SCÈNE XV
LE ROI , BUTLER , ASBURNHAM, CROMWELL déguisé, puis , à la fin , LESLEY.
LE ROI, roj/ajit qu Asburnham et Butler gardent le silence. Eh bien ! messieurs, doii vienl cet airlrisle et rêveur? Avons-nous, par hasard , forfait à noire honneur? Allons, je vous en prie, un peu plus de courage: Ne nous reste-t-il donc qu'un port dans le naufrage ?
LA IKUNE FRANCE. 2Ï57
En France nn cardinal cherche à nous éhider , Eh bien ! en d'autres lieux nous irons aborder ; En Suède...
CROMWELL, à part.
Ah ! vraiment !
LE ROI
Peut-être en Allemagne.
CROMWELL, à part.
On ne bâtit pas mieux les châteaux en Espagne...
LE ROI
Il ne faut pas penser que chaque souverain A près de sa personne un second Mazarin ! Un cœur à préjugés : fille 'lu j5n-and Gustave , Christine, dans Slokholm, rit du siècle et le brave. Les cours jugent les rois et se règlent sur eux : La sienne a consolé Descartes malheureux.
( Après une pause. )
Je sais qu'il eut pour lui le nom de pîiilosophe.
Philosophe ! Ah ! qui donc en cette catastrophe
L'eût été plus que moi ? Maître de trois éiats,
J'ai pu voir à mes pieds les plus grands potentats :
Ils n'avaient pour régner qu'iui Madrid, qu'un Lisbonne;
Moi je parais mon front d'une triple couronne,
Et tenais d'une main Dublin , Londre , Edimbourg.
CROMWELL , à part.
La main devait fléchir; le poids était trop lourd.
LE ROI
Vingt ans j'ai gouverné : ce ne fut pas sans gloire; Je laisse ma défense aux pages de l'hisioiie. Quelque soit l'avenir que Dieu m'ait réservé, Elle écrira les temps où je me suis trouvé ; El quand elle veira qu'un resie de puissance, Ne m'a point fait ici trahir ma conscience , Alors, tout en plaignant ses nombreuses erreurs, Peut-être sanra-t-elle accorder quelques pleurs A ce roi malheureux implorant un asile. Où sa vieillesse un jour puisse expirer tranquille; A ce roi si puissant, fugitif aujourd'hui, Tendant la main à ceux dont il était l'appui , Et qui n'oppose plus à celte destinée Qu'une tête déjà grise et découronnée !
( On entend sonner onze heures. Lesley rentre en ce moment ) , etc., etc.
(CROMWELL , acte II, 2* partie.)
Voilà le drame auquel le Théâtre-Français n'a pas même daig^né accorder une lecture; en revanche il nous a montré Charles IX amoureu.\, et Henri IV infâme et stupide.
Voulez-vous, en trois mots, savoir ce que font les théâtres de Paris? le voici : rOpera est en grand émoi , pour savoir si M*^*' Essler danse aussi bien que .AP'*" laghoni; le théâtre du Palais-Koyal bat des mains a M"*' Dejazet ijui fume un cigare, suspendue qu'elle est à un hamac; le théâtre des Variétés s'amuse beaucoup de Vernet jouant un rôle d'ivrogne ; le Gymnase a fait de Bouffé un capitaine de vaisseau , ancien marchand de tabac à la Carotte d'or ; le théâtre de rOpera-Comique fait des élégies sur la mort de IJoieldieu , un grand nmsirion il est vrai , mais pour qui il ne lallait pas insulter monseigneur l'archevêque de Paris. En un mot, tous les théâtres de Paris , grands et petits, sans oublier l'ignoble fortune d'un personnage des bagnes , nonnné Bnheri Macn'nr , qui vient de doter
la langue d'un nouveau proverbe ( tues un vieux blagueur ), ressemblent beaucoup à la fumée factice qui sort de la bouche aiguë et ëdenlée de M"^ Dejazet ! Ou est le théâtre !
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CHRONIQUE