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ESSAI DE CRITIQUE LITTÉRAIRE

Le caractère de Ghiméne.

L'Observateur (1) après cela passe à rexamen des mœurs attribuées à Chimène, et les condamne : en quoi nous sommes entièrement de son côté ; car au moins ne peut-on nier qu'elle ne soit, contre la bienséance de son sexe, amante trop sensible, et fille trop dénaturée. Quelque violence que lui put faire sa passion, il est certain qu'elle ne devoit point se relâcher dans la vengeance de la mort de son père, et moins encore se résoudre à épouser celui qui l'avoit fait mourir. En ceci il faut avouer que ses mœurs sont du moins scandaleuses, si en effet elles ne sont dépravées. Ces pernicieux exemples rendent l'ouvrage notablement défectueux, et s'écartent^u but de la poésie qui veut être utile. Ce n'est pas que cette utilité ne se puisse produire par des mœurs qui soient mauvaises; mais pour la produire par de mauvaises mœurs, il faut qu'à la fin elles soient punies, et non récompensées comme elles le sont en cet ouvrage. Nous parlerions ici de leur inégalité, qui est un vice dans l'art, qui n'a point été remarqué par l'Observateur, s'il ne suffisoit de ce qu'il a dit pour nous faire approuver sa censure. Nous n'entendons pas néanmoins condamner Chimène de ce qu'elle aime le meurtrier de son père, puisque son engagement avec Rodrigue avoit précédé la mort du comte et qu'il n'est pas en la puissance d'une personne de cesser d'aimer quand il lui plaît. Nous la blâmons seulement de ce que son amour l'emporte sur son devoir, et qu'en même temps qu'elle poursuit Rodrigue, elle fait des vœux en sa faveur. Nous la blâmons de ce qu'ayant fait en son absence un bon dessein de

Le poursuivre, le perdre et mourir après lui, (acte III, scène m, vers S48),

sitôt qu'il se présente à elle, quoique teint du sang de son père, elle le soufTre en son logis, et dans sa chambre même, ne le fait point arrêter, l'excuse de ce qu'il a entrepris contre le comte, lui témoigne que pour cela elle ne laisse pas de l'aimer, lui donne presque à entendre qu'elle ne le poursuit que pour en être plus estimée, et enfin souhaite que les juges ne lui accordent pas la vengeance qu'elle leur demande. C'est trop clairement trahir

(I) Scudéry, dans ses Obsci'vations sur (e Cid.

ses obligations naturelles en faveur de sa passion ; c'est trop ouvertement chercher une couverture à ses désirs, et c'est faire ' bien moins le personnage de fille que d'amante. Elle pouvoit sans doute aimer encore Rodrigue après ce malheur, puisque son crime n'étoit que d'avoir réparé le déshonneur de sa maison ; elle le devoit même en quelque sorte, pour relever sa propre gloire, lorsqu'après une longue agitation elle eût donné l'avantage à son honneur sur une amour si violente et si juste que la sienne ; et la beauté qu'eût produit dans l'ouvrage une si belle victoire de l'honneur sur l'amour eût été d'autant plus grande qu'elle eût été plus raisonnable. Aussi n'est-ce pas le combat de ces deux mouvements que nous désapprouvons. Nous n'y trouvons à dire sinon qu'il se termine autrement qu'il ne devroit, qu'au lieu de tenir au moins ces deux intérêts en balance, celui à qui le dessus demeure est celui qui raisonnablement devoit succomber. Que s'il eût pu être permis au poète de faire que l'un de ces deux amants préférât son amour à son devoir, on peut dire qu'il eût été plus excusable d'attribuer cette faute à Rodrigue qu'à Chimène. Rodrigue étoit un homme, et son sexe, qui est comme en possession de fermer les yeux à toutes considérations pour se satisfaire en matière d'amour, eût rendu son action moins étrange et moins insupportable. Mais au contraire Rodrigue, lorsqu'il y va de la vengeance de son père, témoigne que son devoir l'emporte absolument sur son amour, et oublie Chimène, ou ne la considère plus. Il ne lui suffit pas de vouloir vaincre le comte pour venger l'affront fait à sa race, il agit encore comme ayant dessein de lui ôter la vie, bien que sa mort ne fût pas nécessaire pour sa satisfaction. Il pouvoit respecter le comte en faveur de sa fille, sans rien diminuer de la haine qu'il étoit désormais obligé d'avoir pour lui. Et puisque par cette même loi d'honneur qui l'engageoit au ressentiment, il y avoit plus de gloire à le vaincre qu'à le tuer, il devoit aller au combat avec le seul désir d'en remporter l'avantage, et le dessein de l'épargner autant qu'il lui seroit possible, afin que dans la chaleur de la vengeance, qu'il ne pouvoit refuser à son père, il rendît ce respect à Chimène de considérer encore le sien, et que par ce moyen il conservât l'espérance de la pouvoir un jour épouser. Cependant ce même Rodrigue, devenu ennemi de sa maîtresse, ennemi de soi-même, et plus aveugle de colère que d'amour, ne voit plus rien que son affront, et ne songe plus qu'à sa vengeance. Dans son transport, il fait des choses qu'il n'étoit pas obligé de faire, et sans nécessité cesse d'être amant pour paroître seulement homme d'honneur. Chimène, au contraire, quoique pour venger la mort de son père elle dût faire plus que Rodrigue n'avoit fait pour venger l'afïront du sien, puisque son

sexe exigeoit d'elle une sévérité plus grande, et qu'il n'y avoit que la mort de Rodrigue qui pût expier celle du comte, poursuit lâchement cette mort, craint d'en obtenir l'arrêt, et le soin qu'elle devoit avoir de son honneur cède entièrement au souvenir qu'elle a de son amour. Si maintenant on nous allègue pour sa défense que cette passion de Chimène a été le principal agrément de la pièce et ce qui lui a excité le plus d'applaudissements, nous répondrons que ce n'est pas pource qu'elle est bonne, mais pour ce que, quelque mauvaise qu'elle soit, elle est heureusement exprimée. Ses puissants mouvements, joints à ses vives et naïves expressions, ont bien pu faire estimer ce qui en effet seroit estimable, si c'étoit une pièce séparée et qui ne fût point une partie d'un tout qui ne la peut souffrir ; en un mot, elle a assez d'éclat et de charmes pour avoir fait oublier les règles à ceux qui ne les savent guère bien, ou à qui elles ne sont guère présentes.

Chapelain {Sentiments de r Académie sur le Cid).

C4HAPITRE II BOÏLEAU (4)

On se sert parfois, avons-nous déjà dit, de ce terme : r École de 1660, pour désigner les grands classiques du dix-septième siècle. Cette appellation n'est peut-être pas entièrement juste. La Pléiade, le Romantisme sont des écoles, parc£ que les écrivains qui les composent s'as-

(1) Nicolas Boileau Despréaux, né à Paris le F' novembre 1636, était fils d'un greffier au Parlement de Paris. 11 perdit sa mère dans l'Rge le plus tendre et fut élevé sans douceur par une domestique. Vers la septième année, il entra au collège d'Harcourt, puis, plus tard, au collège de Beauvais. Il essaya successivement de la théologie et du droit, s'en dégoûta, et, reçu avocat en 1656, il abandonna le Palais en 1657, à la mort de son pèie, pour se livrer à la poésie. C'est en 1660 qu'il écrivit sa première satire. En 1G66, il publia les Satires I à VII, puis il écrivit en 1667 et 1668 les Satires VIII et IX, en même temps que le Dif;cours sur la satire. Dans l'intervalle il avait composé la Dissertation sur Joconde et le Dialogue des héros de roman, qu'il ne publia qu'en 1710. Présenté à Louis XIV en 1669, il écrivit les cinq premières Epitres de 1669 à 1674. Dans le même temps, il travaillait à la composition de V Art poétique, qui parut en 1674. Il traduisit et fit paraître dans la même année le Traité du sublime de Longin. Le recueil de 1674 contenait, en outre, les quatre premiers chants du Lutrin, dont il donna les deux derniers en 1683. De 1675 à 1677, il composa quatre nouvelles Epitres, qui parurent en 1683. C'est en cette année 1677 qu'il fut nommé avec Racine historiographe du roi. II accompagna Louis XIV en 1678 dans les Flandres, et, durant l'année 1681, en Alsace. Ln 1684, il prononça son Discours de réception à l'Académie française, mais, jusqu'en 1687, ne publia aucun ouvrage nouveau. A partir de 1687, la Querelle

treignent à suivre, parfois contre leur tempérament, des dogmes formulés et imposés par l'autorité souvent tyrannique d'un chef. Nous ne concevons guère une école sans un manifeste qui en précède les œuvres, les inspire, ou tout au moins les dirige. La Défense et Illustration de la langue française pour la Pléiade, la Préface de Cromwell pour le théâtre romantique, sont des programmes impérieux, que suivent étroitement les disciples. Il n'en est pas tout à fait de même pour les classiques. Si nous saisissons chez Racine, La Fontaine, Mohère, des traits communs, si parfois nous sentons leur fraternité de génie mieux que nous ne l'analysons, on ne peut dire pourtant qu'ils aient, volontairement et consciemment, appliqué, sans o^r les enfreindre, des préceptes rigides, antérieurement formulés. Tout au contraire, nous ne trouvons l'expression complète des grandes idées qui semblent les avoir inspirés, que dans VArt poétique, publié en 1674. Le poème didactique de Boileau nous apparaît donc plutôt comme un ensemble d'observations tirées de l'étude des œuvres que comme un recueil de préceptes

des anciens et des modernes occupa son esprit, et les anciens trouvèrent en lui leur plus ardent défenseur. UOde sur la prise de Namur, qu'il donne en 1693, est l'erreur d'un poète qui a mal mesuré ses forces. En 1694, dans une nouvelle édition de ses œuvres, il donne des Réflexions sur Longin, qui lui sont inspirées par la Querelle. 11 composait aussi sa X' satire contre les Femmes, qui s'étaient rangées du parti des modernes. Boileau et son principal adversaire, Perrault, se réconcilièrent en août 1694, quelques jours avant la mort du grand Arnauld, leur ami commun, auquel Boileau consacra une noble épitaphe, publiée postérieurement (1702). Trois £'/}î'/res parurent encore en 1698, en même temps que la Satire XI. En 1699, mourait Racine, dont la disparition frappa douloureusement le grand satirique. Le temps qu'il vécut encore se passa dans les infirmités et la retraite, principalement en une petite maison de campagne qu'il possédait à Auteuil, et où ses amis ne le laissèrent jamais solitaire. Il y mourut en 1711, léguant aux pauvres presque toute sa fortune.

A. Baii.ly. — École classique. 2

destinés à les former. Mais il n'en est pas moins vrai que tout l'art classique s'y trouve contenu, et d'autant plus nettement défini que l'ouvrage de Boileau s'appuie sur la connaissance profonde des genres qu'il étudie. Chronologiquement, nous ne devrions l'analyser qu'après les ouvrages qui Font précédé, mais, logiquement, nous avons le droit d'y chercher les principes directeurs du classicisme. Lorsque nous lisons VArt poétique, nous sommes frappés par la fréquence avec laquelle certains mots, toujours les mêmes, viennent solliciter notre attention :' raison, nature, bon sens^ Ce sont là les points d'appui de la doctrine :

Aimez donc la raison : que toujours vos écrits Empruntent d'elle seule et leur lustre et leur prix...

Quelque sujet qu'on traite, ou plaisant ou sublime, Que toujours le bon sens s'accorde avec la rime...

La plupart, emportés d'une fougue insensée, Toujours loin du droit sens vunt chercher leur pensée...

La raison pour marcher n'a souvent qu'une voie...

Au mépris du bon sens le burlesque effronté Trompa les yeux d'abord, plut par sa nouveauté...

11 est certains esprits dont les sombres pensées Sont d'un nuage épais toujours embarrassées • Le jour de la raison ne le saurait percer...

Mais nous, que ia raison à ses règles engage. Nous voulons qu'avec art l'action se ménage...

A ces petits défauts marqués dans la peinture. L'esprit avec plaisir reconnaît la nature...

Mais la scène demande une exacte raison...

Aux dépens du bon sens gardez de plaisanter... Jamais de la nature il ne faut s'écarter...

De ces termes, si fréquemment répétés qu'il en résulte presque une impression de monotonie, Boileau ne nous

donne pas de définition. Il n'avait pas à nous en donner, parce que leur sens ne pouvait être obscur pour ces esprits graves, formés par la discipline cartésienne. Qu'est-ce que la raison pour Descartes? C'est la faculté, que nous possédons tous, de discerner le vrai du faux, — faculté critique beaucoup plutôt que faculté créatrice. Bien conduite, et selon les règles d'analyse et de synthèse que Descartes a prescrites, elle est, dans ses jugements, l'expression même de la vérité. Des doctrines moins rigides peuvent affirmer que la vérité est ondoyante et diverse, changeante suivant les époques, différente même en une seule époque selon le cœur des hommes. Mais nous n'avons pas à nous demander si cette thèse est juste philosophiquement ; il nousr suffit de savoir que, pour les classiques, elle eût été fausse. Nous devons, pour les comprendre, nous placer à leur point de vue : il serait vain de discuter contre eux. Suivons-les donc et pensons avec eux. Il existe en tout domaine une vérité, une seule ; la faculté qui nous permet de la découvrir est la raison ; son expression littéraire est le goût. De là vient l'intransigeance avec laquelle Boileau juge les œuvres : c'est qu'il existe pour lui un bon et un mauvais goût, dont la définition repose sur des principes certains, les règles. Cette idée se rencontre chez Pascal, qui, s'il n'a connu que dans leur jeunesse les grands écrivains de 1660, avait déjà l'esprit classique, et a donné, dans les Provinciales, un modèle achevé de cette perfection qui en est la marque. Que nous dit-il?

Ceux qui jugent d'un ouvrage par règle sont, à l'égard des autres, comme ceux qui ont une montre à l'égard des autres. L'un dit : il y a deux heures ; l'autre dit : il n'y a que trois quarts d'heure. -Te regarde ma montre, et je dis à l'un : vous vous ennuyez, et à l'autre : le temp.*; ne vous dure guère, car il y a une heure et demie ; et je me moque de ceux qui me disent que le len-ps me dure à moi, et que j'en juge par fantaisie ; ils ne savent pas que je juge par ma montre.

Et cette nature, dont les règles nous prescrivent de ne nous écarter jamais, n'est autre chose que la vérité ; les deux mots, chez Boileau, semblent étroitement synonymes.

De ces principes, aussi rigoureux qu'ils sont simples, nous voyons se dégager toutes les idées qui forment l'armature de la grande doctrine classique.

La première, celle qui nous apparaît comme la plus importante, c'est l'étude et l'imitation de l'antiquité. Les anciens doivent être nos maîtres et les éducateurs de notre esprit. Ils le doivent être, parce que, moins chargés de connaissances livresques, travaillant dans des domaines moins explorés, ils en suivaient les avenues presque vierges encore, sans chercher une originalité factice dans les sentiers de traverse. Les sentiments que peint Virgile, les idées que développe Horace, ce sont les grands sentiments simples et fondamentaux de la nature humaine, ce sont ces idées générales, ces lieux communs (en ôtant à ce terme tout sens péjoratif), qui sont la méditation coutumière d'un esprit et d'un cœur élevés. Imiter les anciens, ce n'est pas forcément reprendre leurs sujets», ce n'est pas faire ce qu'ils ont fait, c'est faire comme ils ont fait : observer ce qu'il y a de général et d'éternel dans le cœur et la pensée humaine, et l'exprimer dans une forme qui ne soit jamais inégale à l'idée et jamais ne cherche à briller plus qu'elle. Pourquoi Boileau s'attaque-t-il au goût espagnol, au goût italien? C'est que chez les Italiens et les Espagnols, les fantaisies d'une invagination déréglée remplaçaient l'observation de la nature ; et l'ingéniosité mièvre ou déclamatoire de l'expression obtenait son prix ou le recherchait, en dehors de la pensée, nulle ou fausse. Qu'estce que ce burlesque contre lequel il s'est si violemment élevé? C'est un procédé littéraire qui veut provoquer le rire, soit par des situations grossièrement bouffonnes, — et la nature n'y est pas respectée, — soit par des contrastes ou des curiosités d'expression qui surprennent grâce à leur

imprévu ou à leur désaccord avec la nature ou la vérité. La préciosité, elle aussi, quelle qu'ait pu être l'excellence de l'œuvre initiale accomplie par les Précieuses, a fini par n'être plus que la poursuite de formes inattendues, qui surprenaient l'esprit par l'apparence prêtée ainsi à la pensée, au lieu de l'exprimer dans sa vérité. Il en est de même d'une imagination romanesque qui nous peint des personnages jetés hors de la nature, dans des événements irréels. Ainsi tout ce qui n'est pas la vérité et la nature même est, en littérature comme en art, une marque de mauvais goût. Mais on conçoit combien la tâche de l'écrivain est malaisée : car, si le burlesque est haïssable, le rire sain de la comédie est aimable ; si l'affectation est odieuse, l'art exige pourtant certaine élégance et certaine noblesse ; si l'accumulation (îts événements extraordinaires est une faute contre la vérité, l'indigence d'imagination lasse et rebute le lecteur. Chacun de ces vices peut être considéré comme l'excès d'une qualité précieuse. Où se trouve donc la limite? Ici le goût seul intervient, et c'est la loi qui fonde la doctrine du juste milieu. Entre les exagérations opposées,

La raison pour marcher n'a souvent qu'une voie... Le chemin est glissant et pénible à tenir.

Comment découvrirons-nous, comment suivrons-nous cette voie étroite et bordée de précipices? Elle s'ouvrira nettement devant nous et nous la parcourrons avec assurance si, par le travail assidu, l'élude des anciens, l'observation de la nature, nous avons acquis cette perfection du goût qui nous gardera de nous égarer jamais. Par lui, par lui seul, car il est la règle suprême, l'artiste connaît les limites et aperçoit toute l'étendue des espaces qui lui sont ouverts. Il est aisé de taxer Boileau d'étroitesse d'esprit et de prétendre que l'obligation pour l'écrivain d'observer toujours le juste milieu le condamne à beaucoup de pauvreté d'imagination et de monotonie d'expression. Le champ que lui

laisse la doctrine classique est assez vaste s'il le connaît et le parcourt entièrement.

Voulez-vous du public mériter les amours?

Sans cesse en écrivant variez vos discours.

Un style trop égal et toujours uniforme

En vain brille à nos yeux, il faut qu'il nous endorme.

Voilà pour l'expression. Et peut-on dire qu'il impose à l'inspiration des bornes trop étroites, celui qui a écrit ces vers?

Il n'est point de serpent ni de monstre odieux Qui, par l'art imité, ne puisse plaire aux yeux. D'un pinceau délicat l'artifice agréable Du plus affreux objet fait un objet aimable.

Ainsi, la nature entière, non pas conventionnellement belle, mais jusqu'avec ses laideurs, présente à l'écrivain des modèles qu'il a le droit de reproduire. N'allons pas toutefois nous fonder sur ces vers pour découvrir en Boileau un naturaliste, avec le sens qu'a pris ce terme dans les écoles modernes. Pour lui, la nature telle qu'elle s'offre à nos regards peut toujours être un objet de notre art, mais elle n'est pas l'art ; et il ne suffît pas de la reproduire avec exactitude pour faire œuvre artistique. Il y faut encore

D'un pinceau délicat l'artifice agréable.

Introduire une certaine dignité dans le comique, de la mesure dans l'horreur, de la noblesse jusque dans la laideur, rester toujours sincère dans l'observation, mais choisir, parmi les éléments observés, ceux qui méritent d'être traduits, et ceux qui doivent être négligés, tel est « l'artifice agréable » qui, élaborant les matériaux fournis par la réahté, les élève ensuite jusqu'à l'idéal : doctrine profondément spiritualiste, qui ne saurait séparer la beauté artistique d'un souci constant de style et de moralité. L'écrivain lui-même, dans ses mœurs et dans sa vie, doit

être digne de la mission spirituelle qu'il exerce. Une âme basse ne saurait concevoir une grande œuvre :

Le vers se sent toujours des bassesses du cœur.

L'art d'écrire est un métier, sans doute, et qui exige un long apprentissage, un labeur assidu, un perpétuel effort vers le mieux, mais le travail ne suffit pas. Il faut que le poète se mette en quelque sorte en état de grâce par la dignité de sa vie et son désintéressement. Il faut enfin qu'il ait reçu du ciel la flamme sacrée de l'inspiration. C'est une grosse erreur de croire que pour Boileau le style se confonde avec la correction, et la poésie avec la versification. La vérité est qu'il ne saurait, pour lui, exister de style sans correction ni de poésie sans une parfaite technique, et, s'il insisce sur la pureté de la langue et les règles de la versification, c'est que, seules, ces parties de l'art d'écrire se peuvent enseigner ; mais il pose en principe la nécessité primordiale de ce que l'on peut appeler le don, l'inspiration ou le génie, ce que la nature accorde ou refuse, présent insuffisant si nous n'y ajoutons le talent, qui s'acquiert, — présent indispensable, qu'aucun labeur ne remplacera et sans quoi nous n'avons pas le droit d'écrire.

Nous ne prétendons pas qu'on ne puisse relever nulle défaillance dans les doctrines littéraires de Boileau. Critique d'une merveilleuse clairvoyance, dont les jugements, en une époque traversée de courants confus, ont discerné et rigoureusement marqué les arrêts de la postérité, il n'a pu, sur certains points, aller au delà des limites de son propre tempérament, et a déformé des réalités littéraires que son génie saisissait mal.

Il est certain que la définition du lyrisme, telle que nous la trouvons chez lui, est insuffisante et même fausse. Il a peut-être compris le lyrisme d'Horace, nullement celui de Pindare. Est-ce un défaut qu'il faille imputer à lui

seul? Qui dit lyrisme dit imagination et sensibilité puissantes, et subordination de la raison au sentiment. Deux âmes touchées d'une même réalité y peuvent réagir diversement. Jusque dans la passion, l'âme classique, l'âme cartésienne, analyse, raisonne et juge. L'observation d'un Racine, d'un La Bruyère, d'un Boileau moraliste, pénétre profondément dans le cœur humain, mais comme par degrés, d'une marche rigoureuse et sûre. La sensibilité lyrique s'abandonne à son intuition, voit d'une vue éclatante et soudaine les réalités sentijnentales, et n'enchaîne les images qui les traduisent que par le lien, insaisissable à l'œil, des émotions qui s'appellent, s'unissent, ou se heurtent. Lorsque Boileau nous dit :

Souvent un beau désordre est un effet de l'art,

il a considéré les formes lyriques qu'il observait, et dont le caractère irrationnel le frappait, comme le résultat d'une méthode logique, qui, par des efforts calculés, arrivait à créer un apparent désordre. Réaliser le désordre à force de raisonnement, tel lui parut le secret de la poésie lyrique. Il a joint l'exemple au précepte le jour où il composa son Ode sur la prise de Aamur, illustrant avec force les vers célèbres :

Ne forçons point notre talent :

Nous ne ferions rien avec grâce.

Il a commis à propos de la poégiie épique des erreurs du même ordre.

Boileau connaissait mal, et peut-être seulement de nom, nos chansons de geste du moyen âge. Au reste, les eût-il mieux connues, qu'il ne les eût sans doute pas mieux appréciées. S'il est un point, en effet, sur lequel il partage le préjugé du temps, c'est en ce qui touche l'art gothique Ce dernier terme, pour un classique, est synonyme de barbare, et les productions d'une époque qui mérite cette

ippellation ne peuvent être que d'informes balbutiements, n'est cette opinion préconçue qui explique son ignorance je notre ancienne littérature, et les erreuis de fait qu'il îommet lorsqu'il veut en tracer l'histoire. C'est parce qu'il i méconnu le moyen âge qu'il a demandé aux seuls anciens, los maîtres en tout, le modèle de la poésie épique. Mais Tialgré l'admiration qu'il croit éprouver pour Homère, alors ^u'il ne le comprenait sans doute, comme nous-mêmes Dcut-être, qu'à l'aide d'ingénieux contresens, il n'est pas iouteux que pour lui V Enéide est le véritable type de l'épopée. Or, le poème de Virgile est une œuvre très savante, Top savante, œuvre de volonté et d'imitation, que sauve >eul le génie du poète. L'épopée est le poème des civilisa- :ions jeunes et des races croyantes. Nous n'irons pas jusqu'à prétendre qu'elle se forme par une sorte d'inexplicable génération spontanée ; si même il était vrai, — et ce n'est )as prouvé, — que des récits épiques aient été composés ivant les poèmes proprement dits, il n'en resterait pas Tioins qu'il a fallu le travail d'un homme et son art, plus )u moins réfléchi, pour opérer ces synthèses. Il y faut du :alent et de la volonté. Mais il y faut aussi, et par-dessus :out, de la sincérité, sinon chez l'écrivain, au moins dans ;on public. Traditions nationales, traditions reli^euses, et lOi unanime en ces traditions, voilà les conditions qui se Touvent réunies seulement dans la jeunesse des nations, ît qui sont l'âme du poème épique. Boileau a cru, — et ;ur ce point la théorie de l'imitation classique est faussée, — qu'il fallait emprunter aux anciens non pas seulement la néthode créatrice, mais les formes mêmes qu'ils ont créées. La Chanson de Roland, en qui se confondent nos traditions lationales et nos traditions catholiques, ressemble beau- :oup plus à VIliade par ses qualités foncières qu'un Doème étroitement calqué sur elle. C'est ce calque vain qu'a préconisé Boileau. Il a voulu éliminer de l'épopée française l'histoire et la religion de la France.

2G l'école classique française

Il a cru que les divinités antiques étaient pour les anciens de simples ornements poétiques, et comme une broderie d'expression que nous devions leur emprunter. Il eût ainsi stérilisé l'inspiration épique, si une épopée avait pu naître dans une nation déjà vieille* et trop savante pour elle.

Ce sont là, car nous ne nous arrêterons pas à d'insignifiants détails, les deux erreurs graves que contient la doctrine de Boileau, erreurs purement théoriques, de nulle influence sur les résultats, puisque l'état d'esprit qui les explique interdisait précisément à l'École classique toute ambition lyrique ou épique.

En dehors de ces deux points, et même peut-être avec eux, sa doctrine est l'expression même du génie classique, et quelque chose de plus encore : l'expression de l'esprit français dans la période la plus éclatante de son histoire, lorsque cet esprit était fait d'ordre harmonieux, de lumineuse intelligence, de probité intellectuelle et morale. « Science sans conscience n'est que ruine de l'âme. » Ce beau mot de Rabelais pourrait être placé en épigraphe devant toutes les œuvres de Boileau, et de l'école dont il a traduit l'idéal.

PBÉFACE Pour l'édition de 1701.

Comme c'est ici vraisemblablement la dernière édition de mes ouvrages que je reverrai, et qu'il n'y a pas d'apparence, qu'âgé comme je suis de plus de soixante et trois ans, et accablé de beaucoup d'infirmités, ma course puisse être encore fort longue, le public trouvera bon que je prenne congé de lui dans les formes, et que je le remercié de la bonté qu'il a eue d'acheter tant de fois des ouvrages si peu dignes de son admiration. Je ne saurais attribuer un si heureux succès qu'au soin que j'ai pris de me

;onformer toujours à ses sentiments et d'attraper, autant qu'il n'a été possible, son goût en toutes choses. C'est effectivement L quoi il me semble que les écrivains ne sauraient trop s'étudier. Jn ouvrage a beau être approuvé d'un petit nombre de conlaisseurs : s'il n'est plein d'un certain agrément et d'un certain el propre à piquer le goût général des hommes, il ne passera amais pour un bon ouvrage, et il faudra à la fin que les connaiseurs eux-mêmes avouent qu'ils se sont trompés en lui donnant cur approbation. Que si on me demande ce que c'est que cet igrément et ce sel, je répondrai que c'est un je ne sais quoi [u'on peut beaucoup mieux sentir que dire. A mon avis néannoins,il consiste principalement à ne jamais présenter au lecteur [ue des pensées vraies et des expressions justes. L'esprit de 'homme est naturellement plein d'un nombre infini d'idées conuses du vrai, que souvent il n'entrevoit qu'à demi ; et rien ne ui est plus agréable que lorsqu'on lui offre quelqu'une de ers dées bien éclaircie et mise dans un beau jour. Qu'est-ce qu'une lensée neuve, brillante, extraordinaire? Ce n'est point, comme e le persuadent lec ignorants, une pensée que personne n'a amais eue, ni dû avoir. C'est au contraire une pensée qui a dû 'enir à tout le monde, et que quelqu'un s'avise le premier ['exprimer. Un bon mot n'est bon mot qu'en ce qu'il dit une hose que chacun pensait, et qu'il la dit d'une manière vive, t nouvelle. Considérons, par exemple, cette réplique si fameuse le Louis Douzième à ceux de ses ministres qui lui conseillaient le faire punir plusieurs personnes qui, sous le régne précédent, t lorsqu'il n'était encore que duc d'Orléans, avaient pris à tâche le le desservir.» Un roi de France, leur répondit-il, ne venge loint les injures d'un duc d'Orléans. » D'où vient que ce mot rappe d'abord? N'est-il pas aisé de voir que c'est parce qu'il trésente aux yeux une vérité que tout le monde sent, et qu'il lit mieux que tous les plus beaux discours de morale : « Qu'un :rand prince, lorsqu'il est une fois sur le trône, ne doit plus agir )ar des mouvements particuliers, ni avoir d'autre vue que la [loire et le bien général de son État? » Veut-on voir au contraire ;ombien une pensée fausse est froide et puérile? Je ne saurais apporter un exemple qui le fasse mieux sentir que deux vers du )oète Théophile, dans sa tragédie intitulée Pyrame et Thisbé, orsque cette malheureuse amante, ayant ramassé le poignard ncore tout sanglant dont Pyrame s'était tué, elle querelle ainsi ce )oignard :

« Ah ! voici le poignard qui du sang de son maître « S'est souillé lâchement. Il en rougit, le traître ! »

Toutes les glaces du Nord ensemble ne sont pas, à mon sens plus froides que cette pensée. Quelle extravagance, bon Dieu !, de vouloir que la rougeur du sang dont est teint le poignard d'unhomme qui vient de s'en tuer lui-même, soit un effet de la hontaj qu'a ce poignard de l'avoir tué ! Voici encore une pensée qui n'est! pas moins fausse, ni par conséquent moins froide. Elle est de Bense-I rade, dans ses Métamorphoses en rondeaux, où, parlant du déluge: envoyé par les Dieux pour châtier l'insolence de l'homme, il s'exprime ainsi :

« Dieu lava bien la tête à son image. »

Peut on, à propos d'une aussi grande chose que le déluge, dire rien de plus petit, ni de plus ridicule que ce quolibet, dont la pensée est d'autant plus fausse en toutes manières, que le Dieu dont il s'agit à cet endroit, c'est Jupiter, qui n'a jamais passé chez les païens pour avoir fait l'homme à son image, l'homme dans la fable étant, comme tout le monde sait, l'ouvrage de Prométhée ?

Puis donc qu'une pensée n'est belle qu'en ce qu'elle est vraie, et que l'effet infaillible du vrai, quand il est bien énoncé, c'est de frapper les hommes, il s'ensuit que ce qui ne frappe point les hommes n'est ni beau ni vrai, ou qu'il est mal énoncé, et que, par conséquent, un ouvrage qui n'est point goûté du public est un très méchant ouvrage. Le gros des hommes peut bien, durant quelque temps, prendre le faux pour le vrai, et admirer de méchantes choses ; mais -il n'est pas possible qu'à la longue une bonne chose ne lui plaise, et je défie tous les auteurs les plus mécontents du public de me citer un bon livre que le public ait jamais rebuté; — à moins qu'ils ne mettent en ce rang leurs écrits, de la bonté desquels eux seuls sont persuadés. J'avoue néanmoins, et on ne le saurait nier, que quelquefois, lorsque d'excellents ouvrages viennent à paraître, la cabale et l'envie trouvent moyen de les rabaisser, et d'en rendre en apparence le succès douteux ; mais cela ne dure guère : et il en arrive de ces ouvrages comme d'un morceau de bois qu'on enfonce dans l'eau avec la main; il demeure au fond tant qu'on l'y retient, mais bientôt, la main venant à se lasser, il se relève et gagne le dessus. Je pourrais dire un nombre infini de pareilles choses sur ce sujet, et ce serait la matière d'un gros livre ; mais en voilà assez, ce me semble, pour marquer au public ma reconnaissance, et la bonne idée que j'ai de son goût et de ses jugements.

Parlons maintenant de mon édition nouvelle. C'est la plus correcte qui ait encore paru, et non seulement je l'ai revue avec beaucoup de soin, mais j'y ai retouché de nouveau plusieurs

n.iroits de mes ouvrages. Car je ne suis point de ces auteurs ayant la peine, qui ne se croient plus obligés de rien raccommoder

leurs écrits, dès qu'ils les ont donnés une fois au public. Ils illèguent, pour excuser leur paresse, qu'ils auraient peur, en les rop remaniant, de les affaiblir, et de leur ôter cet air libre et facile [ui fait, disent-ils, un des plus grands charmes du discours ; nais leur excuse, à mon avis, est très mauvaise. Ce sont les ourages faits à la hâte, et, comme on dit, au courant de la plume, [ui sont ordinairement secs, durs et forcés. Un ouvrage ne doit loint paraître trop travaillé ; et c'est souvent le travail même qui, n le polissant, lui donne cette facilité tant vantée qui charme le îcteur. Tl y a bien de la différence entre des vers faciles, et des ers facilement faits. Les écrits de Virgile, quoique extraordiairement travaillés, sont bien plus naturels que ceux de I.ucain, [ui écrivait, dit-on, avec une rapidité prodigieuse. C'est ordinaiem.ent la peine que s'est donnée un auteur à limer et à perfecionner ses écrits qui fait que le lecteur n'a point de peine en les sant. Voiture, qui^taraît si aisé, travaillait extrêmement ses uvrages. On ne voit que des gens qui font aisément des choses lédiocres ; mais des gens qui en fassent, même difficilement, de ort bonnes, on en trouve très peu.

Je n'ai donc point de regret d'avoir encore emplové quelquesnes de mes veilles à rectifier mes écrits dans cette nouvelle dition, qui est, pour ainsi dire, mon édition favorite. Aussi y i-je mis mon nom, que je m'étais abstenu de mettre à toutes les utres. J'en avais ainsi usé par pure modestie : mais aujourd'hui ue mes ouvrages sont entre les mains de tout le monde, il m'a aru que cette modestie pourrait avoir quelque chose d'affecté. ) 'ailleurs, j'ai été bien aise, en le mettant à la tête de mon livre, e /"aire voir par là quels sont précisément les ouvrages que j'avoue, t d'arrf^ter, s'il est possible, le cours d'un nombre infini de méhantes pièces qu'on répand partout sous mon nom, et principa- 'ment dans les provinces et dans les pays étrangers. J'ai même, our mieux prévenir cet inconvénient, fait mettre au commencelent de ce volume une liste exacte et détaillée de tous mes écrits, t on la trouvera immédiatement après cette préface. Voilà de uoi il est bon que le lecteur soit instruit.

Il ne reste plus présentement qu'à lui dire quels sont les uvrages dont j'ai augmenté ce volume. Le plus considérable st une onzième Satire, que j'ai tout récemment composée, et u'oii trouvera à la suite des dix précédentes. Elle est adressée

M. de Valincour, mon illustre associé à l'histoire. J'y traite du rai et du faux honneur, et je l'ai composée avec le même soin ue tous mes autres écrits. Je ne saurais pourtant dire si elle est

bonne ou mauvaise : car je ne l'ai encore communiquée qu'; deux ou trois de mes amis, à qui même je n'ai fait que la récitej fort vitt , dans la peur qu'il ne lui arrivât ce qui estarrivé à quelque; autres de mes pièces, que j'ai vues devenir publiques avant mômt que je les eusse mises sur le papier. — plusieurs personnes, à qui j( les avais dites plus d'une fois, les ayant retenues par cœur, et en ayant donné des copies. C'est donc au public à m'apprendre ce que je dois penser de cet ouvrage, ainsi que de plusieurs autres petites pièces de poésie qu'on trouvera dans cette nouvelle édition, et qu'on y a mêlées parmi les épigrammes qui y étaient déjà. Ce sont toutes bagatelles, que j'ai la plupart composées dans ma plus tendre jeunesse, mais que j'ai un peu rajustées, pour les rendre plus supportables au lecteur. J'y ai fait aussi ajouter deux nou. velles lettres : l'une, que j'écris à M. Perrault, et où je badine avec lui sur notre démêlé poétique presque aussitôt éteint qu'allumé ; l'autre est un remerciement à M. le comte d'Ericeyra. au sujet de la traduction de mon Art poétique faite par lui en vers portugais, qu'il a eu la bonté de m'envoyer de Lisbonne, avec une lettre et des vers français de sa composition, où il me donne des louanges très délicates, et auxquelles il ne manque que d'être appliquées à un meilleur sujet. .J'aurais bien voulu pouvoir m'acquitter de la parole que je lui donne à la fin de ce remerciement, de faire imprimer cette excellente traduction à la suite de mes poésies ; mais, malheureusement, un de mes amis, à qui je l'avais prêtée, m'en a égaré le premier chant, et j'ai eu la mauvaise honte de il'oser récrire à Lisbonne pour en avoir une autre copie. Ce sont là à peu près tous les ouvrages de ma façon, bons ou méchants, dont on trouvera ici mon livre augmenté. Mais une chose qui sera sûrement agréable au public, c'est le présent que je lui fais dans ce même livre, de la lettre que le célèbre M. Arnauld a écrite à M. Perrault à propos de ma dixième Satire, et où, comme je l'ai dit dans VÉpître à mes vers, il fait en quelque sorte mon apologie. Je ne doute point que beaucoup de gens ne m'accMsent de témérité, d'avoir osé associer à mes écrits l'ouvrage d'u'i si excellent homme ; et j'avoue que leur accusation est bien fondée : mais le moyen de résister à la tentation de montrer à toute la terre, com.me je le montre en effet par l'impression de cette lettre, que ce grand personnage me faisait l'honneur de m'estimer, et avait la bonté meas esse aliqjiid putare nugas?

Au reste, comme malgré une apologie si authentique, et malgré les bonnes raisons que j'ai vingt fois alléguées en vers et en prose, il y a encore des gens qui traitent de médisances les railleries que j'ai faites de quantité d'auteurs modernes, et pubhent qu'en attaquant les défauts de ces auteurs je n'ai pas

endu justice à leurs bonnes qualités, je veux bien, pour les on vaincre du contraire, répéter encore ici les mêmes paroles que 'ai dites sur cela dans la préface de mes éditions précédentes. Les 'oici...

Après cela, si on m'accuse encore de médisance, je ne sais point le lecteur qui n'en doive aussi être accusé, puisqu'il n'y en a loint qui ne dise librement son avis des écrits qu'on fait imprimer, t qui ne se croie en plein droit de le faire, du consentement même ie ceux qui les mettent au jour. En effet, qu'est-ce que mettre in ouvrage au jour? N'est-ce pas en quelque sorte dire au public : ugez-moi ! Pourquoi donc trouver mauvais qu'on nous juge? lais j'ai rais tout ce raisonnement en rimes dans ma neuvième \atire, et il suffît d'y renvoyer mes censeurs.

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