MM
Le vicomte t'a Chalcaubiiand.
Le duc de Fitz-JcTnics.
Le marquis de Drenx-Bréze'.
A. Guiiaud.
Dudon*
Le comte Turpin de Crisse'.
Le comte de Pastort-t.
Le comte de Resseguier.
La comtesse de Resseguier.
Paul de Resseguier.
Alhert de Resseguier.
Jules Forfelier.
La baronne de Carayon -Latour, neV de Pe'rignon.
Le comte de Cinnont.
Lccacheux.
La comtesse Clc'mcnline Dessoffry,
Bouthillon.
Chatcl,
Semiclion, avocat.
De Théliu.
Madame Dncliesne.
Lussard , avocat à Libournc.
Le marquis de lEpine.
Maiiourv.
Turgis (Pierre ).
Fornirr.
Le barou de Lesseville.
Langlois d'Estaintot.
Le comte de Saint-Martin.
Loustaunau ^Amede'c).
Grcsset, aînc,
PicKou de Longueville.
Tussa (5).
La comtesse dWubignv.
Cliergé (Charles de)
De Gauviile.
Madame Philmain.
Dufloqurt (J.-B.).
De Champflotir-Laroclic.
Dcrivaux (3).
Wanackèrc (5).
De Barrau.
De Cabrières.
Deschaumes , cure ;i Vezins.
La manjuisc de IMontaigu.
Le clicvalier de Lostangc.
De BoHssiers , prop. à Gurson.
(<) Voyoz aux annonce» le» conditions de la souscription.
h\ JK(;NE FRANCK. ^>7
Un Jour et une Nuit dans le Golfe du Mexique.
(souvenirs de VOVAr.ES. )
Nous longeâmes la côlë de Cuba sans la perdre de tuc pendant huit jours environ. Elle apparaissait tantôt haute, tantôt basse, et boisée. Le capitaine , pour éviter 1rs bancs de sable du Yucatan, dëvia beaucoup trop au nord, dépassa le tropique de plusieurs degrés de latitude. Il lui fallut en quelque sorte revenir sur ses pas , et comme les ven^s sont très-variables dans le golfe du Mexique , il allongea la traversée de dix ou douze lours Ce ne fut que le • 8 avril qu'à la couleur de la mer , les matelots , d sccord avec les calculs du capitaine , s'aperçurent que nous n'étions pas loin des cotes du Mexique. Le capitaine fit jeter plusieurs fois la sonde, et , d'après la qualité de la terre attachée au plomb , il jugea que nous n'étions qu'à quelques lieues du rivage. Lu matelot monte sur la hune était chargé d'avertir lorsqu'il l'apercevrait.Tout à coup il se met à crier : terre . terre I Et les passagers qui couvraient tout le pont , répèlent ravis de joie : terre . terre . mais il n'y avait encore que le matelot de la hune qui la vît. La côte du Mexique est si ba^so en cet endroit, qu'à deux ou trois lieux de distance elle n'est presque pas visible. Cependant elle se montre enfin , tout le monde peut la voir. Comment exprimer les sensations du voyageur de 20 ans qui . après une traversée de plus de 60 jours , voit enfin la terre, terme de son voyage? U terre , objet de tous ses vœux, de toutes ses espérances I la terre où déjà par la pensée il a vu son avenir grandir, sa fortune se réaliser ! oh . non , rien ne saurait en donner une idée. 11 n'est peut-être pas dans la vie une émotion a la tois si douce et si énergique, un serrement de cœur si fort et si délicieux . La joie rayonne sur tous les visages. Hommes, femmes , enfans, tous se pressent sur le pont, tous dévorent des yeux le rivage qui s'élève et s'approche de plus en plus. Déjà les arbres se détachent du sol. Le palmier s'élance et les domine tous. 11 étend ses longues feuilles nudessus du gommier touffu. La côte borne l'horizon au sud et entoure la mer d un cadnverdoyant. Du reste pas de montagne, pas de coteau, pas de fleuve. Seulement non loin du rivage s'étend une nappe d'eau que le capitaine prend pour le Goazacoalco, mais il revient bientôt de son erreur et reconnaît qu'il a fait gouverner trop a 1 est. Ce n est que vers les trois heures du soir que le cap Saint-Martin dans le voisinage duquel est le fleuve Goazacoalco, apparaît à l'ouest se prolongeant dans cette direction. iSous apercevons sur le rivage un fort qui semble à demi ruiné; c'est un indice, ce iort est construit sur la rive droite du fleuve,à son embouchure même, et nous n'en sommes qu'à une demilieue de distance. Le drapeau Mexicain flotte sur une petite tour séparée du fort. iSous signalons , mais rien n'annonce que notre signal soit compris. Le capitaine , après avo^r attendu vainement près d'une heure que quelque pilote vînt à notre rencontre , se (lecide à faire armer le canot; le second, deux matelots et deux actionnaires sont charges d aller à la découverte. Ils reviennent au bout de quelques heures , nous assurent des dispositions amicales du commandant du fort , nous disent entre autres choses qu'ils ont vu des cases indiennes, des femmes à demi nues , quantité de poissons et d'oiseaux aquatiques , et nous montrent deux de ces oiseaux qu'ils ont tués. Comme la nuit approche , le cnpitaine juge prudent d'attendre jusqu'au lendemain matin pour entrer dans le fleuve , nous profltons d'une bonne brise de terre et nous gagnons le large. ^ .
Cependant le soleil plonge dans l'abîme son visage rougeàtrc. La cote fuit , s abaisse et disparaît. La couronne de l'horizon ne repose plus que sur la pointe des vngues ; elle n'est dominée que par un fleuron noir, le cap Saint-Martin. Les ombres de la nuit voilent le crépuscule. Bientôt la lune élève à l'extrémité de l'horizon son disque d'or, qui, lance dans l'espace, perd sa couleur primitive pour rovêtlr une éblouissante blancheur. La brise faiblit, les vagues s'aplanissent peu à peu et la lune trace sur elles un long sillon de lumière qui vient aboutir aux flancs du nivire. Les mats et les voiles, projetant leur ombre sur les flots, se dessinent grossièrement sur leur surface-
Tout est calme et silencieux à bord. Les ouvriers et les actionnaires, après avoir pris leur dernier repas, reposent les uns couchés dans l'cntre-pont, les autres sur le pont,^pres des bastingages, plusieurs pélc mêle dans la chaloupe. On vient de piquer minuit. L officier et les matelots de qu.irt sont relevés par un autre officier et d'autres matelots; au commandement de l'oîficier , les matelots ont manœuvré , puis tout est de nouveau rentre dans le silence. Trois personnes seulement, assises sur un banc formé de quelques rames
88 LA JEUNB FRANCE.
liées ensembles et allongées près de la chaloupe , tiennent la convorsalion à roix basse. «Dessini et Bogard , dit l'une des trois en se levant , voulez-vous profiter de la dernière nuit que nous passons en mer? Pour mieux respirer la fraîcheur de la nuit , voulez-vous venir vous asseoir sur le mât de Beaupré? J'aime à me senlir soulever par le balancement du navire dans sa marche. — Allons,» dit Dessini , on se levant à son tour; mais Bogard prétextant un pressant besoin de dormir ne veut pas être de la partie et gagne l'entre-pont. « Dessini , vous qui cbaniez si bien , vous ne me refuserez pas une romance ce soir, n'estce pas? — Je n'ai rien à vous refuser, et comme c'est la dernière fois que je chanterai en mer, ce sera la ]ilus jolie de toutes celles que je sais. Connaissez-vous le pécheur fidèle? — Non. — Hé bien, c'est celle-là que je vais chanter ; vous en serez content, j'espère. » En disant ces mots nous allons sur l'avant du navire en évitant de fouler aux pieds les ouvriers qui dorment étendus sur le pont. INous nous mettons à cheval sur le mât de Beaupré; là, tandis que nous sommes l)alances par le navne qui dans sa marche plonge, se relève, plonge encore; tandis que les flits bleuâtres claquant par moment contre la proue, se replient en ondulant ou jaillissent en gerbes brillantes... ainsi que des paillettes d'argent jetées sur une moelleuse draperie de velours bleu, Dessini soupire d'une voix harmonieuse et suave la romance du Pécheur fidèle.
Il finissait au moment où , la proue plongeant dans l'onde, le flot se brisait contre lai en faisant trembler le navire; et les deux derniers vers, « la va^^ue en fureur brise la barque du pécheur-», avaient été chantés avec tant d'expression que je me sentis frissonner involontairement. Mais la brise a cessé de souffler. Nous contemplons le magnifique spectacle du calme de la mer uni au calme de la nuit : un ciel pur, une mer pure, miroir du ciel; la lune blanchissant de ses rayons l'onde qui semble sourire, tout cela dominé par le silence et l'immensité. A la vue de c«s t^blenu^ sublimes , l'imagination s'agrandit et s'élève jusqu'au trône de la Divinité. Tout à coup Dessini pousse un cri d'effroi qui m'arrache subitement à la contemplation, a Le cap Saint- Martin î ne le voyez-vous pas? là, devant nous, à quelques centaines de brasses? nous sommes perdus, monsieur, nous allons nous briser contre les rochers! » Je cours avertir l'officier de quart et le matelot de barre ; et il court à l'arrière. Chose inouïe I se reposant sur le calme, et pensant être bien loin de la côte, ils étaient assis sur une cage à poule, et dormaient tous dvux. Dessini prend la barre du gouvernail , car il n'y a pas de temps à perdre, le courant qui avait entraîné le navire le poussait de plus en plus vers le cap. Déjà nous en sommes si près que nous entendons les bris.ms. Dessini éveille le lieutenant et le matelot de barre. Le lieutenant stupéfait à la vue du cap Snint-îMartin qui se dresse devant nous comme un affreux géant, effrayé du péril qui nois menace , commande la manœuvre d'une voix de tonnerre , il fait virer de boid , et voilà qu'il se lève fort à propos un veut léger de terre à l'aide duquel nous sommes bientôt hors de danger.
Dessini sauva le navire : sans lui, auisi malheureux que le pêcheur de la romance , nous allions nous biiser contre un ccueil. La Providence nous réservait d'autres épreuves, et l'heure du malheureux bruk n'était pas encore venue. Ce n'est qu'un mois après nous avoir déposée à terre qu'il di vait échouer sur les côtes du Mexique. Charvenne.