‹ L'Écho de la jeune FranceChapitre 43 sur 120 · ANECDOTES. — BONS MOTS · texte numérisé non relu

ANECDOTES. — BONS MOTS

8*» Dialogue entre Bélisaire disgracié et un jeune soUlat.

9" De la noblesse.

48*' Quel est le plus courageux des hommes ?

\\" Situation de la vie où l'homme est le plus heureux.

12" Pensée de Féridoun , roi de Perse.

45" Bon mot d'un Astrologue.

iA" Sur le Silence.

45" Hygiène.

MV INIédecine.

47*' Botanique.

FÉLIX LOCQUIN, IMPRIMEIR, 10, RLE N.-D.-DES-VICTOIRES.

CONCOURS MENSUEL

Nous avons cru devoir décerner, au nom de la société de la jeuxe France , le prix du concours du mois d'août à la pièce qu'on va lire, parce qu'elle renferme des vues utiles et de hautes considérations. Cepenrlant nous sommes loin de partager toutes les opinions émises par l'auteur, surtout celles qui proscrivent l'enseignement des langues grecque et latine comme un enseignement parasite et inutile. Ce concours sera pour nous un<! occasion de développer nos idées sur la question capitale de l'éducation : et c'est ce que nous ferons dans le numéro du mois d'octobre.

DES IXCONl ENIENS DU SYSTEME D EDUCATION ACTUEL , ET DES AMÉLIOllATIOXS QU OX POURRAIT Y APPORTER.

Beaucoup de personnes désirent voir suivre à l'éducation publique et particulière la direction qui lui était imprimée avant 1789, et qu'elle a reprise en grande partie , d'abord sous le régime impérial , ensuite sous la restauration. Dans ce système, le fond de l'instruction se compose des langues latine et grecque, et la littérature que l'on cultive est la classique. Dans les collèges d'autrefois , l'histoire ancienne était connue par quelques auteurs originaux ; les jeunes gens qui voulaient approfondir cette science lisaient Uollin. L'histoire moderne était et est encore négligée : tel écolier lit tout ce qui reste de Tite-Live , et ne connaît l'histoire de France que par quelque abrégé d'un demi-volume in-12. Les malhématiciues ne sont guère cultivées que par les jeunes gens destinés aux carrières pour lesquelles cette science est une condition d'admission ; la géographie est un accessoire négligé; l'agronomie n'est pas nommée ; la mécanique est également dédaignée ; la chimie , la botanique, la minéralogie, bannies de certains collèges, ne sont admises dans d'autres que comme des espèces de récréations. On apprend les lois de Lycurgue , et môme celles des Douze-Tables ; mais quant à celles sous lesquelles on doit vivre, on n'en reçoit pas la plus légère notion avant de commencer le droit : de là résulte la facilité qu'a le légiste pour spolier ou éblouir celui qui a consacré sa jeunesse à quelque profession utile.

Des hommes ainsi élevés seront-ils des sujets loyaux et fidèles dans une monarchie , des citoyens soumis aux lois dans une répubhque ou dans un état déforme mixte? Pourront-ils tirer tout le parti possible des facultés intellectuelles avec les-

Noia. —Les deux premières awées d'un jeuxë kommc dans le monde, les

MÉCOMPTES qu'il Y EPROUVE, ET SA SECONDE ÉDUCATION MORALE, tel était le Sujet du

concours fermé le '25 août. Le comité, ayant ju{>é les articles qui lui ont été adressés insuftlsanset incomplets, a remis le même sujet au concours pour le 23 octobre prochain , aux mêmes conditions. Cependant un prix da cent francs a été décerné à M. Francis Benoit, fabricant de machines à vapeur, ancien lauréat #e l'Université, pour son article intitulé : La distribution des prix et les jkune gens dans le MONDE, que nous regrettons de ne pouvoir insérer aujourd'hui; mais qui ne perdra pas son à-propos dans le numéro prochain.

FRANCE^ 5 SEPTEMBRE iSô'^. NUMERO 6. 2^ ANNEE. M

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quelles ils sont nës , soit pour remplir des fonctions publiques , soit pour exercer des professions pi'ivées ?

Je reviendrai sur la première de ces questions ; pour répondre négativement à la seconde, je me transporte en idée dans un collègue, et je m'informe des professions auxquelles les élèves sont destinés. L'un est le plus studieux et le plus dislinjjuéde la classe de rhétoricjue ; il pàlit sur Perse qu'il commente et traduit : c'est le fils d'un nég^ociantqui se propose de lui faire suivre son commerce.... Lui a-t-on donné quelques connaissances en chimie et en physique, pour qu'il sache comment doivent être conservées les marchandises dans ses ma^jasins et sur ses vaisseaux? Connaît-il les principes de la mécanique appliquée aux arts pour diri{];er et ])erfeclionner ses man«ifactures? Non... Mais au moins lui a-t-on enseigné la géographie des contrées avec lesquelles il peut entrer en relations de commerce? Il a lu Strabon , Pline et

Pomponius Mêla Aux enfans destinés à la profession militaire , on demande du

latin... Mais un officier ne se sert de cette langue que pour communiquer avec quelques habitans des contrées envahies... Pour commander des vivres à un bourgmestre f demander des renseignemens à un pasteur allemand , ou à un moine espagnol, il n'est pas nécessaire d'avoir fait sa seconde... Tout idiome parlé est plus uti'e que la langue morte. Allez en Espagne ou en Italie , vous vous ferez entendre du peuple avec le patois languedocien , gascon ou provençal ; mais le clergé et les classes lettrées ne comprendront pas toujours votre latin , à cause de la différence de prononciation , et parce que le latin parlé des modernes n'est souvent que leur propre langue ridiculement affublée de terminaisons antiques, comme les discours de certains personnages de Rabelais. — Quant à l'avantage de pouvoir hre les anciens auteurs en original, cet avantage est nul depuis que tout ce que l'antiquité nous a laissé de bon est traduit ; et d'ailleurs, l'art de la guerre, a , depuis l'antiquité, subi tant de changemens, qu'un milhaire ne peut tirer que bien peu de profit intellectuel de la lecture des anciens ouvrages. Je voudrais donc que pour l'éducation mihtaire, on diminuât l'importance donnée à la langue latine, et qu'on la remplaçât, dans l'instruction exigée, par celle d'au moins deux idiomes vivans , dont un d'origine germanique ou slave ( russe ou polonais ) ; l'autre , méridional , espagnol ou itali(»n. La connaissance d'une langue orientale ou africaine dispenserait de celle d'un idiome européen.

Pour imprimer par la suite aux divers services publics la marche éclairée qui leur est nécessaire , au lieu de perdre les années de la jeunesse à lui apprendre des langues qu'elle ne parlera pas ; au lieu de lui enseigner, sous le nom de rhétorique, à armer du SDphismc des idées fausses , étude qui ne rend éloquens que ceux que la natui'c a créés tels; au lieu de l'enfoncer dans de misérables arrangemens scolastiques, de phrases vides et abstraites , déguisées sous le beau nom de philosophie, qui convient à ces arguties , comme celui de César aux obscurs successeurs de Charlemagne ; au lieu de dissiper ce temps que l'on ne remplace pas dans l'âge mùr, que l'enfance soit employée à ac{|uérir des connaissances positives dans les sciences utiles , et lenr application aux arts qui font le bien-être des individus, la force et la richesse des états ; que les princi|)es de la gc'ométrie pratique, de la chimie , de la minéralogie^ de la métallurgie, gravés de bonne heure dans les esprits, les préparent à faire de nouv(;lles découvertes , à obtenir des perfectionnemcns , au moins à exceller dans les sciences qui tiennent aux arts de fabrication ou à l'agriculture ; que l'application de ces connaissances à des objets

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Utiles soit l'objet des méditations de l'adolescence; que l'étude de la {jëojjraphie, delà statistique, de la législation des peuples étrangers , de leurs langues , de leurs usages, de leurs mœurs, fasse partie de l'instruction du jeune homme destiné à la carrière militaire ; que le commerçant à venir connaisse les habitudes et les lois commerciales de ces pays étrangers, et (jue par-là il se prépare à méditer sur les chances que peuvent offrira ses spéculations les divers points du globe. Avec une telle éducation , l'homme même qui est sans état et vit des ses revenus, peut rendre de grands services à la société. Une mine de métaux ou de substances utiles qui rendra indigène un produit exotique , peut être découverte par un propriétaire minéralogiste. Il peut, en explorant une source inconnue, rendre habitable un territoire que le défaut d'eau rendait inutile et désert.... ]\[ais ces trésors resteraient à januis enfouis sous les pieds du premier humaniste qu'ait formé l'éducation universitaire. Jetons un coup d'œil sur ce que , dans quelques positions de l'homme voué aux services publics , il i)eut gagner à avoir reçu celte éducation classique... Un député ou un pair tireront-i s un grand parti de cette antiquité que l'homme qui l'étudié sans préjugés trouve plus inepte , plus dans l'enfance des connaissances en administration, en économie politique, en science financière, que ne le sont aujourd'hui les Turcs. Un diplomate nourri d'histoire ancienne trouverait bien dans l'astuce romaine quelq e chose d'utile; mais les formes sont aujourd'hui si différentes de ce qu'elles étaient alors , que si l'on trace le cercle de Popilius , il faut cacher la baguette. D'ailleurs , la ruse diplomatique est un don de la nature que développent la méditation et l'expérience; mais on ne l'acquiert pas par l'étude. Toutes les perfidies antiques sont usées. Ce n'est pas dans l'antiquité que doit se former le futur homme d'état. Quand il saurait combien chaque état de la Grèce avait de vaisseaux à Salamine , cela lui ferait-il connaître combien chaque puissance de l'Europe moderne peut avoir de troupes à sa disposition ?

Avec votre éducation classique, prenez garde que telle future sommité première de l'ordre social ne projette de développer un jour à la tribune les principes des Gracques , et d'employer dans les débats parlementaires les formes oratoires énergiques, dont les discussions des héros d'Homère lui fournissent des modèles... Sorti de l'enfance, le jeune homme sentira l'extravagance de ses idées ; mais il ne sera plus temps d'acquérir les connaissances nécessaires pour produire, développer et mûrir les pensées convenables à sa position. Le vide laissé dans sa tête sera rempli par la frivolité ou l'intrigue, et toute sa carrière sera nulle ou médiocre ou nuisible.

Qu'un préfet ait fait de bonnes études, croit-on que ce sera en-débitant les Catihnaires à son collège électoral qu'il fera son devoir, en dissuadant du choix d'un candidat^ brouillon, on remplira sa consigne, en décidant celui d'un candidat docile. Pense-t-on que le souvenir des rapines de Verres lui fera i-épri.ner celles de ses commis? Les connaissances utiles à une administration sont de savoir distinguer les etabhssemens agricoles ou industriels qui peuvent être formés dans soix département, les moyens convenables pour y détruire les pratiques vicieuses , v miporter les procédés utiles, le parti que l'on y peut tirer des productions de l'art et de celles de la nature... Des cours de chimie, de minéralogie, de métallurgie, de botanique, de mécanique, suivis dans l'enfance et la jeunesse; l'application de ces sciences a l'agriculture et à l'industrie, sont ce qui ouvre l'esprit à des méditations utiles. En Allemagne , l'instruction technologique fait partie de l'éducation

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des fonctionnaires publics : c'est à de telles causes que sont dues les étonnantes ressources dont disposent certains états de cette contrée , dont on parle peu , mais où il y a plus de bien-être que dans des pays l'éputés éclairés.

Mais, me dira-t-on, du moins vous reconnaîtrez que le clergé^ne peut se passer de l'éducation classique : le latin est la lanjjue sacrée... Mais la Bible fut écrite en hébreu , l'Évangile en {jrec. Traductions pour traductions , autant valent celles que l'on entend. Toute l'enfance n'est pa3 nécessaire pour acquérir autant de latin qu'il en faut pour comprendre les Offices de l'Eglise ; et comme l'a remarqué un ecclésiastique savant et judicieux (31. l'abbé 3Iarcel, Observai ions sur le régime universitaire), le latin n'est plus parlé qu'une fois par an à l'Université , et n'est plus écrit que dans les secrétariats des évêchés pour la correspondance avec Rome , correspondance dont toutes les lettres sont sur trois ou quatre formules , où il n'y a que des noms propres à échanger... Un peu de médecine , d'agronomie , de mécanique industrielle , pour donner des conseils dans leur paroisse , quelque connaissance des lois pour tâcher d'empêcher quelques procès , voilà ce qui serait plus utile à des curés de campagne, que la rhétorique et la philosophie des écoles.

On pense que je reconnaîtrai qu'il est nécessaire que les magistrats entendent la langue de Cicéron et celle dans laquelle fut écrit le droit romain... 3Iais une disposition fort sage de nos lois dèfcnd de citer aucune décision antérieure au Code en vigueur : notre jurisprudence est assez obscure par elle-même , sans y joindre les fétides ténèbres des actes compilés ou vendus sous Justinien. Dans un siècle où l'on regarde comme despotique toute forme gouvernementale , où le pouvoir législatif est réuni au pouvoir exécutif , devrait-on encore appuyer des opinions judiciaires sur des rescrits de Néron, de Commode , d'Héliogabale , insérés dans le recueil d'un empereur bysantin? Un magistrat n'a pas besoin, pour poursuivre le crime et protéger l'innocence dans des circonstances dil/ieilos , de savoir ce que Cicéron dit inutilement contre Yerrès , et ce qu'il écrivit et n'osa prononcer pour Milon et pour Métellus.

Je conviens que l'éducation classicpie peut convenir à celui qui , sans exercer de fonctions publiques ou de profession industrielle , s'adonne seulement aux lettres. Il semble que le génie poétique doit gagner et se développer par la culture de l'ancienne littérature , au moins tant (jue le procès ne sera pas décide entre les gi-acieuses déités de l'Olympe et la rude fomille d'Odin ; entre les brillans reflets dont le soleil éclatant de l'antique Ilellénie colorait le Parnasse aux cimes d'or et de pourpre, et les sombres brouillards étendus sur les neiges sanglantes de la Scandinavie; entre les bocages de myrtes et de lauriers, où l'haleine embaumée des jeunes zéphirs jonche de feuilles de roses le cristal mobile où se joue la naiade, et le soulfle glacé qui endurcit les flots du Tanais , où sèche sur les monts de la Cah'donie la bruyère rougie du sang des compagnons de Fingal; entre le mont Ida, à la verte chevelure, et l'IIêcla, s'elevant du sein des mers hyperborées comme un géant à l'armure de glaces , au manteau de neige , au diadème de flaimnes ; entre le nectar versé par la déesse de la jeimesse , et la bière bue dans le crâne d'un ennemi aux festins de Valballa; entre les colombes au col changeant , de la déesse d'Amaihonte et les chats attelés au char de la Vénus septeniriona'e; entre les chœurs aériens des nymphes, les danses légères des Oi'éades et le vol des sorcières allant au sabbat sur un manche à balai ; entre le sourcil de Jupiter et les cornes de 8alan ; entre le chien Cerbère et celui de saint Ixoch ; entre le serpent Python,

LA JEUNE FRANCE. i69

rhydre de Lerne,la Chimère , le cheval Pégase , ménag[orie sacrée du réfjime mythologique , et les goules , les aspioles , le vertige , le graouk , la belado , le serpent de Vauvert, les vampires , présentés dans le monde littéraire par ^I. Victor Hugo , par lord Byron et leur école ; entre le beau et trop galant chasseur Orion et le noir fantôme du grand-veneur; entre les chants harmonieux de l'aveugle de Smyme ou du vieillard d'Astrée, et les rauques accens des Skaldes et des Bardes... 3Iais si la htlérature plaide seule en faveur de l'éducation classique ; si les intérêts réels , ceux de la masse du vulgaire étranger aux jouissances de l'imagination , demandaient un autre système d'éducation plus susceptible de préparer des ressources aux besoins physiques de la nuiltitude , devrait-on hésiter? J'ai vu quelquefois un champ éjnaillé de fleurs brillantes ; le coup-d'œil en était enchanteur , et cependant le cultivateur les arrachait.

L'opinion que j'émets pourra déplaire à bien des gens qui ne veulent pas que l'on apprenne autre chose que ce qu'ils sont réputés savoir. J'offense tout ce qui ne veut admettre que ce qui existait il y a cinquante ans ; mais je voudrais que l'on se sou>înt que c'est cette éducation de l'ancien régime qui prépara la génération révolutionnaire , dont les coryphées avaient été élevés dans des collèges parmi les monstres de cette époque. Ceux qui étaient nés dans les derniers rangs de la société étaient en minorité : il y avait parmi les Jacobins beaucoup de pédans , et même quelques hommes instruits. Robespierre avait fait avec succès ses humanités (1). Il se trouvait de beaux esprits et même des académiciens parmi ceux qui préparèrent le 10 août, payèrent le 2 septembre, votèrent le 21 janvier, coopérèrent au 31 mai. Les Grecs et les Romains étaient alors fort à la mode, témoin ces sales CicéronSy ces vilains Dcnwsthhies , dénonçant leurs parens pour être des Brutus, dont parle Berchoux. L'arbre replanté portera les mêmes fruits , les en fans élevés comme l'étaient leurs grands-pères , auront les mêmes vices et les mêmes travers.

L'enfance et la jeunesse se pressent dans Rome et dans Athènes : qu'apprend-on à admirer, des états d'une forme opposée à celle sous laquelle on doit vivre... Et encore, si c'étaient de ces républi(}ues sages, liabiles, morales, telles que furent, dit-on , jadis la Suisse et la Hollande ; mais non , les utopies de collège sont ces républiques hvrées à l'anarchie , à la cruauté , à la licence , où l'on prenait pour liberté , tantôt le droit d'agression donné à tous contre tous , tantôt le droit d'oppression exercé sur tous par un nombre plus ou moins grand... C'est Rome se noyant dans un torrent formé des pleurs du genre humain, roulant dans des flots d'une boue ensanglantée les dépouilles des vaincus et les cadavres de ses citoyens ; c'est Athènes, vaste réunion d'histrions; c'est Sparte, où la chaîne dont une extrémité écrasa une nation d'ilotes , pèse lourdement de l'autre dans la main qui la tient , où toutes les lois de l'humanité et de la morale sont outragées pour procurer une existence fort triste à quelques centaines de fainéans, oppresseurs sans jouissances, spoliateurs sans profits.

A travers le prisme des mensonges classiques , la jeunesse admire cette antiquité ; et entre les factions qui la déchirèrent , sa prédilection s'arrête sur les plus pei'verses. De là est né cet esprit de soulèvement contre le pouvoir légal , de servilité envers la puissance anarchique ou tyrannique, d'hostilité conti'e la propriété' et les supériorités sociales , esprit dont depuis quarante-cinq ans les complots et

(J) Robespierre eut un prix de vers latin au collège Louis-le-Grand.

les fureurs fournissent aux partisans des vieux systèmes des ar{jumens contre les idées pro{jressives , confondues mal à propos avec cette rage destructrice et subversive d'où sortirent ces essais de républiques , dont les institutions informes et mparfaitcs disséminaient l'arbitraire et multipliaient les tijrans. (Benjamin Constant , Esprit de conquête. ) IN'entretenez donc plus la jeunesse de la prétendue grandeur des anciens , cherchez au contraire à réduire à leur véritable grandeur ces pygmces qui paraissent des géans à travers le brouillard des siècles et le prisme des écrits mensongers; arrachez à la vieille idole son diadème de clinquant; et s'il faut que l'enfance entende parler des anciens, montrez-lui Athènes anarchique , injuste , ingrate, quelquefois cruelle , préparant le cachot de Miltiade, la coupe de Socrate, le massacre de Mytilène, courant au théâtre pour y voir d'insolens bouffons la traduire en ridicules à ses propres yeux (1), livrée par ses folies au joug étranger et à la tyrannie domestique. Cette liberté dont elle était si vaine , vendue par ses orateurs à l'or de la Perse. Montrez les fils des vainqueurs de Salamine , remettant leur défense à des mercenaires, ployer enfin à force de fautes sous le joug macédonien , et fatigant ses maîtres de l'excès de sa bassesse (2) ; montrez le Spartiate, atroce et tourmenté, sous le joug pesant et absurde de ses lois monacales ; montrez le Romain , malheureux et mécontent, au milieu de ses succès ; esclave , en asservissant le monde; pauvre, en le dépouillant au profit de quelques chefs (3); vil et méprisable au miheu de la puissance nationale ; et enfin le trône de Tibère au bout de l'avenue de trophées plantée par les Emile et les Scipion.

Ce serait un ouvrage éminemment utile au progrès des idées saines, qu'un abrégé de l'Histoire ancienne écrit dans un esprit de détraction, en adoptant cette manière légère et sardonique employée par Vohaire pour un autre but dans son Essai sur les mœurs ; le fanatisme politique est la folie de notre siècle , en le combattant avec les armes du ridicule et de l'indilTérence, on Iravaillerai-t au bonheur de l'espèce humaine, qui gagnerait en moralité, en industrie, en esprit d'ordre tout ce que consomme de facultés mentales cette misérable ardeur de parti qui quelquefois se déguise sous les noms pompeux de patriotisme et de zèle pour le bien public.

Ce n'est pas seulement l'esprit qui est faussé par la romanotnanie de collège ; mais le cœur est aussi corrompu et endurci par l'habitude d'admirer une nation qui, en barbarie, en férocité, en perversité, a surpassé les Kabayles et les Antropophages. La philantropie, la pitié, la bienfaisance, sont des filles du christia-

(1) Dans une comédie d'Aristopliane , le peuple d'Athènes est représenté sous l'allégorie d'ut) vieillard imliécille trompé, volé et hafoué par ses valets; lallégorie est tellemeut diaphane, que le nom de ce personnage est Demos, c'est-à-dire peuple.

(2} Les Athéniens rendirent un décret portant « que tout ce qui plairait au roi Démétrius, i) devait être tenu pour saint envers les dieux et j-iste envers les hommes (Phitarquc, « vie de Démétrius). Notez que ce roi était aussi renommé par l'effronterie de ses débau- » ches que par ses brigandages.»

(3) « Quelle pauvre figure faisaient ces maîtres du monde lorsqu'ils n'étaient pas à l'armée M ou en révolte! ils tombaient dans la misère dès qu'ils n'avaient plus personne à piller.» (Say, Economie poUtique j liv. 2, chap. 7. )

Dclolme, dans son ouvrage sur la Cnnstitution anglaise ., avait poussé aux admirateurs

de Rome et Sparte l'argument auquel il leur est le plus difûcile de répondre: « Faites-nous

.) connaître , dit-il , la seule chose qui mérite d'être dite: était-on heureux dans ces états que

-^vTTfî^'^^us nous exhortez à imiter. «

^vA V,.

nisme inconnues à l'antiquité Ni la philosophie d'Epicure, ni le culte des dieux

du Capito'e n'avaient prononcé la maxime : Ne fais pas à aiiirui ce que tu ne voudrais pas qu'il te fît , et jamais la voix de la compassion ne s'éleva dans le cœur de ces tyrans du monde. Virgile trouve que le sa(je ne doit pas compatir a l'indigence; Sénèque recommande de ne pas partager les douleurs de ceux qui pleurent , ces penchans monstrueux que le moderne reconnaît quelquefois avec effroi chez un misérable enchaîné devant la Cour d'assises ou dans les cabanons de Bicëtreoude Gharenton, celte horrible disposition qui, sans haine et sans vengeance, fait trouver le plaisir dans l'aspect de la mort violente ou des souffrances de l'humme, est un penchant général chez les Romains. Ceux d'entre eux dont l'histoire paile avec éloge se livrèrent à ce goiit aussi bien que ceux dont la mémoire est flutrie. Le spectacle d'esclaves jetés aux lions faisait partie des fêtes de Néron et de celles de Titus; ce dernier, dans un seul jour, fit massacrer dans le cirque six mille juifs; et il ne crut sans doute pas avoir perdu cette journée; car ce spectacle fut un des bienfaits par lesquels il gagnait l'affection populaire. Le sang des esclaves était répandu sans haine, sans colère, sans mécontentement; on les tuait par recherche de gourmandise, ou par ostentation de magnificence, pour, de leur chair, engraisser des poissons ou nourrir des panthères. A la sortie d'un festin, on en livrait quelques-uns aux convives, qui montraient leur adresse en leur abattant la tète, ou en les faisant expirer par des blessures bizarres et ingénieuses. La vie d'un animal destiné aux plaisirs du peuple-roi , était cent fois plus estimée que celle d'un homme qui n'était pas citoyen romain. Il était défendu aux paysans d'Afrique de tuer les lions du désert, en fussent-ils attaqués; on craignait que l'espèce n'en manquât pour les jeux du cirque, où ces animaux dévoraient des esclaves et des chrétiens ordinairement désarmés. L'histoire parle d'un lion qui avait mis en pièce plus de 800 hommes , et qui jouissait de ce genre de bienveillance populaire et de considération que parmi nous obtient un grand acteur. Le plus léger soupçon contre un meurtre suffisait pour hive mettre a mort tous ses esclaves; la torture pour ces malheureux, était le préliminaire obligé d'une déposition , comme aujourd'hui le serment. Si un Romain était assassiné dans sa maison, tous ses esclaves, même les enfans, étaient traînés au supplice. Ces atrocités étaient la conséquence des lois et des mœurs de la république corrompue des Marins et des Sylla. Les idées que faisaient germer le christianisme, et l'extinction des mœurs républicaines, portèrent quelques empereurs à opposer quelques bornes à la tyrannie des maîtres. Adrien dtfendit de tuer un esclave sans motif.

Maîtres atroces ! les anciens n'étaient pas moins barbares dans leurs familles : le meurtre d'un enfant par ses parens était un acte, à Sparte, quelquefois commandé, impuni dans le reste de la Grèce, et que ne flétrissait même pas l'opinion publique. L'intrigue de plusieurs comédies {;rjcques ou latines roule sur les suites d'expositions d'enfans, sans que la misère ou la honte aient pu contraindre les parens à cet abandon, décidé seulement par la crainte des embarras d'une famille; ce qui n'empêche pas ces personnages d'jtre considérés comme bons et estimables. Il faut remarquer que l'exposition d'un enfant était alors équivalente au meurtre , car il n'y avait pas d'hospices; l'enfant abandonné mourait de faim s'il n'était ramassé par des marchands d'esclaves. L'enfance, la vieillesse, la maladie, ne trouvèrent d'asyle et de secours que ceux que leur préparèrent les chrétiens aussitôt que cette croyance eut pris quelque extension.

Espërerait-on trouver les habitudes morales, les penchans bienveillans , les sentiniens de justice et d'humanité convenables à l'homme civilisé chez celui qui aurait passé son enfance et sa jeunesse parmi les boschimen du cap de Bonne-Espérance, ou chez les giagas. Eh bien! les Romains étaient plus cruels et plus mauvais que ces sauvag^es ; la dureté envers les autres est moins odieuse chez celui dont l'existence est pénible et tissue de privations que chez celui qui vit dans les délices. Le sang qui rejaillit sur la robe de fête d'un convive de Nércn produit une tache plus horrible que sur la massue d'un Iroquois, et l'aspect d'Antropophajjes dévorant les membres de leurs ennemis , me semblerait moins révoltant que celui des arènes de Rome jonchées de cadavres abandonnés aux lions.

Je demande donc qu'à cette éducation scolastique du moyen âge on substitue , 1" l'éducation morale et religieuse ; 2" l'éducation industrielle se composant principalement des sciences applicables aux arts utiles. Adolphe de Montureux.

Nota. M. Adolphe de Montureux ayant demandé que le prix du concours fût donné en argent à la famille indigente d'un légitimiste tué, ou prisonnier, ou estropié, par suite de la guerre civile de l'Ouest, ou des combats de l*aris en 1830, il est prié de la désigner.

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