MÉMOIRES DE M. LE VICOMTE DE CHATEAUBRIAND
Nous sommes allés au nom de la Jeune France, prier M. de Chateaubriand, dont 1* protection a toujours été pour notre œuvre si active et si paternelle , de nous ouvrir ces trésors que le public n'ose désirer, car pour y arriver il lui faut heurter du pied la tombe du grand écrivain. M. de Chateaubriant rend à notre âge sympathie pour sympathie, compris de nous il sait nous comprendre. Ambassadeurs de la jeunesse française près de cette majesté du génie, notre mission n'a été ni longue ni difficile; la génération nouvelle a ses petites et grandes entrées dans sa demeure, et lorsque nous sommes venus dans cette retraite jetée comme un poste d'avant garde en tête de la grande capitale , et regardant d'un œil l'Observatoire qui avance, de l'autre le palais du Luxembourg qui recule, nous avons trouvé comme à l'ordinaire tout ouvert devant nous , le cœur comme la porte. Tant c'est un mot magique que celui de la Jeune France chez M. de Chateaubriant, nom à son tour si puissant sur la Jeune France I II nous a donc été permis de feuilleter ces pages, dans lesquelles se reflète magnifiquement cette grande vie, nous avons touché avec un religieux recueillement ces saintes reliques de la gloire , et, en nous enfonçant dans celte lecture , il nous semblait par moment sentir le froid de la mort et entendre les mélancoliques harmonies du tombeau. Ces lignes éloquentes que nous lisions , le jour qui couchera Chateaubriand sous sa pieire funéraire , ce jour li seul les fera surgir de leur sépulcre : elles seront enfantées à leur immortalité par une muse triste et taciturne qui, en se penchant silencieusement sur un cercueil, eu tirera ce sublime testament. Quand elles entreront dans le monde, leur auteur en sera sorti ; et cette tête puissante fatiguée de ses longues méditations reposera sur un oreiller de pierre moins dur encore, pour elle, que les coins anguleux de la vie; et cette main qui écrivit tant de chef-d'œuvres, sera relumbée immobile et glacée; et notre siècle mendiant, orgueilleux, quia emprunté au siècle précédent la plus belle de ses gloires, resteia dépouillé de ce manleau de pourpre sous lequel ses haillons ne paraissaient plus.
Telles étaient nos réflexions intimes en soulevant le sceau redoutable que la main de la mort, brisera pour jamais. Et nous nous prenions à oublier d'heure en heure que le jour
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n*était pas encore venu , des soupirs involontaires nous échappaient à l'idée de cette grande irainolation devant laquelle la destinée a reculé; puis nous retournant, nousnppercevions quelque fois le grand écrivain errant comme une mystérieuse apparition sous les arbres demi vcrdoyans qu'il a plantés, et écoutant les chants des petits oiseaux, qui s'épanouissent au printemps, en même temps que les branches sur lesquelles ils ont fait leur nid , ou bien nous le voyions assis en face de nous , le front incliné dans ses pensées , et alors il nous semblait voir Charles-Quint lorsque pressé d'en finir avec la vie , rassasié de succès et ennuyé de gloire il se coucha tout vivant dans sa bierre, pour écouter la lugubie psalmodie de ses funérailles.
A Saint-Malo où nos neveux feront un jour de pieux pèlerinages, comme l'Italie au tombeau de Virgile et du Tasse , dans une maison située rue des Juifs et voisine de celle où devait naître quelques années plus tard M. de la Mennais, naquit François-Auguste de Chateaubriand. Cet enfant dont la destinée devait être si grande , était presque mort lorsqu'il soHit des flancs maternels. La chambre où sa mère lui infligea V existence avait vue sur la vaste étendue de la mer si souvent troublée par les quatre vents du ciel, image de sa destinée! Et partout désormais où la ville natale se rencontrera sous la plume du grand écrivain, vous le verrez en caresser pieusement le souvenir^ et répandre sur son berceau les richesses de son style avec une tendresse vraiment filiale , soit qu'il peigne la ville elle-même qui s'avance comme un hardi corsaire dans les flots ^ îoit qu'il se plaise à dessiner les habitantes de ces lieux et vous jette en passant ce frais tableau: « Lors- » qu'elles soutiennent d'une main sur leur tête , des vases noirs remplis de lait ou de » fleurs , que les barbes de leurs cornet'es blanches accompagnent leurs yeux bleus, leur » visage rose , leurs cheveux blonds emperlés de rosée , les Walkiries de l'Edda , dont M la plus jeune est l'avenir ou les Canephores d'Athènesn'avaient rien d'aussi gracieux.»
M. de Chateaubriand, après avoir raconté sa naissance, grouppe, autour de lui, sa famille. Le dernier de dix enfans , dont six vécurent , il avait quatre sœurs et un frère aîné, le comte de Combouig, destiné au parlement de Rennes. En sa qualité de cadet de Bretagne, le chevalier de Chateaubriand devait entrer dans la marine royale. Cette maison de Chateaubriand éfait d'une haute origine, et l'illustre écrivain en trace avec détail la généalogie qui , par les Chateaubrien de Beaufort , s'en va toucher à l'écu des premiers comtes de Bretagne. On aime à voir un si noble nom si noblement porté. Puis ces détails sont nécessaires pour aider à comprendre cette vie et ce style où la chevalerie a mis son empreinte. Il y a deux hommes dans M. de Chateaubriand, celui, qui à la tête du présent, regarde l'avenir de plus près que personne, et celui qui se tourne quelquefois vers le passé pour interroger de l'œil la route lumineuse d'où ses ancêtres lui envoient des enseiçnemens d'honneur et de vertu. De ces deux hommes, l'un inspire l'autre. « Je suis pour les uns, « lit-on dans les mémoires, le vicomte de Chateaubriand; pour les autres je suis Fran- « çois Chateaubriand, et je l'avoue, j'ai l'orgueil d'être plus fier du second de ces titres « que du premier. » On le conçoit, car la noblesse du sang passe après celle du génie. Mais le descendant des comtes de Bretagne se retrouve toujours dans l'auteur par la fierté de son intelligence et l'indépendance de sa pensée. Ou scni que, dans cette famille, c'est une habitude invétérée que celle de marcher la tête haute et par la droite route. Cette main empoigne la plume avec la même puissance que ses ancêtres empoignaient la garde d'une épée, et , qu'on nous passe cette expression, il y a tel passage où le descendant des fiers comtes de Bretagne écrit de race. La lecture des Mémoires de M. de Chateaubriand a cela de bon , qu'elle donne la clef de la nature de son génie. Tenant à la société antique par sa naissance, sa première éducation, sa famille; il y a, dans son talent, d'harmonieux retentissemens de cette haute langue que l'on parlait dans l'âge d'or de la monarchie. Mais la société moderne, au sein de laquelle il est né, cette société ardente, impétueuse , échevelée, qui court à des destinées nouvelles , a revendi(]ué aussi sa part d'influence sur cette belle intelligence. Il tient d'elle cette hardiesse d'innovation qui ne craint point l'étran-
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gelé, qui heurte quelquefois les ide'cs anciennes , qui se jette de préférence dans des routes qui n*ont point été parcourues. Il parle à la fois une double langue , celle de nos pères et la notre, et à côté des pompes de l'ancienne société frança se^ qui se reflètent dans les magnificences de son talent, on entend bruire l'émeute aux raille voix, bouillonner les passions émues du Forum , et les idées et les mots se heurter dans des contrastes imprévus qui expriment la physionomie de ce siècle de luttes intimes , et d'efforts contradictoires. En un mot, le cœur de l'écrivain est du grand siècle, mais sa tête est de 8g.
Là première partie des mémoires se divise naturellement en deux grands tableau??. L'un comprend toutes les années que l'auteur passa près du foyer domestique, c'est-à dire l'enfance du corps, et celte seconde enfance qu'on pourrait appeler celle de l'arae. L'autre comprend son départ du vieux château de Gomboiirg, son entrée dans le monde, son séjour à Paris et il s'arrête à ce voyage en Amérique , qui nous valut René , le^Natchez et Atala.
Quant au premier tableau il est dominé par quelques figures si ressemblantes qu'en lisant ces pages vous croyez voir se détacher d'une gothique tapisserie quelques-uns de ces muets personnages qui semblent les âmes errantes des anciens maîtres du lieu, fixées sur la toile par quelque sortilège diabolique. D'abord M. de Chateaubriand nous montre son père dur et austère vieillard, au front rembruni, au regard menaçant et sévère qui tient toute sa fam'lle sous le poids d'une secrète terreur. Son ame d'enfant est sans cesse ployée sous le regard paternel. Sa piété filiale est mêlée d'une crainte mystérieuse. A coté de ce portrait vient se placer celui de Madame de Chateaubriand, douce et suave créature née avec un esprit vif et enjotsé mais obligée d'étouffer, à petit bruit, son ame pour ne point déplaire au dur et superbe seigneur de Combourg. Puis les mémoires nous peignent Lucilc la sœur bien-aimée de l'écrivain, la sœur de son choix, la sœur de son cœur, sa première et sa plus douce confidente , un peu trop grande pour son âge , et parconséquent n'étant point exempte d'une certaine gaucherie , mais de cette gaucherie qui plait parce qu'elle annonce la jeune fille qui vient et l'enfant qui s'en va. Enfin pour terminer la liste des principales figures de ce premier plan , il faut nommer la Villeneuve qui joue , dans cet odyssée moderne, le rôle de la nourrice dans la poésie antique. Bonne et excellente femme, elle a donné son cœur à l'enfant à qui elle donna son lait , elle le couve des yeux , le choyé, le soutient, l'encourage, et c'est à elle que nous devons peut-être le grand écrivain du dixneuvième siècle.
Et au milieu de ces personnages, dans une solitude profonde, M. de Chateaubriand raconte son enfance déjà visitée par les douleurs. Tremblant devant son père il n'a qu'une part de cadet à l'amour maternel. Son frère aîné le comte de Combourg est le bien aimé de la comtesse. Lucile et lui sont négligés, délaissés et c'est ce commun délaissement, cette pureté de situation qui les rapproche. Il devient le protecteur de cette pauvre petite qui a tous les malheurs de son âge, le malheur d'être moins caressée que les autres enfans, de porter après ses aînées la robe a demi usée qui n'a point été faite pour sa taille, de couvrir sa tête d'une mauvaise toque noire , et d'avoir autour de son col je ne sais quel triste joyau mi-fer, mi-velours. Du reste c'est un hardi garçon que le jeune chevalier. Habitant pendant toutes ces premières années la maison paternelle située comme nous l'avons dit à Saint Malo, rue des Juifs , il mêle à tous ses jeux je ne sais quelle vag\ie sympathie pour les tempêtes et les flots en fureur. Ce spectacle siiblime de la mer agit déjà sur son ame qui sent instinctivement les i;randes harmonies de la nature qu'elle ne comprend pas encore. Ses amusemens de prédilection sont des dangers, et avec son ami Gesril qui, plus tard mourut martyr de l'honneur dans la fatale journée de Quiberon, il organise à Saint Malo des batailles enfantines , trouble les vieille femmes, maltraite les petits garçons de son âge. Aussi tintôt rOreste et le Py'ade de Saint-Malo ont-ils une espèce de siège en forme à soutenir contre les bonnes d'enfans qui poursuivent, avec des forces imposantes, ces grands perturbateurs du royaume des jacquettcs , tantôt le chevalier, victorieux dans un combat singulier aux dépens de sa toilette, se présente avec un costume en lambeaux, à l'heure des repas ,
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sans parler des doiiimagos éprouves par ya ligure. Alors le dur gcnlillioiiiuie son père ne manque point de repeter que a comme tous les cadetsde Bretagne, le chevalier sera unane, » un tbuelteiir de lièvres et un ivrogne, » triple pre'dict on qui ne fait point honneur à la sagacité du prophe'te et qui prouve que la Bretagne n'avait point emprunte à l'Ecosse son don de seconde vue. Pour analyser d'un mot ces premiers livres des mémoires disons que M. de Chateaubriand eût une enfance à la Duguescl'n. Le grand e'crivain et le bon connétable furent d';)ussi me'clians vauriens l'un que l'autre. Cœur excellent sans nul doute, mais tête bretonne; et ne se trouva-t-il pas aussi quelqu'un pour pre'dire une sotte dcstint-e à ce mauvais garçon de Quesclin , l'enfant le plus batailleiu* , le jouvenceau le plus turbulent qui, avant cet autre Breton de Chateaubriand, oncques ait e'te' vu dans le beau duché' de l^retagne où les bonnes têtes étaient pourtant aussi rares que les mauvais cœurs? Mais aji milieu de ces effervescences du premier âge, M. de Chateaubriand n'oublie |x)iut d'indiquer les premières causes de la tournure de son caractère et de son esprit. Obligé de se refuser ces effusions de tendresse que repousse l'aspect glacial et dur de son père, et que n'appelle point le cœur de sa mère qui a placé sur une autre tête ses plus chères aff<^ctions; il prend l'habitude de cette timidité fière et même sauvage qu'il conservera , et il amasse des trésors de sensibilité qu'il dépensera avec une sorte de profusion dans sa jeunesse. Déjà il a commencé avec sa sœur Lucile l'apprentissage de sou rôle de champion de la faiblesse et de chevalier des opprimés. N'osant à peine regarder face à face son terrible père , il s'enfuit dès qu'il peut dans sa chambre , et là il prend des leçons de la solitude, cette corruptrice des enfances vulgaires , cette haute et grande maîtresse des enfances de génie. Relégué dans une espèce de donjon , éloigné de tout le reste de la maison , il n'e^t point inaccessible aux craintes naiureiles de son âge. Mais son père lui a dit de ce ton sèchement railleur que lui est propre , « et en attachant sur M lui ses yeux pers ou glauques comme ceux des lions ou des anciens barbares : est- » ce que le chevalier aurait peur ? » Et le chevalier déjà fervent néophyte de la religion de l'honneur n'ose plus frissonner. Sa pieuse mère ne lui a pas dit .- il n'y a point de démons ou de mauvais esprits, mais elle lui a dit que Dieu le protégerait et qu'il ne serait donné à aucune puissance des ténèbres de lui faire du mal s'il mettait sa confiance dans le bon Dieu. Ainsi voilà déjà M. de Chateaubriand entre les deux grandes influences qui dominèrent sa vie, l'honneur et l'évangile. Par honneur, il brave le danger , à l'aide de l'évangile il le combat. La religion pénètre cette ame vive et aimante de sa douce rosée , et l'on trouve dans les mémoires des lignes pleines d'onction et parfumées de poésie sur les saints mystères auxquels on conduisait ce jeune enfant qui devait être l'auteur du génie du christianisme. « Je voyais les cieux ouverts, les anges offrant notre encens et » nos vœux à l'éternel ; je courbais mon front , il n'était point encore chargé de ces » ennuis qui pèsent si horriblement qu'on est tenté de ne plus relever la tête lorsqu'on » l'a inclinée aux pieds des autels. »
Il faut le dire pourtant, le jeune chevalier avait quelques maisons à visiter qui le liraient de la monotonie de son existence. D'abord le château de Monchoix, joyeux manoir tout retentissant du son du cors et des cris de la meute, où son oncle, hardi chasseur a bon convive , faisait du fonds le revenu , au grand déplaisir de la dame du château , (jui grondait souvent et beaucoup, ce dont le châtelain riait fort , redoublant de dépense et de gaité. Ensuite non loin de Plancoct où le chevalier avait été mis en nourrice , habitait sa grand'mère maternelle avec une vieille sœur non mariée, Mlle de Boisteilleul. Celte grand'mère était femme d'esprit et même poète. L'intérieur de sa maison est peint avec une vérité si frappante qu'on croit y avoir vécji , et qu'on salue comme des visages de connaissance ces figures admirablemen» dessinées. La vieille grand'mère, mademoiselle sa sœur qui frappe d'un coup de pincettes la plaque de la cheminée pour avertir trois vieilles demoiselles nobles de la maison voisine que l'heure de la partie de quadrilles a sonné , tout cela s'anime, vit, respire devant vous. Mais l'auteur s'interrompt bien-
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tôt, et par un de ces tristes retours de mélancolie qui lui sont ordinaires, il dépeuple cette maison qu'il venait de repeupler, et rend au tombeau les personnages que sa plume créatrice en avait tire's. « J'ai vu, dit-il , la mort fermer une porte, et puis une autre » qui ne se rouvrait p-us. Il n'y a plus que moi au monde qui conserve dans ma rae'- « moire la trace de celte société à jamais disparue. \ ingt fois depuis celte époque, j'ai » fait la même observation. Cette impossibilité de durée et de longueur dans les liaisons » humaines , cet oubli profond qui nous suit , cet insensible silence qi;i s'empare de » notre tombe et s'étend de la sur notre maison , me ramènent sans cesse à la nécessité M de risolement. Toute main est bonne pour nous donner le verre d'eau dont nouspour- » rons avoir besoin dans la fièvre de la mort. Ah î qu'elle ne nous soit pas trop chère, » car comment abandonner sans désespoir la main que l'on a couverte de baisers , et que » l'on voudrait tenir éternellement sur son cœuri
Les pages tournent et les années courent, il faut suivre M de Chateaubriand au collège. C'est à Dole qu'il fit ses premières études, et il y obtint de grands succès. Sa facililé était suiprenante et sa mémoire incomparable. Cela allait au point qu'il apprit la table des logarithmes, depuis i jusqu'à dix mille. Celte mémoire lui fut d'une grande utilité lors d'une mémorable circonstance, comme il le rapporte dans une narration pleine de verve et de gaîté. Il s'agissait vraiment d'une rude pénitence à éviter. Dans ce temps-là , comme dans le notre, on faisait aux écoliers une lecture le soir; dans ce tempslà , comme dans le notre, les écoliers aimaient mieux dormir qu'écouter. Or, un soir, le supérieur de la maison crut que le jeune Chateaubriand avait dormi , et le cruel homme lui demanda à la fin de la lecture l'analyse du morceau. C'était un sermon en trois points. Le piège était habile; mais par bonheur, le chevalier de Chateaubriand avait eu ce soir-là une insomnie. Il analysa les trois points, reproduisit toutes les divisions, et il allait récit<T le sermon tout entier, lorsque l'instituteur, plein d'étounement, le fit avancer, le ])aisa sur le front (le sermon était vraisemblablement du digne homme), et lui permit, pour le recompenser, de dormir le lendemain matin jusqu'à huit heures. Trois heures de .-.ommeil de plus ; il n'y a ni roi , ni nation , M. de Chateaubriand , qui , depuis, vous aient aussi magnifiquement récompensé î
A côté de ce trait vient s'en placer un autre qui ne tient point à l'intellig^ence, mais au caractère; c'est la grande histoire du nid de pie déniché malgré les défenses de l'abbé Egault. L'abbé arrive. Le chevalier est sur l'arbre; tous les écoliers qui sont autour du p«'uplier laissent là César avec sa fortune. Cé-ar et sa fortune couraient grand risque d'être iouetlés. Mais l'honneur du chevalier se révolte à l'idée de cette correction humiliante; il résiste, l'abbé insiste; il supplie, l'abbé ordonne; il parle, l'abbé répond; il est élo- (|uent, l'abbé est en colère. Pourtant cette jeune ame est si vivement frappée de la honte qui la menace, qu'elle trouve ces paroles qui persuadent et touchent, et l'écolier acceptant toutes les peines qu'on voulut lui imposer en échange d'une flagellation qu'il regardait comme une flétrissure, pût dire à sa manière : Tout est gagné, car tout est perdu , fors l'honneur.
Ce fut à ce collège de Dol que les mystères de la puberté apparurent au\ yeux de l'adolescent qui se faisait jeune homme. Un Horace non emendaius et le livre des Confessions mal faites^ tombent dans ses mains. On sent quelle source d'idées et de sensations contradictoires. Avec le premier de ces ouvrages, tout le monde des voluptés passe le front à demi voilé devant l'ardent jeune homme. Avec le second, toutes les terreurs de l'enfer viennent assiéger ses insomnies. Les mémoires peignent avec une incroyable énergie ces combats et ces débats, ces guerres intérieures , ces batailles qui se livraient sourdement au fond de cette ame; c'était une fièvie continuelle, un supplice atroce, un songe riant qui se terminait en aliVcux cauchemar. A côté des images les plus séduisantes et des formes les plus suaves, surgissaient des visions effroyables. « La nuit, dit l'auteur, je croyais voir des mains noires passer à travers mes rideaux et les cntr'duvrir. » Un moment aupa-
rayant, c'étaient des mains aux contours gracieux et d'une blancheur e'blouissante; on eut dit que de chaque côte' de celte couche se tenait le bon et le mauvais ange, et qu'ils se disputaient cette ame livrée à de terribles déchircmens. Et il y a dans tous ces tableaux une pudeur de coloris, une candeur de lignes admirable. On voit que c'est une ame vierge qui rêve* elle cherche à raffraîchir de sa pure haleine la chaude atmosphère au milieu de laquelle les sens qui s'éveillent commencent à la pousser. Elle se défend, elle triomphe par les sentimeus d'honneur et de religion qui sont les deux bases sur lesquelles roule tout ce caractère d'adolescent qui entrevoit le monde, et s'en détourne avec effroi. Cet état est représenté dans les mémoires par une belle phrase : « des tranquilles » régions de l'innocence , jetant les yeux sur le monde , j'éprouvais des \^ertiges comme « lorsqu'on regarde la terre du haut de ces tours qui se perdent dans le ciel. »
Voici les mémoires arrivées à la dernière période de cette enfance de l'ame dont j'ai parlé en commençant cette analyse. Après avoir achevé ses éludes aux collège de Rennes et avoir fait un séjour de qui Iques mois à Brest, oii, destiné à la marine en qualité de cadet de Bretagne, l'auteur alla s'initier anx études nécessaires à la carrière qu'il voulait suivre, il renonce tout à coup à cette idée et se rend à Gombourg. C'est dans ce merveilleux château de Combourg que se dévelopera l'ame du jeune homme. Enhappée aux emportemens de la volripté vulgaire , elle va se précipiter dans des délices spiritualistes : ses sens platonisés, qu'on excuse ce terme, vont se réfugier dans son ame. Et rien n'était plus propre à jeter une jeune et vive imagination dans cette vie intérieure que le site solitaire et sombre de ce vieux et silencieux château de Combourg qui, entouré d'une vaste ceinture de bois , s'élevait comme une pensée de mort au milieu des tristesses et des désenchantemcns de la vie. L'existence qu'on y menait était pleine de la mélancolie des cloîtres. Les heuresy coulaient lentes et uniformes, et le lendemain, comme un immobile miroir, y reflétait toujours la veille. A peine si quelques rares visiteurs venaient troubler celte muette solitude en y demandant l'hospitalité d'une nuit, et les Mémoires nous les peignent arrivant à cheval avec deux longs pistolets pendans sur leurs arçons et suivis d'un valet pareillement armé. Le seigneur de Combourg les acceuillait sur le Perron, têle nue, avec une hospitalité digne et sévère. Le soir ils racontaient les procès qu'ils allaient suivre au parlement et leurs campagnes du Hanovre, et le lendemain, du haut du donjon qu'il hcibitait, le jeune chevalier les voyait partir reconduits cérémonieusement par le vieux comte. Les autres veillées étaient plus tristes encores. Réunis dans la vaste salle à la lueur d'une seule bougie, dont la clarté perdue dans cet espace immense, ne servait qu'à mieux faire voir les ténèbres, la comtesse s'occupait d'ouvrages d'éguilles, muette entre ses enfans silencieux. Le comte commençait alors sa promenade du soir à travers la longue salle de ce pas l*»nt, feime et solennel, que Walter-Scott vous a fait déjà entendre une fois dans son Redganptlet. Vêtu d'une longue robe de chambre de ratine blanche il disparaissait peu à peu dans les ténèbres et puis en sortait peu à peu comme une apparition. Si l'ennui l'emportait sur la peur et si Lucile et le chevalier échangeaient une parole d'une voix si basse que le silence en était à peine troublé, le taciturne promeneur leur jetait en passant d'un ton impérieux et bref cette in tcrrogation ; « de quoi parlez-vous? » puis s'éloignait sans attendre leur réponse et en les laissant muets pour tout le reste de la soirée. Au moment où l'horloge sonnait dix heures le comte s'arrêtait brusquement, comme si son pas eut été réglé par l'éguille, allumait une bougie et se retirait dans ses appartemens. Aussitôt après son départ il y avait explosion de paroles dans la famille. Cesnatures tendues et comprimées avaient besoin de s'épancliep. Alors on se reposait d'un silence de trois heures et parfois la dame du château racontait une de ces histoires qu'elle contait si bien- Telle était la physionomie de presque toutes les journées et cette uniformité était seulement interrompue par quelques unes de ers fêtes agrestes de l'âge féodal, héritages des siècles, que les générations nouvelles allaient répudier et dont l'oreille de M. de Chateaubriand receuillait les derniers retentissemens, lui qui devait voir les pompes solennelles de la république, et les magnifiques réjouissances de l'empire.
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Celte pauvreté de sensatioDS extérieures oe servit qu'à rejeter , avec plus du puissance, les jeuDcs habitans de Combourg , dans les sensations du monde interne. Un jour , Lucile dit à son frère qui lui parlait avec enthousiasme des changes de la solitude , « tu deirais, peindre cela. » Ce mot le fait poète ; et le voila écrivant et décrivant , répandant les trésors qui inondaient son ame et son intelligence ; c'est une passion, une frénésie, une ardeur mêlée de rage, puis la passion s'éteint , l'ardeur se calme, la frénésie disparait, un abbatteraent profond remplace cette exaltation momentanée , et les Mémoires nous peignent M. de Chateaubriand, retombant de son haut, dans le néant de la vie , rrpoussantdu pied ces illusions qui l'ont un instant enivré et éprouvant les affres de la mort. Qui n'a connu ces heures de désespoir où toutes les facultés de Thomme se voilent de douleur et où il est prêt à maudire, comme Job, le jour de sa naissance? Qui n'a senti ces effroyables dégoûts qui nous montent à l'ame comme une noire fumée, et nous étouffent le cœur? Mais qui â peint ces mystères de notre triste nature comme M. de Chateaubriand? Extrême en tout , il va jusqu'au suicide. On lit ce qui suit tout d'une haleine, sans oser respirer ni relever les yeux; on frémit, on pâlit , on frissonne, et le dénoument de ce petit drame vous ôte un poids de terreur. Le voyez- vous ? Le voila entré dans ce bois touffu, avec l'in tention de mettre fin à son existence, qui déjà lui pèse et l'écrase , quoiqu'elle soit si légère d'années. Le canon du fusil est appuyé sur son front , un moment de plus tout est dit, et M. de Chateaubriand va grossir la liste de ces infortunés obscurs dont la vie s'éteint comme un soupir douloureux sortant d'un cœur brisé. L'arrivée d'un garde dans ce taillis sauva au jeune homme ce crime contre Dieu et lui-même, et nous conserva cette gloire. Pauvre garde! il ne savait pas tout ce que la postérité lui devrait de génie.
Enfin cette imagination malade fit un effort sur elle-même , et se chargea de remplir par une merveilleuse CI éation le vide immense de ce cœur. Ce qu'elle fit? Et comment le dire lorsqu'on ne peut jeter sur la toile ^ les éblouissantes couleurs qui tombent comme une rosée divine du pinceau de Raphaël et de Chateaubriand? Cette partie des mémoires n'est point sujette à l'analyse, c'est une musique délicieuse qui retentit doucement dans les profondeurs de l'ame, c'est l'histoire d'un cœur d'homme, racontée dans la langue des anges. Vous entendez les ineffables harmonies dont quelques notes fugitives elsient venus de loin en loin vous charmer. Vous nagez dans des joies vagues et infinies, ce sont les pieux cantilènes de Mozard et de Pergolize, traduits pour la première fois en paroles j ce sont les murmures mystérieux des bois , les voix incertaines qui courrent dans les airs dont le grand écrivain s'est formé une de ces langues inouies, que jamais intelligence humaine n'avait entrevue , que jamais oreille humaine n'avait entendue. Qu'ajouter à cela ? Oh vous le lirez un jour dans les mémoires, vous verrez comment cette nature vierge et candide , pour qui toute femme était un objet d'extase et de terreur, imita Pygmalion et se fit sa statue. Mais quelle statuaire et quelle statuaire I quel artiste et quel artiste! quel chef d'œuvre et quel chef d'œuvre ! c'était la différence qui sépare le savoir faire du génie , la nature de l'esprit , le corps de l'ame. Il se fit donc à l'usage de ses heures d'imagination , une Silphyde qu'il dota de toutes les richesses de son imagination , et, comme Pygmalion il crut à sa statue. La chaste figure d'Atala, la divine beauté de CjTnodocée , toutes ces filles de son intelligence ne sont que les terrestres ombres les humbles sœurs de cette figure céleste, de ce type divin qu'il avait trouvé au fond de son cœur dans un jour de mélancolie. Enivrante apparition qui, dans ses vagues rêveries, effleurait de sa robe de nuages le front du jeune homme, merveilleuse fée, ciéature toute parfumée de poésie dont on sent la fraiche haleine dans les méditations qu'elle inspire , ou pour parler la langue ineffable des mémoires : « Vierge et amante , ignorant tout et sachant tout , Eve innocente et Eve tombée. » C'est sur sa tête que le jeune homme concentrait ses affections , ses idées , son enthousiasme de vertu , ses espérances de g»=nie , ses instincts de gloire. Il créait à la bien aimée de ses pensées, une histoire digne d'elle, et quelle merveilleuse histoire! Il vivait de sa vie, il avait le cœur serré de bonheur, son ame se iondait dans des joies étranges ,
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il n'en pouvait plus de félicités, il éprouvait ces voluptés cuisantes de l'ame, qui touchent à la souffrance. C'est l'état vague et mystérieux entrevu par l'esprit de Beaumarchais , dans la peinture de son page. Mais le chérubin des mémoires , est d'une nature supérieure, il est élevé à sa plus haute expression morale , et en lisant , l'on n'est point sûr que cène soit pas là un mystérieux épisode de l'histoire des anges,
C'est ainsi que se passèrent les années de M. Chateaubriand à Corabourg , c'est ainsi que dans cette solitude féconde, son génie lui apparaissait pour peupler le désert triste et silencieux qui l'entourait. Mais le moment où il devait quitter ce séjour de son enfance était proche. 11 était décidé qu'il s'embarquerait à Saint-Malo pour les Grandes- Indes, lorsque tout à coup son père le rappela. Cette dernière entrevue de ce père tant redouté et de ce fils ému sous les voûtes solitaires du manoir de famille a quelque chose d'antique. Le vieux seigneur détache de la muraille sa bonne épée , la remet aux mains du jeune homme , lui apprend qu'il a obtenu pour lui une sous-lieutenance au régiment de Navarre , et lui recommande de ne jamais rien faire qui puisse ternir son écusson. Il y eut alors entre les deux personnages un muet embrassement , et le chevalier découvrant pour la première fois de l'émotion sur cette rude figure apprit qu'il avait un père. La chaise de poste était prête , il y monta , triste et pensif, et dans ce premier adieu voyant l'histoire de toute sa carrière se dérouler devant lui , le mélancolique prophète s'écrie d'une voix pleine de deuil : a Hélas, ma vie se compose d'adieux I » Puis il peint les grands chênes du parc qui peu à peu s'éloignent et s'effacent , les hautes tourelles lui apparaissant les dernières comme de vieilles amies , et enfin toute cette patrie de son enfance si riche d'émotions et de souvenirs, ces prairies qu'il parcourait si souvent avec sa sœur Lucile, ce séjour peuplé par sa famille , sa mère si pieuse et si touchante, son père si fier et si majestueux, tout cela disparaissant sans retour; et, se retournant vers le but auquel il marche, suspendu entre deux époques de sa vie, il s'écrie avec la grande parole du poète anglais : a Et alors le monde s'ouvrit devant moi. »
Nous nous bornerons pour cette fois à cette analyse de la première partie des Mémoires, parce qu'elle offre un tableau complet d'une époque de la vie de M. de Chateaubriand, qui a besoin d'être présentée dans son unité. Le tableau de son entrée dans le monde et de son séjour à Paris dans un temps où Paris était sur le seuil de la révolution formera le sujet d'une nouvelle analyse et de nouvelles considérations. Mais nous devons dès aujourd'hui présenter quelques idées générales sur l'ensemble des mémoires , parce qu'elles se rapportent également à ce que nous avons dit et à ce qui nous reste à dire , et qu'elles fermeront ainsi une transition toute naturelle entre ces deux phases.
Il règne dans cette vaste composition , je ne sais quoi d'infini que l'ame peut bien sentir, mais qu'aucune langue humaine ne peut rendre. Avez-vous vu quelquefois une perspective immense se dérouler devant vos regards, toute brillante de lummeux horizons? Avez-vous plongé de l'œil dans des ténèbres profondes d'une forêt à travers Irsquelles courent des grandes voix? Avez-vous abimé votre pensée dans les gouffres d'une mer sans limites ? Il y a quelque chose de tout cela dans les sensations qu'on éprouve en face de ce livre merveilleux. Dans la seconde partie, c'est comme un flux et un reflux d'hommes et d'événemensqui se serrent et se poussent comme des flots. Et sur cette mer aux aspects changeans, aux mille tableaux, entrecoupée de rocs audacieux et de terres riantes, de promontoires secs et arides , et d'îlots tout chargés de fleurs et de verdures; sur cette mer où vous voyez à la fois la formidable majesté de la tempête descendant sur ses ailes de feu et la sérénité d'une belle journée de printemps soufflant le calme dans les airs et la paix sur les eaux , chaque vague qui passe vous jette le bruit d'une grande chose ou l'écho d'un grand nom. Que voulez vous ? La biographie de cet homme est l'histoire de deux mondes. Il touche par tous les bouts à son siècle , et cette vie est si large , que les destinées humaines y tiennent à leur aise. Par une étrange condition de son génie , si M. de Chateabriand parle de sa vie intellectuelle, c'est l'histoire de la littérature qu'il
LA JEUNK FRANCE
rompose ; s'il veut retracer sa vie d'action, c'est l'histoire de la politique qu'il raconte.. Chez lui , le jiioine saurait jamais être haïssable, car lui c'est tout le monde. En un mot, ses mémoires seraient une encyclopédie s'ils n'étaient point un odyssée.
C'est là la véritable dénomination qui convient à ce beau monument , et c'est sous ce point de vue que se placera la postérité pour le juger. Elle y verra le laborieux voyage de l'Ulysse de notre ère autour des cinquante années les plus remplies que l'on puisse trouver dans notre histoire. Lui aussi a vu les mœurs et les ville:^ d'im grand nombre de peuples; battus par les tempêtes , il a vu disparaître peu à peu ses imprudens compagnons dans le sein de la vaste mer. L'Ulysse antique c'est le type de l'humanité errante à travers les orages de la nature physique. Mais par une loi qui ne peut échapper à quiconque sait lire dans le grand livre dont la main d'en haut tourne les pages, le monde avance en se spiritualisant. L'Ulysse moderne ce sera le type de l'humanité errante à travers les orages de la nature morale. Dans l'antiquité grecque vous voyez à chaque instant l'obstacle matériel, le nuage qui porte dans ses flancs la tempête, le rocher oii le navire se brise, le cyclope Polyphème, les Lotophages, les Syrcnnes anx paroles de miel, Neptune et son trident, Circé et sa baguette, tout un monde matériel dominé par le matérialisme suprême d'un Olympe charnel. Dans l'Odyssée des temps nouveaux vous verrez d'effroyables tourmentes dans les régions supérieures de l'âme, les empires s'écroulant, non sous le javelot d'un Achille ou le bouclier pesant d'un Ajax , mais l'intelligence devenue reine et souveraine, la parole foudroyant du haut d'une tribune, et les idées, divinités inconnues et terribles, planant comme un mystérieux Olympe au-dessus de ce magnifique chaos. Ainsi il semble que l'humanité, à mesure qu'elle avance en âge, se dépouille de ses enveloppes mortelles. Ainsi, l'on dirait que Dieu n'a créé ce monde des corps qui nous entourent , que comme une sublime allégorie qui , moulée sur une de ses pensées , a conservé l'empreinte ineffaçable de ce moule glorieux. Ainsi la nature physique elle-même porte des traces profondes de sa divine origine et reflète comme dans un vaste miroir cette nature morale et intellectuelle dont elle n'est que la forme grossière, l'ombre incomplète, la périssable figure.
El dans le nouvel Odyssée , à côté de cette expression générale d'un siècle, il y a une grande individualité , c'est celle de l'auteur. Qui de vous n'était pas surtout curieux de savoir de quelle enfance était sortie cette jeunesse inspirée et cette maturité glorieuse. Apres avoir vu dans toufe sa splendeur le beau monument de cette haute intelligence, qui n'avait pas secrètement désiré de soulever le voile qui cachait le lent enfantement de ce merveilleux édifice? Vous êtes exaucés cette fois. Dans cet itinéraire d'un nouveau genre, le point du départ c'est le berceau , et le terme du voyage c'est la tombe ^ les richesses des années contenues entre ces deux bornes fatales , elles se dérouleront toutes devant vous.
MliLANGES D ANECDOTES, DE FAITS CURIEUX, DES NOUVELLES tX EVENEMENS
DU MOIS d'avril.
1^'"La maxime is paterestquem nuptiœ demoiistrant , estaipip\i({uée dans un jugement du tribunal de première instance. Ce jugement a décidé, malgré une possession d'état presque trentjnaire , que des enfans nés pendant l'absence prolongée d'un premier mari, et par suite d'une liaison illicite qui s'est terminée par un divorce , pour cause d'absence, et par un second mariage, ne sont pas moins les enfans du premier mari, et n appartiennent aucunement au second.
1. Rejet des vingt-cinq millions réclamés par les États-Unis. Discours remarquable de M. Bcrryer. Retraite probable du ministre des affaires étrangères, M. de Broglie. — Les journaux de Bruxelles annoncent la présence de M. Cabct dans cette ville. — Un journal raconte l'anecdote suivante sur un marcclialdc France : «Ce uiairchal . à qui la fortune a
dispensé également les glorieuses victoires et les spéculations lucratives , jouait l'autre jour avec un offîcier-gënëral , et perdait. Gomme sa mauvaise chance lui arrachait quelques marques de contrariété : «Vous êtes fâché de perdre, M. le maréchal , lui dit son adversaire; c'est rare, en effet, de votre part. — Oui, repondit le vieux capitaine, j'aime le gain, je l'avonc ; je jouerais pour la gale que je voudrais encore gagner.» — Le capitaine Salaiin , commandant le navire Le Melajo , arrivant de Sumatra , apporte de cette partie de l'Inde un tapir vivant, animal fort curieux, et qui n'a point encore paru vivant en Europe. La hauteur du tapir est de trois pieds et demi, sa grosseur celle d'une vache; il a la tête et le groin du cochon; sa lèvre supérieure s'allonge à la manière de la trompe de l'éléphant, mais elle est beaucoup plus courte. Il se sert de cette trompe pour saisir les objets qui sont nécessaires à sa nourriture. Les jambes sont grosses et courtes , et ont quelque rapport avec celles de l'éléphant; ses pieds de devant ont chacun quatre doigts garnis d'ongles; les pieds de derrière n'en ont que trois. Il a le dos arqué, et ne porte pas de queue. Sa robe est blanche depuis les épaules jusqu'aux hanches; le ri-ste de l'animal, c'est-à-dire le devant et le derrière, est entièrement noir, à l'exception des oreilles dont les extrémités sont blanches. Son poil est très-ras. Ses yeux sont petits comme ceux du cochon. Le jour, il dort et mange peu; la nuit, il veille et mange continuellement. Il est d'une humeur assez douce. Il n'est point Carnivore, et se nourrit d'écorccs d'arbre, de rejetons et de pousses tendres , et surtout de fruits tombés des arbres. — Troubles à Lodève. — Duel à Dousi entre un magistrat et un journaliste : comme les deux parties appartiennent à l'ordre judiciaire, quoique à divers degrés de hyérarchie, on agite la question de savoir si dans la magistrature comme dans l'armée , il est interdit à un inférieur de se mesurer avec son supérieur. Ou n'examine pas seulement un instant la question rclig'euse. M. Martin (du Nord), maintenant procureur-général, consulté sur cette querelle, décide que le duel peut avoir lieu, attendu que le plaignant avait été attaqué, non comme magistrat, mais comme écrivain.
3. Démission de MM. de Brcglie et Sébastiani par suite du rejet des vingt-cinq millions. — Les électeurs de l'arrondissement de Morlaix adressent des pétitions couvertes de plusieurs centaines de signatures à la Chambre des Députés et à la Chambre des Pairs , pour demander la suppression du serment en ce qui concerne l'exercice du droit électoral; il» réclament aussi l'extension de ce droit. — Une lettre de Manchester annonce que l'on vient de faire l'essai d'une nouvelle voiture à vapeur, construite par MM. Sharp, Robert et compagnie; cette voiture contient cinquante à soixante personnes, et fait six milles (un peu plus de deux lieues) en vingt minutes sur les routes ordinaires.
4. Ordonnance du 4 avril; formation d'un nouveau ministère, dont INÎ. Persil fait partie en qualité de ministre de la justice. Retraite de MM. Barthe et d'Argout ; le premier est nommépremier président de la Cour des Comptes, le second, gouverneur de la Banque. M. de Barbé-Marbois et le duc de Gaëte se retirent pour faire place aux deux ex-ministres. Les cultes sont placés dans les attributions de M. Persil. M. de Rigny passe aux affaires étrangères, et l'amiral Roussin lui succède à la marine. M. Duchâtel, M. Roussin et M. Persil sont les seuls ministres nouveaux introduits dans le nouveau ministère. M. Duchâtel a les travaux publics. On perse qu'après la session il remplacera M. Hurnann aux finances. — Course au clocher. Cette course , très-périlleuse dans laquelle on est tenu d'aller en droite ligne vers un but élevé, comme un clocher par exemple , sans reculer devant aucun obstacle, quel qu'il soit, a eu lieu dans la vallée de Bièvre, près de Jouy. C'est une course importée d'Angleterre.
5. Pedro Ramirès, général de Marie Christine d'Espagne, publie une proclamation où l'on remarque les lignes suivantes : « Le criminel projet de m'assassiner chez moi dans la nuit du 17 , quoiqu'il n'ait pas été mis à exécution, réclame de mon autorité des mesures préventives. En conséquence, si pareille tentative se renouvelle contre l'une des autorités établies par S. M. la Reine, ou même contre toute personne attachée à sa cause ,
je ferai aussitôt mettre en prison trente individus ctoisis parmi les plus connus par leur inimitié' contre le gouvernement de S. M. ; puis, après une proce'dure sommaire, je ferai fusiller quatre d'entre eux, et déporter les autres dans les îles, de quelque classe ou de quelque condition qu'ils soient. » — Une proposition de M. de Mosbourg, ayant pour but d'établir l'incompatibilité entre la qualité de fournisseur de l'état et les fonctions de député, est rejetée par la Chambre. — La Cour de cassation prononce un arrêt d'après lequel il est judiciairement reconnu que le National de 1854 n'est pas la même feuille que celle appelée le National, attendu que le journal qu'on avait mis en cause a non-seulement pris un nouveau titre , mais qu'il résulte d'un nouvel acte de société, et se trouve soumis à une autre juridiction, à une autre gérance, et qu'enfin toutes les formalités voulues par la loi pour l'établissement d'un nouvel organe de la presse , ont été accomplies par le National de 1854. Cet arrêt autorise par le fait un journal à se reprduire sous un nouveau titre y après avoir cessé de paraître sous un premier. — La Caricature qui avait présenté, dans une lithographie intitulée , la main invisible y une main guidant le bras du général Bugeaud ou moment où il ajustait son collègue M. Dulong, est acquittée par le
6. Considérations de M. Choron sur l'institution de musique classique religieuse, fondée par lui. M. Choron demande que l'ancienne subvention de 46,000 fr. accordée parle gouvernement sous la Restauration , et réduite à 12,000 fr. en i83o, soit portée à la somme de 34, 000 fr., c'est-à-dire qu'il demande i '2,000 fr. de moins que ce qu'il lui était alloué autrefois, et '22,000 fr. de plus que ce qui lui est alloué aujourd'hui. — Publication du Mois de Marie, et de sept cantiques à Marie, par M. l'abbé Guillon, avec la musique; ouvrage approuvé par M. l'archevêque de Paris, à la Société des bons livres, rue des Saints-Pères, n. Gç), 5 fr. — Discussion et adoption, a la Chambre des Députés, d'un projet de loi d'après lequel la partie non apanagère du Palais-Royal est échangée contre des bois de l'état. — M. Sébastiani est nommé ambassadeur à Naples.
n. Protestation de la Société des Blutuellistes de Lyon contre la loi sur les Associations. Cette protestation est revêtue de 2,544 signatures.
8. Le ministère demande et la Chambre vote douze cents mille francs de fonds secrets.
— Lord Durham est envoyé à Paris par le gouvernement anglais pour sonder Louis-Philippe sur la question d'Orient.
g. Troubles de Lyon. Affaire des Mutuellistes portée à l'audience du Palais de Justice de cette ville. Attroupemens dans la cour du Palais, Commencement d'insurrection. — Une jeune fille se suicide par désespoir d'amour. — Désordres et horribles dévastations à Bruxelles à l'occasion d'une souscription ouverte pour rendre au prmce d'Orange des chevaux qui lui appartenaient , et qui avaient été mis en vente par le gouvernement belge.
— Le Bulletin du Soir annonce qu'il n'y aura point de revue de la garde nationale pour le premier mai. — Le Bulletin du Soir annonce que tout est tranquille à Lyon.
10. M. Passy fait à la Chambre des Députés, un rapport défavorable à notre colonie d'Alger. — Affaire de Lyon. On apprend à Paris que des barricades ont été élevées dans la seconde ville du royaume. Il s'agit de la journée du 5. Un combat a eu lieu entre les troupes et les insurgés. — Etat des maisons saccagées à Bruxelles : les hôtels du prince d'Ursel, du prince de Ligne, du maïquis de Trazcgnies , du comte d'Oultremont, du comte de Béthunc, du comte de ÎNÎaniix. Les maisons de MM. Dewasmc-Pletlinkx, Jones carrossier, Tilmont, idem, Hoorickx , comte d'Ovcrchics , du journal le Lynx, Vinck de Westvczel, du club rue de l'Éveque, et l'estaminet des Qiialre-Venls. — F^a Chambre des Pairs adopte la loi sur les associations. Un amendement de ]>L Villemain , dont le but était de laisser au jury l'appréciation du fait d'association, est rejeté par la Chambre, après un discours du nouveau garde des sceaux , M. Persil. — Des bruits sinistres courent à Paris sur la situation de I^yon.
I I. Ces bruits continuent. On parle de soixante morts. Un journal du gouvernement
LA JKUNE FRANCE. G5
annonce que le te'le'ginphc a été brisé à Lyon, et puis rétabli. Cette nouvelle est en date du 9. —
17.. Les numéros de la loterie tirée à Lyon le 9, ne sont pas encore parvenus. Des dépêches arrivées au gouvernement, annoncent qu'une véritable guerre s'est allumée dans cette ville et qu'elle n'a point cessé. — Le bulletin des lois promulgue la loi sur les associations. — La question d'Alger est agitée à la Chambre, M. Passy dit qu'on a mal interprêté son rapport, que la commission est d'avis que l'on concerve yïlger et sa banlieue, mais qu'elle ne pense pas quil faille occuper le littoral de cette portion de l'Afrique. — On raconte l'anecdote suivante sur la siraarre de M. Persil. « Une simarre est un vêtement quelque peu singulier pour l'époque, et dont très-peu de tailleurs connaissent maintenant la coupe; à leur dire même, il est presque aussi difficile de tailler une robe de garde des sceaux que de faire ce premier magistrat. Quoiqu'il en soit, il paraît que le tailleur de M. Persil, à qui nécessairement il a dû être commandé une simarre, éprouvant quelque embarras , s'est adressé à un sien confrère , qui lui aurait donné l'adresse d'un fripier ou il trouverait un modèle exact. Ce modèle s'est en effet trouvé au lieu indiqué, et l'on vient déterminer la simarre de M. Persil. On dit qu'elle a été taillée sur celle qui fut adjugée publiquement lors d'une vente que fit faire M. de Peyronnet. » —
I 3. — Le ministère fait une communication à la Chambre sur les événemens de Lyon. Il croit la lutte terminée , elle ne l'est point encore. Il ne connait que la journée du i <) , qui est la seconde , et les journées de Lyon ont duré jusqu'au i 5 inclusivement. — Des rassemblemens ont lieu à Paris. — La Tribune est saisie pour la 95"'*fois — Unecharî;e
de cavalerie dissipe les rassemblemens. — Bombardement de Lyon. Affreux massacres.
Les troupes font sauter les maisons. — Il est défendu de sortir sous peine de mort. — Les insurgés renfermés dans les églises, y sont poursuivis et passés par les armes.
1 4- Des collisions ont lieu sur plusieurs points de Paris, des barricades sont dressées. Quarante-cinq mille hommes, formés par la garnison de cette ville et des garnisons de la banlieue occupent Paris. Il y a beaucoup de sang de répandu. Les événemens qui se passent à Lyon sont encore plus déplorables.
f — Paris est transformé en place de guerre. On distribue du vin aux troupes. On entend un général les exciter à ne pas faire de quartier. — Massacres de la rue Transnonain, n. 12. A quatre heures du matin, les troupes reviennent et délogent sans difficulté quelques insurgés qui se trouvaient encore rassemblés. A six heures , au moment où tout était terminé, il paraît qu'un coup de feu a été tiré d'une maison voisine à celle du n" I '2 , et a blessé un officier.
Aussitôt un officier du 35^ de ligne et ses soldats frappent à la porte du n** 1 2 et somment d'ouvrir au nom de la loi. Le portier s'était réfugié au cinquième. M. Dobigoy, quoique infirme, s'empresse d'ouvrir en criant : voila la ligne qui arrive j voilà nos libérateurs y on tire sur lui à bout portant, on le massacre à coups de baïonnette. Les soldats montent au premier, égorgent M. Hu, marchand de meubles, et percent d'un coup de feu et d'un coup de baïonnette son malheureux enfant qu'il tenait dans ses bras. Ils arrivent au deuxième, M. Breffort, vieillard en cheveux blancs, leur ouvre; aussitôt, il est frappé mortellement de trois coups de baïonnette, il s'écrie cependant : « M. l'officier, vous assassinez des gens tranquilles, épargnez les femmes, les personnes qui sont ici. » L'officier lui répond avec la plus froide barbarie : « GrcdinI si tu ne te tais pas, je te fais achever. » A ces mots Mme Bonneville pousse M. Breffort par-dessus le comptoir et le couvre de sou corps; elle-même reçoit cinq coups de baïonnette dans les mains. Les soldats encouragés au meurtre tirent à bout portant la demoiselle Besson, lui font sauter la cervelle et la percent à coups de baïonnette. Ils tirent aussi sur M. de la Rivière, et si près, que le feu prend à ses vêtemens, il était blessé mortellement, on lui porte encore onze coups de baïonnette. Quatorze personnes ont été ainsi massacrés : la justice n'informe pas encore. (Lettre de M. Breffort à Louis Philippe.)— Invasion des bu-
f)() LA JEUNE FRANCE.
reaux de la Tribune : les scelles hont opposés partout. On an été les rédacteurs, les em ploye'sj la force armée se transporte à l'imprimerie de M. Mie j il est arrête'. M. Ttiiers lui retire son brevet, et fait mettre les scelles sur les presses. — Pareille chose se passe à Lyon à l'e'gard de M. Pitrat, gérant de la Gazette des Ljonnais et dans plusieurs villes de France.
i5. La majorité de la cLambre des députés se rend auprès de Louis-Philippe, à l'occasion des évéocmens de Paris. — La chambre renvoie la discussion de la question d'Alger a la fin de tous les budgets, au lieu de la placer dans le budget de la guerre auquel elle appartient. — Le tribunal de première instance s'occupe des troubles de février. — On apprend qu'un grand nombre d'ouvriers de Lyon ont péri en combattant dans les églises où ils s'étaient renfermés. — La chambre des pairs est saisie des événemens de Lyon , de St- Etienne et de Paris. — On porte à plusieurs raille le nombre des ouvrieis tués à Lyon. — M, Marchand-Dubreuil, sous-préfet de Blaye, pendant la captivité de Madame la duchesse de Berry, nommé depuis préfet , périt d'une manière tragique. Ce fonctionnaire était d Paris , pour son mariage qui allait être célébré. Il s'était mêlé à la garde nationale, dans les dernières journées de Paris ; rentré chez lui, il avait posé son fusil dans un coin de son appartement. Lorsqu'il s'habillait pour aller à la municipalité , ayant poussé une chaise qui le gênait, la chaise a fait vaciller le fusil j l'arme , dans sa chute, est partie et à frappé M. Dubreuil à la poitrine ; il est mort presque à l'instant , tandis que les voitures et les témoins de son mariage arrivaient.
— Lettre de M. Dugabé , avocat à Toulouse. M. Dugabé applaudit à la pensée toute française qui a présidé à la fondation de la Jeune France. « La jeunesse, dit-il, n'avait point de drapeau , celui que vous avez élevé est digne de la rallier et de la conduire dans les voies nouvelles qui lui sont ouvertes; vierge des déceptions du passé, des souillures du présent , elle a foi dans l'avenir et l'on peut tout attendre de V énergie de ses convictions et de V enthousiasme de son dévouement. » M, Dcigabé déclare en terminant , au il consacrera sa vie entière au triomphe des principes que la Jeune France a proclamés : « Parcequil est écrit dans son cœur qu'ils peuvent seuls assurer le bonheur , la gloire et la prospérité de la France. »
i6. Les journaux du gouvernement disent que tous les prisonniers ont été passés par les armes dans les journées de. Paris. — Changement de ministère eu Espagne.
in. Lie nombre des blessés reçus à l'Hotcl-Dieu est de 34- H en a été conduit S^à l'hôpital St- Louis. Un horrible spectacle se voit depuis trois jours à la Morgue. Ce sont d'un coté, un grand nombre de cadavres qui sont étendues sur les dalles , et de l'autre , une immense quantité de peuple qui se presse pour chercher à reconnaître quelques uns des morts.
i8. Troubles dans la ville d'Arbois. — Commencement d'émeute à Grenoble. —
24. La recette du bureau du palais de justice, oîi s'acquittent les frais d'arrestation, a passé le chiffie de 4000 fr. pour les arrestations opirées à raison de S francs par tête depuis le 12, à Paris seulement. Les arrestations extiaordinaircs taxées au-dessus de 8 fr. ne figurent pas dans ce tableau.
^5. Désarmement de la garde nationale de Saint-Elienue.
26. On lit dans un journal ministériel de Bordeaux l'extrait suivant d'une lettre de Lyon.
« Le dernier repaire de nos bandits a été brûlé : ils s'étaient réfugiés à Saint-Clair, au nombre de quarante environ; une coïnpagnie de grenadiers les y a attaqués et elle les a tous hachés. Ainsi s'est terminée la guerre des six journées et la république. De toutes parts, les chefs s'échappent; mais tout porte à croire qu'ils seront arrêtés. Il est fâcheux que la loi sur les conseils de guerre n'ait pas été adoptée ; demain six cents bandits environ ne verraient pas le jour; l'état en serait déchargé, Lyon désinfecté. »
26. La Quotidienne, la Gazette de France et le Rénovateur publient une décla-
l-ation qui appelle tous les royalistes aux ëlectioos générales de i834; on y lit ; « L'action des royalistes , dans les prochaines élections , doit être généralemen t exercée ; leur concours est réclamé comme V accomplissement d'un devoir. »
27. Vingt pétitions couvertes de 190,000 signatures réclament contre la suppression dont sont menacés quelques sièges épiscopaux. Il se trouve des députés qui demandent Tordre du jour. — Nouvelle d'un décret concernant la constitution des Cortès espagnoles. — Il est à la date du 1 1.
28. M. Philibeaucourt, un de nos jeunes amis, arrêté chez lui et conduit à la conciergerie, publie une lettre où il raconte les excès commis sur les prisonniers. — Le docteur Gervais, dans une lettre insérée au National donne des détails horribles sur les traitemens qui seraient réservés aux personnes en éiat de prévention.
3o. Continuation de la discussion sur Alger.