LE REGIME DE L ECOLE
L'École devait comprendre d'abord trois corps ou milleries^ formés chacun de mille jeunes gens. Mais le nombre des élèves dépassa les prévisions. Il fallut créer un nouveau corps, la quatrième millerie, qui compta quatre cents sujets et qui fut dissoute à la fin de septembre (1).
Chaque millerie se composait de dix centuries.
Chaque centurie se divisait en dix décuries, chacune de dix hommes.
Ces divisions par mille, cent et dix facilitaient, disait-on, les opérations d'ensemble: elles étaient fondées sur le système décimal que la Convention avait récemment adopté, et elles prévenaient des obscurités et dos erreurs dans la comptabilité.
Suivant cette méthode simple et commode, le commandant de la millerie prit le nom de mille-
à Neuilly, se plais^nit, après la levée du camp, des perles que cet établissement lui avait fait essuyer. L'avenue de Neuilly. disait-il, aboutissait à sa maison ; elle avait été fermée par les barrières de l'École; son commerce, sa profession étaient totalement anéantis. D'autre part, deux écuries, qui dépendaient de sa propriété, avaient été encloses dans le camp pour servir de magasin de fourrages; des tuiles et des carreaux quiles remplissaient, des moellons qui y étaient adossés» avaient été brisés. Le Comité ût donner à Hurard une indemnité.
(1) Elle fournissait soit dix, soit trente élèves, selon que les trois premières milleries fournissaient chacune soit quarante, soit quatre-vingt-dix élèves.
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rion; le commandant de la centurie, le nom de centurion; le chef de la décurie, le nom de dé^ curion. Dans le principe, ces termes parurent bizarres. Peuàpeu ils devinrent familiers et personne ne s'en étonna plus (1). Le Comité, qui prétendait régénérer les mœurs do la nation, assurait superbement qu'il n'y avait pas de petites innovations, qu'il fallait commencer par supprimer les dénominations et divisions communes aux hordes que soudoyait le despotisme.
Millerion, centurion, décurion devaient avoir, selon un mot du Comité, outre les qualités civiques indispensables, l'expérience du métier militaire. Le millerion était capable de commander un bataillon; une de ses obligations consistait à indiquer tous les soirs à cinq heures l'effectif réel des élèves et des instruc* teurs de sa millerie sur deux feuilles de mouvement, destinées, l'une au commissairedesguerres, Tautrc, aux munitionnaires de vivres et de fourrages. Le centurion faisait les fonctions de capitaine. Le décurion avait les attributions du
(1) Ils reparurent sous le Directoire qui réunit, en 1796, à Lille et à Dunkerque, en centuries et en milleries, un corps d'étrangers, prisonniers et déserteurs, qui devait être employé à Texpédilion Quanlin.
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sous-oflicicr, sergent ou caporal, et, par un arrête du 20 août, reçut les appointements attachés au grade de lieutenant.
Ces divers instructeurs furent nommés par le Comité de salut public. Mais Le Bas et Peyssard les proposèrent au choix du Comité et donnèrent sur eux les renseignements qu'ils avaient recueillis soit par eux-mêmes en faisant venir les candidats ou en allant les voir, soit auprès de la commission de l'organisation et du mouvement des armées de terre, soit auprès de Bertèche ou de leurs collègues de l'assemblée — ceux du moins « dans lesquels on avait conGance », — soit surtout auprès do Hanriot, à qui Le Bas demanda des adjudants et officiers de la garde nationale parisienne sortis do la troupe.
Ils ne devaient pas quitter leurs élèves.
Deux fois par jour, le matin et le soir, à une heure qui n'était pas déterminée, avait lieu, en présence du général, l'appel de tous les instructeurs: les absents étaient punis la première fois par l'inscription au registre; la deuxième, parles arrêts; la troisième, par l'exclusion. Mais les permissions qu'ils sollicitaient du général pour se rendre à Paris leur étaient toujours accordées.
L'égalité la plus complète régnait entre les élèves. Six jeunes gens étaient partis ensemble de leur district à la voix de la Convention, et le voyage avait fortifié la liaison commencée par la communauté d'origine. Mais le Comité voulait subordonner les affections particulières à des affections plus générales et à de plus graves inlérêls. Il voyait dans les élèves de l'École de MarSj non pas les enfants do tel district, de tel département, mais les enfants de la grande famille française unis les uns aux autres par la fraternité républicaine, rivalisant à qui servirait le mieux la patrie. Dès leur arrivée, ils furent dispersés. Sur six sujets d'un même district, deux furent placés dans chaque millerie, et les deux élèves placés dans la môme millerie n'étaient ni dans la même centurie ni dans la même décurie. D'ailleurs décurics, centuries, milleries prenaient rang entre elles suivant l'ordre dans lequel elles avaient été formées au fur et à mesure que les élèves se présentaient (1).
Tous les élèves de la décurie exerçaient le
(1) On agila même, dès le début, la question de savoir s'il ne conviendrait pas de changer ultérieurement les élèves de décurie, de centurie et do millerie pour « éviter Tesprit do corporation » !