‹ L'école classique française; les doctrines et les hommes, 1660-1715Chapitre 17 sur 64 · CLÉANTE · texte numérisé non relu

CLÉANTE

Voilà de vos pareils le discours ortiinaire :

Ils veulent que chacun soit aveugle comme eux.

C'est être libertin que. d'avoir de bons yeux ;

Et qui n'adore pas de vaines simagrées,

N'a ni respect ni foi pour les choses sacrées.

Allez, tous vos discours ne me font point de peur :

Je sais comme je parle, et le Ciel voit mon cœur.

De tous vos façonniers on n'est point les esclaves.

Il est de faux dévots ainsi que de faux braves ;

Et comme on ne voit pas qu'où l'honneur les conduit

Les vrais braves soient ceux qui font beaucoup de bruit,

Les bons et vrais dévots, qu'on doit suivre à la trace,

Ne sont pas ceux aussi qui font tant de grimace.

Hé quoi? vous ne ferez nulle distinction

Entre l'hypocrisie et la dévotion?

Vous les voulez traiter d'un semblable langage.

Et rendre même honneur au masque qu'au visage,

Égaler l'artifice à la sincérité,

Confondre l'apparence avec la vérité.

Estimer le fantôme autant que la personne.

Et la fausse monnaie à Tégal de la bonne ?

Les hommes la plupart sont étrangement faits 1

Dans la juste nature on ne les voit jamais ;

La raison a pour eux des bornes trop petites ;

En chaque caractère ils passent ses limites ;

Et la plus noble chose, ils la gâtent souvent

Pour la vouloir outrer et pousser trop avant.

Que cela vous soit dit en passant, mon beau-frère.

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