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L'eclairage electrique

* considérées, dans le moyen âge, comme un grand progrés apporté à l'éclairage, et les lanternes pour éclairer les villes ne datent que du dix-septiéme siècle (1667). C'est seulement au milieu du siècle suivant que furent inventés les fameux réverbères (lanternes à réflecteur) que nous avons encore vus dans notre jeunesse suspendus au milieu des rues des difit'érentes villes. Aujourd'hui nous méprisons beaucoup ces moyens d'éclairage, et pourtant, quônd Quinquet inventa en 1785 l'espèce de lampe qui porte son nom, on trouva qu'il avait fait une magnifique découvertes et je me rappelle encore l'enthousiasme avec lequel a été accueillie l'invention de la lampe à mouvement d'horlogerie de Carcel. Toutefois ce n'est qu'à lepoque de la découverte des propriétés éclairantes du gaz par Lebon, en 1801, que commença Tére des révolutions dans l'éclairage public j mais, bien qu'on ait pu constater dés l'origine les. avantages immenses que présentait ce mode d'éclairage, il fallut longtemps pour qu'on se décidât à l'adopter. C'est en Angleterre que furent faites les premières applications de ce système à l'éclairage des rues, et, bien que l'invention fût toute française, on ne pensa à l'employer à Paris qu'en 1818, sous l'administration de M. de Chabrol. A cette époque, tous les produc- ^ teurs d'huile à brûfer furent frappés de stupeur, et ils voyaient dans cette découverte la ruine de cette industrie ; mais, contrairement à leurs prévisions, ils reconnurent bientôt que la consommation de l'huile à brûler augmentait avec le développement de Téclairage au gaz, et cela devait être ainsi, car l'éclairage au gaz, en habituant les populations à une lumière plus vive, devait faire augmenter le nombre des lampes employées pour l'éclairage privé et perfectionner à ce point de vue la

* Il paraît que c'est Argant qui fit cette invention, et que Quinquet ne fit que la perfectionner en adaptant à la lampe le tuyau de verre qui fait l'office de cheminée.

construction des lampes elles-mêmes qui dépensèrent, par cela même, une plus grande quantité d'huile.

Ce coup d'œil rétrospectif nous montre qu'on s'exagère à tort en ce moment les conséquences que pourait entraîner le développement de l'éclairage électrique. Si ce mode d'éclairage arrivait à être produit dans des conditions tout à fait pratiques, il faudrait bien des années encore pour qu'il pût se généraliser, et encore il ne pourrait pas toujours être appliqué; mais, comme on se serait habitué à cette lumière vive qui fait paraître les becs de gaz aussi sombres que le paraissaient, par rapport à eux, les réverbères, on se trouvera obligé de multiplier les becs de gaz sur les points où l'on sera forcé de les employer, et la consommation pourra peutêtre même dépassçr ce qu'elle est aujourd'hui.

Bien que la découverte de l'immense pouvoir lumineux d'une décharge électrique déterminée à travers deux électrodes de charbon ne soit pas nouvelle, ce n'est guère qu'en 1842 qu'on fit des expériences assez importantes pour qu'on pût pressentir la possibilité de son emploi comme moyen d'éclairage public. Les résultats obtenus par MM. Deleuil et Archereau dans leurs expériences faites, à cette époque, au quai Conti et à la place de la Concorde, avaient stupéfait tous ceux qui en furent témoins, et l'on se demandait déjà si, en opérant sur une très grande échelle, on ne pourrait pas créer des soleils artificiels capables d'éclairer chacun tout un quartier de ville. Mais à cette époque la production de l'électricité nécessaire à la création de cette lumière exigeait des frais considérables ; les moyens de la régulariser étaient très primitifs, et les personnes compétentes ne croyaient guère qu'on pût l'appliquer à l'éclairage public. Pourtant, en 1857, les machines magnéto-électriques de la compagnie V Alliance^ construites dans l'origine dans un tout autre but que la lumière électrique, prouvèrent bientôt, à la suite de nombreux perfeclionnements qui

lui furent apportés par M. J. Van Malderen, que cette production de lumière pouvait être effectuée dans de bonnes conditions, et même dans des conditions telles, que, lumière pour lumière, on pouvait l'obtenir à un prix moins élevé que celui du gaz. On commença alors à revenir à l'idée de son application à Téclairage public; mais la difficulté de la diviser et de la répartir sur plusieurs points, la surveillance qu'on était obligé d'apporter au fonctionnement des lampes électriques, rirrégularité d'action de celles-ci, découragèrent encore les plus fervents, et ce n'est que dans ces derniers temps, après de nouveaux perfectionnements apportés aux machines électriques, aux charbons des lampes et aux lampes électriques elles-mêmes, après surtout les expériences si intéressantes entreprises par la compagnie Jablochkofi' pour l'éclairage des rues et des établissements privés, que la question est revenue à l'ordre du jour, mais cette fois dans des conditions infiniment plus favorables et qui font présager une solution prochaine. A en juger par l'émoi causé sur le marché financier des compagnies de gaz en Angleterre, comme en France et en Amérique, on peut croire que la chose est devenue sérieuse, et nous pourrons, probablement d'ici à peu d'années, assister à la transformation de l'éclairage public, comme nous l'avons déjà vu en 1818. Toutefois, je dois le répéter, je ne puis penser que Temploi du gaz soit à jamais supprimé, et je ne serais même pas étonné, par les considérations émises plus haut, que la consommation en fût augmentée. N'y aurait-il que son emploi comme moyen de chauffage et comme force motrice, que Ton pourrait encore croire à son avenir ; car, pour Téclairage des maisons, il est impossible d'admettre remploi de machines à vapeur, et le problème ne pourrait être résolu qu'avec des moteurs à gaz, les seuls qui peuvent être mis instantanément en action, et qui ne nécessitent pas l'emploi de chauffeurs et de mécaniciens.

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