I. ACf:Trt.Ey
90. Applications. — (liid t^st, maintenant, l'avenir de l'acétylène liquide?
Bien qu'il en ail été souvent question dans ces derniers temps, ses applications sont encore fort peu répandues. A première vue, rien n'est plus séduisant que l'emploi de ce corps qui permettrait de transporter facilemenl. sous un volume très réduit et un faible poids, une quantité considérable de gaz pouvant donner un éclairage parfait, dans toutes les conditions, et apporterait la solution du problème de l'éclairage à la campagne et dans les villes, à bord des bateaux, sur les chemins de fer, les tramways, les bicyclettes, etc.
M. Raoul Pictet, qui a fait beaucoup pour amener la réalisation commerciale de celle brandie de l'industrie, envisage ainsi la question :
M On peut créer au fur et à mesure des besoins une série de bonbonnes ou réservoirs à acétylène pur liquéfié de diverses formes et dimensions, remplissant toutes les conditions voulues de solidité et de sécurité, pour spr^TT aux appareils d'éclairage portatif ou autres spéciaux. notamment des réservoirs ad hoc pour les lampos j^nre Carcel, les lanternes de voitures en tous genres, celte» de bicyclettes, de bateaux, navires, phares, bouées, etc.
« Les réservoirs des lampes domestiques seront I bref délai extrêmement nombreux; un système de vannes, de soupapes interchangeables permettra à tous ces petits appareils de s'ajuster avec la plus grande rapidité aux résen'oirs de plus grandes dimensions qui seront disséminés dans toutes les grandes villes, chez les épiciers, les droguistes, les lampistes, etc., clc: le remplissage des pelils récipients, se faisant au moyen de la pression par un simple jeu de soupape, donnera aux conditions normales exigées pour le service régulier dans tes maisons la même sécurité et les mêmes avantages
ACIiTYl-EyK LIQUÉFIli ET COMPRIMÉ 171
me l'on trouve dans la distribution actuelle du pétrole, î l'huile ou de n'importe quel autre système d'éclairage. La domestique entrera dans un magasin, remettra Ion réservoir et, instantanément, le recevra rempli à ouveau et prêt à fonctionner. Les difFérences de poids icrmettront un contrôle très facile et défiant toute bnlestation. »
• Cette organisation commerciale est évidemment très séduisante et capable d'exciter l'enthousiasme même d'un homme de la valeur de M. Raoul Pîctet. Mais, en pratique, deux raisons principales ont retardé la réalisation de ce heau rêve; ce sont d'abord le prix de l'acétylène liquide, ensuite et surtout, les dangers qu'on redoute de son emploi.
Les promoteurs de ce système d'éclairage ont publié les chiffres les plus fantaisistes pour prouver que l'éclairage à l'acétylène liquide serait très économique. Malheureusement ces chiffres ne sont pas exacts.
En Amérique, la Compagnie exploitant les procédés Willson a proposé de vendre l'acétylène liquide et publiait à ce sujet le calcul suivant, l II y a, à Philadelphie, io4oo lampes à gazoline dépen- Hant chacune io5 francs par an; alimentées par un rêylindre d'acétylène que l'on n'aurait à remplacer que tous les a mois, elles ne dépenseraient que .35 francs par an et donneraient une lumière i fois i/i plus puissante. L'économie serait donc de 70 francs par lampe. En ne comptant même que 5o francs par lampe et par année, on trouve que Philadelphie ferait une économie annuelle de jioooo francs. Ce calcul est erroné. En effet, si l'on admet que la durée moyenne «l'allumage des lampes soit de 10 heures par jour et que chaque bec consomme seulement ao litres à l'heure, il faudrait 10 X ^65 X ^o = 7^000 litres de gaz, soit
17a F,' ÉCI.AinACE A LACÈTYLÈSE
^^222^ iga litres iract'tylèiie liquide (i); pour que les chiffres ci-dessus soient corrects, il faudrait donc pouvoir vendre l'acétylène liquide à raison de ^'- = 0,176 francs le litre ou au pliis ~ =; 0,^*86 francs.
Ce prix ne reprt'Hcnte mùuie pas la valeur du carbiirr do calcium nécessaire à préparer les !î8o litres de gaz que représente i litre de liquide.
M. Raoul Pictel a trop bien étudié la question pour tomber dans une erreur du même genre, mais les propriétés qu il attribue à l'acétylène diffèrent complètement do celles que les autres physiciens ou chimistes lui ont reconnues; comme les chiffres de M. Pictet sont 1res favorables à l'acétylène et que, d'un autre côté, les chiffres qu'if cite pour le pouvoir éclairant du gaz d'éclairage sont défavorables à celui-ci qu'il prend comme terme de comparaison, il arrive à des conclusions que la pratique aurait peine à justifier.
Pour lui, l'acétylène qu'ont cm piové Ions les savants qui ont étudié la question était impur. Aussi ne connallrait-uii les vraies propriétés de ce gaz que depuis ses travaux.
11 admet que l'on obtiendra de 1 à .'î bougies-heures par litre d'acétylène pur bridé, et que 1 kilogramme d'acétylène liqi[idc donnera i m^ de gaz; il adopte la moyenne de a 000 bougies-heures par mètre cube, I) admet, en outre, que le bec-papillon débitant 120 litres de gaz ordinaire à l'heure donne 5,5 bougies, et qne lo bec Bengel donne 16 bougies pour une dépense Ae •2LJO litres à l'heure. L'acétylène aurait donc un pouvoir éclairant de 44<4 foi** à '-"'A '"'s, soit en moyenne 115,7 '"'*' plus considérable que celui du gaz ordinaire, ce qui permettrait, par conséquent, de le vendre à Paris 35, 7 fois 3o centimes, soit 10,71 francs le mètre cube. Or
(1) K Puri». les bccii nlliiincs Inulo lu nuit brillent pendniil 3 par an. en mojenna, ot les bwi éteiata û minuit a()(ig.l7 hsureit.
ACETyi.E.\F. I.IQUIiFli; ET COMPDIMÉ r;')
son prix de vente ne serait que de 4 francs ; il serait donc très économique.
Ces chiffres ne sont pas vérifiés par l'expérience. M. Huilier, dont les expériences ont été contrôlées parle lal)oratoire de la Ville de Paris (service do la vérification du gaz), n'a jamais oblenn la carcel-heure pour moins de 8 litres dans des becs de faible débit, 7 litres dans les becs de 5 à 6 carcels, et enfin 5 litres pour des foyers intensifs à récupération. Ces résultats ont été obtenus avec de l'acétylène pur (à 99,5 ou 99,6 pour 100). En outre, I kilogramme d'acétylène liquéfié ne donne en moyenne que 910 litres de gaz. En admettant le prix de vente de 4 francs le kilogramme, la carcel-heure avec l'acétylène liquide reviendrait donc à •*'^'' J^ ^ ^ 3, 187 centimes dans des becs <i'intensité moyenne. C'est un prix plus élevé <]ue celui du gaz de houille avec le bec Bengel ordinaire.
Le prix de 4 francs le kilogramme devrait donc être abaissé dans denotables proportions pourqiie l'acétylènb liquide puisse lutter avantageusement au point de vue économique.
Sl.Xccide^its. — Reste la question capitale de la sécurité.
Il est évident que l'emploi d'un liquide pouvant développer aux températures ordinaires des pressions énormes ne va pas sans l'appréhension de quelque danger. Sans doute d'autres corps analogues, tels que l'acide carbonique liquide employé dans les brasseries, le bioxyde d'azote employé par les dentistes, l'oxygène liquéfié, sont entrés dans la pratique industrielle. Mais il ne faut pas oublier que, dans l'industrie, ce sont des ouvriers expérimentés qui se servent de ces appareils ; encore arrive-t-il parfois des accidents. Qu'adviendraitil si ces « cartouches » étaient confiées aux mains les plus inexpérimentées, surtout avec l'acétylène qui
,-i I. ÉCLAIlrAGE A I.ACKr}'L£.\E
s' end a minerait et Icrait explosion en cas d'accidenl J PliiKieiirs catastrophes, dues a racétylêne liquide. oM éty enregistrées. La première eut lieu en janvier dprnior; une explosion suivie d'incendie se produisît à celte époque dans les ateliers ilc JIM. Pfeghar et fils, i NeAv-Uaven (États-Unis d'Amérique).
Deux cylindres à acétylène, ayant chacun 1,90 m Av longueur et o,ia5 m de diamètre timbrés à la pression de a6o kg: cm', ontfait explosion. L'un d'eux i'iit projdiau-dessus du toit de l'usine et alla tomber à ~'> mètres <lu lieu de l'explosion. De plus, le gaz mis en liberlè )iar cette double explosion s'enflamma et conimunii|iiii Iffeu aux ateliers.
La seconde catasiruplie eut Heu à Berlin, précisétncnt dans les ateliers de M. Raoul Pictet. Elle tiil suivie d'un incendie qui détruisit tout le bâtiment. M. Pictet ■ attribué l'explosion à rincendie, mais cela est ppti probalile, car les témoins de cet accident ont déclaré avoir entendu d'abord une violente explosion qui fut accompagnée presque immédiatement d'une immense gerbe de flammes. D'ailleurs, la troisième catastrophe qui a eu lien tout dernièrement à Paris, toujours dans les ateliers de M. Pictet, s'est produite sans qu'atu-un incendie se soit «léclaré. 11 en a été de même dans l'explosion qui s'est produite ii Berlin, dans les atelier» de 51. Isaac, et qui a coûté l'existence à plnsieurs personnes. Tous ces accidents sont arrivés dans des usines de fabricants oii la manœuvre était faite par des ouvriers exercés ; elles l'ont voir combien grandes doivent élrc les précautions ii prendre dans le manieineiil de l'acétylène liqiiidi.
92. Les dangers de l'acétylène liquide. — M. He^ Ihelot avait observé, dans ses anciennes expériences.