‹ L'Écho de la jeune France (volume 5)Chapitre 98 sur 129 · MÉLANGES POUTIQUES ET LITTERAIRES. — CAUSERIES. — REVELATIONS · texte numérisé non relu

MÉLANGES POUTIQUES ET LITTERAIRES. — CAUSERIES. — REVELATIONS

Comme tout passe ! comme les majestés de la terre s'usent et s'effacent ! Un roi, (un roi de nouvelle origine, il est vrai), est arrivé à Paris depuis dix jours, et personne ne le sait; ou si quelqu'un en a eu connaissance, personne n'y a fait attention. Autrefois, toute la grande ville se serait émue, se serait portée au-devant de la majesté voyageuse: administrateurs, maires, échevins, lui auraient débité des discours de bien-venue, et offert les pains et les vins d'honneur. Aujourd'hui, pas un Parisien n'a mis la tête à la fenêtre; pas un savetier n'est sorti de son échoppe, pas une poissarde n'a levé la tête pour voir passer Léopold de Saxe-Cobourg, dit le roi des BelgeS; et sa jeune épouse, fille de Louis-Philippe... Pour m'expliquer cette indifïérence, je me demande si c'est à la majesté' qu'il manque quelque chose, ou au peuple qui se dérange si peu pour elle ?

Ce peuple se dérange-t-il davantage pour voir Monsieur le duc d'Orléans partant pour l'Afrique ? Eh ! mon Dieu non. Que Léopold arrive, que son beau-frère parte, tout cela est même chose, et la presse a plus parlé du Don Juan d'Autriche, de Casimir Delavigne, que des princes arrivans et par tans.

Il y a eu un temps où c'eût été un événement de grand intérêt qu'un jeune dauphin de France, déployant le drapeau des fleurs de lys pour aller guerroyer outre-mer; le peuple se serait mis debout pour le voir partir, et des vœux auraient été faits pour lui dans les temples. J'ai cherché à trouver quelque chose de semblable à ce moment de départ de Monsieur le duc d'Orléans, mais en vérité je n'ai rien vu de pareil.

A propos de celte expédition d'Oran, on a plus parlé du fils du maréchal de Reggio que de tout autre, et voici pourquoi: Le marquis d'Oudinot depuis 1830 s'est tenu à l'écart de la chose publique actuelle; une seule fois, je crois, il a paru à une revue ; aussi il croyait qu'on ne pensait pas à lui, quand le ministre de la guerre l'a fait mander pour lui dire

qu'on lui offrait le commandement de l'expédition... Un officier français, le fils d'un maréchal de France, ne peut jamais refuser des coups de fusil, et un frère ne pas saisir l'occasion de venger son frère. Le marquis d'Oudinot a donc accepté ; il ne va pas à la nouvelle cour, mais il n'hésite pas à aller à Oran. On assure qu'après cette mission remplie, il rentrera dans sa nohle retraite.

La rumeur publique fait encore entendre le nom du président Jackson. Une question d'honneur, c'est toujours populaire en France... Le républicain des États-Unis ne veut nullement entendre parler d'excuses ou de rétractation : MM. de Broglie et Thiers seront donc encore forcés de faire de la grandeur, du courage et de la di.gniie'h. la tribune, quand se r'ouvrira la SLSsion parlementaire... Gare à eux, si notre Berryer est là ; son éloquence a toujours des foudres.

La Chambre des pairs va aussi r'ouvrir ses portes dorées, et le Corse Fieschi et trois autres hommes accusés d'être ses complices, comparaîtront à la barre de la noble Chambre... Fieschi y viendra presque florissant de santé tant on a eu soin de lui ! Jamais on n'avait si bien choyé, caressé, engraissé un homme pour le faire parler et mourir. Aussi, nous le prédisons au ministère actuel , son humanité sera en grande renommée dans l'avenir. Louis XVI au Temple rencontrait bien moins d'égards que Fieschi n'en éprouve à la Conciergerie. Dites donc maintenant qu'il n'y a pas progrès !

En Espagne aussi, il y a progrès : progrès révolutionnaires, progrès dans le chemin des abîmes ; les jacobins y poussent la jeune reine et sa fille. Il y a quelques mois que l'irréligioji avait demandé à Marie-Christine la suppression de plusieurs couvens j elle a cédé alors, et aujourd'hui on exige de sa peur et de sa faiblesse de bien plus grands sacrifices, c'est presque la suppression générale des maisons religieuses qu'elle vient de signer.

Don Carlos se maintient toujours dans une bonne position, et l'esprit révolutionnaire, en effrayant les gens paisibles lui donne des partisans de plus. Le vice fait souvent aimer la vertu.

A Kalish, à Tœplitz, on ne sait ce qu'ont fait les souverains du nord; ont-ils pensé à leur frère en royauté, armé pour soutenir ses droits.^ ont-ils pensé à eux-mêmes? l'avenir nous l'apprendra ; en sortant de ces conférences d'empereurs et de rois, sa majesté inpériale Ferdinand d'Autriche est allée dîner chez des majestés tombées : si entre ces illustres personnages, il y a eu de l'embarras, je me ligure qu'il n'aura pas été du côté des nobles exilés.

La littérature dans la dernière quinzaine n'a pas été stérile ; deux ouvrages ont occupé ceux qui lisent et fait parler ceux qui critiquent et qui jugent. Depuis long-temps on n'avait trouvé autant de pureté de style, autant de poésie, autant de couleur orientale que dans la Bédouine de M. Poujoulat: une jeuue fille du désert; un homme de notre monde, dégoûté, fatigué de notre civilisation ; un amour pur entre ces deux êtres, voilà tout le livre. Eh bien! de cette pensée il a découlé de ravissantes peintures, de touchants tableaux... en lisant ces deux volumes beaucoup trop minces et trop petits , on se souvient et de la Bible, et d'Homère, et d'Atala, et de Rêne ! Si après la lecture de ce livre on devine que son auteur est jeune, certes ce n'est pas parce que l'on a trouvé des taches et des défauts de style dans son ouvrage. Non , on pressent sa jeunesse , aux nobles , aux généreuses pensées, aux douces, aux poétiques images que l'on rencontre à chaque feuille de la Bédouine, et que l'on ne donne plus, liélas! à ses lecteurs, lorsque l'on a vieilli.

M. le comte Alfred de Vigni a aussi publié Grandeurs et Servitude militaires. Dans ce livre, comme dans tout ce qu'écrit l'auteur de Cinq Mars, il y a beaucoup de verve, de force, de talent, et à côté de grandes beautés, des taches. En remarquant ces taches, on voit que l'auteur les a laissées tomber exprès sur ses pages, par condescendance pour le goût actuel. C'est là un des torts de M. de Tigny. Nous comptions pour démontrer notre pensée, faire des citations de Grandeurs et Servitude militaires. 3Iais l'espace jious manque aujourd'hui.

376 LA JEUNE FRANCE, etc.

Don Juan d'Autriche par Casimir Delavigne , voilà vraiment le grand événement de Vaclualité: j'ai été assez heureux pour assister à la première représentation de ce beau drame. Les Puristes, les Puritains littéraires ont fait à l'auteur bien des reproches que je n'aurai pas ie courag^e de lui adresser ; les Puritains littéraires reprochent à Vauteur de Don Juan d'avoir dénaturé l'histoire

On lui dit : « Les grandes figures de Charles -Quint , de Philippe II et du prince don Juan sont singulièrement travesties ; les caractères ne sont pas conservés : les dates , ces clés de l'histoire, sont fausses , don Juan n'avait que quinze ans lorsqu'il fut reconnu par son frère, et l'auteur lui en suppose au moins vingt-cinq. Aucun historien ne rapporte que Charles-Quint ait donné l'épée de François I" à son fils naturel, car elle n'est pas sortie de France, et nous l'avons vue au Musée d'artillerie. »

Tout cela peut être vrai , mais tout cela n'empêche pas le drame de marcher, de se dérouler avec un immense intérêt ; le tort que j'aurai le courage de reprocher à 31. Casimir Delavigne, c'est le rôle de Quixada, tuteur niais et trompé , qui n'est digne que d'un mélodrame du troisième ordre du boulevard ; les niais sont bien usés aujoud'hui , et Charles-Quint l'était trop peu pour en choisir un comme Quixada.

Tout ce personnel qui entoure le jeune prince est malheureusement imaginé, ou plutôt ne l'est pas du tout imaginé: il est pris à l'Ambigu-Comique et à la vieille Porte

Saint-Martin Don Juan non plus n'est pas de son temps mais passé cela et des

redites contre la cour de Rome, je le répète dans toute mon indépendance de causeur^ j'ai trouvé un grand attrait dans la pièce nouvelle; il faut bien que cet attrait ait été grand, car mon esprit et mon corps ont oublié que la représentation avait duré cinq heures au moins! Parmi les bonnes choses du drame, il ne faut pas oublier que M. Delavigne n'a parlé du roi chevalier, di; notre François I", qu'avec admiration ; un grand talent avait insulté ce roi, un beau talent l'a vengé.

Il faut redire encore que parmi les bruits de la quinzaine, la nouvelle de la mort d'Alexandre Dumas a circulé ; espérons que le poète voyageur reviendra bientôt nous prouver qu'il existe, en donnant à son pays quelque bon ouvrage. Il y a en M. Dumas do quoi faire des chefs-d'œuvre : le ciel inspirateur de l'Italie aura encore aidé son génie. Qu'il revienne donc, le théâtre l'attend.

«sObHÎ^Sx

M. DcviUierss'élant absenté et n'ayant pas fait publier dans le délai voulu par la loi la délibération qui le nommait administrateur de la société de la Jeune France, cette délibération est nulle en ce qui le concerne ; en conséquence, M. Jules Forfelier conserve ses fonctions d'administrateur.

JULES FORFELIER.

PARIS. — IMPRIMERIE DE BKTIIUNE ET PLON, RUE'DE YAUGIRARl), 56.

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Kclio de la Jrune l'Vaiice

L'ECHO

DE

h'Eclio de la Jeune France paraît en 2 éditions, 1° une édition de luxe, avec gravures, les l'"- et IS de chaque mois, prix : 13 fr; 50 c. par an; 2° une édition mensuelle, le 5 de chaque mois, prtx, par an, 7 fr, 60 c. — On souscrit, à Paris, rue Ménars, 5 , dans les bureaux des postes, des messageries, et chez tous les libraires. (Les lettres non-aflVanchies sont refusées.)

SOMMAIRE

Avis aux associés et abomiés de la Jeune France.' — l. SOUVEXins HISTOÎIIQUES. — Petit cours d'hisfoirc, par /. — IL ÉTUDES LITTÉRAIRES. — Aniony Deschamps/ dei*nières paroles , par M. Gustavede Romand. — IIL VARIÉTÉS-MÉLANGES. — (ouvrés du catholicisme; Renaissance du prieuré de Solesme; Progrés du catliolicisnie en Turquie ; Lettre de monseigneur rarchevêquc de Smvrne à monseigneur l'évéque de...; Oiî doit conduire l'amour de la patrie ; le Mont du Salut; le Conseil ; le Peuple ; la Patrie sauvée ; par M. le vicomte Walsh. — Poésie à l'Écho de la Jeune. France, par M. l'abbé Miclion. — Voyages; Fragmens d'un voyage philosophique en Angleterre, par M. Victor Hennequin. — Les cimetières de Paris, par M. Duplessis. — 1\. MÉMOIRES DU TEMPS. — Découvertes et inventions utiles, par M. Odqtant' Desnos. — Beaux-Arts"; Xeçons sur l'histoire et la théorie des beaux-arts, par Sctdegel. — L'ancien Bourbonnais, par M. Achille Allier, — Galerie bretonne, par 0. Perrin. — Gravures. nouvelles.. — Théâtres. .. *

(Gravure , l'abbaye de Saint-Denis. )

QUATRIEME ANiXÉE DE LA JELIVE FRAIVCE.

Dans une réunion d'hommes graves appartenant aux premiers ran^^s de la société tant dans l'ordre ecclésiastique que dans Tordre civil, une publication de la plus haute importance avait été résolue pour satisfaire aux vœux depuis si long-temps exprimés par toutes les familles d'avoir une Revue que Icsparens pussent en toute sécurité laisser exposée au milieu de leurs salons à la curiosité de tous. La Revue de Paris, la Revue des Deux-Mondes, et tant d'autres qu'il serait trop long d'énumérer, ont trop souvent le malheur de renfermer des histoires ou des théories de la plus funeste influence sur des esprits impressionnables ; une Revue catholique dans des conditions de périodicité et de prix semblables à celles de la Revue des Deux-Mondes, avait donc été décidée, et un prospectus couvert des noms les plus justement en vogue allait paraîlre, annonçant une Revue telle que l'élite de la France doit en posséder une. Une Reu]e CATHOLIQUE, c'était une littérature, une poésie, une philosophie, des a

Édition de luxe. — Tome m , 3«^ année. — 15 navcm'urc 3835. — N^ 17.

inspirés du ciel; c'élail un recueil comme l'imaginalion la plus pure, comme rinlelligence la plus haute pouvaient en concevoir un, mais comme la main (ies hommes n'en avait pas encore réalisé.

Nous avons compris tout cela et prévu l'immense succès d'un pareil recueil au milieu de notre renaissance au catholicisme, principe de toutes les beautés dans la littérature, dans les sciences et dans les arts ; dès lors, nous nous sommes entendus avec les auteurs de ce beau projet, et à la suite de longues discussions sur l'inconvénient de créer une Revue catlioUque à côté de VÉcko de la Jeune France, journal de réforme par le christianisme y et l'avantage de ne faire de ces deux recueils qu'une Revue qui agirait avec d'autant plus de puissance que les forces de ces deux publications et leurs moyens d'action seraient réunis ; Le 15 octobre dernier, une fusion a été décidée aux conditions suivantes :

1° UEcho de la Jeune France se soumettra aux exigences de la loi du 9 septembre. Il donnera 48 pages au lieu de 20 tous les quinze jours, afin de terminer sa 3* année et d'avoir rempli ses obligations envers ses abonnés pour le 15 décembre 1835, époque où devait commencer la publication de la Reloue catholique.

2° A partir du 15 décendjre 1835, VÉcJio de la Jeune France prendra le titre suivant:

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