Hor., 1. II, sat
448 Commentaires de l'École de Salerne.
Les pêches que l'on cultive aux environs de Paris sont comprises dans quatre divisions :
1° Les PÊCHES PROPREMENT DITES, dont la chair se détache aisément de la peau et du noyau;
2'> Les PAviES, dont la chair ferme ne quitte ni la peau ni le noyau ;
3° Les PÊCHES VIOLETTES, six variétés; elles ont la peau violette, la chair blanche ou jaune, qui quitte le noyau;
4° Les BRUGNONS, qui ont la peau violette et la chair blanche ou jaune, adhérente au noyau. L'espèce brugnon a une chair cassante et un suc fort doux.
Les pêches sont bonnes dans le vin, comme le dit l'École de Salerne.
Les ABRICOTS, Armeniaca, sont bons et salutaires ; mais leur peau est très indigeste.
L'abricotier est originaire de la haute Asie ; il croît sans culture en Perse et y donne des fruits plus savoureux que partout ailleurs. On compte en France une quinzaine de variétés d'abricots. La meilleure est l'abricot angoumois, qui a l'amande douce et agréable à manger.
L'abricot précoce ou musqué n'a pas besoin d'être greffe ; il se reproduit fort bien de ses noyaux.
Souvent il y a trop de fruits sur un abricotier ; il faut alors en ôter une partie.
L'abricot-pêche est le plus gros, très parfumé et se reproduit de ses noyaux ; il est préféré à toutes les autres espèces .
Les pêches, les abricots et tous les fruits à noyaux doivent être cultivés, afin de perdre le goût acerbe, sauvage, et devenir doux et savoureux, comme cela a lieu pour la pêche.
Pêche, raisin sec et raisin frais.
Le RAISIN, bien mûr, contient beaucoup de sucre, et il est très nourrissant. C'est peut-être le fruit le plus salutaire que nous ayons ; la nature nous le fournit précisément dans la saison qui succède aux chaleurs de l'été, pour humecter notre corps desséché, corriger et fondre la bile épaissie dans les canaux biliaires. Sans pépins et sans peau, il est plus rafraîchissant; cependant il est bon d'avaler au moins une certaine quantité de ces peaux après les avoir bien mâchées.
Il est un préjugé dangereux : c'est qu'il faut manger les raisins à moitié mûrs, afin qu'en purgeant ils fassent du bien. Ils ne produisent évidemment la diarrhée qu'à la suite des indigestions qu'ils causent : il faut toujours préférer les raisins les plus mûrs.
Les ANANAS, Bromelia ananas, sont le fruit d'une des plus belles plantes du règne végétal, dont il y a dix à douze espèces. Cette plante, originaire de l'Afrique, s'est bien naturalisée en Amérique.
L'ananas est cultivé aux Antilles en quantités considérables. De larges plaines sont couvertes de ces plantes vivaces. Le sol des plantations d'ananas ressemble, aux yeux des Européens qui visitent les Antilles, à un champ peuplé d'artichauts.
Il se fait une exportation fort importante d'ananas de la Martinique et de la Guadeloupe en Europe. Quelle que soit la provenance des ananas, c'est-à-dire quelle que soit Fîle d'où ils sortent, on peut les considérer comme de qualité excellente, pourvu que cette île fasse partie de l'archipel colombien. Toutes les Antilles, en effet, produisent d'excellents sujets.
L'ananas, qui est de la grosseur et de la forme d'une pomme de pin, est un mets excellent, dont le goût semble réunir en lui celui de la fraise, de la framboise et de la pêche.
A Paris, l'ananas a pris dans l'alimentation un rang distingué.
Commentaires de FÉcole de Salerne.
Sa consommation s'est développée rapidement, grâce à la modicité du prix auquel on livre ce fruit sur les marchés de nos ports de mer.
Il y a peu d'années, on s'arrêtait devant une boutique de primeurs, en contemplation devant un ananas coupé ou sur sa tige. Il était coté 20 et 25 francs; aujourd'hui, c'est par tas que ce fruit est exposé, et pour la minime somme de 2 ou 3 francs on peut avoir un ananas de grosseur moyenne. Il figure sur la table modeste du bourgeois comme sur la table luxueuse du financier.
On était fort en retard en France pour admettre l'ananas parmi l,es fruits de haut goût. Depuis le milieu du xvi^ siècle, on connaissait et on consommait l'ananas en Angleterre et en Espagne ; mais c'est seulement vers le milieu du xviiie siècle qu'il a. été connu en France.
Il a fallu l'initiative royale pour donner le droit de cité à ce délicieux sujet de la famille des broméliacées.
Louis XV, étant allé à sa résidence de Choisy-le-Roi, remarqua dans les serres chauffées des bouquets de feuilles aiguës à ■scie, surmontant une espèce de pomme de pin, et au bas de la tige de longues feuilles plates ; c'était un produit tout à fait inconnu du roi et de sa suite. Le jardinier apprit au souverain que c'étaient des ananas, dont il faisait des essais de culture très réussis. Lé lendemain, on servait à Versailles, sur la table du roi, un ananas d'un assez fort volume ; le feuillage était très fourni. Louis XV se montra avide de manger ce nouveau fruit. On le découpa en tranches, et on le présenta au monarque sans «nlever la carapace qui garnit cette magnifique pomme des Antilles.
Louis XV mordit à belles dents et fit une épouvantable grimace. L'acide que contient l'enveloppe du fruit lui avait brûlé les lèvres, et il rejeta avec humeur la tranche d'ananas sur son assiette.
On parla beaucoup de l'aventure, et les grands seigneurs se
Orange.
hâtèrent de se procurer ce fruit perfide, qui avait osé égratigner les lèvres du monarque.
Bientôt l'ananas se montra sur les tables aristocratiques. Les jardiniers des résidences royales eurent ordre de le cultiver d'après la tradition du jardinier de Choisy-le-Roi, et l'on obtint des sujets fort remarquables.
Oublié pendant la Révolution et l'Empire, il revint en honneur sous Louis XVIII, qui, très gourmet, on le sait, voulut que l'on reprît dans les serres de Versailles la culture de l'ananas. Lorsqu'on servait l'ananas à la table du roi, il appelait avec insistance l'attention de ses convives sur la manière dont il en assaisonnait les tranches saupoudrées de sucre et légèrement arrosées de kirsch.
L'ananas arrive en Europe par quantités considérables. On le cultive en outre avec succès dans tous les jardins potagers, notamment aux environs de Paris. C'est à cette fréquence d'arrivages et à l'abondante production indigène qu'on est redevable de la modicité de son prix actuel
On le cultive beaucoup en Angleterre, mais dans les serres, et en Europe l'ananas est très loin d'être aussi bon que celui des pays chauds.
Les ORANGES, atirantîa, sont originaires de la Chine.
Les oranges les plus estimées et qui méritent réellement de l'être viennent de Malte.
Les îles Açores et en particulier l'île de Saint-Michel pourraient rivaHser avec Malte.
Les oranges de Messine, de Palerme, de Sorrente, de Reggio et de Séville sont assez estimées.
Ce fruit est excellent et très salutaire, surtout dans les pays chauds, et pendant les chaleurs de l'été.