ASTOR, LENOX AND ^•'LDEN FOUNDATION
INTRODUCTION
L'importance de l'acétylène était complètement reconnue depuis les mémorables expériences de M. Berthelot; mais on ne savait produire ce gaz qu'en faible quantité et par des moyens coûteux ; aussi n'avaitil jamais quitté le domaine du laboratoire. Mais, lorsque M. Moissan eut découvert un procédé de fabrication du carbure de calcium qui permettait d'obtenir ce corps et partant l'acétylène en grande quantité et à bas prix, un de ses collaborateurs, M. BuUier, comprit tout le parti industriel qu'on pouvait tirer de cette découverte, et prit des brevets à ce sujet. Toutefois, il se garda bien de franchir d'un seul pas l'énorme distance qui sépare les expériences de laboratoire de la pratique industrielle. Il lui fallait d'abord déterminer quels étaient les dangers réels de l'acétylène et les moyens de remédier à ceux que l'expérience ferait connaître ; étudier les meilleures conditions à
(•> INTRODUCTION
réaliser pour obtenir la combustion éclairante de ce gaz et la construction des becs brûleurs; construire des appareils simples et pratiques pour la préparation de Tacétylène par réaction de l'eau sur le (*arbure. C'est un vaste programme. L'expérience de <*es deux dernières années a prouvé qu'il n'est pas facile à remplir.
C'est ce que ne comprit pas un chimiste américain, M. T. L. Willson qui voulut, un an à peine après la communication de M . Moissan , entreprendre l'exploitation industrielle de l'acétylène. Au mois de janvier iSgS, il fit à Philadelphie et fit faire à Londres et à Berlin des conférences dans lesquelles il s'attri- J)uait le mérite de la fabrication du carbure de calcium dans le four électrique, et dans lesquelles il était déclaré que ce produit coûterait un prix dérisoire de bon marché, que la mise en pratique des faits annoncés était la simplicité même, en un mot, que l'acétylène entraînait une révolution complète et immédiate de nos procédés actuels d'éclairage.
Ces conférences, très remarquables d'ailleurs, attirèrent beaucoup l'attention ; l'éclairage à l'acétylène fut baptisé « l'éclairage de demain », et chacun se mit à l'œuvre ; ceux môme qui, la veille, ignoraient qu'il pût exister un gaz de ce nom, s'engagèrent dans cette voie toute tracée dont on attendait monts et merveilles à très bref délai. Cependant près de deux ans se sont écoulés ; le nombre des travaux publiés sur l'acétylène menace de prendre des proportions
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iniisitt'.cs ; li's brevets délivrés â ce sujot se chiirrent par centaines ; mais les applications sont encore très peu nombreuses; nous ne croyons pas qu'il existe une seule installation présentant un caractère véritablement définitif et industriel; ce ne sont que des essais et des tâlonnements.
Faut-il en conclure f|iic les espérances concuca à l'origine étaient fausses? Que l'éclairage à l'acétylène n'est pas susceptible d'applications pratiques ? Nous ne le croyons pas. Tout l'enseignement qu'il faut tirer de cet écart entre les désirs de chacun et leur réalisation, c'est qu'on s'est engagé trop rapidement dans cette voie encore mal connue et peu étudiée jusqu'ici au point de vue pratique. C'est une conséquence malheureuse de l'activité fébrile d'aujourd'hui.
Si un savant ou un inventeur veut conserver la priorité de son invention, ou s'assurer les bénéfices de sa découverte, il est obligé de publier le résultat de ses travaux avant d'avoir pu les porter au point de perfection qu'il désirerait leur donner. L'essaim des inventeurs »'abat alors à grand bruit sur la pâture qui hii est donnée ; le point de départ est bien souvent oublié, parfois ignoré, <le la plupart d'entre eux. Faut-il s'éton-
Bner que, dans ces conditions, les résultats obtenus ne oient pas en rapport avec la somme de travail
■■dépensée ?
OaBS les pages suivanles, nous avons cherché à faire
ïlin exposé aussi (idcle et aussi complet que possible
'de l'étal iicliifl de la question, en insistant parlicuMc-
8 INTRODUCTION
rement sur les points d'intérêt général, tels que les dangers possibles, les conditions à réaliser pour la préparation et Tutilisation rationnelles de l'acétylène. Nous avons négligé toutes les applications de ce gaz autres que l'éclairage; elles sont nombreuses ; plusieurs peuvent donner naissance à des industries considérables : il suffira de citer la fabrication de l'alcool, des couleurs d'aniline et d'une foule d'autres produits chimiques, l'application aux moteurs, qui pourra devenir très importante en ce sens que l'acétylène permettra d'emmagasiner une quantité considérable d'énergie sous un poids et un volume plus réduits que tous les autres corps actuellement connus, la carburation de l'acier, etc.
Ces applications ne sont pas encore entrées dans la pratique ; leur étude nous eut entraîné à de trop longs développements. Nous pensons qu'un ouvrage spécial pourra leur être consacré.
Le cadre que nous nous étions tracé suffisait complètement à notre tâche ; encore n'osons-nous espérer de l'avoir complètement rempli.