‹ L'école de J Volumes 1 and 2Chapitre 70 sur 71 · DE LA VRAIE GRANDEUR · texte numérisé non relu

DE LA VRAIE GRANDEUR

Ce qui est grand au jugement des hommes ^ dit Jésus-» Christ, estime abomination devant Dieu ',

1 Psaïm. 118.

* Luc, XVia 15

Les hommes ont leur règle pour juger de la grandeur; Dieu a pareillement la sienne; et ces deux règles sont si opposées que ce que les hommes estiment grand, Dieu le juge abominable.

Personne, je pense, n'osera mettre en doute si tout chrétien doit suivre la règle que Dieu suit lui-même.

Mais quelle est cette règle? La suivons-nous, en effet? Et que gagnons-nous à nous en écarler? Trois questions qui méritent une sérieuse considération.

La règle que Dieu suit dans le jugement qu'il porte de la grandeur, est de rapporter tout à sa gloire. Gomme il est le seul grand, absolument et essenlieliement, il est aussi le seul à qui la gloire est due ; et tout ce qui le glorifie de la part des hommes, tout ce qui est une reconnaissance de son domaine, de sa puissance, de sa majesté infinie, est grand à ses yeux. Au contraire, tout ce qui est un refus, ou un transport à la créature de la gloire qu'il mérite, tout ce qui donne atteinte aux droits de sa grandeur, est une abomination devant lui.

Dieu étant ce qu'il est, et nous ce que nous sommes, celte règle est infiniment juste, et tellement inviolable qu'il ne peut ni nous dispenser de nous y conformer, ni s'en dispenser lui-même. Nulle créature n'a rien de grand par elle-même, puisque de son fonds elle n'est rien; ni pour elle-même, puisque Dieu est sa fin, et qu'il ne l'a produite que pour lui. Ce qu'elle peut posséder de grandeur, soit naturelle, soit surnaturelle, ne lui vient que de Dieu, et l'hommage en doit retourner à Dieu, par l'aveu sincère qu'il lui vient de lui, et par un usage conforme à sa volonté. Dieu, par cette raison, est donc le terme de toute grandeur, soit eu lui, soit hors de lui.

Ce qui fait l'injustice et le crime de l'or^jueil, c'est de reconnnaître quelque autre chose deg^rand que Dieu; c'est de regarder ce qu'on peut avoir de perfection, comme étant à soi, et pour soi; c'est de vouloir être loué pour ses qualités et ses actions, même bonnes, d'une louange qui se termine à nous; c'est, enfin, de s'attribuer quelque gloire que ce soit à l'exclusion de Dieu, ou du moins en la partageant avec lui. Quiconque prétend être grand de la sorte se rend coupable de l'injustice la plus révoltante, ravissant à Dieu le bien qui lui appartient essentiellement, le bien dont il est le plus jaloux, et dont il ne peut se dessaisir en faveur de personne, comme il le déclare lui-même : Je ne céderai pas ma gloire à un autre. C'est aussi la prétention la plus vaine, puisqu'elle n'a nul fondement, et qu'elle tourne tôt ou tard à la honte et au châtiment de celui qui forme une telle entreprise.

Si quelqu'un a pu être autorisé à s'attribuer une grandeur et une gloire propres, il semble que ce soit Jésus-Christ considéré en tant qu'homme. Mais il déclare dans l'Evangile qu'il ne cherche pas sa gloire; que, s'il se glorifie lui-même, sa gloire n'est rien '. Voilà donc Tflomme-Dieu, ce qu'il y a jamais eu de plus grand, de plus saint, de plus parfait après Dieu, qui renonce à toute gloire propre, et qui reconnaît que celle qu'il s'attribuerait de lui-même, serait nulle. Il parlait selon l'exacte vérité, et si, par une supposition Impossible, Jésus-Christ, comme homme, eût été susceptible d'un sentiment d'orgueil, son crime eût surpassé infiniment celui de Lucifer. Ainsi, la règle de -^)ieu est une règle générale, qui ne souffre aucune

> Jean, vai, 50 et 54.

exception, puisque Jésus-Christ y a été assujetti le premier, et, en un sens, plus qu'aucun autre, qu'il l'a observée avec la plus grande fidélité, et que le privilège unique de sa sainteté consistait à ne pouvoir s'en écarter, même par le plus faible désir.

Par quelle fatalité cette règle si juste, si nécessaire, n'a-t-elle point été celle de la créature intelligente? Gomment dans le Ciel a-t-elle été ouvertement violée par des milliers d'anges, et sur la terre par nos premiers parents? Cela est incompréhensible. D'où peut venir, en effet, dans des êtres qui savent qu'ils ne sont rien, qu'ils tiennent tout d'un autre, que rien ne leur est dû, ce penchant violent et intime à sortir de leur condition, à vouloir être quelque chose, et à s'approprier ce qui ne leur appartient en aucune manière? D'où a pu naître l'orgueil, c'est-à-dire l'idée et le désir de la fausse grandeur ; et ce vice vraiment abominable, ce vice, source de tous les vices, comment se trouve-t-il en germe, et, du moins quant au sentiment involontaire, en toute créature intelligente sertie des mains de Dieu?

C'est donc là l'imperfection foncière et radicale de l'être créé d'avoir une inclination secrète à l'indépendance, à la propriété, à se croire grand de sa propre grandeur, et à vouloir recueillir la gloire de ce qu'il trouve de bon en lui. Ce qui veut dire, en d'autres termes, que tout ce qui n'est pas Dieu, et qui a la conscience de son existence, aspire à ressembler à Dieu par l'endroit où cela est le moins permis, à penser, à agir comme s'il était Dieu, comme s'il était à lui-même sa fin, et qu'il n'est point pour lui de tentation ni plus pressante, ni plus dangereuse.

Ainsi, loin de suivre la règle de Dieu que la plus pure

raison ne peut s'empêcher d'approuver, nous en établissons une, tout opposée, dictée par notre orgueil. Nous commençons par nous croire grands, absolument, et sans comparaison; puis nous estimons grand ce qui nous paraît tel par rapport à nous, ce qui nous agrandit dans notre idée et dans celle d'autrui; nous agissons par le motif de notre propre gloire; nous employons ;i cette fin tout ce qu'il y a en nous de facultés et de talents ; nous n'omettons rien pour nous faire valoir; notre mets le plus délicieux est la louange, et ce qui flatte le plus ceux qui se distinguent des autres par quelque endroit, est de penser qu'on parle avantageusement d'eux, que leur nom est célèbre dans une ville, dans une province, dans un royaume, chez d'aulres nations, et que leur mémoire passera avec éloge à la postérité. Rien ne nous semble plus beau, plus noble, plus propre à caractériser une grande âme, que la soif de la gloire, mais d'unt* gloire immense dans son étendue, et immortelle dans sa durée. Ce n'est pas tout : cette gloire, parce qu'elle est le fruit de notre mérite et qu'elle nous est personnelle, nous paraît l'emporter sur tout autre espèce de gloire. De là vient que le guerrier, le politique, le savant, le littérateur, l'artiste, croient le genre de talent où ils excellent supérieur à tout autre genre, et, plus digne de l'estime publique. Est-il surprenant qu'une disposition d'esprit si contraire à l'humilité, soit une abomination devant Dieu, et qu'elle soit reprouvée partout dans les Saintes Lettres?

Elle est encore digne de réprobation par un autre endroit. C'est que l'homme vain en lui-même ne met sa gloire que dans des choses vaines et qu'il laisse le vrai, le solide, pour se faire honneur du faux et de l'apparent. Si la modestie n'était pas l'apanage de la vertu morale.

et l'humilité celui de la vertu chrétienne, le sage serait excusable, en un sens, de se glorifier de sa sagesse et le chrétien de sa sainteté, parce qu'ils se glorifieraient l'un et l'autre de qualités vraiment estimables. Mais c'est uniquement à ce qui brille, à ce qui frappe les sens et l'imagination, à ce qui irrite les passions, que l'orgueil et la vanité s'attachent; c'est à ce qui attire les suffrages, à ce qui excite l'admiration du vulgaire ignorant. La gloire est une marchandise populaire; c'est le peuple qui la vend et la distribue; c'est de lui qu'on l'achète à grands frais. De là, ce luxe, cette somptuosité dans les édifices, dans les ameublements, dans les vêtements et les parures, dans la table, dans tout ce qui frappe les yeux; de là, cette recherche des choses rares et précieuses, qui donne sujet de se vanter qu'on les possède seul, ou qu'un petit nombre d'heureux les possèdent ainsi que nous; de là, l'ambition des titres, des dignités, des grandes places, des distinctions et des marques d'honneur. Tout cela est frivole de soi, tout cela ne suppose aucun mérite réel, et souvent ne sert qu'à en mettre le défaut dans un plus grand jour. Cependant, c'est de quoi l'on est le plus jaloux, ce qu'on désire avec le plus d'ardeur, ce qu'on se procure avec le plus d'empressement, à cause de la considération extérieure qui en revient. Tout ce qui nous distingue du commun, et nous tire de la foule, flatte notre amour-propre et nous relève dans notre idée, tandis que souvent il nous rabaisse dans la réalité.

De là encore, ce préjugé de la noblesse, si ancien, si difficile à déraciner, qui nous inspire tant de fierté et de dédain, qui fK)us fait croire que nous avons dans tes veines un autre sang, dans le cœur d'autres sentiments, dans l'esprit plus d'élévation que le resle des hommes.

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De là, ce point d'honneur, si extravagant, si contraire, non-seulement à la religion, mais à l'humanité, qui impose à ceux d'une certaine condition et d'un certain état l'indispensable nécessité de venger par le duel une parole, un sourire, un geste, un manque d'attention, un défaut de procédé, l'ombre, le soupçon du mépris, et d'exposer sa fortune, son repos, sa vie, son salut éternel, pour satisfaire à ce qu'exigent en ces rencontres les lois du monde.

Dans cette fausse grandeur, que de misères, que de petitesses, que de bassesse réelle!

Et, devant Dieu, quelle abomination par les moyens criminels qu'on emploie pour y parvenir et pour s'y maintenir; par son opposition formelle aux vertus chéries de Dieu, et si recommandées dans l'Évangile ! A moins que d'être un saint décidé, l'homme le plus chrétien d'ailleurs et le plus pieux, s'il se voit élevé au-dessus du commun par sa noblesse, par sa place, par ses richesses, se ressent plus ou moins de cette élévation ; il en est moins chrétien, plus arrogant, plus méprisant, plus difficile à vivre, plus délicat, plus exigeant, et plus aisé à offenser. Dites-lui qu'on ne lui doit rien, si ce n'est en vue de Dieu et de la subordination qu'il a établie pour le maintien d-e la société; que ce n'est pas lui, mais Dieu, qu'il faut honorer en lui; que, pour cette raison, il ne convient pas qu'il montre tant de hauteur et de sensibilité, qu'il soit si délicat sur les égards et les marques de respect qu'il prétend lui être dus; qu'au contraire, il en doit être plus humain, plus accessible, plus prévenant, plus obligeant; que, dans son âme, il faut qu'il concilie l'humilité chrétienne avec cette grandeur extérieure, et qu'il rapporte à Dieu les hommages

qu'on lui rend, jusqu'à y être tout à fait insensible pour ce qui le regarde 5 il n'entendra qu'avec peine ce langnge, il ne le goûtera point , il ne se résoudra que très-difficilement à le pratiquer. Et, dans le fait, c'est beaucoup, si, entre mille grands, entre mille hommes célèbres à quelque titre que ce soit, il s'en trouve un seul qui fasse servir son élévation à la gloire de Dieu, à l'édification du prochain, et à sa propre sanctification.

Pour bien comprendre, et pour se mettre en état de goûter cette sentence : Ce qui passe pour (jrand et pour relevé devant les hommes est ime abomination devant Dieu, il faut avoir étudié à fond l'Évangile, il faut connaître Jésus-Christ, et être entré un peu avant dans ses sentiments. Les parents obscurs qu'il s'est choisis, la crèche où il est né, la boutique où il a travaillé, la pauvreté dans laquelle il a vécu, n'ayant pas où, reposer sa tête, la croix où il est mort, tout cela est la plus manifeste et la plus forte condamnation de nos jugements sur ce qui constitue la vraie grandeur. Nommez-moi un seul des sujets pour lesquels l'homme s'enorgueillit, qui n'y soit expressément réprouvé. L'appareil dans lequel s'est montre l'Homme -Dieu, venu pour expier les péchés dont l'orgueil est le principe, ou qui en sont la punition, pour nous prémunir à l'avenir contre ce vice, pour nous donner les leçons, les exemples et les remèdes propres à nous en guérir; cet appareil si humble, si pauvre, si méprisable, et, dans sa principale circonstance, si horrible au jugement des hommes, ne leur laisse aucune excuse, aucun prétexte, aucun subterfuge. Il faut qu'ils prononcent contre Jésus- Christ, et contre Dieu même en Jésus-Christ, ou qu'ils renoncent à la règle qu'ils ont opposée à la sienne. Sous quelque point de vue qu'ils considèrent la chose.

il n'est lien qui ne doive les y déterminer. Car que gagnent-ils à suivre celte règle, invention de leur orgueil? Ils y gagnent de n'avoir jamais la paix du cœur; d'autant que, plaçant leur estime dans des biens vains, frivoles, imaginaires, et mettant leur bonheur dans la jouissance de ces biens, il est impossible que leur cœur trouve ce qu'ils y cherchent. Ils ne sont heureux qu'en imagination; l'illusion dure tant qu'ils espèrent de posséder; dès qu'ils possèdent, elle s'évanouit; fût-ce le premier trône de l'univers, l'ambitieux qui y est monte ne s'est cru heureux qu'au moment où il s'y est assis; l'instant d'après, son cœur n'était pas content, et sentait qu'il lui manquait quelque chose.

D'ailleurs, combien peu parviennent à ce qui peut les rendre grands, ou célèbres, dans l'idée des hommes? De tant de prétendants aux honneurs, aux richesses, à la réputation, combien échouent dans leur entreprise! Combien, au lieu de la faveur et de l'estime du public, ne s'attirent que sa disgrâce et ses mépris ! Combien sèchent d'ennui et de dépit, de voir leurs rivaux l'emporter sur eux ! Ceux-ci sont encore plus éloignés du bonheur et de la paix que les premiers.

Enfin, la plus grande partie du genre humain, par la naissance, par le défaut de talents ou d'éducation, par la nécessité de pourvoir à sa subsistance, est condamnée à vivre dans la bassesse et l'obscuriLé, Ou ils n'ont pas idée de ce qu'on appelle grandeur humaine, et ils ne songent point à y aspirer. S'ils ont, en cet état, la paix du cœur, elle ne dépend donc pas des choses à (jui les hommes accordent tant de valeur; s'ils ne l'ont pas, les voilà exclus du bonheur par leur condition même, sans laquelle néanmoins la société humaine ne peut subsister. Ou bien, ils ont idée de cette prétendue

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grandeur, et ils regrettent de ne pouvoir y prétendre; alors les voilà dévorés de chagrins, maudissant leur destinée, et malheureux sans ressource.

Que gagnent-ils encore, ces hommes que l'orgueil égare? D'être mal avec Dieu, jusqu'à devenir, à ses yeux, un ohjet d'ahomination par leurs sentiments opposés aux siens, et, par les suites d'une telle opposition, d'avoir une aversion secrète et quelquefois déclarée pour Jésus- Christ et pour son Évangile, voyant leur condamnation prononcée d'avance dans ses exemples et dans sa doctrine; de n'avoir rien à espérer pour l'autre vie, et d'y avoir tout à craindre ; ce qui les conduit, ou à perdre la foi, ou à être tourmentés sans relâche par ce qu'ils en conservent.

Que gagnent-ils enfin, même du côté des hommes, dont ils font dépendre leur félicité? D'être enviés, haïs, calomniés, exposés à leurs attaques; de se voir disputer leurs postes dislingues, leur renommée, leur célehrité; d'être toujours dans l'appréhension d'en déchoir, et d'avoir recours à mille moyens indignes pour s'y soutenir. C'est que, dans le monde, on ne devient guère grand qu'aux dépens des autres, et en s'élevant sur leurs ruines. Et, lors même qu'on parvient à la gloire par la vraie voie, ceux qui courent la même carrière, croient que vous leur dérohez celle que vous obtenez, et qu'elle leur était due plutôt qu'à vous. De là, tant de jalousies, tant d'inimitiés, tant de manèges et d'intrigues pour se nuire mutuellement; tant de soupçons, par conséquent de défiances, de craintes et d'alarmes. Oii peut résider le bonheur dans une position si violente? Que l'homme est cruellement puni de son orgueil par son orgueil môme ! Et que Dieu sait bien se venger

de l'usurpation de ses droits et de l'outrage fait à sa grandeur ! Il a établi une règle, qui, en lui assurant ce qui lui est du , assure encore votre innocence, votre repos, votre bonheur. Vous la violez, cette règle! et dans son infraction même se trouvent à la fois votre crime, votre inquiétude, votre malheur.

Comparez-vous à celui qui, fidèle à la règle de Dieu, met sa grandeur dans les choses où Dieu veut qu'il la mette, où Jésus-Christ son modèle a mis la sienne. S'il est obscur, s'il est pauvre, s'il est méprisé, s'il souffre pour la justice, la bouche même de son divin Maître le déclare heureux, et il l'est en effet par sa conformité avec lui; il l'est dans le temps, et il a une certitude morale de l'être dans l'éternité. Mais il n'est heureux de la sorte, que parce qu'il est vraiment grand. Supérieur à ce que le monde appelle disgrâce et infortune, élevé au-dessus des hommes, il n'en attend rien; il ne leur porte envie en rien; il les plaint au contraire, et il gémit sur le sort des heureux du siècle.

Si la Providence Ta fait naître dans une condition honorable selon le monde, si elle l'a placé dans des postes éclatants, s'il s'est acquis de la célébrité par ses talents et ses belles actions, il est détaché de tout cela, et tient son cœur en garde contre la tentation d'y succomber; il rapporte à Dieu la gloire de ses succès, et lui-même met la sienne à faire aux hommes tout le bien possible avec un noble désintéressement.

Quel est le vrai grand, de ce chrétien humble et détaché des choses d'ici-bas, qu'il en jouisse ou non ; ou du mondain superbe, esclave de toutes les vanités humaines? Consultez la saine raison, et demandez-lui si, en tous sens, elle ne met pas Socrate au-dessus d'Alexandre. Mais quel est le plus grand, du chrétien

content dans l'obscurité, la pauvreté, le mépris, ou de celui qui, jouissant des grandeurs de la terre, ne souffre pas que son cœur s'y attache? S'il s'agit de savoir laquelle de ces conditions est préférable à l'autre, le choix de Jésus-Christ décide cette question ; et, pour ce qui est des personnes, leur mérite devant Dieu dépend de la pureté de leurs sentiments, et de leur conformité intérieure avec Jésus-Christ.

0 mon Sauveur ! cette maxime que vous avez prononcée et que je viens de méditer, est une de celles à laquelle on fait le moins d'attention en lisant votre Évangile. A peine Tai-je vu citer dans les discours de vos prédicateurs, et dans les livres de piété, et je me reproche de l'avoir lue moi-même plusieurs fois, sans trop la remarquer. En est-il néanmoins une plus frappante, à raison de son objet, et des paroles qui l'expriment! Ce qui est grand pour les hommes, est une abomination pour Dieu. — Une abomination ! un sujet d'aversion et d'horreur. Et pour qui? pour Dieu, dont les jugements sont vrais etjusfifiés par eux-mêmes. Voilà ce qu'il pense de ce que le monde estime grand, de tout, sans exception. Et le monde, à son tour, que pense-t-il de ce qui est grand aux yeux de Dieu? Il en a pareillement un mépris et une aversion qui vont jusqu'à l'horreur.

Il faut que je prenne mon parti entre le jugement de Dieu et celui du monde. Ils sont trop opposés pour entreprendre de les concilier.

Maispuis-je balancer un moment? Faites, ô mon Dieu! que je voie du môme œil que vous les grandeurs d'icibas; que je les méprise et les abhorre comme vous. Accordez-moi une plus grande grâce encore, c lie d'estimer , d'aimer , de préférer ce qui me rendra

petit, vil et méprisable aux yeux du monde, et me rapprochera davantage de Jésus-Christ, et de ses plus chers favoris. Ainsi soit-il !

DE l'église.

C'est à regret que je me borne à un si petit nombre de leçons, tandis qu'il n'est pas dans l'Évangile une seule parole de Jésus-Christ qui ne contienne un fonds inépuisable d'instruction.

Mais j'ai toujours pensé que, dans les ouvrages de piété surtout, il fallait éviter la longueur, et ne dire que ce qui est nécessaire et suffisant pour édifier le lecteur, et le mettre en état de réfléchir par lui-même. Je le renvoie donc à la source. Qu'il lise l'Évangile avec humilité et docilité; qu'il ouvre son esprit et son cœur à la grâce; qu'il joigne la prière à la lecture; par-dessus tout, qu'il se mette en devoir de pratiquer ce qu'il connaît déjà, et il recevra de Dieu lui-même, pour l'intelligence de l'Écriture, plus de lumières qu'il n'en pourrait tirer du secours des livres. Au fond, c'est toujours Dieu qui instruit; les livres ne sont qu'un moyen extérieur dont il se sert, et, quand l'âme est bien préparée, il lui fait trouver dans les livres les plus courts et les plus simples une nourriture solide et abondante. Sa jalousie ne souffre pas même qu'on attribue à l'homme ce qui ne vient que de lui, et il répand sa bénédiction sur les ouvrages, selon la pureté d'intention des auteurs et des lecteurs.

Les circonstances actuelles me déterminent à prendre

pour dernière leçon ces paroles du Sauveur : Si quelqu'un n'écoute pas l'Eglise, qu il soit pour vous comme un païen et un publicain '.

A quel propos, me dira-t-on, traiter de l'Église, d'une matière de controverse, dans un ouvrage de morale?

On se trompe; le sujet de l'Église n'appartient pas moins à la morale qu'à la croyance, puisque l'Église est préposée pour enseigner au chrétien ce qu'il doit pratiquer, autant que ce qu'il doit croire. D'ailleurs, les dogmes eux-mêmes tiennent aux nnœurs sous plus d'un rapport; et l'on ne peut guère errer dans les dogmes, qu'il n'en résulte de fâcheuses conséquences pour les mœurs. Qui ne sait que Teneur touchant la justification par la seule foi, de la manière que l'entendent les protestants, a entraîné cette autre erreur que les bonnes œuvres ne sont point nécessaires au salut? Qui ne sait encore que de l'erreur touchant l'irrésistibilité de la grâce, il suit que le chrétien n'est responsable, ni du mal qu'il fait, ni du bien qu'il omet? ce qui le précipite dans le libertinage, sans qu'il ait à essuyer aucun remords de conscience. On n'est donc pas moins exposé à s'égarer en ce qui regarde les mœurs, qu'en ce qui regarde la foi, lorsqu'on refuse d'écouter l'Église; et la leçon présente n'est pas moins importante sous un de ces rapports que sous l'autre.

Ainsi, je vais exposer brièvement cette leçon , mais sans dispute, sans grande discussion, sans raisonnements profonds, m'arrêtant à quelques réflexions très-simples et très-décisives, que j'adresse à trois sortes de chrétiens : à ceux qui, admettant la révélation, ne reconnaissent pas d'Église; à ceux qui, se faisant de fausse»

* Matih., xviii, 17.

notions de l'Église, se flattent d'y tenir encore, tandis qu'ils s'en séparent manifestement; enfin, à ceux qui, étant dans l'Église, sont effrayés pour eux, et pour elle, du danger qu'elle court à cause des scandales qui y régnent et contre lesquels ils ne sont pas assez prémunis.

Je dis d'abord aux premiers qu'il y a une inconséquence évidente à admettre le fait de la révélation et à ne pas reconnaître l'existence d'une Église, c'est-à-dire d'un corps de pasteurs, dépositaire des vérités révélées, qui les enseigne avec une autorité infaillible, et qui impose aux fidèles, et même à tout pasteur en particulier, l'obligation étroite, et sous peine de damnation, de se soumettre à ce qu'il enseigne et à ce qu'il décide. La démonstration de ce point ne sera pas difficile à donner, ni à saisir.

La révélation faite par Jésus-Christ, et la religion qu'il a établie, est sans contredit pour tous les hommes, de tous les lieux, et de tous les temps jusqu'à la fin du monde. En quittant la terre, Jésus-Christ a laissé à sa place douze Apôtres, ou Envoyés, tenant de lui leur mission, chargés d'apprendre, de sa part, à toutes les nations, ce qu'il faut croire et pratiquer pour être sauvé. Le premier soin de ces Apôtres qui ne devaient vivre qu'un certain temps, et qui, de plus, parcouraient successivement diverses contrées, a dû être, et a été, en effet, d'établir en chaque contrée des hommes revêtus d'un caractère sacré, qui continuassent, en leur absence et après leur mort, l'œuvre qu'ils avaient commencée, enseignant avec la même autorité, et remplissant toutes les fonctions du saint ministère. En cela, les Apôtres n'agissaient pas d'eux-mêmes, maispar l'ordre de Jésus- Christ, en vertu du pouvoir divin qu'ils avaient reçu de

lui, et en exécution de la promesse qu'il leur avait faite d'être avec eux, jusqu'à la consommation des siècles; promesse qui évidemment embrassait les successeurs des Apôtres dans toute la suite des générations. Gomme donc les Apôtres le représentaient, après qu'il fût monté au ciel, envoyés par lui comme son Père l'avait envoyé, ils furent pareillement représentés par les Évêqucs envoyés par eux, comme ils l'étaient de Jésus-Christ; et ceux-ci par leurs successeurs dans les âges suivants.

Il fallait que la chose fût ainsi, et qu'il y eut toujours, parmi les chrétiens, un corps subsistant, visible, aisé à reconnaître par sa descendance incontestable de Jésus- Christ et des Apôtres, qui maintînt, dans son intégrité, le dépôt de la foi et des mœurs, et qui pourvût au culie divin et à l'administration des sacrements nécessaires au salut. Autrement, les Apôtres morts, leur ouvrage périssait avec eux; la révélation devenait inutile, et ne pouvait plus se maintenir, ni se propager par une voie sûre. Au cas qu'il s'élevât des disputes, comme il s'en est élevé, et qu'il s'en élève en effet, il n'y eût eu personne pour les décider; les imposteurs eussent pu impunément semer leurs dogmes pernicieux, sans craindre ni juges, ni condamnation ; le culte eût été aboli, ainsi que les sacrements par le défaut de ministres.

Il fallait que ce corps de pasteurs eût, pour lier les consciences, et pour soumettre les esprits à son enseignement et à ses décisions, la même autorité que les Apôtres, et que Jésus-Christ même; en sorte qu'on ne pût pas douter qu'écouter ces pasteurs, c'était écouter Jésus-Christ; que leur désobéir, c'était désobéira Jésus- Christ; que s'en séparer, c'était se séparer de Jésus- Christ. Sans cela, quel caractère eût eu un simple chrétien, ou même une assemblée quelconque? De (jui

eût-elle tenu sa mission, pour exif.er qu'on la crût sur sa parole dans l'explication fixe et précise des articles de croyance? Quelle autorité eût-elle fait valoir, pour confondre l'erreur et la réduire au silence? N'est-il pas clair que la foi n'eût plus eu de fondement, n'étant point appuyée sur une tradition à l'abri de toute erreur? Qu'aucun homme n'eût été obligé en conscience de croire, ni de captiver son entendement sous des mystères incompréhensibles, rien ne pouvant lui garantir que la doctrine enseignée fût la propre doctrine de Jésus- Christ? Qu'il lui eût même été impossible de croire d'une foi divine, faute d'un motif extérieur suffisant pour le déterminer? Ainsi, ou il ne fût plus resté à personne de moyen de se sauver, ou il faudrait dire, contre la supposition, que la révélation n'aurait plus été nécessaire au salut. Il faudrait dire que Jésus-Christ n'aurait pas pourvu à la conservation de son œuvre, qu'elle aurait péri, au plus tard, avec le dernier des Apôtres, et que tout ce qu'il a fait, et souffert pour la rédemption du genre humain, n'aurait point eu de suite.

Et qu'on ne dise point que les Apôtres ont laissé par écrit tout ce qui est nécessaire pour l'instruction des fidèles. Car, sans insister sur plusieurs réponses solides qu'il y aurait à faire à cette objection, je m'attache à une seule qui ne souffre aucune réplique. L'Écriture Sainte, non plus qu'aucun autre livre, ne s'explique d'ellemême ; il faut être assuré de la bien entendre, et l'on ne peut avoir cette assurance qu'autant qu'on en reçoit l'explication de la bouche de TÉglise. S'appuyer sur ses propres lumières, ce serait une présomption insupportable. Se supposer immédiatement éclairé du Saint- Esprit, ce serait une illusion manifeste et un pur fanatisme. D'ailleurs, ces deux moyens ne sauraient terminer

aucune dispute, chacun pouvant les employer pour sa cause, avec le même droit qu'un autre.

Il est donc nécessaire que le corps des Pasteurs, dont j'ai parlé, ait la vraie intelligence du sens de l'Écriture, el que chaque fidèle sache que c'est de lui qu'il doit l'apprendre. Et, lorsqu'il y a quelque controverse intéressante pour la foi, ou pour les mœurs, sur le sens d'un passage, c'est à ce corps qu'elle doit être portée, et c'est à lui qu'il appartient d'en décider. Autrement, les disputes ne finiront jamais; chacun sera libre d'interpréter l'Écriture à sa fantaisie; elle n'aura aucun sens fixe, et, au lieu de réunir les fidèles dans une même croyance, elle ne servira qu'à les diviser.

Les hérésies, que Jésus-Christ a prévues et annoncées sous le nom de scandales, et que saint Paul a prédites comme nécessaires pour manifester ceux dont la foi rst à toute épreuve; les hérésies, qui sont nées dans l'Église presque avec elle, et qui, d'âgé en âge, se sont succédé, ou ont reparu sous une dénomination nouvelle; les hérésies, qui ont attaqué, l'une après l'autre, toutes les vérités révélées, sans en excepter les plus fondamentales; qui toutes se sont appuyées sur l'Écriture mal entendue, ou tronquée et falsifiée; les hérésies, dis-je, dont l'existence est un fait qu'on ne peut nier, sont elles-mêmes une preuve éclatante de la nécessité d'un tribunal pour les juger, les condamner, et en arrêter le cours.

Otez ce tribunal et l'obligation de se soumettre à sa sentence, chaque secte répandra ses erreurs, sans qu'on puisse s'y opposer, ni même les taxer d'erreur; les fidèles n'auront aucun préservatif contre la séduction; le venin gagnera par degrés toutes les parties de l'Église; et les dogmes révélés succomberont l'un après l'autre sous les coups qui leur seront portés. N'est-ce pas là ce qui serait

arrivé infailliblement; et, si l'hérésie, quoique assurée de sa condamnation, n'a pas craint de se montrer au grand jour; si, quoique condamnée authentiquement, elle a persisté dans son obstination, et a causé en divers temps et en divers pays tant de ravages, quel mal n'eût-elle pas fait, si elle n'eût pas rencontré dans l'infaillibilité de l'Église un obstacle invincible à ses funestes entreprises! Voulez-vous sentir encore mieux la nécessité d'une Église enseignante pour la conservation du dépôt de la foi ? Observez par quel progrès insensible, mais inévitable, la révolte contre l'Église conduit à la perte absolue de cette même foi. Luther a enfanté Calvin, qui, sur beaucoup d'articles, a poussé l'erreur plus loin que lui. Les Sociniens n'ont fait qu'étendre à tous les mystères le principe sur lequel Calvin se fonde pour nier la présence réelle, quoique si fortement et si clairement exprimée dans l'Écriture. Les Déistes, plus conséquents que les Sociniens, n'ont point voulu reconnaître pour inspirés et pour divins des livres dont il faut tordre les expressions par les interprétations les plus violentes, pour ne pas rencontrer à chaque ligne, comme le prétendent les Sociniens, des choses absurdes et qui choquent directement la raison; et ils ont rejeté toute révélation comme une invention humaine. Les Athées, parlant du même principe que les Déistes, que pour croire il faut comprendre, ont nié l'existence de Dieu, parce que, dans sa nature et dans ses attributs, tout est incompréhensible à l'esprit humain. Ainsi, le chrétien, qui, d'abord rebelle à l'Église, refuse enfin delà reconnaître, est mené, par voie de conséquence, à rejeter tous les mystères, et ensuite le fait même de la révélation; a regarder tout culte comme une affaire de police, indifférente m §oi, et à n'admettre que je ne sais quelle

religion naturelle, dont il se rend l'arbitre, et qu'il pratique à son gré ; à mettre au moins en problème l'existence d'un premier Être, sa Providence, et les autres vérités qui sont la base de la morale. Aussi la foi est-elle éteinte aujourd'hui dans le cœur de la plupart des sectaires, qui, après bien des disputes et des anathèmes réciproques, se sont réfugiés et réunis dans le dogme de la tolérance universelle; tolérance qui n'est qu'une expression radoucie pour signifier l'indifférence et l'insensibilité en matière de religion, et qui est l'effet le plus pernicieux de la gangrène de l'hérésie.

Ces réflexions me paraissent suffisantes pour ramener au sein de l'Église quiconque se dit chrétien, et n'a pas encore perdu tout sentiment des vérités éternelles.

Les seconds, qui se flattent de tenir encore à l'Église, tandis qu'ils s'en séparent évidemment, n'ont pas la véritable notion de l'Église.

Parce qu'en France, pour mieux séduire les simples, on paraît avoir conservé tous les articles de la croyance; parce qu'on n'a rien changé, jusqu'ici, au culte extérieur, ni à la forme de l'administration des sacrements, le peuple se croit encore catholique, quoiqu'il ne reconnaisse plus ses pasteurs légitimes, et que ceux qu'il reconnaît soient des intrus, o\x des jureiirs qui adhèrent aux intrus. Il se croit catholique, et il n'a nulle communication avec le Souverain Pontife, chef de l'Église, ni avec les autres catholiques de l'univers! Il se croit catholique, et la base de sa religion actuelle est sa nouvelle Constitution civile, qui en fait, sous tous les rapports, un peuple à part, et qui, n'étant pas encore fixée, laisse incertain ce qu'on lui permettra de conserver de la foi de ses pères ! Il se croit catholique, et il n'a déjà plus qu'une religion

nationale, consistant dans la tolérance de tous les cultes, dans l'admission de toutes les sectes, à l'exception des catholiques, dont les principes sont incompatibles avec ceux de la Constitution !

Si ce peuple n'était pas aussi obstiné qu'aveugle, il serait aisé de lui faire comprendre que, s'il était catholique avant la révolution, il ne l'est plus aujourd'hui, puisqu'il n'a plus, et ne veut plus avoir les pasteurs que l'Église lui avait donnés, et que ceux qu'il a tiennent leur juridiction d'une Assemblée purement politique. Il n'aurait qu'à relire le catéchisme, qu'il a appris dès l'enfance, pour y prendre la vraie notion de l'Église, dont il ne se souvient plus, et pour ouvrir les yeux sur le schisme, où on l'a jeté d'abord, afin de le préparer peu à peu à la perte totale de la foi. Si la génération présente en conserve encore quelques vestiges, ils s'effaceront très-promptement dans les générations suivantes, lorsqu'on leur aura ôté leurs faux pasteurs, qui n'ont qu'une existence précaire; et un Royaume très-chrétien dégénérera en une République, ou plutôt en une Anarchie antichrétienne,

A l'égard de ceux qui, à la vue des scandales qui régnent dans l'Église, sont effrayés pour elle, ou pour eux-mêmes, je dis : Leur foi est faible; et ils sont bien peu instruits de ce qui s'est passé dans les siècles précédents, s'ils sont ébranlés par les événements dont ils sont témoins.

Ont-ils oublié l'assurance que Jésus-Christ a donnée à son Église : Que les portes de l'Enfer ne prévaudront jamais contre elle? et la promesse qu'il a faite à ses pasteurs, d'être avec eux jusqu'à la fin du monde? Ne savent-ils pas que l'Église est née au milieu des plus terribles persécutions, et qu'elle s'est accrue par les

persécutions mêmes? Ignorent-ils que, depuis Ja naissance de l'arianisme, où tant d'e^êques renoncèrent à la foi de la Trinité, et persécutèrent si cruellement en Orient et en Occident saint Athanase et les autres défenseurs delà Divinité du Verbe, il n'y a peut-être pas eu un siècle qui n'ait offert, dans le corps épiscopal, tout à la fois de grandes vertus et de grands vices, de grands sujets d'édification et des sujets de scandale?

Mais, pour apaiser leurs plaintes, et pour rassurer leur foi chancelante, je leur montre le Calvaire.

Quel est celui qu'ils y voient attaché à une croix comme blasphémateur? Qui sont ceux qui l'ont condamné à une mort si infâme? Ne sont-ce pas les Pontifes, les Princes des prêtres, les Docteurs de la loi, la Synagogue en un mot, qui représentait et qui était alors l'Église chez les Juifs? Ne sont-ce pas ceux qui étaient assis sur la Chaire de Moïse, et de qui Jésus-Christ avait canonisé la doctrine en disant au peuple : Faites tout ce qu'ils vous disent, mais 72e faites pas ce qu'ils fout?

Ce scandale fut sans contredit le plus grand qu'on ait jamais vu, et qu'on puisse voir sous le ciel. L'ancienne Église, qui conservait la tradition du Blessie, qui expliquait les prophéties où le Messie était annoncé, qui enseignait la Loi de Moïse au peuple à qui le Messie était promis, qui offrait à Dieu les sacrifices où celui du Messie était figuré; cette Église, revêtue d'une autorité divine, condamne, réprouve, accuse auprès des Gentils, met à mort comme un impie, Celui qui, par sa doctrine, ses miracles et le témoignage que lui rendaient les Écritures, prouvait qu'il était le Messie, le Fils de Dieu, l'Attente de la nation juive, et le Salut des nations. Et c'est par ce scandale énorme, par ce déicide, que s'est opérée la rédemption du genre humain.

Est-il rien, après cela, qui soit capable d'ébranler notre foi?

Le danger que courent aujourd'hui en France les enfants de l'Église, sans évêques, sans prêtres, sans culte extérieur, sans sacrements, sans aucun secours spirituel, au milieu de l'impiété et de l'hérésie triomphantes, et des vexations, des menaces, des séductions de tout genre, est bien grand sans doute, et la faiblesse humaine ne saurait y résister. Mais qu'ils prennent pour eux cette parole de Jésus-Christ : Ayez confiance, j'ai vaincu le inonde. Je l'ai vaincu par ma croix; je veux qu'à mon exemple, et avec mon secours, vous le vainquiez par la vôtre. Je ne vous abandonnerai pas. Je suppléerai par moi-même à ce qui vous manque de la part de mes ministres. Je veux triompher par vous de la fausse philosophie et de l'hérésie ; et c'est afin qu'on ne doutât pas que cette victoire est mon ouvrage, et que la gloire m'en fût rendue, que j'ai retiré tous les moyens ordinaires, me réservant de vous soutenir immédiatement par moi-même.

Catholiques plus délaissés, plus isolés que ne le furent les premiers fidèles, plus dangereusement éprouvés, et presque aussi violemment persécutés qu'eux, ne vous laissez point abattre, mais réveillez votre foi! On ne vous a point encore enlevé l'image de Jésus crucifié. Dans vos moments de peine et de tentation, jetez les yeux sur cette image; elle vous consolera; elle dissipera vos craintes; elle répondra à vos doutes; elle vous fortifiera, et vous rendra invincibles aux plus grands efforts qu'ait jamais faits l'enfer contre Dieu et son Christ,

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