‹ L'Écho de la jeune FranceChapitre 28 sur 120 · MÉMOIRES DE M. LE VICOMTE DE CHATEAUBRIAND · texte numérisé non relu

MÉMOIRES DE M. LE VICOMTE DE CHATEAUBRIAND

{•i" Article.) Quel contraste entre les vertes solitudes d'un gothitpic manoir de Bretagne et les mille bruits de Paris, la grande ville, immense arsenal où se forgeait alors une révolution; quel tumulte après ce long repos du château de Combourg , quelle effervescence après ce calme et celte inquiétude qui étendirent sur le premier âge de l'écrivain leurs frais ombrages et leurs dormantes eaux; quelle scène animée, pittoresque, pleine de fascinations pour cette jeunesse ardente succédant à une enfance solitaire et environnée de silence et de mélancolie I Nous ne savons si notre préoccupation nous abuse, mais il nous a semblé dans ce rhapitre de l'histoire de M. de Cbaleaubnand lire toute son histoire. Cette heure de sa vie qui le précipite du sein d'un dcseit féodal dans la tourmente de 89, celte heure qui réunit dans le même cadre les deux extrémités des choses humaines, c'est une de ces lienrcs prophétiques dans lesquelles le doigt de Dieu dessine une vie fout entière. Ne tiouvez vous point là une ima^e de ce flux et de ce reflux d'événemcos qui feront sans

LA JEUNE FRANCE. rt()

cesse passer M. de Ghaleaubiiand du sein des lettres dans les re'gions brûlanles de la politique , et du sein de Ja politique dans les paisibles refuges du inonde littéraire? Le Goinbourg de celte existence, dont les phases seront si variées et si ctraogcs, n'ej,t-ce point la littérature? Tour à tour elle perdra et regagnera cette destinée, qui féconde en contrastes, traverse les fortunes les plus diverses, aussi grande quand elle frappe à la porte de la hutte du sauvage que lorsqu'elle se mêle aux pompes des palais et aux splendeur* des rois, et plus haute encore peut-ére quand elle quitte la puissance (|ue lorsqu'elle la prend.

Où trouve au commencement de chaque livre des mémoires la trace des vicissitudes de cette vie. Le récit d'un exil est daté d'une ambassade, le récit des années de retraite est daté d'un jour de fortune. Ainsi c'est à Berbn , à quelques pas de la tombe du grand Frédéric, ce monarque espri: fort qui voulut dans son tombeau léguer à la postérité l'expression d'un fastueux néant, c'est à Berlin que M. de Chateaubriand , ambassadeur du roi de France, écrira les pages où se reflètent les simplicités de son enfance et les rêveries de sa jeunesse jetée au milieu du théâtre d'où la royauté allait descendre par des degrés sanglans et oii la république allait monter.

Le récit de ce voyage de Combourg à Paris est plein d'une gaieté piquante. Le chevalier n'est point seul dans sa chaise de poste, il a ptiur vis-à-vis mademoiselle Ri se, marchande de mode, personne toute pleine de son importance, fort au fait des affaires de ce monde, et qui protège beaucoup tt dédaigne un peu son muet compagnon de voyage, qui ne sait ni comprendre ni se faire comprendre, ni répondre ni parler, it qui met ainsi la désolée marchande de mode au régime d'un silence forcé en dehors de ses habitudes et de ses goiits. Quant au chevalier son supplice n*est guère moins crueL Se trouver là seul, avec une femme, et une femme qu'il est bien impossible de confondre avec la sylphide devant laquelle soD arae est en liberté, une femme de la vie usuelle, qui n'a ni auréole , ni robe de nuages , mais une robe à la dernière mode de 88 , une femme qui mai'che rez de terre et qui ne lève jamais 1 s yeux au ciel que pour donner meilleure grâce à son chapeau ; c'est à effaroucher le Chérubin mélancolique, embarqué, sans le vouloir et sans le savoir, dans ce tête-à-tête de quelques soixante lieues, c'est à donner un redoublement de sauvagerie au superbe Hippolyte, tout surpris de voir son char devenu le théâtre d'un rendezvous. Aussi Suzanne a beau déployer ses grâces, Chérubin demeure coi. Je n'affirmerai même pas qu'il ne préférât point avoir en face de lui la maturité vénérable d'une Marcelline. En vain , mademoiselle Hose e^t pimpante, fringante, séduisante; Hippolyte arnva comme il était parti , toujours le firouche Hippolyte. Et lorf-qu'enfin on fut descendu à l'auberge paiisienne^ mademoiselle Ros<' fit au chevalier la plus impertinente révérence du monde. « Votre servante » lui dit-elle après avoir recomjnaudé par un reste de pitié qu't n donnât une chambre au taciturne jeune homme. Alors ces deux destinées si diverses qui s'étaient rencontrées sur le grand chemin se disent adieu. INÏademoiselle Rose s'en va on la gloire l'appelle, la tête haute, les pieds en dehors, le sourire sur les lèvres , et elle laisse le chevalier, tout interdit de cette assurance et de sa timidité, se tirer comme il le pourra du bruit et du mouvement de la grande capitale. Ici les mémoires déclarent l'épisode clos et terminé , et M. de Chateaubriand finit toute celte histoire en disant : « Et depuis n'ai revu mademoiselle Rose.

On comprend tous les martyres du chevalier un peu plus étranger dans cette auberge de Pans, qu'il ne fut depuis dans les déserts du nouveau monde , et c'est une observ^ation de caractère utile à présenter que presque toujours bs natuies fières se manifestent dans les détails de la vie par les dehors de la timidité. Les hommes qui sont en relief, qui ne doutent de rien, qui parlent haut, qui frappent du pied comme fit un cousin du chevalier, en le trouvant perché plutôt que logé, ceux là sont les gens vains. Les hommes fiers sont timides parce qu'ils craignent sans cesse de se commettre , ils évitent les questions, n'en font point cl n'en souffrent guère, c'était là le lôle du chevalier de Cha-

QO LA JF^Nt ruA^(:K.

teaubriand. Il vivait en dedaus, qu'on nous passe ce terme, en présence de ce monde nouveau qui l'enveloppant de toute part, et l'éblouissant par ses mille facettes , lui donnait des vertiges. 11 tenait les hommes à distance et se tenait lui-même à distance du mouvement, spectateur dune comédie qui allait touiner au drame, en visite chez la situation plutôt qu'en faisant partie.

Cette situation étrange, inouïe, est admirablement peinte dans les Mémoires. La physionomie indéfinissable de cette société toute bariolée de passé et d'avenir , l'aspect singulier de Pans anglomane à la por'e du monarchique Versailles, la tête de la révolution qui commence à paraître et la queue de la royauté qui traîne encore, le frac républicain et l'habit de cour, lephaéton du duc d'Orléans et les carrosses du roi , les mille bruissemens qui, soi tant de cette étouffante atmosphère, annoncent que l'aurore du jour révolutionnaire n'est pas loin ; ce mouvement infini dans le monde des idées , ces voix qui courrent dans l'air, ces scènes innombrables qui se succèdent comme des illusions, tout ce fracas d'hommes et de choses, tout ce cliquetis de renommées, tout ce dégoût du connu, toute cette soif d'innovation , toute cette impatience du présent, toute cette fureur d'avenir, vous donnent une idée fidèle de cette mémorable époque oîi la vieille société, vacillant comme un homme ivre, sentait gronder so iS ses pieds une société nouvelle qui , dans ses efforts pour se produire à la lumière, soulevait déjà le sol. On dirait que le siècle a l'instinct de ses destinées qui viennent; déjà il en éprouve l'influence. H y a des tempêtes dans le lointain. A chaque bruit, la grande ville met l'oreille contre terre, elle écoute, elle cherche à démêler si ce n'est point le pas de l'avenir. Ne lui parlez plus de ses ancienoes croyances, de ses anciens jours j elle les rejette comme un vêtement usé. 11 n'y a plus qu'une espèce de dieu à qui l'on sacriBe dans la nouvelle Athènes: ce sont les dieux inconnus. L'époque du système de Law est de retour; mais avec une autre physionomie, avec des proportions plus grandes. Ce n'est plus au Mississipi qu'on veut aller chercher l'âge d'or, on l'attend à Paiis d'un jour à l'autre, qui sait? Peut être demain? M. de Lafayette arrive d'Amérique; n'aurait-il point l'âge d'or dans ses bagages? M. Necker écrit qu'il gouverne , et l'âge d'or va naître. On parle des états généraux pour le coup c'est tout de bon Tâge d'or.

Et au milieu de ce mouvement général des esprits , les Mémoires continuent à nous montrer le chevalier de Chateaubriand avec l'intérieur de sa vie. Le voilà timide chez madame de Chaienay qui, laissant vofr à demi le plus beau bras du monde, dit en souriant: a Nous l'apprivoiserons. » Le voilà à son aise dans le palais de Versailles, en face de Louis XVL Cette grandeur l'inspire au lieu de l'étonner , il ne sait pas comment par'er à une femme; mais il sait comment parler à un roi. Puis il est en garnison avec un camarade qui double les ennuis de cette vie provinciale par ses insipides amours. Une re'solulion ambitieuse de son frère le ramène à Versailles, il monte dans les carrosses, il a l'honneur de chasser avec le roi et il échange quelques mots avec Louis XVI. C'était la dernière fois qu'il devait entendre la voix de ce monarque; il le quitta sans que le souslieutenant du régiment de Navarre eût deviné le roi martyr, et sans que Louis XVI eût soupçonné l'homme de génie.

Ce fut à celte époque que le chevalier de Chateaubriand visita toute cette .«ociéfé brillante qui régnait à Paris et dont il trace en quelques mots letableau fidèle. La Harpe, qui, par son insolence philosophique, rappelant un peu le cynisme de Diogène , «liait dîner chez les grands seigneurs et payait sa bienvenue en invectives qu'on avait l'indulgence de trouver piquantes , « La Harpe, disent les Mémoires, avait un de ce« fonds propres à porter le repentir ; « son caractère était haineux , mais il devait venir un moment oii il n'amait plus de haine que contre l.i langue révolutionnaire. A côté de La Harpe, portant à grand' peine trois gros volumes de ses œuvres sous ses petits bras, paraît le profil de Detille de Sales « qui faisait en Allemagne ses remontes d'idées. » Enfin l'aueiur laisse tomber sur Parny ces quelques lignes qui sont le plus complet des portraits :

LA JEUNt FHANCh;. Ql

o Parny , poète et créole , à qui il ne fallait que le ciel de l'Inde , une fontaine, un pal- » mier, une femme, ei dont la paresse n*ëtait interrompue que par des plaisirs qui se >' chaugaient en gloire. » Les Mëmoiies ressuscitent pour vous celte société brillante , qui • lors 66 dépêchait de vivre. Dans ce temps-là, c'était encore un évéoemeot que l'insertion d'une idjUe dans V Almanach des Muses, ce Capiroledes quatrains, desbouts-rimés et de* sonnets, où le chevalier ne monta qu'a grand'peine. Dans ce temps-là, Rivarol , le dictateur df la causerie, devant lequel les prétentions de tous les beaux-esprits se taisaieut comme le gazouillement des oiseaux vulgaires devant le chant du rossignol^ Rivarol avec sa conversation, brillant feu d'artifice où depuis le commencement jusqu'à la fin c'était toujours le bouquet, Rivarol dénonçait dans les confidences de l'intimité le jeune souslieutenant à la gloire, et, lui faisant sa part qu'il ne s'était point encore faite, reconnaissait en lui le grand prosateur du siècle qui allait suivre. Voyez-vous se ranimer devant vos yeux ce tableau dont la main de la mort a détruit les couleurs? Voici les trois belles nièces de Grètry, riantes figures derrière lesquelles l'admiration se presse dans les vastes allées des Tuileries où la trace de leurs pas a été eftacée, d?puis , par tant d'autres pas; car sous ces grands arbres, les générations passent avec les feuilles qui tombent, et la couronne de beauté de ces majestés des jardins, qui régnent par un beau jour d'été, n'est pas plus solide que la couronne d'or de ces majestés, leurs royales voisines, abritées un moment sous les voûtes du palais de Médicis. Ce phaéton que vous voyez à la porte d'un club , c'est celui du duc d'Orléans , cette femme que vous y voyez assise , c'est la belle madame deBuffon. Toutes les supériorités du talent, de la naissance, du vice, de la beauté, se heurtent devant vos yeux dans une fraternelle cohue. « Elégances du jour, disent les Mémoires , dont il nous reste deux ou trois momies. »

Parmi ces grandeurs, il en était une qui dominait les autres de toute la tête, c'était Mirabeau. En prononçant ce nom qui résume une époque, nous arrivons à la partie des Mémoires consacrée à des considérations politiques sur les commeiicemens de la révolution française. Dans cette mâle et fière peinture, le soleil de l'histoire se lève dans toute sa splendeur. Ce ne sont plus les Mémoires d'un homme , ce sont les Mémoires d'un peuple. Les états de Bretagne, les premiers troubles de Paris, la prise de la Bastille, sont écrits de main de génie. Viennent ensuite des pages pleines de sens et de vérité sur les renommées oratoires de la Constituante qu'on a placées trop au-dessus des éloquences contemporaines, parce qu'à cette époque les émotions des assemblées délibérantes étaient plus neuves, et l'admiration plus facile. La tribune parlementaire, avec toute la puissance de sa jeunesse, remuait des questions qui n'avaient point été agitées devant un public qui n'était point initié aux passions brûlantes du forum. Aussi, a peine la France eût elle approché la coupe de ses lèvres qu'elle en fut enivrée. Pourtant, il faut le dire, il y avait dans ce temps-là un homme vraiment éloquent, un homme fait pour l'époque, c'était Mirabeau. Jamais ce monstrueux orateur n'avait été peint avec cette profondeur de lignes et cette puissance de coloris que l'on irouve dans les Mémoires. Après avoir lu ces bell»s pages, nous devons le dire , M. de Chateaubriand a répondu à ceux qui s'en vont répétant que Mirabeau est de ces hommes qu'il ne faut point lire, mais voir et entendre. \\\ lieu de le peindre l'écrivain l'a montré. Il a relevé la tribune muette, il a replacé le prodigieux athlète de 89 dans son prétoire, il a hérissé sur soa large front les flots de sa chevelure, il a animé son i^este, enflé sa vaste poitrine, fait retentir sa voix tonnante, imprimé toutes les passions et tous les vices sur son visage foudroyant de génie, et beau de laideur, et cette face puissante se mirant dans l'omnipotence de ce style, nous nous sommes pris à pâlir en sentant la présence de Mirabeau. Oui, c'est bien là cet homme qui, lorsqu'il respirait à la tribune, prenait l'air de toute une assemblée haletante et palpitante à ses pieds; cet homme « qui avait à la fois dans son caractère du Gracchus et du don Juan »; cet homme à qui son frère, accusé d'ivrognerie, pouvait répondre : « De tous les vices de la famille tu ne m'as laissé que celui-là. w Oui, c'est bien

Mirabeau , tel qu'il était en éloquence coiDrae en politique 5 et, jugeant d'en haut ce caractère et cette position , le grand écrivain ne s'abuse point jusqu'à se mêler aux espe'rances qu'on avait mises sur la tête du colosse au moment où la mort vint l'abattre. Il sait que ces espérances étaient vaines, et que c'étaient là de frivoles calculs; il sait que l'à-propos de sa mort Je sauva seul de la honte de tomber devant le front étroit et le regard oblique de Robespierre , lui Mirabeau I dont le front était si large et le regard si fier.

Les grands hommes ont beau se coucher en travers d'une situation comme Attila en travers de la porte de son camp, les situations sont moins faciles à émouvoir que les armées. 11 y eut un moment où Fouché fut plus puissant que Bonaparte, et où l'homme de la police put mettre insolemment aux arrêts, dans l'Elysée, l'homme de la victoire. Il y eut un moment où l'épée du vainqueur d'Austerlitz resta scellée dans son fourreau par une parole sortie de ce sénat, d'une bassesse si làohe en face de celte grande fortune, d'un courage plus lâche encore contre cette grande adversité. Eh bien î il fut advenu à Mirabeau ce qu'il advint à Bonaparte. Les trente voix lui eussent rejeté cette loi du silence sous laquelle naguère il courbait leur front; les trente voix eussent crié : Silence à la grande voix î « Sa vie , disent admirablement les Mémoires , eût montré sa faiblesse » dans le bicn^ sa mort le laissa en possession de sa force dans le mal. »

Et à coté de ce magnifique portrait de Mirabeau orateur, M. de Chateaubriand va nous montrer "Mirabeau dans la vie privée , roi qui a laissé pour un moment son sceptre et sa couronne à la porte, mais toujours roi, toujours Mirabeau. Le chevalier assiste à un dîner où le fier tribun se trouve au milieu de toutes les célébrités contemporaines. Une conversation puissante , telle qu'il y en avait alors entre ces hommes qui , du bout de leurs lèvres, remuaient tout un peuple, une conversation puissante anime le banquet. Le grand convive prend souvent la parole, il a ses opinions et surtout ses succès à défendre contre un monde d'envieux. La jalousie de ses rivaux de popularité l'attend à la descente de la tribune, Mirabeau est trop grand pour avoir des amis dans une époque où tout le monde veut être grand. Enfin le repas finit, les convives ont quitté la salle, il n'y reste plus que deux hommes, l'un qui règne par sa parole, l'autre qui, plus tard, doit régner par sa plume, Mirabeau et Chateaubriand. Il sfrable alors que l'aînée de ces deux gloires, par une illumination soudaine, prévoit la destinée de ce génie inconnu qui se tait et attend son jour. On dirait que Mirabeau, avec l'instiDct des hautes intelligences, a senti qu'il faisait bon de dire à l'oreille de ce mystérieux jeune homme les paroles qu'on voulait faire retentir jusque dans la postérité la plus reculée. « En sortant de notre dîner, dit le grand » écrivain, Mirabeau me regarda en face avec ses yeux de vice et de génie, et m'appli- » quant sa main épatée sur l'épaule, il me dit : Ils ne me pardonneront jamais masu- » pérîorité. Je sens encore l'impression de cet'e main comme si Satan m'eut touché de » sa griffe de feu. »

Quant à l'influence qu*excrcèrent sur le chevalier ces premiers jours de la révolution franrnisc, les Mémoires nous montrent son imagination enthousiaste s'ouvranl d'abord à des illusions généieuscs, et prenant les feux de l'orage qui commençaient à rougir le ciel, pour l'aurore d'une gr.mdc rénovation sociale. Au milieu de tant de naufrages, ses croyances religieuses avaient fait naufrage. 11 était devenu esprit fort, comme il le dit, c'est-à-dire esprit faible. La Révolution entrait dans ce cœur sous la livrée de la liberté, qui lui a toujours été et qui lui est encore si chère. Le dix-huitième siècle, avec son fier scepticisme et ses décevantes erreurs, avait pris possession de cette intelligence en chassant devant lui cette foi si simple et si belle de son premier âge, nourrie et réchauffée par la piété maternelle dans le sein de la religion. L'ange gardien qui veillait sur cette ame dans les solitudes de Combourg , et qui en écartait par sa chaste haleine les pensées brûlantes qui s'élèvent des sus venant à s'évtiller, l'auge de Combourg se voilait la face de ses ailes , cl attendait que Dieu lui rendît cdte ame trop grande pour ne pas redevenir chrétienne.

Les illusions politiques de M. de Chateaubriand furent plus courtes. Quand il vit les crimes et les têtes courir les rues, les sympathies qu'il avait d'abord conçues pour le mouvement révolutionnaire disparurent. «J'eus horreur, dit-il, dans les Mémoires, de ces festins de cannibales et de cette liberté' apprêtée avec du saog. » Son père était mort; il alla au vieux Gombourg pour le partage de cet héritage , et puis ses instincts voyageurs le reprirent. Dans ce moment, tous les esprits élevés voguaient vers l'inconnu ; le chevalier s'était arrêté d^ins la politique , parce que pour avancer il fallait marcher dans le sang; il pensa à renouer ses amitiés d'enfance avec cette mer qui contenait aussi des problèmes à résoudre et des mystères à découvrir. Il était temps qu'il quittât l'arène où l'échafaud allait moissotmer toutes les hautes têtes : lorsqu'il partit, la Convention, impatiente de se montrer, regardait déjà le pouvoir par-dessus les épaules de la Gonstitu inte ; et suivant l'expression des Mémoires, « Les gens à souliers étaient prêts à soiiir, et déjà les sabots heurtaient à la porte. » Ce fut M. de Malesherbes qui ouvrit au jeune homme cette carrière de découvertf s , où il aurait voulu , lui répétait-il si souvent dans leurs causeries, pouvoir guider ses premiers pas. Il lui fit promettre de le tenir au courant de ses observations par une correspondance active et suivie. Le vieiilird no s.vait pas qu'en France aussi on allait faire des découvertes , et que toutes les nouveautés de T Amérique pâliraient devant cette couveauté terrible d'un bourreau coupant la tête d'un roi. Après quelques jours donnés à l'amour filial, et doucement écoulés dans l'intimité de cette bonne et aimal)le dame de Chateaubriand , qui , racontant à son grand fils des contes d'enfans , semblait se hâter de profiler des derniers momcns de son métier de mère , le chevalier monta sur le navire qui , appareillant dans le port de Saint-Malo, allait faire voile pour l'Amérique. Les Mémoires jettent sur ce départ de mélancoliques phrases. Il était nuit et M. de Chateaubriand , novice encore dans les douleurs de l'exil , exprime ainsi les sentimens qui s'clevcrent dans son ame lorsqu'il fallut quitter, non plus seulement Combourg , cette patrie locale, ind'viduelle, pour la grande patrie pour la France, mais la grande patrie elle-même , mais le tant doux pays de France pour des rivages inconnus et de lointaines destinées :

» Le calme nous arrêta avec la nuit au débarquement de la rade. Les feux de la ville » et les phares de la côte s'allumèrent. Il me serait impossible de peindre ce que j'éprou- » vais à l'aspect de ces lumières qui tremblaient sous mon toit paternel qui semblaient à » la fois me sourire et me dire adieu, en m' éclairant parmi les rochers , les ténèbres de » la nuit et l'obscurité des (lots. Sans compagnons et sans guides, je n'emportais que ma » jeunesseet mes illusions; je désertais un monde dont j'avais foulé la poussière et compté » les étoiles, pour un mondedoiit la terre et le ciel m'étaient inconnus. Que devait-il m*ar- » river, si j'atteignais le but de mon voyage? Egaré sur ces grèves hyperboréennes où » aucun homme n'a imprimé ses pas, les années de discorde qui ont écrasé tant de géné- » rations avec tant de bruit, seraient tombées en silence sur ma tête; la société aurait

» renouvelé sa face , moi absent

» Mais noni je devais revenir dans ma patrie pour y changer de malheur, pour y être » tout autre chose que ce que j'v avais été. Cette mer au giron de laquelle j'étais né, » allait devenir k berceau de ra^ seconde vie; j'étais porté par elle dans mon premier » voyage comme dans le sein de ma nourrice, de la confidente de mes premiers pleurs , » de mes premiers jilaisirs.

» Le jurant au défaut de la brise, nous entraîna au large ; les lumières du rivage di- » minucreot peu à peu et disparurent. Épuisé de réflexions, de regrets vagues, d'espé- » rances plus vagues encore, je descendis à ma cabine; je me couchai, balancé dans mon » hamac au bruit de la lame qui carressait le navire.

Dans le récit du voyage en Amérique, on rencontre quelques morceaux déjcà imprimés, tels que le parallèle de Bonaparte et de Washington ; mais M. de Chateaubriand a pense que là où l'on avait vu l'auteur d'Atala , de René et des >'atchez, il fallait montrer l'homair

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intime resté caché derrière ces brillantes draperies. Dans les Mémoires , on trouve la prose de ces voyages , dont ailleurs l'écrivain nous a donné la poésie ; et dans cette prose viennent s'enchâsser comme des diaraans aux étincelantes facettes, l'aventure des Deux Floridiennei , le tableau des Kîats-Unis et le naufrage qui signale le retour du poète en France. Ce voyage en Amérique eut une grande influence sur le génie de l'auteur. On peut dire que cette nature vierge du nouveau monde avec ses couleurs un peu fortes et ses proportions vagues et infinies , entra de plain pied dans cette ame toute neuve. Depuis cette époque il y a comme un parfum d'Amérique dans le talent de M. de Chateaubriand, et l'on y remarque cette haute saveur des terres que le soc de la charrue n'a point encore disciplinées à la culture. Et comment en serait-il autrement? Le style d'un grand écrivain , n est-ce point sa vie ? En y reg;jrdant de près , vous verriez quelquefois dans ce style rouler les grandes eau^ du Mississipi , ce père des fleuves , ouïes foiêts vierges se balancer bercées par les vents au milieu d'ineffables harmonies : ou la civilisation, cette aventurière d'un jour, poser çà et là ses tentes sur les vastes domaines de la nature, éternelle souveraine qui prête une place à l'homme et plus lard la lui reprend. Pour nous , il nous semble que si l'histoire personnelle de M. de Chateaubriand était perdue, on la retrouverait dans son style. Les phases diverses de cette existence sont comme moulées dans les parties diverses de ce talent , les contrastes sont expliqués par les contrastes ; on dirait de ces lacs immenses qui reflétant et le ciel qui les domine, et les terres qui les entourent dans les nappes à la fois verdoyantes et azurées de leurs eaux, endorment toute cette uatuic dans leurs bras et la couchent, rafraîchie et reposée, au fund de leurs retraites v'^ilencieuses sur un immense lit de cristal.

Le même sentiment que nous avons vu si vivace et si puissant dans le premier âge de M. de Chateaubriand le ramène en Europe. Son honneur enfant ne pouvait supporter les corrections insultantes de l'abbé Égaut, son honneur fait homme lui dit que les drapeaux des princes étant levés sa place n'est plus en Amérique ; les Mémoires ajoutent que cependant M. de Chateaubriand ne partageait ni les id(^es ni les principes de l'émigration. Avant de se rendre à son poste , le voyageur voulut prendre un air de France , il se maria puis partit pour l'exil. Son passage à Paris fut court mais fécond en études. Il avait laissé Mirabeaii à la tribune, il le retrouva au Panthéon j la situation avnt mrché, les premiers personnages de la résolution commençaient à pâlir et la formidable arrière-garde qu'elle traînait après elle faisait déjà trembler le sol. L'auteur assiste à une séance des cordeliers, il esquisse à grands traits Danton, le Mirabeau des carrefours, éloquence d'une Iriviabté puissante, caractère d'une brutale énergie , mais dont le piédestal était la boue; et, a coîé de Danton, Marat, le Syeysde la seconde période, mais un Syeys à la courte-taille et à l'encolure de bête fauve qui trempait tous ses sophismes dans le sang ; et à côté de Marat, Camille DesmouHns qui précipitait son ame ardente dans cette carrière en accélérant le mouvement qui le traînait à l'échafaud; étrange race d'hommes sortie comme par enchantement des fl.mcs de cette France de Louis XV fardée et parée qui semblait s'être endormie sur un lit de velours et de soie , de corruptions et de voluptés d'un sommeil éternel, puissances du crime succédant à l'impuissance du vice , et réveillant cette société engourlic eu l'étrcignant dans leurs sanglans embrassemens.

Et pour la seconde fois l'auteur quitte la France, il émigré avec son frère le comte de Chateaubriand, petit-gendre de M. de Malesherbcs. Le voyageur devient soldat , le voilà dans l'armée des princes; il sert au siège de Thionville dans les compagnies bretonnes; il combat, il est blessé; à la retraite des Prussiens tous les malheurs le poursuivent, l'accablent, et retournant à Namur parles Ardennes il est près de mourir d'épuisement. Cette campagne finie nous le trouvons à Londres souffrant dignement ces misères plus lourdes que les grandes infortunes, misères qui étouffent l'ame, qui aigrissent le cœur, qui courbent les facultés; mais l'indigence de M. de Chateaubriand reste haute et fière; son ame demeura debout sous le vent de l'adversité. Et de quelle année est daté le récit de ces

LA JEUNE FRAiNCE. QO

infortunes supportées en Angleterre? De l'année où M. de Chateaubriand repre'sentaildans cette même Angleterre le roi très-chrétien. C'est le pompeux ambassadeur à la cour de Londres qui écrit les douleurs du pauvre exilé. Ainsi les mauvais jours de l'écrivain viennent poser devant sa fortune, ainsi ses prospérités ne craignent pojnt de regarder (n face ses misères, ainsi ses grandeurs se mêlent aux mélancolies de son exil. C'est dans ce séjour en Angleterre que vient se placer la ravissante histoire de Charlotte, Y Essai sur les Révolutions où le jeune homme jeta tout le désespoirqui débordait sonamependant que la bise aride et glacée d;i septicisme, comme disent les mémoires, soufflait sur cette ame triste et desséchée, puis enfin la conception du Génie du Christianisme, que la mortd'unemère chrétienne inspira à ce fils désolé qui, s'agenouillant devant les religieux enseignemens de cette tombe toute chargée de douleur, inclina sa tête sous la bénédiction de la sainte de Combourg et se retrouva chrétien en se relevant.

M. de Chateaubriand rentre dans sa patrie en 1800; comme il le dit, a il aborde la France avec le siècle. » Là finit sa première carrière, sa carrière de soldat et de voyageur. Il commence sa seconde carrière, sa carrière littéraire sous l'empire, ensuite sa troisième carrière , sa carrière politique sous la restauration.

A compter de i83o vient une quatrième partie desMémoires, qui renferme l'historique des journées et des personnes de juillet, les deux voyages à Prague, l'un par l'Allemagne l'autre par l'Italie. Nous ne soulèverons pas le voile qui couvre ces scènes augustes ou paraissent les nobles figures de ces Bourbons qui dominent les petitesses contemporaines du haut deleurs malheurs; l'entrevue de M. de Chateaubriand avec le roi vénérable , une soirée 'passée dans le château des rois de Bohème avec les illustres enfans, a innocens » fugitifs qui avaient l'air de deux gazelles cachées parmi des ruines. » Et voici que dans ses voyages M. de Chateaubriand laisse en passant une relation où Ferrare revit avec son Tasse peint et chanté de poète à poète de malheur à malbeur ; voici que Venise se lève du sein des vagues où elle s'endort ; voici lord Byron, voici Pellico et sa Zanzé, voici la poésie, voici l'histoire , voici la politique; on dirait le soleil qui pi es de se coucher dans sa gloire agrandit son orbe enflammé et, étreignant l'étendue dans ses bras de feu, fait ruisseler dans les airs les gerbes lumineuses qu'il resserait dans son midi.

Un écrivain connu a dit à propos des Mémoires de M. de Chateaubriand : a Ces deux ensembles, dont l'un est entièrement terminé et dont l'autre va l'être . fi- » gurent en quelque sorte, deux ailes égales à l'extrémité d'un même monument. Le » corps intermédiaire du récit, les trente années de l'Empire et de la Restauration ne » sont encore tracées que par endroits et ne présentent pas , à l'heure qu'il est , une ligne » ininterrompue et définitive. Quelle qu'en soit l'importance, au reste, dans le plan de » l'édifice, on peut provisoirement concevoir cet espace entre les deux ailes rempli par » le Génie du christianisme, les Martyrs, V Itinéraire, la Monarchie selon la Charte, » les Etudes historiques , tous calais différens de date et de style, mariant heureuse- » ment leur diversité , et composant un Louvre ou plutôt un Fontainebleau merveilleux, » par le seul fait que l'époque antérieure à la vie publique est terminée jusqu'en 1800 , » que l'époque postérieure à la retraite politique est tout près d'être trerainéo d'une façon » non moins définitive; nous tenons donc dès à présent un monument sans exemple, et » dont l'aspect, même dans cet état inachevé, simule quelque chose d'accompli. Mais » bientôt derrière ce Génie du christianisme , ces Martyrs , cette Monarchie selon la • Charte, tous ces palais, disons-nous, (^ui meublent l'intervalle, bientôt s'élèvera un » autre monument de forme imprévue qui ks enceindra; M. de Chateaubriand s'entend » à la grande architecture. »

En suivant cette image, nous dirons à notre tour qu'il y a au centre de l'édifice des ouvrages qui sortent à peine de terre , d'autres qui s'élèvent au quart, au tiers de leurs dimensions, d'autres auxquels il ne manque que le couronnement. Ainsi, sous l'empire, le tableau général du règne de Napoléon, le résumé des travaux littéraires de l'auteur,

l'histoire de sa démission lors de la mort du duc d'Engbien , le récit de l'entrée des coalisés à Paris , sont à peu près tels qu'ils doivent demeurer : sous la Restauration, l'histoire du congrès de Vérone, celle de la guerre d'Espagne écrite avec et sur des documens s«creJs , sont de grandes masses complètement achevées. Presque tous les portraits des rois, des ministres et des personnages de ce temps sont tracés.

Figurez-vous quelle grande et haute galerie ce doit être, que cette partie des Mémoires , où les gloires et les ignominies contemporaines se dressent peintes non pas en buste, mais en pied. Quelle histoire, mais histoire à la manière du Dante, dont le vers poignant damnait les lâchetés et les crimes de son siècle, et les vouait à une e'ternité d'enfer. Malheur , malheur à qui tombe sous le burin implacable qui lie les grands coupables et les grands insensés du monde sur le fatal , sur l'éternel poteau î Malheur aux figures qui, avec leurs faiblesses et leurs difformités politiques, n'ont point trouvé grâce devant le pinceau impassible, dont les outrages sont immortels. Malheur aux noms encadrés dans une de ces paroles de mépris ou d'indignation , cercle de fer, que le temps lui-même ne peut river, torture inouïe qui tue celui qu'elle immortalise, mais qui le tue pendant l'éternité I Oh I qui amènera et les princes et les puissans de la terre dans cette formidable galerie ? qui leur montrera ces portraits, monuraens de justice et de vengeance en leur disant : « C'est vous! c'est vous I 1 1 quand l'historien a vécu dans l'histoire, » quand les personnages ont posé devant lui, quand il les a vus et sur la scène et hors la » scène , la postérité croit à ses tableaux. Vous voilà tels que vous serez, non pendant M un siècle, mais jusqu'à la fin des siècles. Prenez la mesure de votre honte, elle est là » vivante devant vous. Mais il en est temps encore. La terrible balance n'est pas levée j » jelez-y de la gloire ou delà vertu. N'y a-t-il pas là quelque Otlion qui recule en se mi- » rant dans ses vices, quelque Vitellius gloutcn , quelque Claude imbécile qui se prenne » à rougir de son imbécilité, quelque Tibère qui, malgré l'inviolabilité de son hypocrisie » couronuée, frémisse devant sa sanglante image, quelque Séjan bien vil qui se fasse » peur à lui-même? Claude, Vitellius, Tibère ou Séjan, voici venir Tacite, prenez » garde à vous. Il chasse devant lui, vers la postérité, toutes les figures contemporaines. » Prenez garde, dix-huit cents ans fe sont écoulés, et les soufflets vengeurs de Tacite » sont encore chauds sur la joue de Tibère et de Séjan. »

C'est avec CCS émotions qu'on lira toute cette partie des Mémoires, dontl'àpropos est si '^ranJ et l'intérêt ."^i vif, histoire intime de l'époque qui, laissant bien loin derrière elle l'histoire extérieure des événemens, réunit la gravité de l'école antique à cette familiarité et à cette vérité de dttails qui lui était inconnue, histoire où l'auteur a mêlé l'héritage de Salluste avec celui du sire de Joinville , et les a acceptes en bloc.

Nous voici arrivés, à la finde notie tâche avec la crainte de ne l'avoir que bien imparfaitementaccomplie.Cesgrandes perspectives qui s'onvrent dans les mémoires de IM. deChateaubriandcnt besoin d'être vues dans leur étendue et dans leur ensemble. Il y a de ces sphères dont la circonférence n'est nulle pjrt, suivant la belle parole de Pascal; téméraires que nous sommes ne va-t-on pas nous accuser d'avoir écourté l'infini ? Et pour achever de nous perdre il faut que nous couronnions ce monde de difficultés que nous avons parcouru en abordant la plus grande de toutes avec un hasardeux courage. Il faut que nous ayons assez d'abnégation pour oser contredire la parole puissante de M. de Chateaubriand prédisant à l'Europe 5071 avenir. Mais la foi de nos jeunes espérances est si grande qu'elle est restée ferme contre ce chant de désespoir sorti des lèvres inspirées du nouveau Jérmie qui fait retentir ses lamentations sur tous les trônes et annonce aux échos du moiide la ch'Jte des rois. Et nous nous sommes dit que peut-être ce n'était là qu'une menace que le grand écrivain suspendait au-dessus des royautés comme l'ëpéc nue qui empêchait cet ancien de dormir sur un trône. Et nous nous sommes dit que lorsque la voix eut crié , « dans quarante jours Ninivc sera détruite », Ninivc comprit les enscignemens d'en haut et resta debout. Mais en même temps nous avons craint que ces tristes accents n'étouffassent dans

LA JEUNE FRANCE. Çn

leurs germes de généreuses espérances et que cette sublime désolation n'entrât dans bien des âmes qui ont besoin de leur courage pour aborder et pour faire l'avenir. Alors nous avons à notre tour interroge' de l'œil les voies encore couvertes de ténèbres qui y conduisent, et, sondant les mystérieux décrets de la Providence, nous avons demandé à la situation qui nous entoure si les destins de la royauté étaient finis et si elle allait disparaître du monde comme un de ces soleils éteints qui cessent de rayonner dans l'étendue. Mais les deslins de la royauté nous oot apparu plus brillans et plus vastes. Une fois, une seule fois la terre trembla sous elle par toute l'Europe et l'on put croire que son jour était venu, ce fut lorsque noyée dans les corruptions de Louis XV elle fut au moment de mourir par un suicide de boue. Mais depuis le jour où la grande expiation royale est montée à son calvaire, depuis le jour ou Louis XVI ramassant les couronnes et les sceptres souillés les lava dans son sang , ce fut pour la royauté comme un nouveau baptême, et l'écliafaud de la puissante victime est devenu la sauve-garde des trônes , et Louis XVI le martyr est devenu le protecteur des ro's. Oui de ce jour la royauté réhabilitée en Europe conquit son avenir. Ne dites point que le juste marchant à l'échafaud est faible, car vous ne comprendriez pas les mystères de cet échafaud. Désormais la royauté sera revêtue du sang qui a coulé comme d'une purification et d'une sauve-garde. Elle s'appelait avant cela dans l'esprit et le cœur des peuples Henri III et Louis XV , aujourd'hui la royauté se nomme Louis XVI et ce nom la rend immortelle. La république ! pendant l'éternilé elle sera marquée au front du sang du juste, et ne voit-on pas que chaque fois qu'elle se présente les peuples lui crient tout frémissans d'indignation et tout pâles de terreur : c'est toi qui l'as tué î Et ne voit-on pas que depuis cette époque c'est la liberté dont les expiations effraient le monde , la liberté ballottée du despotisme du palais au despotisme de la rue , jusqu'à cette heure marquée par les décrets d'en haut , où resplendissante de jeunesse et de puissance la royauté de l'avenir ira au devant de cette pauvre exilée, et consommant les grandes fiançailles des deux hauts principes qui dominent la terre , réhabilitera la liberté par ses embrasscmens et la fera asseoir sur son trône aux yeux de l'Europe affranchie et sous les bénédictions descendues du grand échafaud. N.

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