‹ L'Écho de la jeune FranceChapitre 6 sur 120 · PORTRAIT DE CHATEAUBRIAND · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE CHATEAUBRIAND

» M. de Chateaubriand, génie mélancolique, suave, mémoire harmonieuse et enchantée d'un passe dont nous foulions les cendres , et dont nous retrouvions l'arae en lui ; imagination homérique jetée au milieu de nos convulsions sociales, semblable à ces belles colonnes de Paimyre, restées debout et éclatantes, sans brisure et sans tache, sur les tentes noires et déchirées des Arabes, pour faire comprendre, admirer et pleurer le monument qui n'est plus ! Homme qui cherchait l'étincelle du feu sacré dans les débris du sanctuaire, dans les ruines encore fumantes des temples chrétiens; et qui, séduisant les démolisseurs même par la pitié , et les indiffércns par le génie, retrouvait des dogmes dans le cœur, et rendait delà foi à l'imagination! Les mots de liberté et de vertu politique sonnaient moins souvent et moins haut dans ses pages toutes poétiques ; ce n'était pas le Dante d'une Florence asservie , c'était le Tasse d'une patrie perdue , d'une famille de rois proscrits, chantant ses amours trompés, ses autels renversés, ses tours démolies^ ses dieux et ses rois chassés, à l'oreille des proscripteurs, sur les bords même des fleuves de la patrie; mais son ame grande et généreuse dofinait aux chants du poète quelque chose de l'accent du citoyen. Il remuait toutes les fibres généreuses de la poitrine, il ennoblissait la pensée, il ressuscitait l'ame ; c'était assez pour tourmenter le sommeil des geôliers de notre intelligence. Par je ne sais quel instinct de leur nature, ils pressentaient un vengeur dans cet homme qui les charmait malgré eux! Ils savaient que tous les nobles sentimens se touchentet s'engendrent, et que dans des cœurs où vibrent le sentiment religieux et les pensées mâles et indépendantes , leur tyrannie aurait à trouver des juges , et la liberté des complices ! » On est tout près d'être consolé en songeant que ce sont là des pages écrites d'hier que personne ne sait encore; on est tout fier et tout heureux en pensant que l'homme qui parle ainsi , que l'homme dont on parle ainsi , sont les deux protecteurs les plus puissans , les deux amis les plus vrais de la jeunesse reconnaissante, qui voit en eux seuls sa poésie et son avenir.

Après cela ne nous demandez pas d'autres nouvelles littéraires. M. de Lamartine et M. de Chateaubriand ont tout pris. Tout le reste est mort. Quel bonheur de les trouver souvent debout ces deux grands hommes , couvrant de leur ombre toutes les pages , tous les vers, tous les livres, tous les renoms contemporains. M. F. , du Comité de Paris,

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