions et sur certains anachronismes, puisqu'il est reconnu aujourd'hui que l'histoire est, dans une œuvre historique, ce qu'il y a de moins nécessaire , et j'aime mieux quitter le noble prince pour un prince de moins bonne maison peut-être , mais infiniment plus amusant. Je veux parler du prince Cosimo.

Cosimo est un honnête garçon qui, bien qu'il ne soit point né prince, n'en occupe pas moins dans le monde une position des plus élevées, et non pas des moins périlleuses : Cosimo est peintre en batimens ; la moitié de sa pauvre vie se pusse sur une corde à nœuds. Un beau jour, descendant, enchantant, de la corde, le voilà qui tombe dans un salon, un magnifique salon , en vérité, oii se trouve , posé sur un fauteuil, quelque chose de plus magnifique encore, un habit tout de velours et d'argent. Chacun a son amour-propre ici bas. Cosimo a celui de savoir quel effet un tel habit ferait sur ses épaules; il l'essaie : mais tandis qu'enchanté de lui-même, il se tourne, se retourne, s'admire et se demande si, après tout, un prince aurait meilleure façon, survient toute la noblesse du voisinage, qui s'empresse près de lui, lui fait la révérence et le salue prince pour tout de bon. Le brave garçon se laisse faire : il commande, menace, ordonne, fait grâce aux uns, punit les autres, prend des airs fats et insolens à faire crever d'envie nos puissances du jour. Par malheur le proverbe qui dit : «Au bout du fossé la culbute, » est de tous le plus infaillible. Au moment où le prince Cosimo est le mieux dans l'esprit de son rôle, arrive le maître de l'habit qui s'en vient reprendre son bien. Et c'est ainsi que Cosimo redevient Gros- Jean comme devant. Car c'est toujours, il faut bien l'avouer, c'est toujours l'habit qui fait l'homme. Si l'habit ne faisait pas l'homme, que serait un ministre et un préfet.^

Cosimo est un charmant opéra-comique qui, bien qu'il révèle de la part du compositeur, M. Prévost, toute l'inexpérience d'un commençant, promet du moins pour l'avenir un talent frais et spirituel. Un charmant duo, au deuxième acte, a enlevé tous les suffrages. Grâce à lui, le succès n'a pas été douteux.

Je n'en voudrais pas dire autant du Mari charmant du Gymnase. Il se peut, comme le veut l'auteur, que le laid doive en fait d'époux, aux yeux d'une femme prudente, avoir le pas sur le joli ; mais, en fait de pièces, j'ai toujours cru devoir préférer les bonnes aux mauvaises, et M. Dumanoir permettra que la sienne ne me fasse pas changer de façon de penser.

Au surplus, les théâtres, en général , ne sont guère en veine de succès : aux Folies- Dramatiques, Jovial, le joyeux protesteur, voit à son tour le public ennuyé protester à coups de sifflets le mandat par trop impertinent tiré sur sa facilité. C'est qu'aussi une bonne idée est pour un vaudevilliste une chose si rare, qu'il ne peut la laisser tranquille avant de l'avoir tuée sous lui. Telle a été l'histoire de /cim/.Fier d'abord de près de cent

représentations, puis, blessé d'une malheureuse suite qu'on appelait /owa/ ew pmo/i, le voilà qui meurt aujourd'hui de la même main qui le créa, de la main de M. Théaulon. Encore du moins , M. Théaulon n'exploile-t-il que ses idées ; mais de quel droit M. Burat-Gurgy exploite-t-il celles de Beaumarchais ? n'était-ce pas assez du malheureux essai tenté par M. Rosier, sous le titre de la Norl de Figaro-, et fallait-il encore nous montrer le Fils de Figaro? « En général, rien n'est moins spirituel que le fils d'un homme d'esprit, » a dit un homme de beaucoup d'esprit, qui sans doute n'avait pas de fils ; et c'est un axiome que justifie bien le fils de Figaro. Mais, taisons-nous , respect à ceux quj ne sont plus ; le pauvre enlant a suivi dans la tombe le Figaro de M. Rosier. Espérons que celui-là du moins sera mort sans postérité.

Au reste, l'Ambigu-Comique n'est certes pas heureux en fils. Le Fils, tout court, qu'il a donné immédiatement après le Fils de Figaro, n'a pas trouvé meilleur accueil. Je suppose que les auteurs avaient beaucoup compté sur les verdets glissés. Dieu sait pourquoi, dans leur pièce. Par malheur, personne n'y a fait attention ; la claque elle-même n'en est plus à crier haro sur une cocarde blanche, ni à s'extasier au récit des horreurs de 1S15. L'effet des verdets a donc manqué, comme manque chaque soir au Palais-Royal l'effet des prêtres dont M. Dormeuil juge à propos de farcir son répertoire. Après le Couvent de St.-Cyr , après V Aumônier du régiment, voici venir la Périchole , oii une comédienne et un évêque se disputent, l'une à qui perdra, l'autre à qui sauvera une ame, l'ame d'un vice-roi. Au dénoùment, il se trouve que l'évêque a converti la comédienne ; il ne manquait, pour l'édification des fidèles du Palais-Royal, que de voir la comédienne convertir au contraire l'évêque. A. de B.

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