‹ L'Écho de la jeune FranceChapitre 94 sur 120 · LE DÉPART · texte numérisé non relu

LE DÉPART

?sous rencontrons encore M. Sixdeniers ; mais celle fois il est seul. Voici deux petits sujets lout-à-fait gracieux, et qu'il a traités avec une supériorité vraiment remarquable. Le premier [leDrpari] est la reproduciion heureuse d'une scène touchante, dont nialueureusement nous sommes témoins tous les jours : une jeune paysanne, sétiuile par l'hounne qu'elle aime, s'enfuit avec lui. Avant de quitter la maison paternelle, elle veut

'\) C'est le nom de la frégate sur laquelle M. de Kigny avait arboré son pavillon amiral

ieter un dernier rej^ard sur son père, vieillard à cheveux blancs , qu'elle craint de réveiller par une niarciie Irop brusque. Celle tète est admirablement rendue; le calme et la sérênilé d'une vie paisible se laissent deviner; la douce majesté de sa lii^ure, la peine qu'il va éprouver lorsqu'à son réveil il apprendra la fuile de sa fille coupable , tout en lui vous interesse : les deux autres personnaj^es ont aussi l'exactitude de leur situation ; la jeune bile semble hésiter encore, tandis que le jeune homme, dévoré d'impalience, redoute le moindre retard comme un obstacle à la réalisation de son projet.

Nous les retrouvons l'un et l'autre à quelques années de distance dans la seconde j^ravure (le lieiovr). Ce n'est plus la jeune et timide paysanne qui toute tremblante abandonnait sa chaumière , mais une femme du monde, régulièrement belle, d'une mise éléj^ante et recherchée, qui vient implorer le pardon de son vieux père et lui demander l'ouhli de sa faute • son époux , qui semble redouter sa colère, se tient à quelques pas ; le vieillard semble la repousser, mais on devine aisément que bientôt il pressera sa lille sur son cœur, et qu'il ne pourra résister aux naïves caresses de cette aimable enfant, qui vient de s'établir si familièrement sur ses genoux.

l'invasion.

Gravure à la manière noire , de M. Sixdexiers.

Des étrangers ont envahi le territoire ; avides de carnage , leurs bataillons inondent nos campagnes, après avoir traversé nos villes : le feu les précède, la mort les suit. Ils brûlent nos villages , ils frappent sans pitié des vieillards à cheveux iilancs , des femmes qui ne peuvent opposer que des larmes à la fureur des assassins; et, pour augmenter leur supplice , ils égorgent leurs enfans devant elles. Mais nos paysans sont devenus soldais , ils s'arment à la hâte. Voyez dans la plaine ce gros d'ennemis , ils vont l'attaquer ; ils périront tous, mais du mains ils serout vengés.

M. Sixdeniers nous montre dans sa gravure (l'Invasion) une paysanne qui est parvenue à soustraire ses deux enfans à cet horrible carnage. A l'abri d'une cabanne à moitié brûlée assise sur des déconbres encore fumans , elle entend la fusillade dans le lointain ; son époux y prend part , et chaque explosion d'arme à feu lui semble l'atteindre. Les vêlemens en désordre , les yeux hagards, les traits contractés par la douleur, tout dans celte

mais à son réveil il n'aura plus de père : les barbares 1 auront tue. Il y a beaucoup de vérité dans ce petit cadre. Le personnage principal surtout y est bien posé, et je crois qu'il serait biendiflicile , pour ne pas dire impossd)le , de mieux faire. ^\. Sixdeniers s'est tiré de toutes les diflicullés que présentait son sujet avec l'habileté d'un grand artiste.

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