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COMMENTAIRES

Page 53. — Dédicace.

N appelle santé cet état du corps où les fonctions qui lui sont propres s'achèvent dans la plus entière perfection.

^i^^^^^j Vbygiène est l'art de conserver la santé, c'est- ^t^^^^^l à-dire d'entretenir l'exercice régulier des fonctions du corps humain. Cet art sublime, quoi qu'en disent et la plaisanterie bavarde et la paradoxale misanthropie, est de tout temps parvenu à son but, et a constamment rempli son objet, quand il a été secondé par la volonté.

L'usage des choses connues sous la dénomination de choses naturelles est l'affaire essentielle à diriger, et l'aphorisme les désigne presque toutes : le boire et le manger, Vexercice et le repos, le sommeil et la veille, les excrétions et les rétentions, les affections de l'âme. Il n'y a que l'air dont il ne fasse point de mention, mais l'Ecole en traitera bientôt.

Regardez cet homme qui s'avance la tête levée, la vue errante sur tout, porté sur deux jambes nerveuses, et les bras pendants sur les côtés ou pliés l'un sur la hanche et l'autre sur la poitrine. Avec quelle assurance il marche ! quelle agilité dans les mouvements de son corps! quel coloris sur son visage! quel écarlate sur ses lèvres ! quelle vivacité dans ses yeux ! L'épiderme transparent des joues laisse apercevoir cet agréable réseau vasculaire

276 Commentaires de l'École de Salerne.

^ue chez lui le sang parcourt avec la plus grande facilité. Sa ■ peau douce et souple rend sensibles les contours des muscles qu'elle recouvre; les dehors les plus irréprochables annoncent à l'envi la plus heureuse condition de l'intérieur.

En effet, avec quelle harmonie le cœur donne et reçoit le sang! Quel concert entre les artères qui le distribuent aux extrémités du corps et les veines qui le rendent au cœur! Avec quelle douceur l'haleine sort de la poitrine ! Aucune toux, aucun enchifrènement ne met obstacle au passage de l'air. Les lèvres entr'ouvertes laissent voir des dents blanches et saines, qui contiennent une langue vermeille et humectée.

L'appétit ajoute aux assaisonnements les plus simples, que le palais savoure; le gosier, par une déglutition aussi sensuelle que l'a été la mastication, ne perd rien de toute la suavité des aliments solides et liquides. La digestion efficace et prompte fournit assidûment à la plus exacte nutrition ; et les sucs de toute espèce, bientôt changés en substance animale, vont produire cette surabondance précieuse qui avertit les sexes de leur distinction mutuelle, et brûle de se répandre pour appeler et faire naître les plus doux plaisirs.

Ces grandes opérations de la nature qui se commencent et s'exécutent dans le plus bel ordre, s'achèvent avec la plus parfaite Tégularhé. Aucun jour ne se passe sans que la masse des liumeurs se dépure, aucun sans que les viscères se débarrassent.

Le travail du corps paraît un divertissement ; l'âme, au sein de la tranquillité, reçoit sans peine les idées que lui procurent des organes heureusement constitués, les contemple avec sagesse, les fuit ou s'y repose avec innocence.

Alors un génie inspiré peut représenter à nos sens ravis, ou sur une toile, ou dans le marbre, par des sons harmonieux, ou par des expressions cadencées, le magnifique spectacle de la nature; alors le philosophe peut dicter ses leçons, le héros combattre, le politique régler ses intérêts, tous les hommes jouir de leur existence.

Dédicace.

Quel trésor es-tu donc, ô santé ! qu'avec raison on te désire ! qu'avec extravagance on t'expose 1

Voici un autre portrait de l'homme qui doit vivre longtemps 1.

Sa taille est convenable et bien proportionnée sans être trop grande ; il est de grandeur moyenne et un peu gros ; son teint n'est pas trop vermeil ; trop de couleur dans la jeunesse est rarement un signe de longévité. Ses cheveux sont plutôt blonds que noirs ; sa peau est ferme sans être rude ; sa tête n'est pas trop grosse; de larges veines sillonnent ses extrémités. Ses épaules sont plutôt rondes que plates. Son cou n'est pas trop long et son abdomen pas trop proéminent. Ses mains sont larges et ses doigts pas trop longs. Ses pieds sont plutôt gros que longs, ses cuisses fermes et arrondies . Il a une poitrine grande et bombée, une voix forte; il peut facilement retenir son haleine pendant un temps prolongé.

Il a de l'harmonie dans toutes ses parties; ses sens sont Lons sans être trop délicats ; son pouls est lent et régulier.

Son estomac est excellent, son appétit bon et ses digestions faciles. Les plaisirs de la table sont pour lui de nulle importance; il ne mange pas simplement pour manger, mais chaque repas est pour lui tous les jours une heure de douce gaieté; il mange lentement, sans être trop altéré, ce qui est toujours un indice de rapide consomption.

Il est loquace, actif, capable de joie, d'amour et d'espérance, mais insensible aux sentiments de haine, de colère et d'avarice! Ses passions ne sont jamais violentes et dangereuses ; si jamais il s'adonne à la colère, il en éprouve plutôt une chaleur douce et bienfaisante, une fièvre artificielle et modérée qu'un débordement désordonné de la bile. Il a une grande tendance aux calmes méditations et aux agréables spéculations.

1. NexvYork médical Journal, traduit par VAbeille médicale. ÉCOLE.

Commentaires de l'École de Salerne.

C'est un optimiste, un ami des joies naturelles et du bonheur domestique ; il n'a pas soif des honneurs et des richesses et bannit tout souci du lendemain ,

L'état de santé que nous venons de peindre, n'existe guère que par abstraction et n'est en quelque sorte qu'un point mathématique, rien n'étant plus fragile et plus inconstant que sa continuité. En effet, exposés comme nous sommes aux impressions des corps étrangers, aux vicissitudes de l'air et des saisons, la vie étant elle-même une cause d'altération et d'anéantissement, comment la santé pourrait-elle être de longue durée? Aussi la meilleure est-elle réellement la moins mauvaise, celle qui se soutient le mieux ou qui se rétablit le plus promptement. Il faut donc nécessairement lui donner une certaine latitude et ne pas compter pour maladies une foule d'indispositions qui se dissipent aussi facilement qu'elles naissent.

Cependant, comme il arrive quelquefois que ces incommodités, légères dans le principe, s'accroissent par les imprudences de la vie, jusqu'à devenir mortelles, l'École de Salerne, prévoyant ces accidents et voulant y remédier, propose pour cela trois moyens qu'il est important de connaître et de savoir employer. Chacun d'eux a ses lois, que l'art a fixées d'après l'expérience et l'observation.

De la gaieté. — Par gaieté, on entend cette condition habituelle de l'âme, où les idées agréables se présentent à l'exclusion de celles que l'on nomme tristes. C'est une sorte de sérénité spirituelle que n'offusque aucun nuage, aucun brouillard, aucune vapeur. Cet état, heureux pour l'individu qui en jouit, est charmant pour ceux qui l'entourent. La gaieté est fille et mère de la bonne santé; mais il est bien difficile d'en faire un précepte

Dédicace.

général de conduite. La société asservit trop la nature à cet égard, et prescrire à quelqu'un d'être gai dans la majeure partie des circonstances, c'est recommander de bien marcher à un prisonnier dans les fers.

Il dépend de l'homme, de sa raison et de sa volonté d'être sobre en toutes choses, modéré dans ses désirs, et de fuir les excès de tout genre ; c'est ce qui constitue l'homme fort, l'homtne moral, et, à ce point de vue, l'hygiène n'est qu'un traité de sagesse, car la morale, a-t-on dit, est l'hygiène de Vâme^.

Arnauld de Villeneuve fait un tableau effrayant des effets de la colère sur les tempéraments ardents, par suite de la chaleur extrême qu'elle développe dans tout l'organisme. Mais il reconnaît, avec Hippocrate et Galien, qu'elle est utile aux natures froides, qu'elle leur fouette le sang et qu'elle les tire de la torpeur.

Franklin disait que la mauvaise humeur était la malpropreté de l'âme. Charron, et après lui Saint-Simon, ont appelé Éqiianimitè cette sérénité heureuse que certaines âmes savent conserver au milieu de circonstances difficiles ou opposées.

Mais il n'est pas toujours au pouvoir de l'homme de chasser « les noirs soucis », « les maux, les chagrins », de se donner « un esprit vif, content ». Le degré d'impressionnabilité aux douleurs morales forme un tempérament particulier, ce que, dans le langage de l'école, on appelle une iâiosyncrasie, et cette condition psychique est très peu modifiable. Souvent, trop souvent, la sécheresse du cœur se cache sous une apparente résignation philosophique ou sous une hypocrite soumission aux décrets de la Providence. L'âme humaine est sensible : c'est là sa force, c'est aussi sa faiblesse, car c'est par cette porte qu'entrent en grand nombre les maladies et les infirmités.

La gaieté est réservée à l'enfance, qui ne réfléchit point, et à cette classe d'hommes qui n'ont pas plus à réfléchir que les enfants.

1. Voyez E. de Feuchtersieben, Hygiène de l'âme. 3« édition. Pans, 1870.

28o Commentaires de l'École de Salerne.

Cependant la médecine fait tous les jours usage de ce précepte de l'Ecole de Salerne, en mettant à profit le reste précieux de la disposition de l'enfance à la gaieté. Elle ne prescrit pas, il est vrai, directement et contre la raison de s'égayer; mais elle présente adroitement à ceux qui en ont besoin, les objets capables de leur inspirer de la gaieté. C'est ainsi qu'elle distrait efficacement les mélancoliques par les spectacles, les conversations, les voyages, etc. C'est ainsi que Boerrhaave vint à bout de retirer Van Swieten d'une tristesse profonde et opiniâtre où l'étude de la médecine l'avait jeté, en lui recommandant l'exercice des armes, la musique et les lectures amusantes.

La gaieté n'est ni la joie ni le plaisir ; mais le plaisir enfante la joie, et la joie ressuscite la gaieté.

La gaieté n'est plus gaieté quand elle est excessive. Elle passe pour étourderie ou pour folie. Alors il faut la modérer, et cela n'est pas toujours aussi difficile que de l'exciter. Souvent il suffit, pour la dissiper entièrement, d'un léger accident, d'un récit, d'une fiction, d'une réprimande. D'où il suit que la gaieté dépend moins, en effet, de notre constitution, qui nous y porte naturellement, que des objets qui nous environnent, et que ses lois tiennent à eux de manière à ne pouvoir en être séparées.

De la diète. — Il faut entendre ici par diète non pas le régime dont on use ordinairement, mais ce que le vulgaire entend par ce mot, une abstinence continue d'aliments solides, accompagnée d'un usage plus abondant des liquides. La diète et l'eau, dit-on. C'est ce sage précepte que donne l'Ecole de Salerne. Il est d'une autre nature que celui de la gaieté.

Les uns veulent une diète stricte, une nourriture extrêmement légère, longtemps continuée, et pèchent très grièvement contre l'ordre de leur santé ; les autres ne font diète qu'à demi, n'accordent point à leurs viscères le temps de diète suffisant

Dédicace.

pour qu'ils se débarrassent de ce qui leur nuit, et se rendent ainsi victimes de l'imperfection de leurs connaissances.

La diète a ses lois, que la médecine seule connaît, peut seule interpréter et appliquer. Elle dépendent des circonstances, des temps, des mœurs et des lieux, aussi bien que de l'âge, du sexe des constitutions et des climats. Il n'en est qu'une seule générale à laquelle tout le monde peut atteindre et se conformer; elle consiste à ne porter rien à l'excès : ut ne quid nimis, rien de trop en tout !

Du REPOS. — Rien n'est en repos dans la nature; tout se meut, se modifie. Les corps les plus insensibles, les plus stables ne sont point exempts de la loi générale qui anéantit et qui crée. Mais les animaux paraissent surtout être tout mouvement. La vie et l'action les composent en entier.

Combien de fois n'avons-nous pas vu des personnes opulentes et livrées à la mollesse, qui étaient en proie à des maladies que 1 exercice, même un peu pénible, aurait prévenues et bientôt guéries? Il est une grande vérité difficile à persuader aux individus à qui les dons de la fortune permettent de satisfaire leurs goûts : c'est que l'homme est né pour le travail, et eue celui qui ne prend point de l'exercice ne doit pas s'attendre' à conserver longtemps une santé robuste 1 .

Nous avons vu plusieurs de ces individus habituellement malades ou valétudinaires, à cause du repos et de la bonne chère auxquels ils se livraient; nous leur avons conseillé d'acheter un jardin ou un champ, et d'y aller fréquemment arroser, et même se livrer aux travaux les plus rudes du jardinage, afin d'excher, d augmenter les sécrétions et les excrétions, particulièrement celle de la transpiration; nos conseils ont été pour eux vox cïa-

Parisy°879,'\^ ^s""^' -^rs^'^we des gens du monde, 20 édition.

tmniis in deserio; aussi nos prophéties sinistres n'ont pas tardé à s'accomplir.

On a remarqué que ce ne sont ni les riches, ni les grands de la terre qui deviennent bien vieux, mais ceux que leur rang dans la société oblige à faire beaucoup d'exercice, à être fréquemment exposés en plein air, et à vivre sobrement. Le docteur Falconer A prouvé que, de toutes les professions, la plus saine est celle d'un jardinier sobre.

L'exercice le plus salutaire est celui de la promenade à pied, prise en plein air, plutôt avant le repas qu'immédiatement après ; vient ensuite l'exercice au cheval allant au pas : la voiture ne convient qu'aux individus très faibles .

Toutefois, laisser un corps animé en repos n'est pas détruire £n lui le mouvement, mais l'abandonner à lui-même ; c'est ne lui rien appliquer soit au dedans, soit au dehors, qui puisse te anodifier d'une façon nouvelle.

La médecine ressemble à la navigation, et le médecin au pilote. La vie est, pour le premier, ce que les vents et la mer sont pour le second. L'animalité et les éléments sont, pour ainsi dire, la base sur laquelle reposent ces deux arts. Un vaisseau qui ■vogue au gré des airs et des eaux suit nécessairement une route; un plan variable et changeant donne de toute nécessité une direction à l'objet mobile qui le parcourt; une maladie aban- .donnée à elle-même et à l'instinct qui en est l'attribut essentiel .a constamment sa terminaison; or, comme il arrive quelquefois ,que le vaisseau délaissé se rend de lui-même en un lieu de sûreté, et l'objet mobile à un point désiré, de même aussi l'on •voit parfois des maladies non soignées avoir la fin la plus heureuse ; d'où il suit que tout l'art du médecin consiste à tirer le ►meilleur parti possible de l'animalité, comme tout l'art du nau- .tonier consiste à profiter de la mer et de l'atmosphère.

C'est sous ce point de vue que l'Académie de Dijon paraît avoir considéré le repos, quand elle a proposé pour sujet d'un prix cette admirable question : « Quelles sont les maladies dans

Dédicace.

« lesquelles la médecine agissante est préférable à l'expectante, « et celle-ci à l'agissante, et à quels signes le médecin recon- « naîtra-t-il qu'il doit agir ou rester dans l'inaction, en attendant « le moment favorable pour placer les remèdes ? » question admirable, qui, bien développée, semble pouvoir s'entendre de cette manière : Que faire au lit des malades, à l'aspect des infirmités humaines? Le médecin tentera-t-il d'enlever les maux, comme un conquérant les villes qu'il attaque, et, dans le dessein de soulager la nature de son fardeau, selon l'expression et le vœu de Van Helmont, entreprendra-t-il tout à force ouverte et s'opiniâtrera-t-il à donner de l'âme aux médicaments? Si la nature est lente, se chargera-t-il d'en hâter les opérations, de les mûrir, de les achever? S'il s'élève quelque symptôme effrayant, se mettra-t-il aussitôt en devoir de le dissiper? Enfin, suffira-t-il, du côté de la nature, que la maladie soit bien caractérisée, pour que l'art suffise du sien à la guérison? Ou bien, spectateur patient et attentif, le médecin se bornera -t- il à une sagesse humaine? Convaincu que l'homme est essentiellement borné, faudra-t-il qu'il se contente d'étudier les mouvements de la nature, sa marche, ses révolutions, ses crises, ses ressources, afin de n'en venir qu'au point de savoir l'aider, quand elle sera insuffisante ; de la soutenir, quand il la verra plier ; de la contenir et de la régler, quand elle sortira de ses routes salutaires; à savoir ne se tourmenter jamais, pour lui faire opérer autre chose que ce qu'elle peut opérer par elle-même, et rien pro- .duire que ce qu'elle produit de son plein gré; en un mot, à savoir n'agir que suivant ses vues et selon ce qu'elle indiquera ?

La première de ces méthodes constitue la médecine agissante, et la seconde la médecine expectante. Elles ont chacune un côté favorable à considérer, sont' de mise en certains cas l'une préférablement à l'autre, et partagent les praticiens de nos jours. Mais déterminer en quelles maladies il faut agir, et dans quelles il ne faut rien faire, c'est, conformément au précepte de l'École ■ de Salerne, assigner exactement les cas généraux et les circon-

stances particulières de chaque cas où l'action et l'inaction sont nécessaires; et c'est, à proprement parler, soumettre l'art entier à Texamen, pour dresser une sorte de code dont les lois soient respectables pour tous les médecins. Or cette entreprise est difficile, les forces humaines sont faibles, et les bornes d'un commentaire ne permettent pas d'aller plus loin.

Concluons que le repos est un secours efficace dans les infirmités humaines; que l'École de Salerne a raison de le poser en principe; que le médecin seul peut en recommander et diriger l'usage d'une manière profitable à chacun; enfin, qu'il en est absolument comme du repos, de la diète et de la gaieté, dont je viens de parler; que la modération et l'à-propos en font la loi principale.

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Malgré les quatorze cents ans qui les séparent, Jean de Milan ne se trouve pas à la hauteur du médecin de Cos. Quelle différence entre ces vagues préceptes et les belles considérations d'Hippocrate ! Et cependant, dans la nuit obscure qui couvrait alors le monde des intelligences, on est surpris de retrouver un reflet encore assez vif de cette grande médecine antique, ,

On peut remarquer d'ailleurs que le plan du poème salemitain est, à peu de chose près, celui de nos traités d'hygiène moderne'. Comme eux, il commence par les circumfusa, et l'on sait quelle place étendue y occupe et doit y occuper l'étude de l'air atmosphérique. « Tout ce que l'air donne aux plantes, dit M. Dumas, les plantes le cèdent aux animaux, les animaux le rendent à l'air; cercle éternel dans lequel la vie s'agite et se manifeste, mais où la matière ne fait que changer de place. » Il est impossible d'exprimer d'une façon plus éloquente et plus élevée le rôle immense et souverain de cet agent dans la nature.

I, Voyez Michel Lévy, Traité d'hygiène publique et privée, 6' édition. Paris, 1879.

Air.

Comme notre corps est environné d'air, qu'il en est perpétuellement affecté, on a clierclié à déterminer ses effets siir lui, tant dans l'état naturel que dans l'état contre nature.

Le premier phénomène qui nous frappe, c'est la respiration ; le second, c'est cette immersion dans un milieu, tantôt chaud, tantôt froid, taptôt sec, tantôt humide, tantôt rare et tantôt dense, en un mot dans un fluide doué de toiites les qualités physiques qu'on vient de rapporter.

L'air entre dans notre substance, non seulement par les pores absorbants de la sirface extérieure du corps, mais encore par les vaisseaux, lactés dans la digestion, et par l'absorption intérieure dans la respiration; il se dégage de la substance des aliments, dans les intestins, même de nos humeurs naturelles.

D'après ces données, on a déduit les conclusions suivantes des effets de l'air sur nos corps.

L'air procure un rafraîchissement au sang, dans la respiration ; il sert, par la même opération, de véhicule à une très grande quantité de vapeurs animales, et complète, ainsi, une excrétion des plus abondantes par sa continuité ; il produit, contre la pression de l'atmosphère sur nous, une réaction qui entretient entre elle et nos humeurs un équilibre nécessaire à la vie et à la santé ; en sortant par les pores exhalants de la surface du corps, il entraîne avec lui beaucoup de parties animales, excrémentitielles, qui auraient nui à l'économie du corps, si elles y eussent séjourné plus longtemps; il est le moyen d'audition dans la cavité des oreilles ; celui de la parole et de la voix, dans les sinus frontaux et maxillaires ; il est la matière des vents dans la cavité du basventre; il enfle les veines et le tissu cellulaire dans la fausse pléthore; il entre comme principe intégrant et constitutif dans les solides et dans les fluides, dont la machine humaine est composée, et forme ainsi, entre nous et l'air extérieur, une sorte de communication. Enfin, l'air, qu'il soit combiné en nous, ou qu'il agisse à l'extérieur sur nous, est toujours le principe des diverses altérations que nous éprouvons dans les différents climats, aux

Commentaires de VÉcole de Salerne.

différentes saisons de l'année, lors des variations sans nombre de l'atmosphère, durant toute notre vie. . Le maximum de froid constaté jusqu'à ce jour l'a été le 21 janvier 1873, à Iakoutsk, dans la Sibérie orientale Ce jour-là, Severow, un marchand russe, a constaté — 5 9", 50. Un méde- .cin-major a même affirmé avoir noté un jour un froid de — 63" ■dans cette même Sibérie, où le mercure reste souvent gelé pendant des mois. « Alors, dit Middendorf, le voyageur sibérien, le mercure, devenu métal, se travaille au marteau comme le plomb, îe fer devient cassant, les haches se brisent» comme du verre quand on veut s'en servir; le bois refuse d^ se laisser couper; il semble que le feu lui-même gèle, car les gaz qui l'alimentent perdent de leur chaleur. » Dans l'hiver de 1819-1820, toujours en Sibérie, on ne pouvait sortir sans masque, sous peine de perdre le nez ou les oreilles...

Ce n'est pas sous l'Equateur que sont les chaleurs extrêmes; îes fours de la terre seraient le nord et l'est du Sahara, le pied de l'Himalaya, la vallée du Gange sacré, les steppes sans fin de l'Afghanistan et de la Boukarie ; les maxima observés ont été de 55° à l'ombre, de 70" au soleil. « Pourquoi, dit le dicton afghan, as-iu créé V enfer, Allah? N'avaîs-iu pas déjà créé Gha^nan? »

Entre la température extrême en plein soleil et l'extrême froid, ia distance est de 125° à 130% 25° à 30 de plus que l'échelle qui va de la glace fondante à l'eau bouillante. Or l'homme, la science .aidant, supporte également ces deux extrêmes.

Quand on veut se procurer une habitation, il est utile de :prendre en considération les préceptes de cet aphorisme. On ne peut pas toujours, il est .vrai, obtenir une atmosphère unifor- ■mément avantageuse ; les vicissitudes du ciel et des saisons, qui

I. J. Chavanne, Des températures extrêmes {le Tour du Monde, 18741.

Air.

ne sont pas en notre puissance, en sont la cause. Mais, si l'on veut se fonder une demeure, se bâtir une maison, on est Icr maître de choisir la campagne préférablement à la ville.

Si c'est à la campagne que l'on veut s'établir, il faut alors, faire choix d'un lieu aéré, loin des boues, des fruits vendangés, des eaux croupissantes. L'exposition à l'orient, ou au midi, est préférable à celle du nord ou du couchant ; elle est plus salubre.

Si c'est à la ville que l'on se propose de passer ses jours, on peut choisir une habitation qui soit petite et située sur les rives d'une eau salutaire, sur une colline où l'air pur et serein donne l'appétit, les forces, la paix, la gaieté.

Rien n'est plus malsain que l'air des grandes villes où leshabitants, amoncelés les uns sur les autres pêle-mêle avec toute, sorte d'animaux dont les excrétions abondantes et fétides corrompent au plus vite l'air le plus utile, se dépravent eux-mêmesmutuellement et comme à l'envi. Rien n'est plus incommode, plus pénible pour la poitrine, plus fatigant pour l'esprit, qu'unair toujours ébranlé par le bruit des voitures, les cris des passants. Il faut alors, autant qu'on le peut, se fixer dans un quartier libre et sain, où l'on trouve à peu près les avantages d'unehabitation champêtre ^

La pureté de l'air est la première condition de la salubrité d'une contrée; malheureusement et malgré les immenses progrès de la science, cette condition n'est pas toujours appréciable à nos moyens d'investigation. L'analyse de l'air des marais Pontins ne donne pas des résultats différents de l'analyse de l'air des vallées les plus salubres et ce n'est que par les résultats qu'il est possible d'apprécier le degré de salubrité de telle ou telle localité.

I. Voy. Fonssagrives, Hygiène et assainissement des villes- Paris, 1874.

Commentaires de VÉcole de Salerne.

Page 58, — Vents,

L'Ecole de Salerne n'indique ici qu'une sorte de rose des vents, sans aucune considération de leur influence relative sur le corps humain. Cependant cette partie de la météorologie médicale n'avait pas échappé à Hippocrate, qui l'a signalée • .

L'hygiène peut s'occuper des vents à des points de vue nombreux.

Leur direction, leur durée, leur force, leur vitesse, les matières dont ils sont les véhicules, leurs déplacements brusques, leurs variations soudaines, toutes ces conditions exercent une influence plus ou moins marquée sur l'organisme par les commotions produites sur les parties frappées, et constituent un des éléments importants de la climatologie.

L'agitation ou l'état calme de l'air nous rend plus ou moins impressionnables à la température ambiante. Un froid de 10° dans l'air agité est beaucoup plus sensible qu'un froid de 300 dans une atmosphère calme. Nous étouffons dans un air chaud et immobile, tandis que des courants, en activant l'évaporation de la transpiration cutanée, nous procurent un sentiment de bienêtre inexprimable.

Page 58. — Du RÉGIME SUIVANT LES SAISONS.

L'année se divise en quatre saisons : l'hiver, le printemps, Véié et Vauiomne.

Les savants assurent que le monde a été créé au mois de mars. Aussi les anciens commençaient l'année par ce mois 2.

Dans la division toute médicale adoptée par Hippocrate, l'année commence par l'hiver et se termine par l'automne. Cette di-

1. Hippocrate, De l'air, des eaux et des lieux, traduction de M. Littré, tome II.

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