‹ L'Écho de la jeune FranceChapitre 25 sur 120 · T'^ JKlIMi MtANl K · texte numérisé non relu

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graveleuse et sentant un peu trop les mœurs du temps, n'ont pas empêché cet ouvrage, qui ne comporte aucune influence d'art ou d'avenir théâtral, d'avoir un succès à peu près aussi indifférent qu'une chute.

THEATRE DE LA PORTE sAiNT-MARTi?*. — Les Mnlcouteus de 1579 , drame en 5 actes, de MM. d'Epagny et Jarry.

Ce sont les mêmes mœurs de galanterie^ mais honteuses et sanglantes; c'est le même temps, mais quelques années plus tard; ce sont presque les mêmes personnages; ceux qu'on n'a pas vus dans une Journée sous Charles IX, on les voit dans Ze5 Malcontens : Henri III et Marguerite de Valois sa sœur. C'est l'histoire fausse et tragique de leur amours, mêlée, comme dans l'autre pièce , à des affaires de religion et de guerre civile ; amours et affaires plus compliquées que ceux de M. de Rohan et de madame de Nangis, et infâmes, celte fois; car dans l'intrigue de M. deNevers, il ne s'agit que d'aventures galantes ayant pour but et se terminant par le mariage, tandis qu'ici... vous devinerez ce que nous ne pouvons dire.

Le comte de Bussy , confident du duc d'Anjou ;, est envoyé par ce prince auprès de Henri III son frère, soi-disant pour négocier une réconciliation , dans le fait pour se concerter avec les Malcontens, dénomination des factieux qui précédèrent les ligueurs. Biissy aime la jeune Isaure que son père a mariée par force au vieux comte de Monsoreau ; mais en même temps Bussy est aimé de Marguerite de Valois, violente, vindicative et furieuse contre du Guast, favori, mignon de son frère Henri , et qui la poursuit sans cesse de sarcasmes outrageans. Marguerite voudrait faire périr du Guast et pour se venger , et pour venger Bussy qui a manqué périr sous les coups d'assassins soudoyés par du Guast, et Henri ITI, qui ont découvert les projets politiques de Bussy. Mais la fureur de Marguerite s'augmente encore quand elle découvre l'amour de Bussy et d'ïsaure que du Guast courtise également. Elle cherche alors les moyens de se débarrasser de ses deux ennemis tout en conservant celui qu'elle aime; pour y parvenir, Marguerite enflamme la jalousie du vieux comte de Monsoreau ; pais , à force de tortures morales et physiques , elle oblige Isaure à donner un rendez-vous àduGuast, qu'elle a dénoncé à l'époux comme étant l'amant de sa femme. Tous ces personnages se trouvent enfin réunis la nuit dansl'église des Augustins, Bussy et du Guastse rencontrent les premiers. Leurs anciennes querelles se réveillent, ils se battent et le favori d'Henri III ebt mortellement blessé. Ensuite, les assassins gagés par le comte de Monsoreau, voyant ensemble Isaure et Bussy qu'ils prenaieot pour du Guast, tuent cet infortuné pendant que le comte, dans une galerie du cloître, se débarrasse de sa femme, qu'il croit infidèle. Enfin, Marguerite et Henri III, lequel s'était rendu dans ce lieu pour une procession , surviennent après toutes ces catastrophes * — « Tiens , dit le frère à sa sœur en lui montrant le cadavre de Bussy , voici ton amant : » — Et toi, dit l.i sœur au frère en le conduisant auprès du corps de Guast , voici ton mignon.

Ce drame, traité à la manière de Shakspeare avec des personnages célèbres, des intrigues croisées, des épisodes hors d'œuvre , dfs scènes nocturnes, des meurtriers soldés et de grands dévcloppcmens de spectacle; ce drame, dis-je , est par la nature des intrigues amoureuses et la caricature du caractère de Marguerite, une des productions les plus e'tranges que l'on pût offrir aux regards populaires. Au premier acte, et pour donner ce qu'on appelle de la couleur locale à l'action , on a placé la représentation d'un Mystère^ ou comédie du temps, lequel traite du martyre de Saint-Denis, dont on voit la décolation et ensuite le miracle de la tête portée par le saint lui-même. Nous avons conservé ce détail et l'analyse de cette pièce pour montrer à nos lecteurs jusqu'où peut être poussée de nos jours la licence des spectacles.

Théâtre du Vaudeville. — Un Premier Amour, comédie-vaudeville en trois actes, de MM. Bayard et Vanderburck.

Ici, c'est dans les mœurs modernes, dans les salons d'aujourd'hui que l'intrigue est prise; mais pour cela cette intrigue n'en est pas plus vraisemblable , les convenances n'en

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Lilh Jp ioniercier

sont pas mieux observées. Obscénité' de 1579 ou dc'vergondage de i834, c'tst même chose pour le tlie'âtrc actuel.

Madame Elise de Caridan est une coquette, non pas une coquette comme Celiracne, comme Julie, comme Araminte; non pas de ces coquettes à la Molière, à la Destouclics, à la Marivaux, qui, dans la crainte d'un mariage qu'elles éloignent, font de la coquetterie d'esprit, de billets doux, de regards attirans* d'honnêtes coquettes, cnfio , auxquelles on peut reprocher la sécheresse del'ame, et non la cerruption des mœurs. Encore jeune fille, Mlle Elise écoutait avec une faveur égale les vœux de deux amans. Ils se battirent pour ses beaux yeux. M. de Caridan fut grièvement blessé; cela décida Elise; elle l'épousa. L'autre, M. de Ramiere , qui était veuf et qui avait un fils , s'éloigna de désespoir, se consacra à l'éducation de cet enfant, désormais son seul bonheur, et ne reparut guère dans le monde. Puis, madame de Caridan étant devenue veuve à son tour, se laissa aller de nouveau à son penchant pour la coquetterie. Tout lui est bon; il n'est pas jusqu'à un pauvre écolier Edmond, le fils de INI. Ramière , dont l'affaire a été oubliée, sur qui elle ne veuille éprouver son empire. Pendant ses vacances de seconde ou de rhétorique, Edmond est devenu amoureux de madame de Caridan, et ce premier amour prend de la réa« lité et de la violence à mesure qu'Edmond grandit , et qu'il est enfin reçu à l'École Polytechnique, où il doit être admis à la rentrée des classes. Fier de son uniforme et le cœur plein du souvenir de madame de Caridan , il vient à une maison de campagne, où il rencontre Fortuné , son ancien et imbécile camarade de classes , et où il revoit madame de Caridan , qui, par de nouvelles coquelteries, rend Edmond plus épris que jamais, tandis qu'elle-même se sent assez vivement touchée de l'esprit , de la bonne grâce et de l'amour de ce jeune homme.

Jusque-là les choses n'ont point passé les bornes; mais Elise a trouvé son maître dans le monde, et quoiqu'elle éprouve quelque tendresse de cœur pour Edmond, elle ne peut se livrer à ses sentimens pour lui , parce qu'elle a cédé à ceux de M. Alfred de Bussy, à qui elle a donné, sur elle, des droits dont ce jeune fat se montre si jaloux, qu'Elise, sur son invitation expresse et menaçante, est obligée de revenir à Paris. Comme si ce n'était pas assez encore d'avoir mis sur la scène une femme dans cette position , on y a jeté, par surcroît, ce M. Fortune, dandy niais et poltron, amoureux de Mlle Julie, femme de cbambre de madame de Caridan , et courant partout après cette fille pour en obtenir de misérables faveurs qui se traduisent pourtant en rebuffades et en souflets.

Mais M. de Ramière a appris l'amour d'Edmond pour Elise; il est effrayé des suites d'un pareil attachement. Il court chez elle pour la supplier de lui rendre son fils ou de l'épouser. Elise ne peut prendre ni l'un ni l'autre de ces partis quoiqu'elle soit assez tentée du premier; elle n'ose éloigner d'elle Edmond qu'elle aime, et dont elle a encouraqé 1.-* passion, et elle ne peut songer à l'épouser, parce qu'elle est sous la dépendance despotique d'Alfred, qui la menace sans cesse de dévoiler leur liaison et de publier ses lettres, si elle s'avisait de le trahir. Elle a trompé les soupçons d'Edmond par un mensonge, et en lui jurant qu'elle n'avait aucune relation de cœur avec Alfred. Cependant les deux rivaux se provoquent à la suite d'une rencontre où chacun d'eux n'a pas voulu céder a l'autre la faveur d'un entretien avec madame de Caridan. Un duel doit avoir lieu. Fortuné, toujours occupé de sa noble passion pour Julie, qu'il a compromise et fait chasser de chez sa maîtresse, ne peut ni ne veut servir de témoin à Edmond. M. de Ramière , qui a su le duel projeté, veut aller se battre à la place de son fds. Mais Edmond, après avoir découvert la liaison d'Elise avec Alfred , échappe à la surveillance de son père , v.i se mesurer avec M. de Bussy, malgré la supériorité d'escrime de celui-ci, le blesse dangereusement, lui arrache les lettres de madame de Caridan, et vient les rapporter à Élise qui reste accablée de sa propre douleur , et de l'oubli et du mépris que lui témoigoeLî MM. de Ramière.

Le théâtre a poussé si loin maintenant les habitudes du public sur le fait des inconve- SUPPLÉMENT AU NUMÉRO DU 5 JUIN. ^

LA JKUNE FîlA^CK

nances dramatiques, que la position effrontée de madame de Caridan vis-à-vis d'Alfred, et les sales prétentions de Fortuné sur la femme de chambre , ont à peine trouvé quelques censeurs délicats. Voilà où en est la scène française, et peut-être notre prochaine revue théâtrale aura à signaler quelque scandale de même nature. Puisse-t elle même n'en avoir pas à constater de plus offensans et pour ^.^rt et pour la société I A. D. L.

VARIÉTÉS

SOUSCRIPTION EVROPEEmE 0

POUR LA GRAVURE REPRESENTANT l' APOTHEOSE DE LOUIS XVI,

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