I. Union médicale, 7 août
Commentaires de l'Ecole de Salerne.
^ Son usage convient beaucoup aux tempéraments ardents, bilieux, sanguins, ainsi que dans les fièvres bilieuses et putrides.'
On prépare avec ce fruit de l'orangeade, qui est fort agréable' et a le même degré d'utilité que la limonade, pour rafraîchir lé sang échauffé ou enflammé.
Les CITRONS, citrea, et les limons sont plus acides. On compte plus de cent variétés de ces fruits ; leur écorce renferme une huile essentielle, amère, tonique et excitante.
Page 119. — Figue.
Les FIGUES sont le fruit d'un arbre qui croît dans l'Europe occidentale. On fait un grand usage de figues dans les îles de l'Archipel, en Italie et en Espagne. Il y a plus de cent variétés de ce fruit, soit rouges, blanches, jaunes, violettes ou noires, etc. On ne connaît pas ou plutôt on connaît mal la figue à Paris. C'est en Provence et en Languedoc qu'il faut manger ce fruit exquis.^ Comparée à celle de ces provenances, la figue verte d'Argenteuil est le vin de son terroir comparé aux riches crus de Laffite ou de Margaux.
Les figues ont presque toutes les vertus que leur attribue l'Ecole de Salerne.
Les figues fraîches sont pesantes et indigestes quand on en mange beaucoup, à cause de leur peau, qui ne contient pas autant de sucre et de mucilage que leur intérieur, c'est-à-dire les réceptacles charnus que l'on nommQ figues.
Les figues sèches sont plus sucrées et plus nourrissantes que les fraîches; elles fatiguent un peu les organes digestifs par leur propriété relâchante. Les figues, étant donc très nourrissantes et laxatives , ne conviennent pas aux individus qui ont beaucoup d'embonpoint.
Nèfle.
Elles sont bonnes pour la poitrine , comme adoucissantes et émollientes; c'est par ces derniers effets qu'elles deviennent un fort bon maturatif, lorsqu'on les applique cuites en cataplasme; elles peuvent ainsi faciliter la sortie d'une esquille d'os, en ramollissant une tumeur et favorisant sa maturation; mais, malgré l'autorité de Galien et d'Oribase, nous nions les vertus que l'Ecole leur attribue d'engendrer des poux et de provoquer aux plaisirs de Vénus, de même que celles de faire disparaître les uns et les autres.
Le suc laiteux du figuier est âcre et caustique , et on peut s'en servir pour détruire les verrues .
Les JUJUBES, Jujtiba, diffèrent peu des figues. Les jujubes sont des fruits ovales, d'un rouge orangé, de la longueur d'un pouce, de la forme de l'olive, et dont la pulpe recouvre un noyau très pointu, à deux loges, renfermant chacune une seule graine. Ces fruits mûrissent dans les contrées méridionales de l'Europe. On mange les jujubes fraîches en Languedoc et en Provence ; leur chair a une saveur aigrelette et vineuse .assez agréable . En décoction, elles sont adoucissantes et pectorales. On en prépare des tablettes bonnes pour calmer la toux.
Page 120. — Nèfle.
Les NÈFLES sont le fruit du néflier , Mespilus germanîca; d'abord acerbes et astringentes, elles sont douces et assez agréables quand elles sont devenues molles, soit par le laps de temps, soit par l'impression du froid : alors elles ont beaucoup moins d'astringence ; mais elles sont indigestes.
Il y a six espèces de néfliers et plusieurs variétés.
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Page 120. — Grenade.
Les GRENADES sont le fruit du grenadier, Punica, qui croît spontanément dans l'Asie, l'Afrique, aux environs de Carthage, dans l'Êurope méridionale II y a dix variétés de grenadiers : à fleurs simples, doubles, jaunes, panachées de jaune, etc. ; le grand grenadier ou grenadier cultivé, Punica gr an atum, grenadier à fruit doux et grenadier à fruit acide.
La pulpe des grenades est nourrissante, sucrée, acidulé, très rafraîchissante et antiseptique. Les malades atteints des fièvres biUeuses et putrides aiment beaucoup à prendre de ces graines dans la bouche, parce qu'elles ont quelque chose de frais et d'acidulé sucré, très agréable.
Les fleurs du grenadier, connues sous le nom de halaustes, de même que son écorce, s'emploient en médecine, comme astringents.
Page 120. — Châtaigne. ,
Les CHATAIGNES sont les fruits du châtaignier, Castanea sylvesiris. Cet arbre, qui peut vivre au delà de mille ans, est indigène à l'Europe.
Il existe plusieurs variétés de châtaignes.
Ces fruits sont plus salutaires bouillis que rôtis; ils sont un aliment fort agréable, dont on se nourrit dans plusieurs provinces delà France. Cependant les châtaignes sont indigestes et surtout venteuses, comme l'exprime fort bien le vers suivant, dont l'harmonie imitative rend superflue toute traduction :
Castaneœ molles faciunt laxare pudentes. |
Le marron est une variété des châtaignes, plus grosse que la châtaigne ordinaire. Les plus délicats sont ceux du Périgord, du
Châtaigne.
Lyonnais et des montagnes des Cévennes ; mais il y a en Italie et en Espagne, surtout dans les montagnes de Léon, des châtaignes meilleures que les marrons.
Les OLIVES, Oliva, sont les fruits d'un arbre indigène de l'Europe méridionale, Olea Etiropaa, et de l'Asie ; il y a treize variétés d'oliviers.
On recueille les olives en octobre , avant qu'elles soient mûres; pour l'usage de la table, on les lave dans une lessive de cendres, afin de leur enlever leur âcreté; on les assaisonne, et on les met dans des barils.
Les olives sont toniques et astringentes, pesantes et indigestes.
Ce fri^it fournit la précieuse huile d'olive; la meilleure est celle qui conserve un peu de sa partie colorante verte et qui a été extraite sans l'aide de la chaleur ni d'aucune fermentation préliminaire : elle se gèle par le moindre froid; elle n'a point d'odeur ni de goût ; elle se digère difficilement. Celle qui est jaune est la plus commune; elle provient d'olives qu'on a laissées en tas fermenter et s'échauffer, afin de l'extraire plus aisément : celle-là est plus fluide ; elle a une odeur et un goût plus ou moins désagréables; elle est plus pesante et rancit plus vite,, car l'huile d'olive est un aliment assez indigeste.
Les COINGS, Cidonia, ont été apportés de Crète en Italie.
Les coings ont une odeur forte qui porte à la tête ; aussi doivent-ils être gardés dans un lieu aéré.
Ces fruits sont acerbes et astringents; on ne les mange que cuits : les confitures et la pâte de coings sont stomachiques et serrent le ventre.
Les DATTES, Dactyli, sont les fruits du dattier, Phœnix, qui croît naturellement et est cultivé dans les terrains sablonneux de
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l'Inde, de l'Arabie, de l'Afrique septentrionale, et dans le midi de l'Espagne. On distingue vingt espèces de dattes. Ce fruit est un drupe charnu , ovale, comme une grosse olive ; il renferme un noyau qui recouvre une amande oblongue. Les meilleures dattes sont jaunâtres, fermes, demi transparentes, sucrées et odorantes. C'est un des meilleurs fruits que la nature ofïre aux hommes.
Les BANANES sont les fruits du bananier, Musa, qui fournit un grand nombre d'espèces ; mais les principales sont le bananier commun, Musa paradisiaca, ou à fruit long, et nommé plantanier par les Espagnols ; et le bananier à fruit court, Musa sapientum. Ces deux arbres croissent en Afrique et dans les Indes orientales et occidentales.
Les bananes de ces deux arbres fournissent un aliment un peu sucré, adoucissant, excellent et très sain. On les mange crues ou cuites, ou séchées et réduites en farine.
La FIGUE BANANE, qu'on nomme aussi bacove, produite par le bananier à fruits courts^ se mange toujours crue ; sa chair est fraîche, bonne, délicate.
Les bananiers ne donnent jamais leur fruit qu'une seule fois. Quand ils l'ont donné, si la tige n'est pas coupée, elle se flétrit, se sèche peu à peu, et tombe ; mais à peine un bananier a-t-il été abattu, qu'il est remplacé par ses rejetons , de manière que les bananiers se multiplient eux-mêmes et forment une génération non interrompue d'individus de la même espèce, qui off'rent à l'homme des fruits délicieux, qu'il n'a que la peine de cueillir. Les tiges des bananiers étant fraîches, épaisses, conservent longtemps leur fraîcheur ; on les donne à manger aux bœufs et aux moutons, qui les aiment beaucoup.
Cacao.
Le CACAO est une espèce d'amande ressemblant à la pistache, un peu plus grosse qu'une olive charnue, un peu violette et lisse ; elle est renfermée dans ie fruit du cacaoyer, Theobroma, qui en contient de vingt-cinq à quarante. Ce fruit, qui ressemble au concombre par la forme, est rougeâtre ou jaune quand il est mûr; c'est une capsule coriace, raboteuse et marquée de dix stries ou côtes. Il est divisé, dans son intérieur, en cinq loges, remplies d'une pulpe gélatineuse acide, qui enveloppe les amandes, et qui désaltère et rafraîchit agréablement.
Le cacao torréfié, et mêlé par trituration avec le sucre et quelques aromates, constitue le chocolat, dont on fait une si grande consommation en Amérique et en Europe. Le chocolat où l'on fait entrer la cannelle ou la vanille est plus stomachique et plus sain que le chocolat ordinaire, dit, fort mal à propos, chocolat de santé. Le chocolat est doux , un peu tonique , et un des meilleurs aliments que l'on puisse donner aux individus faibles et épuisés, aux convalescents et aux vieillards. Il ne convient pas aux constitutions sanguines, chaudes, aux bilieux, aux personnes irritables et nerveuses.
Mais combien de fraudes ne commet-on pas dans la fabrication du chocolat ? On emploie du cacao dont on a extrait le beurre, qu'on remplace ensuite par de l'huile ou des graisses. On y mêle différentes sortes de farines, surtout celles de pois et de lentilles, qui s'y lient mieux que les autres espèces ; on y ajoute des amandes grillées, de la gomme adragante ou arabique ; on emploie des cacaos acres, anciens ou nouvellement récoltés i.
Le bon chocolat ne doit présenter dans sa cassure rien de graveleux. Il doit se fondre dans la bouche et y laisser une sorte de fraîcheur, ne point y laisser un goût pâteux, ne contracter enfin
I. Voyez Chevalier, Mém. sur le Chocolat, sa préparation, ses usages, les falsifications qu'on lui fait subir, les moyens de les reconnaître [Ajin. d'hyg. publ. 2« série, 1871, tome XXXVI, p. 241). ' / ; >
école. - 26
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qu'une médiocre consistance quand on le dissout dans l'eau ou le lait chauds.
Page 121. — Amande.
Les amandes, Amygdaïa, originaires de Syrie, et les noisettes, Avellana, sont difficiles à digérer.
Les deux grandes divisions commerciales des amandes sont les amandes en coques et les amandes cassées. Elles se divisent en outre, suivant leur valeur, en amandes fines ou princesses, demifines ou à la dame, molières, matheronnes , aberrannes. Les amandes princesses et les amandes à la dame sont les plus recherchées .
Les amandes princesses, dont la production moyenne pour toute la Provence est d'environ 20,000 balles de 120 kilog., valent de 160 à 170 fr. les 100 kilog. ; en 1866, la pénurie de la récolte a fait monter ce prix à 340 fi:.
Les amandes à la dame valent de 75 à 80 fi:., les 100 kilog., et de 120 à 130 fr. quand elles sont décortiquées ; leur production annuelle est moitié moindre que celle des princesses. La récolte des autres variétés est beaucoup moins importante.
La production totale des amandes cassées se répartit entre les départements de la Provence de la manière suivante : BouchesduRhône , 12,000 balles de 150 kilog.; Hautes et Basses- Alpes, 15,000 à 18,000 balles de 120 à 130 kilog.; Vaucluse, 8,000 balles de 120 kilog. ; Var, 800 à 1,000 balles de 125 kilog. Aix centralise ce commerce.
Page 122. — AuRONE.
On connaît deux espèces d'aurone, l'aurone mâle, Arthemisia ahrotanum, et l'aurone femelle, Santolina chamœcyparissus. L'une et l'autre possèdent les mêmes propriétés, qui sont celles de la
Amth.
menthe. Comme toutes les substances amères et aromatiques, elles sont toniques et stimulantes ; mais l'usage de ces plantes ne peut être suivi d'aucun effet purgatif.
Page 123. — Absinthe.
La GRANDE ABSINTHE, Arthemisia aMnthhm, a une odeur forte, aromatique, et une saveur amère ; elle est tonique. Aussi l'emploie-t-on souvent avec succès dans les langueurs d'estomac, dans tous les cas d'atonie, pour relever l'action des forces languissantes ; pour guérir les accès des fièvres, pour tuer les vers des intestins, etc.
L'absinthe produit tous les bons effets que lui attribue l'Ecole de Salerne, à l'exception pourtant du tintement d'oreille, qu'elle ne saurait guérir sans doute, pas plus que le fiel de bœuf.
L'infusion de cette plante dans l'eau ou dans le vin est un bon moyen pour donner de l'appétit, fortifier l'estomac et aider à la digestion.
Apulée raconte qu'un centenaire empoisonné par des champignons sauva sa vie en buvant du vinaigre absinthé.
Aujourd'hui, les viveurs s'ouvrent l'appétit avec de l'absinthe : ils boivent un verre ou deux de la liqueur verte avant leur dîner.
La PETITE ABSINTHE, Artemisia pontîca, a les mêmes vertus que la grande absmthe.
Page 125. — Aneth.
L'aneth, Anethum graveolens, abonde, comme le fenouil, qu'on nomma aneth doux, en ItaUe, en Espagne et dans le midi de la France.
Cette plante exhale une odeur un peu forte, mais agréable et suave. Elle a les mêmes vertus que le fenouil, particulièrement
ses semences, qu'on emploie le plus souvent ; elle est stomachique et diurétique.
L'aneth excite-t-il ou éteint-il l'amour? Comme toujours, le docteur Moreau accorde les controversistes en disant que les deuK effets sont produits : le premier par l'usage raisonnable, le second par l'usage immodéré.
Page 126. — Anis.
L'anis, Pîmpînella anisum, croît naturellement en Egypte, en Espagne, et on le cultive en France. C'est principalement de la semence d'anis que l'on se sert ; on l'apporte de la Touraine à Paris. Le meilleur vient de l'île de Malte. Les confiseurs nomment cette graine anis vert quand elle n'est pas recouverte par le sucre, et anis à la reine quand elle est en dragée.
Cette semence aromatique est fort usitée en médecine, par sa vertu chaude, stomachique et surtout carminative. On ajoute une pincée d'anis aux potions purgatives, pour en corriger le mauvais goût. Ces dragées sont employées contre les flatuosités ; l'anis sert enfin à aromatiser des liqueurs agréables .
L'anis étoilé, Illicium anisatum, est un arbrisseau indigène de l'Asie ; on le nomme aussi badiane. Il nous vient de la Chine et du Japon ; mais il pourrait être cultivé dans les contrées méridionales de la France. Les capsules et les semences de cette espèce d'anis sont employées de préférence en médecine, à cause de sa saveur suave, douce, aromatique et de sa vertu carminative.
L'Ecole de Salerne a raison, quand elle conseille de choisir les semences d'anis les plus douces ou les moins chaudes.
Page 129. — BuGLOSE.
Parmi les plantes utiles dans les affections bilieuses, la buglose a toujours eu le premier rang. Qu'elle soit en infusion, en décoc-
Chélidoine.
tion, ou réduite en suc, elle a la vertu tempérante, diurétique, incisive et pectorale. On l'allie ordinairement avec la bourrache, qui a les mêmes vertus qu'elle.
Quelles que soient les vertus médicinales de ces plantes, il n'est guère possible d'en user à table pour s'égayer, ni d'en prescrire la décoction à des convives.
Page 131. — Carvi.
Les semences du carvi, Carum carvi, plates d'un côté, ont des propriétés analogues à celles de l'anis ; elles ont un goût âcre aromatique, ainsi que sa racine, et sont une des quatre semences chaudes. Les semences du carvi cultivé sont plus grosses et d'un arôme moins âcre ; infusées dans l'eau, elles lui communiquent un goût agréable. Les jeunes racines se mangent en salade.
Page 132. — Cerfeuil.
Le cerfeuil a une odeur et un goût aromatique assez agréables ; il est apéritif, fondant, diurétique, dépuratif, et même un peu stomachique. Pour l'usage externe, on se sert de sa décoction comme d'un bon détersif et pour aviver les ulcères ; on l'applique en cataplasme sur les ulcères putrides et cancéreux, sur les engorgements laiteux et scrofuleux.
Les autres propriétés du cerfeuil sont fort équivoques.
Page 133. — Chélidoine.
L'ÉCLAIRÉ ou GRANDE CHÉLIDOINE, Chélidonium majus, croît dans les lieux incultes et ombragés, et sur les vieux murs. Cette plante contient un suc jaunâtre, amer et caustique, qu'on emploie pour détruire les verrues, et qui n'est point un poison, comme le prétendent les gens du peuple, puisqu'elle a été admi-
nistrée à l'intérieur, dans la jaunisse, les obstructions, l'hydropisie, les dartres.
Cette plante jouit d'une vertu stimulante assez énergique, et Ton s'en sert en médecine, à raison de cette propriété. Extérieurement, son suc, appliqué avec précaution, a pu être utile comme astringent et répercussif dans quelques maladies des yeux, pour fortifier les parties externes de l'organe de la vue, réveiller le ton des vaisseaux de la cornée ; mais il faut être aussi crédule que le bon Pline pour rapporter sérieusement que l'éclairé, malgré son nom admirable, qui fait supposer qu'elle éclaircit, ait la vertu de rendre les yeux à ceux qui les ont perdus.
Page 133. — CiGUE.
Le docteur Harley a fait boire jusqu'à 12 grammes de teinture de ciguë, sans effet aucun, à une jeune femme malade d'un abcès dans les reins ; on a porté successivement la dose jusqu'à 60 grammes, absorbés en présence du médecin. L'action a été insensible.
Le docteur Harley entreprit alors des expériences sur lui-même. Commencée à la dose de 5 grammes, la teinture fut absorbée, après une progression calculée, jusqu'à la dose de 60 grammes. L^'effet fut insignifiant.
Le jus des feuilles fraîches s'est montré un peu plus actif; mais l'auteur de l'expérience put en prendre impunément 12 grammes. Quant à l'extrait de ciguë, si fort mis en vogue par Storck, il n'a donné aucun effet à la dose de i gramme.
Le docteur Garrod a constaté, dans son hôpital, la même inactivité avec la teinture de feuilles et la teinture de séminoïdes, portée jusqu'à la dose de i once. Les malades accusaient un peu de chaleur au creux de l'estomac, mais cette chaleur était attribuée très justement à l'alcool de la teinture. Aucun trouble dans l'économie ne fut signalé.
D'après les expériences qui précèdent, il semble douteux que
Coriandre.
le poison d'État avec lequel les Athéniens exécutaient leurs condamnés à mort fût composé de ciguë seulement. Rien ne s'oppose à croire que d'autres plantes, plus vénéneuses que la ciguë, l'aconit par exemple, ne fussent mêlées à ce breuvage homicide.
Il est vrai d'ajouter que la ciguë récoltée dans l'Attique pouvait être plus active que celle qu'on récolte dans nos climats brumeux. Toutefois cette supposition n'est pas fortifiée par les observations faites de nos jours sur cette plante, qu'on a fait venir de l'Attique pour ces essais.
Suivant Dioscoride, le breuvage des justiciers d'Athènes était un jus végétal, concentré au soleil et donnant la mort sous un petit volume.
Page 134. - • CiNNAMOME.
Il serait assez difficile de suivre aujourd'hui le précepte de l'Ecole de Salerne, car on ignore ce que les anciens entendaient par cinnamome, à moins qu'ils n'aient voulu désigner sous ce nom la cannelle, écorce du Lauriis cinnamoimim, ou, comme le veut M. Bonastre, la muscade, ce qui paraît peu vraisemblable, puisque la muscade semble n'avoir pas été connue des Romains. Le cinnamome était à la fois un parfum et un médicament. Il venait d'Arabie et était d'un prix fort élevé. Dioscoride^ Galien et Pline en distinguent de six espèces. On ignore les propriétés thérapeutiques de cette substance simple ou complexe, bois, écorce ou racine, mais de nature végétale, qui servait également à l'embaumement des corps.
Page 135. — Coriandre.
La CORIANDRE, Coriandrum salivum, est originaire de l'Italie €t se cultive dans nos jardins. Cette plante est si puante qu'elle ferait trouver mal seulement à la flairer. Son odeur est bien plus
464 Commentaires de l'École de Salerne.
forte lorsqu'on écrase ses feuilles, et encore plus ses fruits verts ; elle ressemble alors à celle de la punaise ; elle est si tenace que, malgré qu'on se soit plusieurs fois lavé les mains, elles sentent encore mauvais un ou deux jours après. Ces semences, dont il est question ici, possèdent une vertu chaude et piquante, et sont fort bonnes pour chasser les vents, comme le dit l'Ecole de Salerne. Les Hollandais en mettent dans la plupart de leurs sauces, et quelques peuples du Nord dans leur pain. On la mâche dans le Midi, pour se rendre Thaleine agréable.
La bonne coriandre est de couleur rousse; elle nous vient ordinairement de l'étranger.
Page 136. — Crocus.
Le SAFRAN CULTIVÉ, Crocus sativus, est une plante bulbeuse qui croît spontanément dans la Crimée, dans la Tauride et dans plusieurs autres contrées de l'Asie orientale, d'où lui est venu le nom de safran oriental.
On la cultive dans l'Europe méridionale, aux environs d'Avignon et ailleurs en France. La couleur du safran est très marquée, et il teint promptement en jaune les objets qu'il touche. Son odeur est pénétrante et stupéfiante ; sa saveur est araère et aromatique.
On n'emploie en médecine et dans les arts que les stigmates des fleurs de cette plante.
Le safran jouit de la vertu tonique, antispasmodique, nervine, emménagogue, fondante, résolutive.
En Angleterre, eu Allemagne, en Espagne et dans certains départements de la France, on emploie le safran comme assaisonnement. Les paysans du Midi trouveraient le riz mal apprêté s'il n'était point assaisonné d'une forte dose de safran.
On dit aussi que le safran est un bon aphrodisiaque, ce qui est plus que douteux.
Fencuil.
Page 137. — AuNÉE.
L'aunée, hiîiïa helenium, qu'on nomme aussi Inula campana, vient naturellement dans les lieux humides et dans les bois de l'Europe méridionale.
On n'emploie de cette plante que la racine, qui a une odeur suave , et une saveur amère aromatique , un peu âcre ; elle est stomachique, apéritive, désobstruante, diurétique et expectorante; mais sa vertu la plus marquée est l'atonie. Aussi s'en sert-on dans les cas de faiblesse d'estomac et d'atonie du canal digestif.
Cette plante, ni la rue, ni aucune autre, n'ont la vertu de faire rentrer une hernie.
Nous ne croyons pas que le mot helenium ait rien de commun avec l'amante de Pâris, malgré l'autorité du médecin Dufour, qui fit une longue tirade de vers en l'honneur de cette plante :
Qu'est-ce qu'Inula campana ?
C'est herbe qui d'autré nom n'a ; Mais je connais bien le contraire, Puisque monsieur l'apothicaire, Qui la nomme d'un autre nom.
L'appelle aussi Helenium, Des larmes de la belle Hélène.
Page 138. — Fenouil.
Le FENOUIL, Anethum faniculum, est une plante ombellifere, qui croît dans l'Europe méridionale. Toute la plante exhale une odeur forte.
Les tiges du fenouil sont chaudes, stomachiques, carminati^ ves, apéritives et diurétiques ; on les coupe pour en remplir la cavité de sucre pulvérisé, et le suc de la plante, faisant fondre le
Commentaires de l'École de Salerne.
sucre, forme une eau que l'on recueille et garde soigneusement pour les maux d'yeux.
La racine du fenouil est une de celles que l'on nomme apéritives par excellence. Elle entre dans la composition du sirop des cinq racines.
Les graines de fenouil, dont parle l'École de Salerne. ont les mêmes vertus que les autres parties de la plante. Par leur principe aromatique et tonique, elles sont bonnes contre les vents, fortifient l'estomac et aident à la digestion ; elles peuvent aussi guérir les accès de fièvre intermittente, provoquer la sécrétion des urines, mais elles ne jouissent d'aucune des autres vertus qu'on lui attribue.
Page 141. — Hysope.
L'hysope, Hyssopus officinalis, est un sous-arbrisseau qui croît dans les contrées méridionales de l'Europe et qu'on cultive dans les jardins. Cette plante a une odeur, une saveur forte et amère, aromatique.
Elle s'emploie en infusion comme un bon expectorant tonique, dans les toux pituiteuses, les rhumes anciens et atoniques, l'asthme humide et des vieillards, dans les phthisies catarrhales, etc. On fait bien d'ajouter à la tisane d'hysope du miel, qui en émousse la force et l'âcreté.
On peut compter sur les vertus que l'École de Salerne attribue à l'hysope. L'eau distillée d'hysope passe en eflFet pour un bon cosmétique. On dit qu'elle rend la peau du visage lisse, unie et souple. On lui attribue même la vertu d'ôter les taches de la peau et les rousseurs. Mais il ne faut pas trop compter sur elle; elle pourrait bien tromper. En tout cas, c'est une triste ressource que d'avoir recours à l'art pour simuler un teint frais et les couleurs brillantes d'une jeune et innocente beauté.
Menthe.
Page 144. — Mauve.
La MAUVE COMMUNE, Mulvci rotutidifoUa, est une des plantes les plus utiles que possède la médecine : ses fleurs, ses feuilles et ses racines jouissent également de la vertu mucilagineuse, adoucissante et émoUiente. Le peuple prend souvent la décoction de ses feuilles en guise de tisane, et s'en trouve bien. Elles sont très utiles employées en cataplasme et en lavement ; elles ne jouissent certainement d'aucune vertu emménagogue, puisque les mauves ne peuvent que relâcher et calmer, tandis que tous les emménagogues sont toniques et irritants.
La décoction de mauves, prise par la bouche ou en lavement, est employée avec succès pour vaincre la constipation.
Page 145. — Menthe.
La menthe a plusieurs espèces, dont les plus employées sont : la menthe poivrée, originaire de l'Angleterre ; la menthe frisée ou crépie, et la menthe pouiUot
Toutes les menthes ont une saveur chaude, aromatique, piquante, un peu camphrée. On préfère néanmoins, pour l'usage, la menthe poivrée, dont l'odeur et le goût sont plus agréables et les vertus plus énergiques .
On accorde aux menthes un grand nombre de vertus, et le camphre qu'elles contiennent doivent influer beaucoup sur leurs propriétés, qui sont de donner du ton à l'estomac, de fortifier les nerfs, sinon de les calmer légèrement; de tuer les vers et de combattre les spasmes dans les maladies nerveuses; d'arrêter les vomissements, et de chasser les flatuosités. On croyait autrefois que la menthe était infaillible contre les vers. L'eau dis-