REVUE DU MOIS
i*** mai. — La Cour des pairs rend un arrêt d'après lequel il y aura jonction des affaires de Lyon , de Paris et de Saint-Etienne. M. Dumont fait un rapport à la Chambre des députés sur la loi proposée par M. Persil relativement au port d'armes et à la construction des barricades. Ce rapport tend à aggraver la pénalité. La Chambre des pairs adopte la loi d'échange de la partie non apanagère du Palais-Royal contre la belle forêt de Bruadan. Vive discussion à la Chambre des députés sur notre colonie d'Alger. Le ministre de la guerre reconnaît que l'administration a commis de grandes fautes dans cette colonie.
2. — Le ministre du commerce fait assurer jusqu'à concurrence d'une somme considérable les produits exposés dans les pavillons de la place Louis XV. C'est la première fois que cette garantie paraît nécessaire aux exposans.
3. — Une fleuille semi-officielle annonce que la fête de Louis-Philippe a été célébrée dans le temple juif de la rue Notre-Dame de-Nazareth. Le grand-rabbin a fait un éloge pompeux de la révolution de Juillet et de Louis-Philippe.
4- — ^L Marrast, rédacteur en chef de la Tribune , arrêté dans les événemcns d'avril, est toujours au secret absolu. Le sieur Patey, ex-président du comité central des droits de 1 homme à Rouen, est transféré à Paris comme impliqué dans le procès soumis à la Cour des Pairs. Le Moniteur annonce que le conseil colonial de la Martinique a ouvert sa première séance le i **" mars dernier. Le conseil doit s'occuper de la législation relative aux
noirs.
5. — Condamnation à mort de Germain-René Breton par la Cour d'assises de la Mayenne, comme coupable de chouannerie. Pour le même fait, François Haye, né dans
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l'arrondissement de la Mayenne , est condamne' aux travaux forces à perpe'tuité. Courses de chevaux au Champ -de-Mars j le duc de Chartres a présente six chevaux élevés à son haras de Meudon. Séance de l'Institut royal de France , sujet proposé par l'Académie des inscriptions et belles-lettres pour le prix Folney qui sera décerné le 3 mai de l'année prochaine; déterminer le caractère grammatical des langues de l'Amérique du nord, connues sous le nom de Leni-Senaape , Mohegan et Ch.'pawei. Le prix sera une médaille d'or de I ,^oo fr. »
Les journaux donnent huc circulaire du maréchal Soult, de laquelle il résulte qu'aucun officier de V armée, aucun employé ch'il ou militaire , ne pourra se rendre acquéreur d'immeubles ni accepter un intérêt dans une exploitation agricole ou industrielle dans notre colonie d'Alger, sous peine à! être révoqué de ses fonctions.
Rcnseign» mens donnés comme positifs par le National sur les blessés des i3 et i4 avril ; l'Hôtel- Dieu en a reçu 21 dont deux femmes; l'hôpital ^aint-Louis, 17; leYal-de-Grâce,8. Quant aux autres blessés ils ont été traités à domicile. Malheureusement beaucoup de blessures ont été graves; à l'Hôtel-Dieu surtout, il n'est presque pas un malade qui n'<n ait reçu plusieurs. On voit au n" 10 de la salle Saint-Martin un maçon de 33 ans qui a essuyé seul la décharge de tout un peloton. Il a reçu, dit-on, huit balles dans les deux mains. Cet homme est dans le meilleur état, sa vie est hors de danger, mais il a perdu à jamais Tusage de ses mains. A la salle Saint- Jean est un doreur sur métaux qui a reçu cinq coups de baïonnette, un dans l'œd et les autres dans la poitrine ; il est maintenant sans lièvre et guérira. Mais les deux blessés qui ont inspiré le plus d'intérêt sont deux étudians en médecine du département d'He-et-Vilaine , l'un âgé de -xo ans, l'autre de 24; tous deux compatriotes et amis, «ouchés dans des lits voisins. Le premier a succombé par suite de graves accidens qui se sont manifestés. Son ami existe encore, et tout fait espérer qu'il se rétablira. Mais atteint de trois balles, de deux coups de baïonnette, son état est des plus dangereux; il a fallu désarticuler et enlever le bras gauche. La Chambre vote la subvention demandée par le gouvernement pour les tliéàtres. On apprend par le paquebot américain le Sully, (\i\Q des troubles ont éclaté aux Etats-Unis au sujet d'une élection de maire. Les partisans du président Jackson voulaient empêcher les anti-jacksoniens de voter.
7. — Uo journal ministériel déclare que les camps d' instructioii projetés cette année n'ont aucun but politique.
g. — Discours remarquable de M. Arago à la Chambre des dép-^tés sur les machines à vapeur servant à remorquer les vaisseaux.
10. — Notes des ministres d'Autriche et de Sardaigne au directoire fédéral de Berne. Ces notes, relatives en apparence aux réfugiés polonais dont elles demandent l'expulsion du territoire helvétique, ontévidemment ponrbut d'exercer une intervention en Suisse contre l'esprit révolutionnaire. M, Paul-Émile Prudhon , rédacteur du Precwr^ewr de Lyon, annonce qu'aujourd'hui , à quatre heures de l'après-midi , on a apposé les scellés dans les bureaux du Précurseur, et arrêté l'imprimeur, M. Léon Boilel ; que M. Pétitin a quitté Lyon, il y a trois jours, pour se soustraire à un mendat d'amener; qu'en son abscence il demeure seul pour rédiger le journal... Que le gérant, M. Roussilhac, a été interrogé hier; il est accusé de provocation à la guerre civile, et non pas de délits de presse. C'est pourtant pour des articles du journal qu'il est exclusivement poursuivi ; et, ce qui est incroyable, pour un article publié le 4 j«'învier dernier...
11. — 12. — 1 3. — Vote par la Chambre des députés , de deux lois de crédits supplémentaires, ayant pour résultat de porter l'armée à quatre cent vingt mille hommes. Exécution au Caire. Les nommés Ilabbid (Mahommet), Hawan (Cassius) et Gurdjin, surnommé Assad , accusés de fabrication et d'émission de fausse monnaie, crime extrêmement rare en Orient, mais que le lieutenant criminel avait jugé à propos de punir sans miséricorde , ont été conduits, après l'heure de la seconde prière , sur la place de Bczeinstein (marché) de l'ouest, escortés par une troupe de Shou-Khis (garde de police), forte
'environ deux cents hommes. Sur cette place était élevé un poteau d'environ six pieds, u quel était adapté un tour muni d'une corde. Les condamnés devaient s'adosser ctacun à Sun tour contre le poteau , après avoir passé la tête à travers l'espèce d'anneau que formait la corde. Le bourreau de sc-n côté , devait tourner rapidement ce tour jusqu'à ce que la strangulation fût complète. Mais un exprès expédié d'Alexandrie par S. A. Mahommed- Aly , changea ces dispositions. Le vice-roi avait jugé convenable de modifier la rigueur du supplice , et d'ordonner que Habbid, Hawan et Gurdjin fussent décapités. Le peujile a accueilli cette marque de clémence par de longues («bruyantes acclamations, auxquelles
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les trois condamnes cux-raêmes ont pris part , en levant les mains au ciel en sij^ne d'action fie '^races, et en se prosternant la face dans la poussièie. Un instant après le Kapidgy (le bourreau ) est revenu avec son cimeterre qu')l était aile chercher, et d'un seul coup a fait voler la tête de Habbid , puis celle de Hawan. Mais soit que sa main lût moins assurée après cette double exécution , soit que le tranchant de son glaive se fût émoussé , il ne put décoller le malheureux Gurdjin qu'à la quatrième tentative. On l'a conduit aussi-
ot en prison.
= Dans une discussion assez rude qui a eu lieu à la chambre des députes, au suyl des eVéneraens de Lyon, M. Thiers déclare qu'il y a eu com;;Zof pour amener ces événemens.
,^. M. Crépu, rédacteur et gérant du Dauphinois , avait été renvoyé en Cour d'assises, par un arrêt rendu dans les formes ordinaires , pour répondre devant le Juiy d'une protestation insérée dans un numéro du mois de mars. Le jour fixé pour la citation, .le président, lecture faite d'un réquisitoire qui lui était adressé par M. le procuret-.r géinéral Mesnard, a rendu une ordonnance qui renvoie la cause aux prochaines assises. Celte décision, prise' sans délibération préalable de la Cour, paraît motivée sur la possibilité d'une connexité entre celte cause et la vaste instruction actuellement confiée à la cour des pairs et dans la quelle on a aussi impliqué le gérsnt du Dauphinois y retenu pour cette raison à un secret rigoureux , à peine imerrorapu par sa courte apparition à l'audience. -
,5. La chambre discute la loi sur les barricades et sur les détenteurs d'armes. Voici
un fragment de cette séance. M. Persil: « H y a ici deux intérêts en présence, celui de la société, d'une part; et de l'autre, celui des individus qui rattaquent, eh bien ! qu'avons nous'vu dans celte enceinte (l'orateur désigne le côté gauche)? n'avons-nous pas vu sans cesse l'intérêt de la société sacrifié à celui des émeutiers? ( Exp'osion de cris à Vordre à gauche et à droite.) Dites-moi , s'écrie M. Persil, dites-moi quand vous avez blâmé les émeutiers ? ( A gauche et à droite : à l'ordre ! ) à l'ordre î M. de Tracy : Vous êtes un calomniateur! M. I.arabit: C'est infâme I M. de Corcellesi Ministre incendiaire!»
16. — La loi sur les détenteurs d'armes et sur les barricades est adoptée par la chambre des députés. La chambre décide que des secours ne seront point votés pour les victimes de Lyon.
i-^ La même chambre rejette la proposition de M. Laffite , relative au prêt fait à la
librairie ; cette proposition était dotinée a donner des bibliothèques à nos villes de provinces en leur attribuant les livres que les libraires avai<nt déposée en nantissement , et qu'il leur est impossible de retirer. On fait observer à la chambre que la vente d'un nantissement aussi considérable , s'élevant à cinq cent mille volumes, ruinerait infailliblement la librairie , tandis que la répartition de ces mêmes volumes entre nos villes de province serait un véritable bienfait. La Chambre ne se rend point à ce raisonnement.
ig. — Nomination de l'amir-il Jacob, en qualité de ministre de la marine. Election de M. Persil à Lombez. M. Persil obtient m suffrages, M. le duc de Fitz-James, 92. Mort du fils de Léopold , roi des Belges.