‹ L'Écho de la jeune FranceChapitre 41 sur 120 · SUPPLÉMENT AU NUMERO DU 5 AOUT · texte numérisé non relu

SUPPLÉMENT AU NUMERO DU 5 AOUT

ii,0 LA JEU^E FRANCE.

la félicité nouvelle qui m' advient. Oli ! vous qui êtes, après Dieu, ce que j'aiuie le plus... îïion /"rèrc, je vous en supplie, croyez avec moi...

— Mais cette infamie que je redoutais tant, que je voulais mourir...

— Mon frère, dites que la volonté de Dieu soit faite... soumettez-vous... et vous verrez combien vous ôterez de votre malheureuse existence l'irritation qui la torture!... Oh! mon ami... mon frère! je veux vous enseigner la résignation.... : la résignation, c'est le bonheur des infortunés.

Dans ces paroles d'Hélène il y avait une autorïié dont je ne pouvais me rendre compte; c'était plus qu'une femme qui parlait... aussi je crus vraiment entendre un ange; et ce fut en tombant à genoux qiie je lui répondis.

— Ma sœur, puisque c'est ainsi que vous voulez que je vous nomme , dites, que dois-je faire pour avoir la résignation qui me fera supporter ma misérable vie.

— Mon frère, il vous faut prier et espérer.

— Prier... Je ne sais pas prier... Espérer! mon cœur est trop flétri... toute espérance y est morte.

— Oh! si vous venez à la religion, la religion rafraîchira votre âme, comme la rosée du ciel fait reverdir la terre desséchée...

— Eh bien! vous que Dieu envoie, priez donc pour que je puisse \i\Te sans vous ! . . .

Alors Hélène s'agenouilla sur la pierre , et élevant ses beaux yeux vers la voûte noire de ma prison , elle dit avec ferveur :

Dieu de ceux qui souffrent, donne-lui la résignation, donne-lui la paix et l'espérance ; je me consacre à toi pour qu'il soit heureux !

Après cette courte prière, Hélène se/eleva, me tendit la main, et sortit en nie disant : Je reviendrai

Elle a tenu sa parole ; elle est revenue souvent ; et si aujourd'hui j'ai pu vous parler avec calme, si le désespoir ne pèse plus sur mon cœur, c'est à elle que je le dois , elle a été l'ange qui m'a montré le ciel , pour me faire supporter les tourmens d'ici-bas. Vicomte Walsh.

LES DEUX MESALLIANCES.

( suite. )

Le manoir de Saint-V.... était une ancienne abbaye que la révolution de 89 avait sécularisée en la vendant nationalement. L'édifice, construit en briques, et d'un style grave et sévère, étalait sa longue fa(;ade rouge sur une vaste cour précédée d'une verle pelouse ; de l'autre côté de la maison , un jardin dont la simplicité monastique rappelait les antiques maîtres du lieu , offrait une promenade assez étendue. L'intérieur de l'édifice était empreint de ce caractère de tristesse et de dignité que lui avait donné sa destination première. Dans ses longues salles boisées, on eût dit qu'on respirait encore un parfum de recueillement et de raélancoliej le Silence, un doigt sur les lèvres , semblait s'être assis sur le seuil de cette maison qu^ babitail naguère , et, lorsque vous y entriez, un instinct involontaire vous faisait baisser la voix , comme s'il y avait encore eu là quelque dévote oraison à troubler, quelque pieuse méditation à interrompre par des paroles profanes.

La cour de Saint-V.... était déjà pleine de voitures de toute espèce. On y voyait la calèche élégante des châtelains du voisinage , à côté de l'inévitable cabriolet du notaire de campagne et du vénérable char-à-bancs de famille, où trois générations , aïeux, pères et enfans, se plaçant à l'envi , ont la cruauté d'atteler un seul cheval à quatre siècles entassés. Il régnait un grand mouvement dans le château. Toute la livrée était sur pied, et l'on

LA JEL>iE !• RANGE. \ ,i \

annonçait conliniiellement de nouveaux p3rsonnages dans la salle de réception. Le comte de G...., visiblement impatient, avait , contre son habitude , fait deux fautes successives dans une partie d'échecs : son adversaire venait de lui prendre une tour et un cavalier, pendant qu'au lieu de suivre son jeu , il tournait avec quelque anxiété ses regards vers l'iior- \oge. Etait-ce l'absence de Madame de S.... qui lui donnait ces distractions? était-€e simplement l'heure du dîner qui, en s' approchant, lui faisait craindre que celte absence ne dérangeât la symétrie de la table? C'est ce que les personnes qui connaissaient le mieux M. de G.... auraient difficilement deviné. Enfin , heureusement pour lui, heureusement pour tout le monde, avant que l'aiguille eût marqué cinq heures, on vit entrer dans la cour la voiture dans laquelle M. Mobray était allé chercher les trois dames. Aussitôt que M. de G.... l'aperçut, il se leva précipitamment de sa place , alla recevoir la mère et les deux filles sur le perron , et donna la main à celle-là jusqu'au canapé , pendant que Mobray conduisait Anna et Marie. Celte distinction toute particulière ne laissa pas de produire quelque sensation sur la compagnie déjà rassemblée dans le salon. Les trois filles du percepteur, qui croyaient élre belles, parce qu'elles étaient grandes et fraîches, parce qu'elles étaient rouges, déclarèrent qu'elles n'avaient jamais conçu l'admiration que certains hommes professaient pour les demoiselles de S. . . La femme du médecin, qui commençait à s'approcher de l'âge mur, se rangea enlièrement à cet avis , en ajoutant que ce n'étaient que des petites pensionnaires qui n'avaient rien de cet aplomb et de cette aisance qui seuls donnent du charme à une femme. Enfin, le notaire, qui faisait la cour à l'une des grandes demoiselles rouges, fit remarquer qu'Anna serait peut-être passable, si elle était blonde , et que quant à Marie, des cheveux noirs lui siéraient incomparablement mieux : observation pleine de tact, qui lui valut un sourire de reconnaissance de la mère de sa prétendue , et de celle-ci un coup d'œil presque tendre. Mais tout le monde , dans le salon, n'avait point des filles à marier , un prétendu à trouver ou à conserver , des charmes un peu mûrs à faire valoir, ou une étude à payer : aussi lorsque les deux sœurs parurent toutes brillantes d'une jeunesse et d'une beauté que la simplicité élégante de leur modeste robe blanche relevait encore , il se fit un silence d'admiration autour d'elles. La beauté jouit du même privilège que le génie ; l'envie, qui l'attaque par-derrière, n'ose point la regarder en face, de peur d'être réduite à l'admirer. Les mots piquans que préparaient les trois filles du percepteur restèrent sur leurs lèvres crispées ; la femme du médecin chiffonna son mouchoir avec dépit , et le notaire , la bouche beauté , ne pouvait plus détourner ses regards de ces deux charmanles créatures , lorsque la demoiselle grande et rouge le tira de sa méditation , en lui marchant lourdement sur le pied , sous prétexte de prendre son bras pour passer dans la salle à manger.

Il en est des repas comme des batailles : dans le premier moment , on ne voit rien , on n'entend rien; il y a mêlée. Là on se bat, ici l'on mange. Le corps prend le pas sur l'esprit qui ne se montre que plus tard , lorsque cette première impétuosité est tombée. Mais quand Bonaparte commençait à voir clair dans son échiquier j quand le canon , par de larges trouées, avait percé à jour ces masses opaques, dont l'encombrement gênait son regard , et lorsque Rivarol avait vu disparaître les pyramides du premier service, sous les assauts énergiques des appétits encore neufs , alors c'était le tour du génie de l'honmie de guerre , alors s'ouvrait le règne de l'homme d'esprit.

Jamais Mobray n'avait été plus brillant que ce jour-là. Il est vrai que le hasard avait placé son inspiration à côté de lui. M. de G.... avait mis à sa droite madame de S.... ; Mobray était entre les deux sœurs. Il possédait cet art difficile de parler à tout le monde, en ne s' adressant qu'à une seule personne, d'introduire un tête-à-tête dans une conversation générale, et d'apprencle par une inflexion de voix à la femme à laquelle s'adressaient ses hommages, que tout cet esprit qu'il dépensait, c'était pour elle; que tous ces mots heureux qui tombaient de ses lèvres, c'était sa présence qui les lui inspirait ; que tous ces souvenii-s d'une vie déjà pleine quoique bien courte encore , toutes ces richesses d'une imagination féconde , c'était à ses pieds qu'il les déposait. Anna reconnaissait à chaque instant ses propres pensées, que Mobray avait surprises dans les entretiens que l'inlimilé de la vie de

i Oâ lA JEU:>E FRANCE.

campagne avait souvent ménagés entre les deux jeunes gens. L'amoui -propre d'auleuresi un défanl que Ton rencontre en germe dans toutes les âmes; et en entendant ses sentiraens et ses idées développés avec tant de charmes au milieu d'un murmure flatteur, il était bien difficile que la jeune fille n'éprouvât pas un peu de sympathie et de reconnaissance pour celui qui lui ménageait, avec une délicatesse si exquise, un triomphe d'autant plus doux qu'il était un secret entre elle et son admirateur. Or c'est quelque chose de grave qu'un secret entre un homme de vingt^huit ans et une jeune fille. Ces inlelligences tacites qui s'établissent sans qu'on sache dans quel moment, pourquoi et comment, ont souvent plus d'influence sur la vie qu'on n'aurait d'abord pu le croire. On ne saurait plus confondre l'homme avec lequel on s'entend si bien dans la classe des autres personnes de la société ; c'est pour vous un homme à part, qui a quelque chose à vous dire que les autres ne vous disent pas, qui vous comprend quand les autres ne savent point vous comprendre ; et lorsque, cet homme privilégié a des qualités heureuses, des dehors brillans, un esprit admiré , une parole vive et spirituelle, une figure pleine d'expression, un tact exquis, une noble élégance de manières, on s'habitue à arrêter plus souvent sur lui ses regards et sa pensée ; tous ^es hommes à côté de lui vous paraissent froids, conuuuns, petits, vulgaires; il devient à vos yeuxla personnification de ces sublimes idées du beau et du grand dont les femmes, plus que nous encore, portent le type dans leur noble cœur ; car les femmes sont nobles et pures même en tombant; l'homme aime quelquefoi.^ celle qu'il méprise; mais la femme estime toujours celui qu'elle aime, ou plutôt ce sentiment d'estime, d'admiration, d'enthousiasme, esta lui seul tout son amour. Ajoutez à cela que Mobray avait bien jugé Anna en ne lui adressant aucun de ces fades com[)limens qui réussissent quelquefois auprès des femmes ordinaires. Il l'avait prise du côté du cœur et de l'intelligence: il avait adopté ses sentimens, épousé ses idées, partagé ses émotions , exprimé ses sympathies. 11 avait traité avec elle d'âme à âme. C'est là une flatterie qui honore celle qui en est l'objet, tandis que les adulalions qui procèdent par madrigaux sur l'éclat des yeux, les roses du teint, la couleur des cheveux doivent nécessairement finir pir paraître singulièrement insipides à celle dont r amour-propre périt d'asphyxie au sein des nuages de cet encens vulgaire.

Tandisqu'Anna s'enivrait de ces dangereux hommages, Marie ne songeait qu'à se livreià la gaîté naturelle de son caractère heureux ; les occasions ne lui manquaient pas. En outre , des nombreux ridicules assis autour de la table, elle avait ramassé un papier qui lui donnait de grandes distractions. C'était tout simplement le plan en miniature du dîner, dessiné de lamaindu maître delà maison, avec une exactitude géométrique. Jamais la position d'une armée sur un champ de bataille ne fut indiquée avec plus de précision, et la folâtre jeune fille avait ainsi seule le secret de ces clignemens d'yeux terribles, de ces mouvemens de tète continuels du désolé maître de maison. Certainement le génie de Vatel était apparu ce jour-là à M. de G.... tenant d'une main son épée nue et de l'autre montrant une table vide. Pour comble de malheur, le Yalel du château était malade, et on l'avait remplacé par un novice peu fait pour cette grande place. On allait de calamité en calamité. Une fois le cruel homme posa une charlotte russe sur un réchaud ; une autre fois il mit l'anarchie dans les hors-d'œuvres. Vint enfin le moment où le désespoir gagna le comte de G.... et où il fut près d'éclater. On avait enlevé le premier service , et au lieu des rôtis qu'il attendait, les entremets commencèrent à déboucher. Figurez-vous Napoléon attendant Grouchy, et voyant paraître les colonnes de Blùcher à la fin de la bataille de Waterloo !

Enfin, le martyre du comte eut un terme : le repas finit, et le maître de maison put donner quelque repos à sa physionomie, sur laquelle avaient lutté péniblement pendant tout le dîner le sourire aimable (pi'il essayait de faire à sa voisine, et la grimace de mécontentement qu'il adressait à son maître-d'hôtel. Les convives se levèrent de table, chacun avec des dispositions bien différentes. Madame de S.... semblait impatiente comme si elle avait «juelque chose de grave à dire oii à apprendre. IVIarie, toute rieuse, montrait le plan du dîner à Aiuia (jui, pensive et préoccupée, baissait ses grands yeux noirs comme si elle avait voulu

LA .IKUNE FHA^CE. i o5

lire dans son propre cœur. Mobray l'observait à la dérobée, et l'aînée des filles du percepteur, mademoiselle Aglaé, (pii possédait cette sagacité des laides à cpii la natuie a accordé le don de finesse , sans doute pour les punir à la manière de Tajitale, qui voit tout ce (|u'il envie, Mademoiselle Aglaé avait déjà surpris le secret qu'Anna n'entrevoyait encore qu'à demi : elle lui lançait des regards furieux comme si la beauté de la jeune fille avait été une usurpation , et ses grâces un vol.

C'était une de ces soirées lourdes et chaudes du mois d'août. Le ciel était si bas, qu'il semblait toucher la cime des ormes qui formaient l'avenue du château. On aurait en vain cherché l'apparence de la brise la plus légère : un calme profond régnait au loin j sur la terre, le feuillage des arbres, droit et immobile, semblaitunedeces vastes toiles où le pinceau de Cicéri a imité la nature j dans les cieux, quelques nuages aussi noirs que de l'encre, apparaissaient comme des rocs enchâssées dans un fond d'azur. Tout le monde était descendu dans le jardin à l'exception du maître de la maison et de madame de S.... Les jeunes filles causaient de toilettes et de danse j mademoiselle Agla<'; cherchait à fixer l'attention de Mobray, en faisant jouer toutes les mines de la coquetterie provinciale, et le notaire racontait ses exploits chasseurs à Marie, qui cessa de rire un moment pour soupirer, en songeant à cet ami d'enfance depuis de si longues années absent, au pauvre Ernest, qui jadis avait ménagé dans une mare un bain involontaire au Nemrod du notariat. Peu à peu la conversation devint générale , et par un de ces effets de l'influence de la nature physique sur la nature morale, elle prit une teinte sérieuse ; car il y avait alors dans les airs un de ces orages de chaleur peut-être plus tristes et plus solennels encore que les tempêtes bruyantes dans lesquelles ia piuie tombe et le tonnerre fait entendre au loin ses roulemens. Il semble, quand la foudre gronde, que c'est la voix gémissante de la nature, pleurant et se plaignant au milieu des convulsions de la souffrance. Mais lorsque les éclairs se succèdent rapides et pressés au milieu d'un profond silence, que les cieux arides ne laissent point échapper une goutte d'eau dans une atmospiière embrasée, ne dirait-on pas une deces douleurs immenses qui gardent sur leur cœur un poids de larmes, une de ces agonies sans paroles et sans plaintes, qui se tordent dans un désespoir muet ? Et chaque fois (|ue la nue vient à s'illuminer, l'œil croit plonger à travers une large plaie dans ce mystère de douleurs qui l'environne; il suit l'éclair bleuâtre comme un poignard dont la lame brille un moment dans l'ombre, et s'enfonce dans une poitrine sanglante sans qu'un seul gémissement s'en échappe pour annoncer que la victime a cessé d'exister. Toutes les respirations étaient entrecoupées. Il y avait je ne sais quelle inquiétude vague sur le front des femmes. De temps à autre les chiens de la ferme faisaient entendre ces hurlemens fanèbres ([ui mettent la tristesse dans le cœur. Anna, pensive et préoccupée, écoutait à demi le notaire qui lui faisait tout un cours de philosophie contre les pressentimens et les présages. A peine répondait-elle quelques mots sans liaison et sans suite : cet homme lui faisait m;îl. Sa voix criarde et grêle troublait l'harmonie de cette scène. Cette insensibilité d'une organisation grossière, dont il faisait parade, venait tirer la jeune fille, malgré elle, de la rêverie triste et mélancolique à laquelle elle s'abandonnait. Au milieu de cette crise de la nature, cet esprit fort raisonnant quand tout le monde se laissait aller à ses sentimens, cet esprit fort parlait faux. Une f(»is seulement, Anna essaya de répondre que, quant à elle, il lui était beaucoup plus iàcile de sentir les harmonies de la nature que de les exprimer. Pourquoi l'homme voudrait-il échapper à des impressions que toutes les créatures é[»rouvent ? Pourquoi refuserait-il de croire à ces voix mystérieuses (jue la Providence a [)lacées sur sa route, peut-être pour l'avertir? Tandis que la jeune iille parlait, le hasard voulut ({ue le chien du garde, qui revenait du bois, poussât, en passant tout près d'elle, un gémissement , mais si triste , si lamentable, que presque tout le monde s'écarta avec un sentiment indéfinissable de terreur. Anna, tremblante et pâle, s'appuya par un mouvonienl instinctif sur le bras de Mobray. Elle respirait à peine, et un silence si profond régnait autour d'elle, qu'on entendait presque les battemens de son cœur.

« Chère demoiselle Anna ! dit Mobray à voix basse et avec émotion, vous senliriez-voiis » mal , et voulez-vous que nous rentrions au château ?

oh

» — Non (dit-elle après un moment de silence , car à peine pouvait-elle parler, tant elle » était oppressée ), non, c'est un mouvement de faiblesse que je surmonterai • je suis déjà » mieux. Mais le cri de cet animal était si lugubre, il venait avec tant d'à-propos qu'il m'a )) pénétré l'âme. Pauvre Médor ! ajouta-t-elle en souriant, tu ne sais pas le mal que tu m'as » fait! »

Et en disant cela, son sourire était triste et résigné; et se baissant, elle passait la main sur la tête du beau chien de chasse qui s'était couché aux pieds de Mobray.

L'émotion qu'avait répandue cet incident durait encore, lorsque tout à coup on entendit de grands cris dans la cour d'entrée du château. Tout le monde s'élança à la fois vers le lieu d'oîi partaient ces clameurs, et l'on n'y était point encore arrivé , lorsqu'on distingua ce mot terrible qui retentit d'une manière si épouvantable dans les cœurs ; ce mot qui représente tant de calamités par un seul son, ce mot que les hommes semblent avoir à dessein rendu si court pour qu'il volât plus vite de bouche en bouche. C'était le feu qui causait toutes ces alarmes , et tout le monde, sans se rappeler que le village le plus voisin était à deux portées de fusil, criait au feu. Par un mouvement aussi rapide que la pensée , Mobray , en entrant dans la cour, sépara Anna du reste de la société. Cela lui était facile, car la jeune fille, toute craintive et tout émue , se laissait conduire sans savoir où elle allait : attachant, comme malgré elle, un regard fasciné sur l'incendie, elle avait abandonné son bras à son guide.

Le spectacle qui se présentait à leurs yeux était d'une effrayante beauté. Une immense tour située au milieu de la cour d'entrée, qui avait servi autrefois de colombier, dans laquelle on avait entassé toute une récolte de fourrages, était en proie aux flammes. Des tourbillons de fumée s'échappaient dans l'air, déjà l'incendie, dressant ses langues de feu, menaçait de dévorer la toiture ; et comme il arrive en pareille circonstance , Ton s'occupait de rechercher les causes (lu désastre, lorsqu'il eût fallu chercher à y remédier. Les uns l'attri" huaient à la malveillance, et cela avait un côté vraisemblable , parce que l'humeur tyran" nique et le caractère dur du propriétaire l'avaient rendu singulièrement odieux dans le pays ; les autres affirmaient que la récolte avait été rentrée encore humide , et que les foins en fermentant avaient produit cet incendie. Quoi qu'il en soit, les secours commençaient déjà à arriver. Des exprès étaient partis , et on entendait successivement le tocsin sonner dans tous les villages des alentours. Ces cloches, qui semblaient se réveiller de proche en proche, comme de grandes voix , pour se transmettre la nouvelle du désastre, ajoutaient encore à l'effet dramatique de la scène. A chaque instant on voyait entrer de nouveaux auxiliaires : des bourgs tout entiers venaient avec leurs pompes ; les fermiers et les propriétaires des environs accouraient à cheval et armés jusqu'aux dents ; car les rumeurs les plus étranges se répandaient au son du tocsin, et la renommée s'en allait disant que le château de St.-V.... était attaqué par une nombreuse bande de malfaiteurs qui y avaient mis le feu.

Après une courte délibération, on convint qu'il était impossible de sauver la tour, et qu'il fallait réserver les rares ressources qu'on possédait pour conserver le château, auquel le vent pouvait, en s'élevant, communiquer l'incendie. C'était un singulier tableau que celui de ces hommes regardant, les bras croisés, le désastre auquel ils ne pouvaient porter remède; ces seaux de cuir remplis d'eau bourbeuse, qu'on avait rangés les uns contre les autres comme une armée au repos; ces pompes toutes préparées; enfin toutes les dispositions d'une action prises et les regards inquiets interrogeant le ciel, pour voir au mouvement des nuages si la brise n'allait pas s'élever. La fortune d'un homme, et peut-être la vie de plusieurs dépendaient d'un coup de vent. Tant (jue la llanime montait droite et haute, le danger n'était point imminent ; si on la voyait nn moment vaciller, on croyait l'heure fatale arrivée. Et Mobray serrait dans ses mains la main d'Anna ; car dans cesmomensde périls, les hypocrisies de l'éliquetle disparaissent, et les conventions de la société font place à la vérité de la nature. Et il lui parlait comme si son amour pour elle lui avait été un secret depuis bien long-temps connu, et l'âme de la jeune fille, exaltée par le spectacle qu'elle avait sous les yeux, trouvait naturel qu'Arthur lui parlât ain^; et elle ne croyait pas que jamais il lui eût parlé autrement.

— « Anna, disait-il, laissons la crainte à cette foule vulgaire; noire âme est faite pour

LA JEUNE FRANCE. ioÔ

» éprouTer ici d'autres senlimens. Un beau duel , Anna , sur mon âme , un beau duel entre » l'incendie et l'abbaye gothique ! Voyez comme son ardent ennemi dresse contre elle sa » crête de feu ! comme il rugit, comme il l'enveloppe dans une atmosphère de fumée et de » flamme ! Voyez celle-ci : immobile et le front haut comme un vieux chevalier sous son » armure noire elle attend le combat sans le désirer ni le craindre. Oh ! si vous saviez , » Anna, ce qui se passe en mon cœur ! Si mon honneur me permettait de vous dire aujour- » d'hui ce que vous saurez demain , peut-être vous comprendriez de quelle haine inexpia- » ble je suis saisi à la vue de celte foule absurde qui s'est jetée entre les deux ennemis, î) Dire que la moindre brise pourrait, en s'élevant, consumer ce domaine, détruire cette » fortune, et empêcher mon malheur, ce qui est peu de chose sans doute , mais le vôtre , » Anna, oui , le vôtre ! Courage, noble incendie, courage ! Oh ! avec quels délices je te ver- » rais serrer dans tes bras enflammés ce manoir , et le consumer dans tes caresses de feu 1 » Pourquoi cet étonnement , Anna ? Pourquoi ces yeux égarés qui m'interrogent ? Ne com- » prenez-vous pas qu'il y a des vieillards puissans et riches qui achètent insolemment, pour » décorer leur caducité, les jeunes filles que les mères sont toujours prêtes à vendre pour » une fortune et pour un titre ? Et alors, à nous qui les aimons de toutes les puissances de » notre âme, à nous qui paierions un de leurs regards de tout notre sang , de toute notre » vie, on nous répond: ce n'est pas du sang qu'il faut, c'est de l'or* ce n'est point de » l'amour, c'est un titre. Ce n'est point tout, Anna; il y a des hommes malheureux , oui , » malheureux , car la faute ce n'est pas eux qui la commirent ; des hommes malheureux , » qui n'ont point de foyer paternel à montrer, point de famille qui les avoue. Et s'ils se » permettent d'aimer , le vieillard qui veut bien consentir à les appeler du nom de fils , » quand il est seul, bien seul, et que personne n'est là pour l'entendre, ce vieillard leur « dit : Je le prendrai la fiancée de ton cœur , celle sur le front de laquelle tu as placé tout » ton avenir ; je te la prendrai, et j'en ferai ma femme : tu ne peux pas prétendre à sa main, » car tu n'es qu'un bâtard. Mais, sur mon âme, il n'en sera pas ainsi. Ils ne me connais- » sent point, Anna , vous ne me connaissez pas peut-être vous-même.... Voyez-vous comme » cette flamme s'élève , comme elle embrasse sa proie , comme elle la défend aux yeux de » cette foule imbécille qui la regarde mue! te et effrayée? Seule contre tous ! c'est là notre M sort aussi à nous autres bâtards , comme ils disent , car ils nous traitent comme l'incendie ; » eh bien ! seul centre tous je saurai me défendre. » Et tandis qu'il parlait , l'incendie faisant de rapides progrès , éclairait toute la cour comme une torche immense. De temps à autre , une poutre allumé disparaissait en craquant sous la flamme. Le toit rougissait comme une tente d'écarlate qui s'incline et s'affaise. Le plus léger souffle de la brise et tout était dit. a Dix ans de ma vie, pensa Mobray, oui, dix ans de ma vie pour wi peu de » vent! »

En disant ces mots , l'ardent jeune homme prenant dans ses bras la jeune fille évanouie, se jeta d'un saut en arrière. Il était temps, car le toit s'écroulant avec un fracas épouvantable sur le foyer de l'incendie , en fit sortir un tourbillon de fumée et de matières enflammées qui se répandirent sur les assislans. C'était le moment critique et qui devait décider du sort du château. Heureusement le calme profond de l'air n'avait point cessé. Peu à peu ce nuage de feu tomba, la flamme devint moins vive et moins menaçante , et un cri de joie annonça que le château était sauvé.

Ce fut dans cet instant que Mme de S qui cherchait avec anxiété Anna, au milieu du

tumulte de cette nuit , arriva jusqu'à elle et jusqu'à Mobray. En voyant la pâleur de sa fille qui revenait à pein& de son évanouissement, elle jeta un regard plein de défiance sur Arthur, et lui adressant à peine quelques paroles de remeroîmens , elle monta avec ses deux filles dans la voiture de l'une de ses amies, qui, comnie elle, était venue assister à cette fête terminée par un désastre. Anna, sous le coup des terribles impressions qu'elle venait d'éprouver , ue s'aperçut pas que M. le comte de G.... en lui prenant la main pour l'aider à monter en voiture , la baisa avec alTeclalion en lançant un regard d'intelligence à sa mère. Son âme, à force d'émotions était comme épuisée; elle obéissait à un instiiict

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machinal en suivant sa mère; mais, incapable de répondre à aucune queslion, elle se laissai! entraîner par la voiture , sans souvenirs, sans idées, et ce ne fut que lorsque l'air frais de la forêt vint la ranimer, qu'elle commença à sortir de son anéantissement et à se rendre comple des incidens étranges de la nuil qui avaient bouleversé toutes ses facultés.

Le lendemain de ce jour, Anna, faliguée, n'avait point encore quilté son lit; elle sommeillait , puis s'éveillait un moment pour femier de nouveau les yeux, de sorte que ses rêves et ses rêveries se confondaient et se continuaient les uns les autres. Et toujours elle avait devant ses regards la figure pâle et triste de Mobray, tel qu'il lui était apparu en face de l'abbaye en flammes, sombre et menaçant comme le génie de l'incendie. Elle se rappelait ses paroles amères, et, sans en comprendre entièrement le sens, elle voyait qu'un grand péril la menaçait , ou plutôt les menaçait tous deux, car déjà elle mêlait sans s'en apercevoir cette destinée à sa destinée, et sa pensée ne pouvait se fixer sur elle-même sans se portera l'instant sur Arthur. Elle était encore dans cet état fatigant qui tient du sonmieil el de la veille, lorsque la porte de sa chambre s'ouvrit. Sa mère entra avec un air plus grave que de coutume, ferma la porte à double tour, et vint s'asseoir à côté du lit de sa fille. Pour la première fois, il y avait de l'embarras entre elles. Anna ne se rappela que par réflexion qu'elle devait embrasser sa mère : celle-ci lui rendit ses caresses d'un air distrait. Puis, après s'être recueillie, elle prit la main de sa fille: « Vous savez , ma chère Anna, si je vous aime, lui dit-elle ; depuis de )) longues années , je ne vis que pour vous et pour votre sœur ; j'ai clierché à rendre votre » enfance aussi heureuse que me l'a permis ma chétive fortune ; je vous ai donné une édiica- » lion aussi brillante qu'elle aurait pu l'être si notre position n'avait point été détruite par » la mort prématurée de votre père. Maintenant il ne me reste plus , avant de mourir, » qu'un devoir de mère à remplir : c'est de vous placer au rang où votre naissance et votre » beauté vous appellent. Oui , Anna , laissez-moi vous dire que vous êtes belle. Vous êtes » ce que j'étais à votre âge. Lorsque je vous regarde, il me semble me voir à cette époque où, » fièredema beauté, je l'emportais sur toutes mes rivales, adorée, entourée d'hom- » mages et d'amour. Mais ce temps passe vite , oh ! bien vite. Il faut donc en profiter pour » s'assurer une haute position dans le monde , une belle fortune. Votre mère a songé à tout » cela, Anna: dans un mois, je vous marie, et l'homme le plus riche de cette province , » M. le comte de G.... doit venir aujourd'hui même me faire la demande en forme de » votre main. »

Madame de S... ajouta encore quelques réflexions banales sur les avantages des richesses, et elle parcourut la liste des félicités qu'elles donnent, liste qui commence par le bonheur d'avoir des diamans,et se termine par le bonheur d'avoir voiture, car les béatitudes des mères qui marient leurs filles ne ressemblent guère aux béatitudes indigentes de l'Evangile. Elle aurait pu continuer à parler long-temps encore sans qu'Anna songeât à l'interrompre. Le mot seul de mariage l'avait troublée, émue, effrayée: mais quand sa mère eut prononcé le nom de l'homme qu'elle lui destinait, un froid mortel courut dans ses veines. Le vieux comte de G... jwur mari , à elle qui avait le cœur rempli de l'image de IMobray .' Celte pensée tombant comme le tonnerre au milieu de ses esiiérances et de ses illusions, détruisait tous ses rêves de bonheur, tous les projets d'avenir qu'elle avait faits en secrel, sans se les avouer à elle-même : car il y a dans le cœur d'une jeune fille de ces mystères qu'elle soupçonne sans oser les approfondir. Par moment, il lui semblait (pi'elle était abusée par un rêve bien noir, par un loiud cauchemar, ou bien, que c'était une cruelle ironie de sa mère qui voulait l'éprouver , tant celle idée d'un mariage entre elle et le comte de G... lui semblait étrange, incroyable, impossible ! IVIais lorsqu'elle levait les yeux sur madame de S... et qu'elle rencontrait son regard grave attaché sur elle avec une expression de sévérité , elle ne pouvait plus douter (ju'elle n'eût parlé sérieusement.

Anna n'était pas une de ces jeunes filles tremblantes qui cèdent par faiblesse de caractère, et obéissent par timidité. La tournure deson esprit était romanesque, grâce à l'éducation qu'elle avait reçue; mais son esprit était ferme et résolu. Elle sentait que c'était le bonheur de toute sa vie qui était en jeu : elle voulut le défendre ; mais au moment où elle allait parler, sa mère lui

LA JEUNE FRANCE. io7

ferma la boudie : « Mon Anna, je sais (ont ce que lu vas me dire. Crois-lu que la mère ne lise » pas dans Ion àme mieux que loi-même? Penses-tu qu'iiier je n'ai pas remarqué ton (rou- » ble, ta pâleur ? Mais il faut laisser de côté ces enfantillag:es , mon Anna. J'ai irouvé f>our » loi un parli magnifique, un beau nom , une fortune considérable : voilà l'iiisloire de la » vie, ma chère j le reste n'en est que le roman. Si à ton ûge j'avais eu une mère comme » tu en as une, je n'aurais pas fait le pire de tous las mariages : un mariage d'inclination. M II faut que mon exemple et mon expérience te servent à quelque chose. Tu seras plus » heureuse que moi, mon Anna, et je n'en suis point jalouse. » Au moment où madame de S.... avait parlé de la nuit de la veille, le sang était monté au front de la jeune fille avec violence ; elle apprenait que son secret était découvert ; mais en entendant les dernières paroles , elle devint pâle comme la mort. Il lui semblait que sa mère venait de prononcer un blasphème. Regretter d'avoir épousé son i)ère , parce qu'il était pauvre ! L'àme élevée d'Anna ne pouvait comprendre un pareil senliment ; cette tendresse filiale qu'elle avait conservée pour 31. de S.... , dont les adieux étaient encore présens à sa pensée , lorsque , partant pour sa dernière campagne , il l'avait prise dans ses bras, elle petite fille, et déjà, sur son beau cheval, l'avait redemandée à sa gouvernante pouil'embrasser encore une fois : cette tendresse filiale s'était révoltée dans son cœur. Elle regardait le portrait de son père, suspendu dans son alcôve, avec l'expression d'une tendre pilié j et, faut-il le dire, elle méprisait presque sa mère. Celle-ci ne s'apercevait point de ce qui se passait dans le cœur de sa fille. Cependant, impatientée de son silence , elle éleva la voix; et, |K)ur la première fois, s'armant contre elle de sévérité, elle hii déclara que ce mariage élait une chose irrévocablement arrèlée , qu'il ne lui restait plus qu'à se soumettre, et à se préparer à recevoir dès le jour même le comle de G.... Pour toule réponse , Anna baissa tristement les yeux, et deux larmes tombèrent le long de ses joues. Madame de S.... sortit sans essayer de la consoler. Etait-elle donc mauvaise mère ? Non, mais elle voulait que sa fille fut heureuse à sa manière -, et comme à l'âge où elle était arrivée, l'opulence lui paraissait la source la plus sûre , ou plutôt la seule source de bonheur, elle se persuadait que c'était rendre Anna heureuse que de la rendre riche. Elle lui arrangeait une destinée d'après ses propres idées et ses propres goûts, et n'oubliait qu'une chose : c'est qu'Anna avait des idées et des goûts de vingt ans j ce qui était bonheur pour la mère, devenait donc malheur pour la fille. Ce raffinement d'égoïsme que l'on rencontre jusque dans l'amour maternel, est la source de tous les sophismes de l'esprit et du cœur. Rarement nous nous meUons à la place de ceux que nous aimons; le despotisme de notre amitié veut, au contraire , les mettre à la nôtre. Peut-être y avait-il aussi au fond de l'âme de Madame de S.... un sentiment qu'elle ne s'avouait pas à elle-même. Elle aimait passionnément Anna, et toule affection passionnée est jalouse. Un mariage d'inclination lui donnait un rival; un mariage déraison lui laissait la première place dans le cœur de sa fille.

L'aspect de la petite maison de Châteauneuf , où avaient si long-temps habité le bonheur et l'union, était bien changé depuis la fatale nouvelle de ce grand mariage. Anna élait trisle et pensive; Marie, toute malheureuse du malheur de sa sœur, passait les journées à pleurer avec elle. Elle avait essayé une seule fois d'intercéder en sa faveur; mais madame de S.... lui avait imposé silence , en lui disant que sans doute elle était jalouse du bonheur de sa sœur aînée. Les journées s'écoulaient longues et monotones , et à peine si quelques paroles s'échangeaient entre la mère et les deux filles ; elles n'auraient pu parler que d'un seul sujet, et sur ce sujet elles ne s'entendaient pas. Tous les jours, à sept heures du soir, la voiture du comte de G... s'arrêtait à la porte; il passait deux heures avec ces dames, et à neuf heures précises il prenait congé d'elles comme si l'aiguille, i)ar un mouveuient mécanique, l'eût arraché de son fauteuil. Une seule fois, il les quitta cinq minutes avant le moment ordinaire, et 3Iarie qui avait encore quelques éclairs de gaîté, ne manqua pas de dire à Anna que cerlainement le comte commençait à ne plus songer à elle, puisqu'il commettait d'aussi graves infractions à la discipline de galanterie qu'il s'était imposée. Quant à Mobray,

sur quelques mots de madame de S.... , le comte l'avait fait retourner à Paris. Ainsi, rien ne semblait pouvoir entraver ou retarder le mariage dont le jour était déjà fixé.

C'était la veille même de ce jour. Anna était seule dans le petit jardin, plus pâle et plus triste encore que de coutume, lorsque mademoiselle Aglaé qui l'avait inutilement cherchée dans la maison, vint à elle avec un air de mystère. Anna n'avait jamais eu de penchant pour cetlepersonne; cependant elle ne put s'empêcher d'être touchée de l'amitié qu'elle lui témoignait. Elle pensa que peut-être elle l'avait mal jugée, et répondit avec effusion aux questions qu'elle lui adressait. Les personnes malheureuses sont les premières à croire à la contagion du malheur, et elles éprouvent je ne sais quelle surprise mêlée de reconnaissance, quand on ne les abandonne point à leur sort. « Pauvre Anna, disait mademoiselle A glaé, combien je vous trouve » à plaindre! épouser cet affreux comte de G... ! un homme qui serait votre aïeul, tout pétri » de manies, lout cousu de rhumatismes et de ridicules ! A propos , est-il aussi riche qu'on » le dit ?... Oh ! je connais quelqu'un qui dans ce moment est bien malheureux ! quelqu'un î) qui donnerait sa vie pour jouir du bonheur de vous voir comme je vous vois, de vous par- » 1er comme je vous parle 1 » En disant ces mots, elle glissait un billet dans la main d'Anna, et la quittant en courant, elle était déjà loin avant que celle-ci fût revenue de sa surprise. Après quelques momens d'hésitation, Anna ouvrit lentement le papier : c'était une lettre de Mobray.

MoBRAY A Anna.

« Anna, me pardonnerez-vous de vous écrire ? me pardonnerez vous surtout la voie dont » je me sers ? Oh 1 oui, pardonnez, Anna à un malheureux qui se meurt de desespoir 1 Gomme » un homme qui se noie, j'ai aperçu une branche sur le rivage, je l'ai saisie. Et qu'ai-je à » ménager maintenant ? n'est-ce pas demain que mon malheur s'accomplit ? N'est-ce pas j) demain ? ma bouche prononcera-t-elle le mot affreux qui me retombe comme une masse » de plomb sur le cœur? n'est-ce pas demain qu'ils vous marient? Ils vous marient, Anna; » à l'instant où je vous parle, peut-être êtes- vous entourée des présens magnifiques qu'un » amour opulent étale à vos pieds; peut-être les regardez-vous avec quelque joie. Oh ! laLssez- » moi écarter cette idée qui me tue ! Non , vous n'êtes pas semblable aux autres femmes ; M non, dans votre cœur si noble, il n'y a pas de place pour les sentimens vulgaires. Et sans » cela, m'auriez-vous inspiré cette passion qui absorbe toutes les facultés de mon âme, qui » m'oblige aujourd'hui à me courber devant vous, moi naguère si fier avec les personnes » de votre sexe, et qui regardais l'amour comme le vain passetemps des âmes oisives et )) des natures faibles et efféminées ? Je suis bien malheureux, Anna ! oh ! bien malheureux ! » L'homme (|ui fut mon père m'a injurié, maudit, chassé; que m'importe? s'imagine-t-il » qu'il soit en son pouvoir d'ajouter quelque chose à ma douleur quand je vous perds? Ne )) parlons pas de lui ; parlons de vous, Anna, car j'ai à vous demander une dernière grâce,

» vous entendez , la dernière. Je voudrais vous voir encore une fois avant que vous soyez

)) jamais cette parole maudite ne sortira de ma bouche. Ce soir, à huit heures, vous pourrez » fiicilement venir jusqu'à l'entrée de la forêt ? Y viendrez-vous ? je n'ose l'espérer. Pourtant, » Anna, l'on dit que les prières des mourans sont sacrées. »

Anna, après avoir lu celte lettre, resta long -temps la tête appuyée sur ses mains. Le reste de la journée elle se renferma dans sa chambre et ne parut même point au dîner de famille. Agenouillée devant le portrait de son père, la pauvre jeune fille pleurait et priait. Lorsque sept heures sonnèrent, sa résolution était prise : elle n'avait pu résister aux séductions du malheur, si puissantes sur les cœurs généreux , et s' échappant furtivement à la faveur de la nuit, elle se dirigea vers la forêt. {La fin au numéro prochain.)

LA JEUNE FRANCE. 'l 39

CHRONIQUE

Les fêles de ï^larseUle et la Gazette du Midi. — Du peuple. — Qu'il suffit de vouloir pour (iy)oir. — La France telle qu elle peut être et telle qu'elle sera. — Partie saine et partie gangrenée du corps social. — Exemple d'une société semblable à la nôtre. — Moyens de guérir la partie malade, de moraliser les peuples et d'égaliser les conditions sociales.

Si les faits qui se sont accomplis pendant le mois de juillet n'ont pas été nombreux, ils sont remarquables et feront époque dans nos annales : les beaux jours de Marseille sont là comme une nouvelle preuve de cette grande vérité , qui doit bien donner à réllécliir aux hommes à majorité : le revirement des opinions.

Quand une multitude ég irée violait sous les yeux de l'autorité l'intérieur du collège électoral, et renversait l'urne d'où le nom de Berryer devait sortir vainqueur, auriez-vous pu augurer que, trois ans après, cette même multitude accueillerait par des cris de joie et d'espérance l'élection du même Berryer, qu'elle le porterait en triomphe, et qu'elle forcerait au silence cette même autorité qui avait toléré ses excès trois ans auparavant ?

C'est pourtant ce qui est arrivé , et c'est ce qui arrivera toujours , quand vous voudrez défendre les classes populaires, et les éclairer sur leurs véritables intérêts. C'est là le heau rôle d'une partie de la presse , et notamment de la Gazette du Midi qui, depuis trois ans, plaide chaque jour avec tant d'énergie et de courage la cause du peuple, qui est celle de la religion, des rois, de l'humanité tout entière. Travaillez à faire des liommes un bon peuple, vous aurez de bons rois, et avec eux la paix et la prospérité des États. Défendez le peuple contre les entreprises de ces hommes perfides qui ne veulent en faire que l'instrument de leurs caprices et la proie de leur égoïsme ; l'histoire en main, montrez-lui ce qu'il a gagné en prospérité et en liberté de tout genre avec tous ces intrigans de 40 ans qui n'ont fait la guerre aux pouvoirs de la terre que pour arriver à la puissance ; qui n'ont fait la guerre aux possesseurs que pour devenir possesseurs eux-mêmes; qui n'ont fait la guerre aux rois que pour devenir tyrans : les exemples ne manqueront pas : le peuple vous saura gré de lui dessiller les yeux, de lui faire connaître la vérité. La Gazette du Midi a fait faire des progrès réels à l'opinion dans sa province. Honneur à elle ! que ces succès ne l'arrêtent pas : sa tâche, loin d'être linie, s'agrandit encore, et lui impose de nouveaux devoirs. Dans cette belle carrière où \r jeune France tout entière la suivra , il y a de la gloire à acquérir, car il y a de belles conquêtes à faire. N'a-t-il pas été dit qu'à l'homme il suffisait de vouloir pour avoir ? veuillons donc et nous aurons.

Si nous voulons éclairer le peuple, nous l'éclairerons.

Si nous voulons le ramener à la religion par l'éducation de l'intelligence et surtout par celle du cœur, nous l'y ramènerons.

Si nous voulons réformer les mœurs, nous les réformerons.

Si nous voulons rétablir en France l'empire de la sagesse et de la conscience, nous le rétablirons.

Si nous voulons détruire les maximes révolutionnaires, nous les détruirons.

Si nous voulons être heureux et libres, nous le serons.

Oh ! que de belles conquêtes nous pourrions faire si nous voulions arracher le peuple à l'ignorance et à l'abrutissement où le plongent toujours et sans cesse ces prétendus hommes de progrès et de civilisation, qui le nourrissent de tout ce que la presse peut produire d'erreurs funestes et d'immoralités scandaleuses , l'arracher à cet état de pauvreté où le laissent ces prétendus amis de l'humanité, et lui montrer la Méditerranée et l'Afrique à nationaliser! L'Afrique, cette jeune terre de France, où tant de richesses agricoles et commerciales restent perdues pour nous! La Méditerranée , ce beau bassin de nos deux Frances, entouré d'établissemens français, couvert de nos vaisseaux ! Voyez-vous la France portant la civilisation chez les Barbares, ses produits dans toutes les parties de l'univers, devenue, par les progrès de sa puissance, maîtresse de Malte et de Gibraltar; donnant des lois, en offrant son alliance sur la terre et sur l'océan , à l'Europe , à l'Amérique, à l'Asie; reine du monde enfin. O France! si tous tes enfans t'aimaient conmie nous t aimons, que tu serais heureuse et grande un jour !

Ce jour viendra , amis , si nous le voulons tous. Préparons-le donc : que tous les hommes de mauvaise volonté se séparent de nous, que tous les hommes de bonne volonté écoulent, et qu'ils nous viennent en aide.

La société actuelle ressemble parfaitement à un malade qui n'a plus que quelques parties saines dans le corps : si vous ne vous dépêchez à détacher avec le scalpel les chaires mortes

4ie pourra vous donner qu'en état de santé robuste.

Or, croyez-vous que les Français, tels qu'ils sont, fils d'une noble race, mais que la

<!orru[>lioii a dégradée, croyez-voii s que les Français soient capables d'élever la France au rang: de maîlresse des nations? croyez-vous qu'ils soient capables de nationaliser l'Afrique el la ^Méditerranée, de donner des lois à l'univers, ces Français frivoles et léf^ers; de porter ia civilisation cbezles Barbares, ces hommes d'argent ; de fonder une nouvelle nation, ces iiommes sans mœurs , énervés, sans religion, sans amour de la solide gloire, de la véritable liberté?

Il y eut aussi une époque comme la nôtre, oii les politi(|ues frivoles et légers , où les despotes et les ministres corrompus ne manquaient pas, où de hardis conspiral'eurs cherchaient avec la pointe de leurs poignards un reste de vie dans cette société paralysée , envoyant les rois mourir dans deségouts, ou sachant eux-mêmes mourir d'une mort théâtrale, si leurs succès venaient à manquer; chargeant les peuples d'impôîs, proscrivant la religion et les mœurs, et iritroduisant dans la société les erreurs et la corruption; où de pompeux philosophes discouraient avec éloquence sur leur siècle, analysant, comparant, discutant, faisant la satire des uns, le panégyrique des autres; et cependant le monde s'était arrêté et ne pouvait plus avancer.

Douze pauvres pêcheurs entreprirent de donner un avenir au monde , et ils le lui donnèrent. Quelle était donc la force de ces prédicateurs qui s'en allaient annonçant de par le Christ la bonne nouvelle aux nations ? comment versèrent-ils la vie dans les veines de cette société qui n'était déjà plus qu'un cadavre? C'est que ces douze pêcheurs rap|)elaient dans les c(Purs la morale qui en était exilée , et réformaient les mœurs de la famille , (;elte ]»ierre angulaire de la société. Au lieu de violenter ou de corrompre, ils puriliaient; au lieu de refaire des lois, ils refaisaient les hommes; ils enseignaient à chacun les devoirs de sa position et de son état , et lui apprenaient (pie dans toutes les situations on peut vivre, parce que dans toutes les situations on peut trouver la paix et le bonlieur. Ils n'avaient pourtant ni gagné des batailles , ni inventé des codes , m découvert les raffinemens de la politique. IMais les mauvais fils devenaient bons fils, les mauvais jxîres bons |>ères, le mariage se relevait chaste et pur; le pauMC et le faible n'étaient plus rangés au-dessous de l'humanité, ni le riche et le paissant au-dessus; l'ouvrier n'était plus envieux du maître, ni le maître dédaigneux envers l'ouvrier; dans les familles il y avait des vertus : dès-lors il y en eut dans la cité, et le monde, sortant de sa défaillance, reprit sa marche et put avancer.

Ce (jui fut fait alors , il faut le refaire. Reformer la société , non en la bouleversant , non en la tyrannisant, non en formulant des codes écrits sur le papier; mais la reformer en commençant par le principe de tout, par l'intelligence et la conscience humaine , en ramenant le soleil de l'Evangile sur son cœur glacé : telle est votre mission.

On vous l'a dit , une des grandes plaies sociales c'est la presse d'argent. Voulez-vous la détruire el la remplacer par la presse civilisatrice et de progrès social, vous le pouvez.

Unissez-vous donc contre les mauvaises productions de la presse et jwur la propagation des ouvrages et des publications utiles.

Un grand problême, un problème menaçant pour la société, depuis long- temps occupe le monde: tous les gouvernemens ont inutilement essayé de le résoudre; il a yuccipilé les uns dans un désordre d'où ils ne sont sortis que par l'arbitraire ; les autres dans l'arbitraire, d'où ils ne sont sortis (|ue pour tomber dans l'anarchie morale. Ce problème est celui de Valliance de la liberté absolue avec l'ordre. Voulez-vous le résoudre , vous le pouvez.

Unissez-vous donc pour établir une censure sociale; soyez tous les gardiens de vos mœurs et de vos libertés, en vous rendant les gardiens de la puissance de la pensée , d'où tout découle.

« Et vous, messieurs des centres, messieurs des extrémités, le gros du |>eMple souffre.... » La misère le pousse au crime ou au vice, selon le sexe. Ayez piiié du i»eui)le, à qui le » bagne prend ses fils, et le lupanar ses filles. Nous avons tn>pde forçats, nous avons trop » de prostituées. Que prouvent ces deux ulcères? (jue le corps social a un vire dans le sang. » Vous voilà réunis en consultation au chevet du malade; occu[)ez-vous de la maladie.

« Songez au gros du peuple. Des écoles pour les enfans, des ateliers jinur les hommes. » Savez-vous que la France est un des pays de l'Europe où il y a le moins de natifs qui » sachent lire? Quoi! la Suisse sait lire, la Belgitpie sait lire, le Danemarck sait lire, la » Grèce sait lire , l'Irlande sait lire, et la France ne sait pas lire ! c'est une honte

)) Allez dans les bagnes. Appelez autour de vous toute la chiourme. Examinez un à un )) tous ces damnés de la loi humaine. Calculez l'inclination de tous ces profils, tàtez tons » ces crânes. Chacun de ces hommes tombés a au-dessous de lui son type bestial ; il semble » que chacun d'eux soit le point d'intersection de telle ou telle espèce animale avec l'huma- » nité. Voici le loup-cervier , voici le chat, voici le singe, voici le vautour, voici la hyène. » Or, de ces pauvres têtes mal conformées , la nature a mal ébauché l'éducation , a mal » retouché l'ébauche.

» Tournez vos soins de ce côté, une bonne éducation au |>euple. Développez de votre » mieux ces malheureuses tètes, afin que l'intelligence qui est dedans puisse grandir. Les

» nations ont le crâne bien ou mal fait selon leurs institutions. Rome et la Grèce avaient » le front haut. Ouvrez le plus que vous pourrez l'anjçle facial du peuple.

)) Quand la France saura lire, ne laissez pas sans direction cette intelligence que » vous aurez développée. Ce serait un antre désespoir. L'ii^norance vaut encore mieux w que la mauvaise science. Non. Souvenez -vous qu'il y a un livre plus philosoî>hique que le » Compère Mathieu, plus populaire que le Constiiulionnel , plus éternel que la Charte » de 4850: c'est l'Ecrilure-Sainte. Et ici un mot d'explication. Quoi que vous fassiez, le » sort de la grande foule, de la multitude, de la majorité, sera toujours relativement » pauvre, et malheureux et triste. A elle le dur travail , les fardeaux à pousser , les fardeaux » à traîner, les fardeaux à porter. Examinez cette balance : toutes les jouissances dans le » plateau du riche, toutes les misères dans le plateau du pauvre. Les deux paris ne sont- » elles pas inégales? La balance ne doit-elle pas nécessairement pencher, et l'Etat avec elle?

» Et maintenant, dans le lot du pauvre, dans le plateau des misères, jetez la certitude » d'un avenir céleste, jetez l'aspiration au bonheur éternel , jetez le paradis, contre-poids » magnifique ! Vous rétablissez l'équilibre. La part du pauvre est aussi noble que la part du » riche. C'est ce que savait le Sauveur, qui en savait plus long que Voltaire.

» Donnez au peuple qui travaille et qui souffre , donnez au peuple, pour qui ce monde-ci » est mauvais, la croyance à un meilleur monde fait pour lui. Il sera tranquille, il sera 1) patient. La patience est faite d'espérance.

» Donc ensemencez les villages d'Evangile. Une Bible par cabane. Que chaque livre et » chaque champ produisent à eux deux un travailleur moral (i) »

Et vous, jeunes hommes, allons au travail. Plus notre tache est grande, plus il y aura de gloire à la bien remplir.

De la science penerlie des écoles et des cités, allons à l'ignorance corrompue des chaumières enseigner la vérité aux peuples.

Que tous nos efforts parviennent à faire asseoir la sagesse du christianisme sur le trône des intelligences, la moralité dans le fond des consciences ; que la jeunesse française puisse dire à ces politiques superficiels qui ne pensent qu'à faire et défaire des rois, à créer ou à reviser des constitutions, à graver dans les codes leurs passions et leur impuissance, à changer les dynasties et les drapeaux, à faire du trône un fauteuil ou du fauteuil un trône, qu'elle puisse leur dire : « Tandis que vous vous épuisez à habiller un cadavre, moi je lui ai mis » la •main sur le cœur , et le christianisme lui a dit par ma bouche : Levez-vous et » marchez. »

Et si, dans ce grand mouvement de civilisation et de progrès, quelques instructions peuvent vous être utiles, voyez les personnes intluentes et honorables de votre pays, le prêtre, le magistrat et l'administrateur, le jurisconsulte, le philosophe, etc.; exposez leur les avantages de cette entre[)rise; faites-les y entrer : chacun doit prendre part à vos travaux , car chacun y trouvera un avantage.

Formez des comités littéraires composés de personnes versées dans la religion, l'histoire, la jurisprudence, les sciences, la littérature et les arts ; soumettez-leur et faites-leur adopter des circulaires où il sera parlé de l'entreprise de la jeune France, des résultats qu'elle peut produire ; que ces circulaires soient suivies d'un appel à tous les amis du progrès social de venir grossir nos rangs.

Quand ces circulaires seront signées de tous, faites-les lithographier à autant d'exeraplaireii qu'il en faudra pour les répandre dans votre pays ; adressez-en des exemplaires avec des. lettres particulières à toutes les personnes qui pourront vous seconder dans toutes les communes principales de votre département : les souscriptions que vou3 recueillerez vous couvriront au-delà de tous vos frais.

Du moment que vous aurez bien établi vos relations avec tans les arrondissemens , vous vous assurerez, vous et vos correspondans, d'hommes probes, actifs et intelligens, qui colporteront partout des bibles, des livres de morale, de bonnes histoires, des images lithographies, gravures, bustes, etc. , en un mot, toutes sortes d'ouvrages et de publications utiles et d'agréinent, qui pourront être achetés dans les villes, villages,'chàleaux, hameaux, dans les chaumières, dans les fermes, dans les foires et dans les marchés, les auberges, etc.

Les récompenses ne manqueront pas , si vous déployez tout le zèle et l'aclivilé dont vous êtes capables, vous vous ferez hommes utiles, car vous créerez des états à une foule de personnes, sans nuire à celles déjà établies , car vous rendrez des services réels à la société tout entière , en faisant sillonner la France chaque jour et en tout sens par des honunes honnêtes qui iront porter partout la morale écrite et la morale en action , qui peupleront les villes et les campagnes de tout ce que Paris et Londres , et Rome et la France, et l'Anulelerre et rilohe , et l'Europe en un mot , produiront de beau , de bon et d'utile.

(t) Victor Hugo

^6â LA JEUNE FRANCE.

Toutes les bonnes et belles choses profileront au peuple. Peut-être en présence detoules les merveilles que vous répandrez , il se révélera des génies ignorés et perdus dans le fond des campagnes. Enfin , aux jeunes talens, vous offrirez l'avantage d'une publicité immense qui leur acquerra une popularité honorable et des moyens de vivre honnêtement. Et alors, vous aurez fondé le règne de la véritable égalité, en procurant à chacun ce dont il a le droit de jouir selon ses moyens et ses facultés. Jules Forfelier.

SOUSCRIPTION EUROPEENNE Pour la gravure sur acier du groupe représentant

L'APOTHÉOSE DE LOUIS XVI

Par le baron Bosio.

(2« Liste)

Le comte de Lorges , Hulteau d'Origny, Davrel, Viale, François , M™« V^ Madelin , de La Fayette, de Leslang de Ruigère, Puiberneau, Bouthet Durivault, Ledier, A. E. de La Bouralière, Victor de Baucout, Olive, Ed. Assolant, de Baruel, Remy Claye, de La Madeleine, Heurtant, le baron de Saint-3Iard , d'Hoyer aîné, Bernard, le vicomte Dubois d'Aizy, de Fraissinet, M™^ Bach, Baron, de Meyer fils, Ed. Busau, Passot et Croisse, Arth, le comle Raymond d'Auray, M"^ Laurent , Desperrote , M*"^ la vicomtesse ]Max. de Malherbes M™* Dangerville , M"^ Adrienne Ichon, Deguerre, de Carué-Coëtlogon, Prudhomme, d'Imonville, Fleury, Brûlé, de Contagnet, Le Boc, de Jussieu, (4 souscriptions), le comte Henri de Persan, Duchambon, Dubois d'Aizy, Baron, Torchon, le comte Raymond d'Auray, Perodeaud, Jules de Nattes, Rahier, de Beauchamps, M™^ Lesueur, Gasville, Pauliniéo, le marquis de Tenance, de Raigecourt, le baron de Boissac , Bernard, L. Delaporte, la comtesse de Milleville, îMiss Purcell, Mersch-^Iaréchal, Thiabault-Laudriot, Vialet, Juguet, le chevalier Curnier, le baron Ischer de Yillefort, Saint-Martial, de Calonne, Alph. de Fontranne, Morand, la comtesse de Magnicu, Prudhomme, Armand de Chabannes, Aug. Tronq, Ch. Pays Mellier, Louis Caumetle, Dauty, Bénard, la baronne de Resnes, Saint-Durand, Manceron, Gustave d'Autane, Lafond, Rochin, avocat, Claude, (5 souscriptions), Pesron , le vicomte de Gironde, Recouflet, d'Agon, la comtesse d'Anjou , Jolivet, M™^ Dom-Levy, Gosmer, M'"^ V* Vidal, Marins Olive, (21 souscriptions). Hue de Mathan, le chevalier Prevot de Saint-Cyr, Parmentier, M""^ Ch. de Vietle, Emile Campy , E. de La Massardière, (5 souscriptions.)

Nous accueillons avec empressement la réclamation suivante :

A Monsieur le directeur de l'Écho de la Jeune France.

« Dans votre numéro du o mai , vous citez une lettre inédite attribuée au général Bonchamps par l'auteur \e Miroir des Salons {\). L'auteur a été trompé étrangement, et celte lettre est apocryphe. Jamais à aucune époque la moindre mésintelligence n'a existé entre messieurs de Bonchamps et de la Rochejaquelin. Unis par la conformité de vues la plus absolue, et par une eslime réciproque, ils n'ont jamais eu entre eux le moindre différent. Cet accord parfait se trouve retracé dans tous les ouvrages qui parlent de la Vendée. I\Iais pour preuve plus décisive de la fausseté de celte lettre, c'est qu'elle est datée du mois de septembre, et de Savenay , et que ^L de Bonchamps n'a jamais été dans cette ville , puisqu'il mourut de ses blessures, le 18 octobre, à Varades, que l'armée vendéenne ne fut à Savenay

(1) Un volume in-8" ; par M. de Saint-Surin.

LA JEUXE FRANCE. ^63

que le 2\ décembre , et que la bataille entre Beaupréau et Chollet, que Tondit avoir eu lieu le lendemain de cette lettre , n'a été donnée que le 17 octobre.

« M. de Bonchamps , la veille de la bataille entre Chollet et Beaupréau , ne pouvait avoir besoin d'espion pour connaître la marche de l'armée républicaine , qui venait de gag:ner la bataille de la Tremblaye, et de prendre Chollet. Cette armée était de 43,000 hommes, et non de -10; elle était en pleine marche pour attaquer Beaupréau, où se retirait l'armée vendéenne.

« Ce n'était point Westermann qui commandait en chef, mais le général Beaupuy. En tous points cette lettre est fausse.

a Ne soyez point surpris , Monsieur, de ma réclamation; je liens trop à la mémoire de mon beau-frère pour laisser croire qu'il a pu exister un seul instant de division entre lui et M. de Bonchamps, pour lequel sa haute déférence , sa confiance sans borne et son attachement le plus vrai, étaient bien connus et partagés par toute l'armée vendéenne. » Recevez , Monsieur, l'assurance de ma considération distinguée.

La marquise de la Rochejaqdelin.

MOUVEMENT LITTERAIRE

Il a été nul pendant le mois de juillet. Nous avons reçu quelques ouvrages de province, entre autres, celui de M. Floquet, greffier en chef de la Cour royale de Rouen, intitulé: Histoire du privilège de Saint-Romain, en vertu duquel le Chapitre de la cathédrale de Rouen délivrait anciennement nn meurtrier tous les ans le jour de l'Ascension. —

2 volumes in-8° , avec gravures. — A Rouen , chez Legrand , libraire-éditeur ; à Paris , chez Chamerot, libraire, quai des Augustins ; Treuttel et Wùrtz ; Dentu ; Delaunay; Lance et Le Doyen. Il peut être mis au rang des ouvrages utiles. Nous en rendrons compte dans la revue du mois d'août. — Les théâtres ont fourni aussi quelques pièces ; nous ne nous ressouvenons que d'une seule : Heureuse comme une princesse , par MM. Laborie et Ancelot. M. Laborie est un des nôtres ; cela n'empêchera pas d'accorder notre critique avec l'amitié que nous avons pour lui.

Sur la quinzaine accordée pour faire les réclamations. — Nous faisons droit à toutes les réclamations, à quelque époque qu'elles soient faites, si nous avons les livraisons réclamées. Nous ne demandons rien pour cela , mais il est urgent que vous réclamiez dans le mois, pour ne pas courir le risque de ne plus trouver le numéro qui vous manque.

— Le Comité met au concours un second article intitulé : Maladies sociales , ou Causes actuelles des progrès de C esprit révohilionnaire en Europe, et des moyens de les arrêter. Ce concours sera fermé le 30 août. Prix : GOO fr. Les articles devront être accompagnés de lettres closes signées de l'auteur, et porter sur l'enveloppe une marque qui puisse faire reconnaître à quels articles elles se rapporteront.

— Bacchalauréat-ès-lettres. — Nous rappellerons à ceux de nos jeunes amis qui aspirent au Bacchalauréat-ès-lettres que M. Deleuze continue avec succès ses cours préparatoires , rue Sorbonne , n. 3.

— Objets d'arts. — Pour le 29 septembre, il paraîtra à Paris un beau portrait en pied de Henri Y aux champs d'Austerlitz. Ce portrait, d'une grande dimension , ne coûtera que

3 fr. 73 c. , et 3 fr. sur papier de Chine. — Le portrait de Mademoiselle, par Grévedon , pourra servir de pendant.

— On annonce aussi la collection des portraits de 50 députés de la droite. Prix : 43 fr.

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