XXXIV INTRODUCTION
monde, et demandé sur ses problèmes un rayon de sa divine et sûre lumière. Il n*a re'pondu qu*en détournant les esprits de ces questions vaines et en les ramenant à Dieu, laissant à dessein planer l'incertitude sur les choses d'en bas pour jeter plus vivement les âmes dans la pleine lumière des choses d'en haut, les seules qui importent, après tout, au but de la vie et à l'éternel avenir. Aussi, la science des hommes chan^je et passe; mais aucune de ses paroles ne passera.
Non-seulement il a raffermi et rendu certaines toutes les vérités de la raison qui sont la base de l'ordre moral et religieux nécessaire à l'homme; il a précisé et mis en pleine lumière des vérités d'un ordre révélé, oblitérées et obscurcies dans la suite des siècles; mais il a surtout élevé les âmes jusque dans la sphère inaccessible à la raison, qui forme le domaine propre de Dieu et de la révélation. On peut dire qu'il a révélé toute la vérité, non pas successivement et par partie, avec parcimonie, comme fait un avare, mais totale, vivante, dans sa plénitude, omnem veritalem.
Lui-même l'a déposée comme un germe dans l'esprit et dans le cœur, dans les individus et dans la race entière, semen est verbum Dei, Il est Luimême ce germe divin, ego sum principium. C'est par Lui qu'il faut commencer. Personne ne connaît
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le Père qui engendre à la vie, si le Fils ne rayonne jusqu'à lui, et si son âme n'entre dans sa lumière et dans sa vie, nemo scit quis sit Pater, nisi Filius, et cui voluerit Filius revelare *. Je suis la porte, dit-il, c'est par moi qu'on entre, ego sum ostium, Per me si quis introierit, salvahitur ^ . Je suis la vigne, etc., et il appelait tous les hommes à venir à la lumière, à la source de la vie nouvelle. Or la vie, l'éternelle vie, consiste à vous connaître, ô mon Dieu! et à connaître Celui que vous avez envoyé, Jésus-Christ, hsec est autem vita œterna, ut cognoscant te solum Deum et quem misisti Jesum Christum ^ . Aussi est-ce parJésus-Christque nous, qui étions danslesténèhres et dans la mort, entrons dans l'éternelle lumière et dans l'éternelle vie. C'est par Lui que nous avons communication avec le Père, et que nous sommes appelés et devenons réellement Fils de la lumière et Fils de Dieu, Omnes enim vos Filii lucis estis et Fila Dei^. Crédite in lucem, ut Filii lucis sitis ^; ut Filii Dei nominemur et simus^.
Et ce germe n'a point été stérile, mais fécond dans nos âmes et dans le monde. Cette lumière de vie, que l'on reçoit à l'école du divin Docteur, qui
» Luc, X, 22.
* Jean, X, 9.
^ Jean, xvii, 3.
* I Thessal., V, 5.
^ Jean, xii îîj.
^ Jean, m, 1.
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nous écliiire et qui nous écliaufle, a fait épanouir clans les âmes régénérées, et dans l'humanité nouvelle qui est l'Eglise, une admirable yZora/iO/i de vertus inconnues à la terre et qu'elle était impuissante à produire. Le Verbe, qui est semence de vie, a fait entrer dans lésâmes, puis se lever, croître et mûrir dans le champ de l'homme, au rayonnement de sa doctrine, une immense moisson de vertus du Ciel, qui sont depuis dix-huit siècles, et seront, jusqu'à la fin des temps, la plus précieuse richesse de la terre, et qui préparent, pour l'éternité, la plus ample et la plus belle moisson de gloire pour Dieu et pour les âmes. Le royaume des deux est i'emhlahle à un grain de sénevé, quun homme plante dans son champ, qui croît et qui devient un grand arbre; et les oiseaux du ciel viennent s'établir sur ses branches ' . Telle est la doctrine de Jésus-Christ : elle a vraiment soulevé le monde; elle lui a donné, sous l'action de la rosée céleste et du divin soleil, une culture admirable, et elle lui a fait produire des fruits divins, Dei agricuhura estis ^ .
Et voici que bientôt, lorsque ces fruits auront été mûris dans les âmes et dans l'humanité par les ardeurs de l'amour et de la tribulation, lorsque la semence céleste et la sève divine qu'elle a répandue dans le monde, aura donné le plein épanouissement
J Matth., xih, 31, 2/ 6V., 111,9.
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que le divin agriculteur eu attendait, ce sera V heure delà moisson elY époque de la vendange. La sève qui vient de l'e'ternité doit retourner dans l'éternité; les vertus célestes, formées dans \ei âmes par la divine lumière, seront comme des grains purs et choisis ; les âmes des élus comme des épis pleins et des grappes chargées. N'entendez-vous pas le bruit des pas des moissonneurs et les chants de joie des vendangeurs? C'est le jour de la récolte. Voici les Anges qui descendent du Ciel, recueillent les épis pleins, et emportent en chantant les grappes précieuses devant le trône de l'Eternel. Alors Dieu qui les avait formés, mais qui s'était tenu caché, se révélera en eux, et il éclatera en tous. Nous le verrons, et tous nous serons semblables à Lui , brillants comme Lui, et heureux comme Lui pour de perpétuelles éternités. Ce sera la consommation du mystère de Dieu, tune consummabitur myslerium Dei\
Mais il commence ici-bas. Déjà, dès cette vie, l'homme recueille quelques-uns des fruits de la céleste doctrine, son cœur savoure quelques-uns des bienfaits des divins enseignements, et l'humanité reçoit sur la terre comme un avant-goût du Ciel. La piété, dit l'Apôtre, est utile à tout; elle a les promesses de la vie présente; elle donne la
* Apoc, X, 7.
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paix et le bonheur ici-bas, comme elle a les promesses de V éternité jpr omis sionem hahensvitœ, quse nunc est, etfuturœ ^.
Tel est Je cadre immense, infini, des enseignements et de la doctrine du Sauveur. Telle a été
Elle embrasse tout le mystère de l'éternelle vie, verhum vitœ. Elle en donne le principe qui n'est pas autre que Jésus-Christ lui-même, elle en inspire le développement en une admirable et merveilleuse effloraison de vertus divines qu'on n'apprend que d'elle, et elle en assure le plein épanouissement dans les récompenses de l'éternité, sans négliger les bienfaits qu'elle répand, comme en passant, dans cette vie du temps.
C'est la science du Ciel, et c'est l'École des Saints. Notre- Seigneur n'est pas venu pour une autre fin. Il n'a pas eu le dessein de faire fleurir la science de la terre, ni d'enseigner directement le bonheur temporel; il est venu pour donner aux hommes la vie, la vraie vie, la vie éternelle, et la leur donner sans mesure, veni, ut vitam /mbeant, et ahiuidantius haheant^ ; il est venu pour préparer des élus, pour faire fleurir des saints dans ce désert de la terre , etpour montrer à tous les horimes le chemin
î / Timoth., IV, 8.
^ Jean, x, 10.