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La Fontaine, Fables

Sommeil . 297

Heureux celui qui, ne s'écartant jamais des lois de la modération, saute à bas de son lit lorsque ses forces sont réparées et me les énerve pas en y séjournant trop longtemps. Il conserve par ce moyen toute la force, toute la santé du corps et toute la liberté de son esprit ; il n'est point enfin exténué de maigreur ni surchargé d'un embonpoint extréme.

Le sommeil ne pourra néanmoins vous procurer ces avantáges qu'autant que vous lui consacrerez le temps que la nature lui désigne; en effet, le soleil ne parcourt sa carrière qu'afin d'éclairer les travaux auxquels nous devons nous livrer pendant le jour. La nuit n'obscurcit, à son tour, le ciel et la terre, qu'afin que le silence y régne et que les hommes, fatigués des exercices de la journée, réparent leurs forces dans le sein d'un paisible sommeil. Rien n'est donc plus contraire à la santé que de veiller la nuit. On reconnait bientôt, à leur visage bléme et défait, ces habitants efféminés des grandes villes, qui, selon l'expression vulgaire, font de la nuit le jour, et du jour la nuit. On n'enfreint point impunément les lois de la nature ; c'est elle qui a marqué à l'homme la nuit pour dormir et le jour pour veiller.

Le vieux précepte rimé, qui date du temps de François Ier, est encore le meilleur à suivre :

Lever à six, diner à dix; Souper à six, coucher à dix, Nous fait vivre dix fois dix.

Seize heures de veille et huit, heures de sommeil paraissent être un partage convenable de la période de vingt-quatre heures qui forme un jour.

A cet ordre naturel, excepté l'homme civilisé et à son grand détriment, obéissent tous les étres de la création, méme les

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plantes. On s'étonne du dépérissement et de la mort des arbres sur les boulevards de Paris, et l'on en accuse toutes sortes de causes, sans que l'on songe à la plus réelle de toutes, la privation de sommeil par l'illumination nocturne des becs de gaz.

Les méditations trop longues, les travaux excessifs, la faiblesse qui accompagne les longues maladies, la vieillesse, les épuisements de tout genre entretiennent l'insomnie ou empéchent le sommeil.

Le sommeil qui est troublé par des songes pénibles, bien loin de restaurer, ajoute à l'épuisement des forces ; mais les réves et le sommeil pénible sont dus bien souvent aux excitations fortes que les passions vives de l'àme ont produites sur nous pendant l'état de veille. Tout le monde sait que les songes se rapportent ordinairement à ce qu'on a fait pendant le jour, comme l'a exprimé Claudien dans des vers dont nous donnons la traduction :

A ce qu'on fait le jour on songe dans la nuit : Le juge, du Palais semble entendre le bruit; Le chasseur croit courir dessus la bête fauve, Et le cocher aprés le cheval qui se sauve.

Page 71. — SOMMEIL DE JOUR.

Le sommeil de l'aprés-midi est contre nature.

Dans les pays chauds, durant les chaleurs de l'été, et lorsqu'on en a pris l'habitude, on peut faire une courte méridienne, mais sans oublier que le sommeil de l'aprés-midi doit être très court. Encore serez-vous exposé, aprés la méridienne, à éprouver un grand engourdissement du corps et de tous les sens, de la migraine ; mais il est bien rare que la fièvre se mette de la partie, encore moins le catarrhe, qui n'a rien à faire en pareille occur-

Des vents et de l'urine. 299

rence, si l'on n'a point ressenti le froid pendant son sommeil. Cette coutume convient cependant aux individus maigres, fai+ bles, qui digérent mal, et aux vieillards.

Les personnes qui ne se lèvent pas de grand matin et celles qui sont disposées à prendre de l'embonpoint doivent s'abstenir de la méridienne.

Page 73. — DES VENTS ET DE L'URINE.

Les reins remplissent une fonction des plus importantes, celle de séparer l'urine du sang. Deux canaux nommés urefères portent le liquide dans la vessie, d'où il sort par le canal de l'uretre ; mais, si cette évacuation des urines n'a pas lieu librement, elles refluent vers les uretères, les reins et le tissu cellulaire environnant, gonflent ces parties, d'où la tension du bas-ventre, la pesanteur des reins, le malaise, l'anxiété : et à la suite, la rétention d'urine et les divers maux qu'elle cause. D'un autre cóté, la vessie étant pleine et fort distendue, elle occupe trop d'espace dans le bassin; elle refoule, À droite et à gauche, les parties flottantes dans le bas-ventre, et presse davantage sur le rectum. Il en résulte la gêne dans les excrétions des urines et des selles, le gonflement du ventre, des coliques et même des vomissements, la difficulté ou l'impossibilité d'uriner, etc, En séjournant dans la vessie, l'urine y laisse déposer les matières salines qu’elle contient et y forme des calculs.

Mais les personnes qui urinent à plein canal ne sont point exposées à ces maux,

Hommes qui avez passé la cinquantaine, ne dédaignez pas ces conseils ; ils sont d'une prévoyante sagesse.

Le besoin de miction ne doit jamais étre différé dans sa satisfaction. Plus on avance en âge, plus il faut être sévère dans l'observance de ce précepte. Ce besoin est plus ou moins fréquent selon le plus ou moins de capacité, de tolérance, selon l'état sain ou malade de la vessie, selon le plus ou moins d'abondance

Des repas. - 307

Les bains de rivière, durant les jours chauds, sont communément utiles à la santé pour les raisons que je viens de dire. L'eau étant tiède alors, elle pénètre aisément le corps et le nettoie fort bien. Entrant mieux dans les pores de la peau, elle se mêle mieux aussi à nos humeurs, et voilà comment les bains tempèrent et rafraichissent,

On rend les bains émollients par l'addition des herbes émollientes, dont on mêle la décoction dans l'eau du bain; fortifiants, par les plantes aromatiques ; on fait des Dains de mer artificiels, par l'addition du sel. A

Le précepte que donne l'Ecole de Salerne, de se tenir chaudement aprés le bain, est sage. Le bain ayant disposé le corps à a transpiration, il y aurait évidemment de l'imprudence à s'exposer à un air capable de la supprimer. On courrait un risque certain de prendre quelque rhume.

Page 78. — Des REPAS.

L'appétit, tel devrait être le seul régulateur des repas. Ne mangez que quand vous sentez le désir de le faire ; en suivant cette simple formule, vous éviterez des causes innombrables de maladies.

Toute l'hygiène gastronomique est contenue dans ces excellents préceptes; malheureusement, il n'en est pas qui soit moins suivi.

L'homme civilisé s’est fait en toute sorte de choses, des ap pétits factices, et ils ne sont pas les moins impérieux. Il confond une soif légère et l'appétit avec la soif et la faim, qui sont des besoins qu'il importe de satisfaire,

Il y a trois sortes d'appétits :

Celui que l'on éprouve à jeun, sensation impérieuse, qui ne chicane point sur les mets et qui vous fait venir l'eau à la bouche à l'aspect d'un bon ragoüt.

Sonetorius dans «a balance.

Des repas. 305

* Lors donc qu'en ingérant des aliments nous avons atteint le poids voulu et la mesure préalablement prescrite, l'extrémité de la balance s'élève un peu, tandis qu'au même instant le siège s'abaisse légèrement, C'est cet abaissement qui indique immédiatement à la personne assise qu'elle a absorbé la quantité convenable d'aliments !. »

Ses aphorismes sur la médecine statique ont été dépassés par le progrès de la science : et cependant bien des médecins et le vulgaire attribuent encore la plupart des maladies à la diminution de cette évacuation,

Cornaro vivait de 12 onces d'aliments solides, tels que pain , jaune d'œuf, viande et potage, et 14 onces de vin par jour?. Ce régime, excellent pour lui, aurait exténué une forte consti tution.

Un curieux travail de statistique. établit qu'un homme, parvenu à l’âge de cinquante ans, n'a pas absorbé moins de 70,000 livres de pain, 20,000 livres de viande, 5,000 livres de légumes, Et, détail trés intéressant, il a bu 52,000 litres de liquides divers, formant un lac de trois cents pieds de superficie sur trois de profondeur; il a dormi pendant un espace de temps égal à 6,000 jours, travaillé pendant 6,000, marché pendant 800, mangé pendant 15,000, a été malade pendant $00, et s'est amusé pendant 4,000.

Ce sont là, bien entendu, des chiffres moyens,

Ne buvez pas à jeun, au sortir de votre lit, Cela doit s'entendre surtout des liqueurs alcooliques, car rien n'est plus sain,

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