‹ L'Écho de la jeune FranceChapitre 91 sur 120 · SCIENCES MÉDICALES · texte numérisé non relu

SCIENCES MÉDICALES

Le sphyfimomelre , instrument qui traduit à l'œil l'action du pouls. Utilité de cet instriunent dans l'étude des maladies. Recherclies sur les affections du cœur, et le moyen de les distinguer entre elles.

Tel est le litre d'un mémoire présenté à TAcadémie des sciences par le docteur J. Hérisson, de Paris. Le spby{]^moinètre, et les travaux auxquels il a donné lieu, sont une nouveauté en médecine. L'Institut vient d'en reconnaître l'importance, en adressant les plus flatteuses félicitations à leur auteur, et nous croyons utile de conserver une place dans ce Journal à quelques détails sur celte découverte.

S'il existe un moyen d'avancer les sciences, il est dans le perfectionnement des sens. Le calcul, l'abstraction et toutes ces admirables opérations de l'esprit, n'obtiennent de résultats utiles qu'en s'appuyant sur les faits, et les faits sont reconnus par la sensation. Que cette sensation soit donc nettement perçue, ri{|oureusement exprimée, et alors pourront commencer les travaux de fintellijfence.

Si la médecine est encore réduite aux conjectures sur le plus {jrand nombre de nos maladies, la faute en est à nos sens auxquels la nature a refusé l'étendue nécessaire pour pénétrer la plupart des phénomènes de la vie. Ce que cette science a de vrai , elle le doit à la sensation : tout ce que le médecin voit , entend, sent ou touche, est positif, et peut le conduire directement ou par induction au but de son art; le reste est de pure hypothèse, et le mène ordinairement à l'erreur.

Avant la découverte de Laënnec (le sthéloscope), les maladies de poitrine n'étaient aperçues qu'après la mort. Avant Broussais, qui fit toucher avec les doigts et voir avec les yeux le siège des maladies aiguc's, et leur point de départ, on ne voyait partout que des fièvres de toutes couleurs. Ces êtres iiiiaginaires ne pouvaient satisfaire les esprits rigoureux; mais chacun, sur eux et par eux , donnait essor aux spéculations de son esprit ; chacun , au hasard , se rapprochait ou s'éloignait de la vérité; au hasard, on attaquait le mal; et si les malades guérissaient, c'était par hasard.

Le toucher est le sens dont se servent les médecins pour l'exploration du pouls : cependant les perceptions du toucher sont, pour ainsi parler, individuelles; elles varient comme les individus ; elles se décrivent difficilement , et leur énon-

iptions du poul

pendant nos maladies, avant et pendant les crises qui les terminent. On a impriuié des centaines de volumes sur le pouls, et pourtant personne encore ne jiourrait vous dire précisément si votre poids d'aujourd'hui est plus fort que celui d'hier. Il s'en trouvera sans doute qui prononceront hardiment qu'il s'est élevé; mais conunent prouveront-ils qu'ils ont raison contre l'opinion d'un collègue qui prétendra le contraire? Celui-ci ordonnera du bon vin pour vous fortifier; les auties demanderont à grands cris la saignée. — De quel côté vous vient le meilleur conseil ?

quel est celui que vous devez suivre? rien ne vous l'indique, pas même l'avis de la majorité.

L'art sphy|jmique aujourd'hui , à part quelques observations bien faites et faciles à vérifier, n'est donc (|u'un sujet d'embarras pour les docteurs qui ont à s'entendre sur la valeur des si(jnes que fournit le pouls, et le traitement qui doit en résulter.

Le docteur Hérisson, frappé de ces considérations , a recherché un moyen qui put remédier à tant d'incertitudes. Nous pouvons affirmer qu'il y est parvenu avec un rare bonheur : il a ima^jiné le sphyjjuiomèlrc.

Le toucher désormais n'aura plus qu'à se rendre jug^e des (jualités de forme et de densité du pouls. L'instrument vous en donnera nuriiericjuement la force , le rhythme et toutes les anomalies qui peuvent se rencontrer à l'état de santés comme à celui de maladie.

Ln s'aidant du sphy{j^moniètre, il n'est plus possible de faire de ces sai^jnées qui ne font aucun l)ien , paice qu'elles sont trop laiijles, ou qui tuent parce qu'elles sont trop abondantes : on peut les mesurer sur les forces du malade.

\ ous n'aurez plus à frémir de l'opposition de deux médecins qui, se fondant sur l'appréciation de votre pouls, fonnulent d'ordinaire en sens diamétralement opposé.

Si le sùnn- poussé vers votre tête par un cœur trop énergique vous cause des vertiges, vous menace d'un coup de sang, vous pouvez éviter tout cela en maintenant votre pouls au degré de force qui convient a la santé. Le sphygmomètre ici vous sert encore de boussole, et vous préserve d'une maladie qui se compare à la foudre par la rapidité dont elle frappe ses victimes.

L'application que le docteur Hérisson a faite de son instrument à l'étude des maladies de cœur, jette un {;raud jour sur le diagnostic de ces redoutables affections, llassurons-nous pourtant , notre savant sphygmologue alfirme que les altérations du tissu de cet organe sont rares , comparativement à ces troubles ionctionnels qui pourraient faire prendre le change sur le caractère véritable de la lésion. Il est devenu facile à M. Hérisson de les distinguer, et de pouvoir alors les traiter suivant leur nature. Des études constantes pendant six années , une foule d'observations, et de nombreuses preuves anatomiques, ont permis à l'auteur de donner, comme caractéristiques, les signes qu'il décrit dans son mémoire. Ici nul doute ne sauiait s'élever à leur égard, car ils peuvent être vérifiés par les yeux.

Plusieurs médecins d'une haute célébrité, et parmi lesquels nous sommes autorisés a citer M. le professeur Andral, ont reconnu au sphygmomètre les qualités (lue lui assigne le docteur Hérisson. Des exjiérienccs multipliées ont été faites dans les hôpitaux, et nous n'hrsitons pas à déclarer cette decouv<îrte connue capitale, et digne de fixer l'attention de tous ceux qui s'intéressent au progrès réel de l'esprit humain.

Nota. Le mémoire se trouve chez 3DI. Crochard, liljraire, place de l'Kcc Vlédecine, n'' L"), et chez Bohaire, rue Laffitte. Le sphvgmomèlrc chc jaj-nier, rue Taitbout, n'' 8 bis.

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