‹ L'école aux apparitions mystérieuses [microforme]Chapitre 10 sur 11 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

C'était le 19 septembre 1846.

Un petit berger nommé Maximin Gérard, âgé de de onze ans, et une petite bergère nommée Mélanie Matthieu, âgée de 14 ans, gardaient leurs troupeaux sur la montagne de ia Salette.

La chaleur du jour était accablante : les deux bergers s'étaient endormis auprès d’un petit ruisseau. Mé'anie se réveillant n'aperçut plus les vaches ; elle réveilla Maximin, et aussitôt ils coururent la montagne pour aller à leur recherche. — En les ramenant, ils trouvèrent, à la place qu'ils venaient de quitter, une belle dame assise au bord au petit ruisseau. Elle avait la tête penchée et appuyée sur ses mains. — N'ayez pas peur, dit-elle aux enfants, et venez d'inoi.” Ellese leva aussitôt ; les enfants approchèrent : la voix douce de cette belle dame les tranquillisa.

— Aimes-tu bien le bon Dieu, demanda-t-elle à Maximin ?

—Pas beaucoup.

—Dis-tu tes prières ?

—Pas guère, répliqua-t-il naïvement, je n'ai pas le temps ; aussitôt l'aurore naissante, je suis forcé de quitter la maison pour aller aux «hamps.

—Mes enfants, dit la dame, il faut prier le bon Dieu. Si vous n'avez pas le temps dans la maison, dites une petite prière dans vos champs, invoquez le bon Dieu pour qu'il répande ses bénédictions sur vous et sur vos parents. Je suis venue vous annoncer une grande nouvelle que vous pouvez répandre, et tout de suite vos paroles aurontde l'écho dars tout le monde. Ecoutez-moi : dites que je vous ai apparu. Je suis Marie, la mère de Jésus. Dites à mon peuple que s'il ne veut pas se con-

vertir, je serai forcée de laisser tomber le bras de Jésus, mon Fils, sur lui. Il est si lourd que je ne puis le soutenir plus longtemps.”

“ Jamais, mes enfants, on ne pourra reconnaitre les peines que je prends pour tous les hommes. On oublie Jésus pour les plaisirs du monde, on ne sanctifie plus le saint jour du dimanche, on blasphème, on profane le nom de Dieu. Le travail imposé à l’homme est devenu un fardeau, aussi les biens de la terre dépérissent. La récolte des pommes de terre était un avertissement du ciel pour vous engager à travailler davantage, et cette plante si nécessaire va Continuer de tomber en pourriture, si on ne se hâte de travailler cette plante, bienfait de Dieu. Le commerce des hommes entre eux est devenu un agiotage honteux, et le blé, qui est la première nourriture de l’homme, est devenu un trafic injuste, ete., etc.”

Alors la sainte Vierge chemira quelques instants avec les petits pâtres de la Salette et elle disparut dans un globe de lumière, après avoir prononcé ces paroles : — £h bien, mes enfants, vous le Jerez passer à tout inon peuple.

Ce que nous venons de raconter, les deux bergers de la Salette ne le virent qu'une fois. Ils annoncèrent ce qu'ils avaient vu, ce qu'ils avaient entendu, et ils furent crus sur parole. Les maîtres ou parents de Maximin et de Mélanie ne balancerent pas un instant sous le souflle du doute. Il en fut de même de tous ceux auprès desquels ces deux voyants se rendirent pour transmettre le message dont ils étaient chargés. — Pourtant, ce n'était que deux enfants bien ordinaires, de basse condition, sachant à peine prier, ayant autant de défauts que les autres enfants de leur âge, tant il est vrai que Dieu et sa bonne Mere ne font pas acception des personnes pour répandre leurs grâces, pour donner leurs salntaires avertissements et pour arriver à

leurs fins. — Pour nous convaincre de cela, étudions pour un moment ces deux voyants de la Salette.

Mélanie Mathieu était une enfant naïve, simple, remplie de crédulité et de superstition. — Si le diable y est, qu'il en sorte ; si le bon Dieu y est, qu'i y reste : tel était son Benedicite quand, avec la pointe de son couteau, elle entamait le petit pain rond des bergers, en faisant une petite ouverture au sommet.

Et Maximin, lui, quelle tête légère ! quel enfant espiègle, brusque, prompt à la colère et, par-dessus tout, ignorant au sujet des vérités de la religion !

— Passons à Lourdes.

Bernadette Soubirous, était-ce donc un prodige d'intelligence et de sainteté? Point du tout. Le prêtre qui lui faisait réciter son catéchisme ne l'avait jamais remarquée plus que les autres, excepté, peut-être, parce qu'elle était frêle, souftreteuse et asthmatique.

Adoptée dans une autre famille, elle avait passé les années de son enfance à garder un humble troupeau sur les coteaux déserts des Hautes-Pyrénées. En fait de prières, elle ne connaissait que le chapelet, et elle n'avait pas encore fait sa première communion, lorsque les grandes révélations de 1858 lui furent faites par l’Immaculée Mère de Dieu. — Ces voyantes privilégiées ne parlaient, à vrai dire, que le patois de leurs cantons respectifs, et c’est le style de lhistorien qui, après s'être emparé des faits, nous les a fournis dans la langue et dans la forme que nous lisons aujourd’hui.

Disons en terminant que Mélanie de la Salette était chargée d'un terrible message pour le peuple français, si ce dernier ne sortait de ses voies et ne faisait pénitence.—Les bonnes œuvres, les prières, les supplications d'un grand nombre de chrétiens fervents détournèrent de la France une partie des fléaux qui devaient s'abattre sur elle, —— Peut-être,

AUX APPARITIONS MYSTÉRIEUSES Si

aujourd’hui, dans notre pays. le nuage de la colère de Dieu s’amoncelle-t-il au-dessus de nos têtes !

Nous sommes, nous aussi, le peuple de Marie.

Nos pères,—ceux surtout qui sortirent de la mèrepatrie en 1642, dans l'expédition de d’Aulnay,— venaient d’être placés, avec tout le royaume de France, sous la protection de la sainte Vierge par Louis XIIL Nous-mêmes, Acadiens, nous avons renouvelé, en 1881, cet acte de pieuse consécration à Marie. Qui sait si, à l'heure présente, la Mère de notre nation ne croit pas nécessaire de nous exhorter à la pénitence, comme elle le fit naguère à la Salette et à Lourdes ? Qui sait si elle ne vient pas nous supplier de rentrer dans le bon chemin, afin de préserver notre foi intacte, nos familles et nos foyers intacts, de garder dans leur intégrité l'honnêteté et ces autres vertus qui furent celles de nos pères.

Eile est notre protectrice nationale : elle est, pour ainsi dire, notre avocate obligée auprès de Dieu. A ce titre il n'y aurait rien d'étonnant de la voir s’intéresser à nous, même par des moyens extraordinaires. Non, nous ne serions pas surpris de la voir intervenir quand le luxe appauvrit rapidement nos

familles, quand la simplicité de nos aïeux disparaît Jour par jour et quand s’affaiblissent de plus en plus, ces mœurs honnêtes, pieuses et austères qui,— nonobstant la pauvreté et les privations,—perpétuërent l'honneur et le bonheur dans chaque foyer acadien jusqu'à ces derniers temps.

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