‹ L'Éclatement Spontané du Globe OculaireChapitre 3 sur 9 · LUN OE · texte numérisé non relu

LUN OE

Vi RE Muse

Ci - PL

Définition - Historique

L'éclatement spontané du globe oculaire s'observe dans deux conditions fort différentes : tantôt la rupture se traduit par une mince fistulette non douloureuse, qui peut passer inaperçue, si elle n’est pas recherchée. Elle est due à un ulcèxe de la cornée, qui, crèusant en profondeur, a perforé la membrane de Descemet, et se voit par exemple dans les conjonctivites purulentes, où la perforation constitue le gros danger de cette affection. Tantôt la rupture se produit brusquement, sans être précédée d'aucun traumatisme, au milieu de douleurs atroces, et est suivie d’une hémorragie expulsive plus ou moins abondante.

Seule cette seconde variété mérite le nom d’éclatement spontané du globe oculaire, et c’est elle que nous allons étudier ici.

Nous avons pu recueillir trente observations, parmi lesquelles deux inédites, dont l’une nous a été communiquée par M. le professeur de Lapersonne, et l’autre par M. le professeur agrégé F. Terrien.

La première observation en date est celle du médecin hollandais J. Baster. Elle a été publiée dans les Mémoires de la Société des Sciences de Harlem en 1770. Elle a été traduite et publiée à nouveau par Sichel dans son Mémoire sur le glaucome.

La seconde observation est due à Fleming, et on peut en trouver la traduction dans le supplément du traité des maladies des yeux de Mackensie.

ÉD

En 1894, Valude publie une observation, V. Morax une autre en 1896, et Millikiri une troisième en 1899.

Le premier cas de rupture spontanée du globe oculaire sans ulcère de la cornée a été présenté en 1900 par A. Terson, à la Société d'Ophtalmologie. Malgré cette observation, Gama Pinto croit à la nécessité d’un ulcère, et cite à l'appui un cas dans l'Encyclopédie française d'Ophtalmologie.

En 1902, Gilfigan fait paraître un cas et le professeur Hosch de Bâle un second, en 1903, dans lequel l’hémorragie était due à un petit néoplasme. |

En 1906, Houdart présente à la Société française d'Ophtalmologie une très intéressanté étude sur cette question avec une observation inédite.

En 1908, on retrouve trois cas dus à Villard, deux de H. Coppez et deux autres de Bialetti.

En 1910, Chardin soutient une très intéressante thèse sur la rupture spontanée du globe dans le glaucome, où l’on peut lire cinq observations inédites.

Depuis cette étude, Ellett a publié un cas en 1910, Sivizew trois à la même date, Lacompte un cinquième très intéressant, Harman un autre en 1915 et enfin, depuis la guerre, Rutherford a fait paraître une dernière observation dans Bristish Journal of Ophtalmology.

Symptomatologie

Brusquement, le malade ressent, dans la région orbilaire et peri-orbitaire, une douleur atroce, effroyable, qui ne peut être comparée à aucune de celles connues. Tous ont été surpris : l’un dormait, un autre causait avec ses camarades, un troisième se penchait hors de son lit.

La douleur dure plus ou moins longtemps, 24 heures dans un cas, puis, au moment où elle atteint son maximum, le globe oculaire éclate, et presque toujours une hémorragie, quelquefois abondante, fait irruption, inondant la face, et expulsant hors de l'œil le vitré et le cristallin, que l’on retrouve souvent à terre ou sur les vêlements. Les membranes profondes de l'œil sont projetées à travers les lèvres de la plaie, et ne sont retenues que par leur adhérence au pourtour de la papille optique. Deux fois sur trente (observations 26 et 30), la rupture n'a pas été suivie d'une hémorragie expulsive.

Peu à peu, un caillot se forme, le‘sang s'arrête de couler, et les douleurs cessent. Dans quelques cas rares, elles reprennent et une nouvelle hémorragie se produit. Dans les jours qui suivent, la plaie se cicatrice, Pœil s'atrophie et devient-très mou.

En général, la rupture siège sur la cornée, rarement sur la sclérotique, comme dans les observations 26 et 30. La résistance de l'enveloppe externe de l'œil est toujours très diminuée, soit par un ulcère cornéen, soit par des lésions glaucomateuses ou séniles.

Pt Re

Tous les malades, sauf celui de V. Morax, étaient alttemts de glaucome chronique

C'est là un accident rare, survenant chez des vieillards (70 ans en moyenne). C’est à peine si on relève chaque année un ou deux cas publiés. Sans doute ces cas sont devenus plus rares, à mesure que le pronostic et la thérapeutique du glaucome se sont améliorés. La rupture spontanée du globe oculaire devait s'observer davantage autrefois. En effet, si nous ouvrons Mackensie au chapitre du glaucome, nous voyons celle affection évoluer en 6 périodes. La cinquième comprend la rupture spontanée de la cornée.

« La cornée, dit Mackensie, est irritée par la pression du cristallin, hypertrophiée et déplacée en avant ; elle se trouble, devient inégale et s’infiltre de sang par place. Elle s’enflamme, s’ulcère et se perlore : le cristalhn, ramolli et opaque, s'échappe de l'œil, et les vaisseaux de l'iris et de la choroïde saignent abondamment à travers l'ouverture de la cornée. »

Observation 1, — Mémoires de la Société des Sciences de Harlem. — Résumée.

Le médecin hollandais J. Baster avait perdu peu à peu la vision d'un œil depuis quatre ans, sans que celui-ci fut aucunement modifié dans son aspect. Deux jours avant l'accident, il avait subi pendant une course d'une demi-heure le cahot d’une voiture très mal suspendue. Etant occupé à jardiner, après avoir éprouvé une sensation douloureuse à la tempe, il sentit tout-à-coup son œil se gonfler énormément, de manière, dit-il, que son globe oculaire, d’après la sensation intense qu'il lui fait éprouver, lui semble être du volume d’un gros œuf de poule.

« Je commencçais à ressentir dans l'œil une douleur qui très soudainement devint insupportable. » Il lui sembla qu'un peu de liquide lacrymal lui coulait dans le nez. II se moucha. « Mais à l'instant même, je crus que le ciel et la terre s’abimaient autour de moi. La douleur ressentie alors pendant 30 à 40 secondes ne peut être comparée à aucune de celles connues. C'était à en perdre la raison. » Il sentit le sang couler le long de sa figure. Ses gémissements attirèrent près de lui sa femme, qui le trouva sans connaissance, la figure souillée de sang et l'œil saigaant.

« Le cristallin, accompagné d’un peu de sang caillé, et de quel-

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