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I. D' Cheron, journal Le Soir

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ble d'aptitudes physiques, de modifications fonctionnelles qui se reflètent extérieurement par la forme, par les allures, par la coloration du visage, enfin par une série de caractères réunis sous la dénomination de tempérament.

D'après cela, le tempérament n'est plus regardé que comme la constitution propre à chaque individu, laquelle dépend de la structure particulière, du sexe, du climat, des habitudes, de l'éducation, et l'on en compte réellement autant d'espèces diff"érentes que la nature produit d'individus. Cependant, comme on remarque, en général, qu'il y a des hommes qui font aisément du sang, d'autres de la bile jaune, d'autres de la bile noire et d'autres qui sont plus sujets à la pituite, on rapporte encore théoriquement les tempéraments aux quatre classes anciennes, mais seulement pour l'ordre du discours et la facilité de la doctrine.

On croira peut-être qu'un même tempérament peut s'étendre à tout un peuple ; qu'on ne s'y trompe pas cependant. Les individualités ont des nuances trop diverses pour qu'un examen puisse arriver à une pareille conclusion; on n'aurait jamais que des hypothèses. D'ailleurs, pour restreindre le cercle de nos observations, on a souvent remarqué dans une même famille les tempéraments les plus opposés parmi les enfants, bien que le père et la mère eussent à peu près une complexion identique. L'un est gai, jovial, aime à jouer et à rire; l'autre est sérieux et appliqué; le troisième déteste le travail, mais d'autre part aime le repos au delà de toute mesure. Et pourtant ils sont nés des mêmes parents, élevés dans les mêmes conditions ; ils ont reçu la même éducation ; pourquoi ne se sont-ils pas développés de la même façon? C'est le cas de dire : Pourquoi un même sol produit-il la fleur et le poison ? Pour avoir un exemple de cette diversité des caractères, nous ne devons pas aller en Angleterre, où l'inique droit d'aînesse met la haine au cœur des enfants sacrifiés contre le frère favorisé, du jour où ils ont conscience de cette injustice; non, voyez plutôt la campagne d'un cultivateur

Des quatre humeurs du corps humain. 501

aisé. Tous les enfants sont élevés par le même précepteur; mais l'un s'attache de préférence au garde-chasse, au cocher et va aux champs avec les domestiques; en hiver, on le verra même, le fléau à la main, battre le grain ou couper la paille menue; il aime tous les exercices du corps, tandis que son frère cadet ou aîné garde la maison et n'aime que ses livres. Son frère a beau l'appeler d'un de ces quolibets énergiques, comme on en trouve à cet âge; il n'en continue pas moins ses études; il veut devenir savant, avocat ou professeur, médecin peut-être; car, en effet, son grand-père a été médecin.

Une erreur populaire se plaît à confondre les avantages qui résultent d'une bonne constitution et ceux que l'on veut attribuer aux prétendus bons tempéraments. Cette erreur est regrettable, car elle permet de considérer comme avantageux l'état maladif inhérent à quelques tempéraments fortement accusés.

Une bonne constitution est représentée par une égale pondération de la puissance de tous les systèmes de l'organisme; le tempérament, au contraire, déduit cet équilibre en créant une prédominance fâcheuse de l'un de ces systèmes. Il n'existe donc point de bons tempéraments, il n'existe que de bonnes constitutions; si parmi ceux-ci il en est dont l'influence soit moins fâcheuse, ce n'est pas à dire pour cela qu'il soit opportun de faire l'éloge des moins mauvais.

Voilà l'appréciation médicale.

En dehors de cette manière d'envisager la question, il en est une autre qui a le droit de se faire connaître; elle consolera ceux auxquels on a pompeusement annoncé la bonne chance qui leur est échue en partage, possesseurs qu'ils sont, celui-ci d'un tempérament bilieux qui donne énergie et résistance aux maladies, voire même mauvais caractère; celui-là d'un tempérament lymphatique, en vertu duquel il possède le calme qui fait les hommes vraiment forts, qui met à l'abri des coups de sang, et qui permet l'usage sans limites des excitants les plus nuisibles : alcool, tabac, etc.

502 Commentaires de r École de Salerne.

Laissant de côté ces avantages illusoires, il nest point sans intérêt de faire ressortir ce fait capital, à savoir : que les grandes diversités de caractère, d'aptitude, de qualités physiques et morales dont l'ensemble constitue l'individualité, sont mises en relief par l'influence du tempérament, qui, dans certaines circonstances, vu sa forme, donnera de la valeur à des facultés intellectuelles médiocres, ou déprimera des facultés intellectuelles auxquelles il manquera toujours l'énergie physique nécessaire à leur mise en jeu.

Page 169. — Des GENS SANGUINS.

Le tempérament sanguin est celui dans lequel domine un sang épais et riche en parties rouges.

Il est caractérisé par une physionomie animée, un teint rouge et même rubicond, un beau corps, une stature droite et élevée, des chairs d'une consistance moyenne et bonne, des cheveux blonds et châtains, une peau lisse et blanche, des veines bleues et saillantes, des yeux ordinairement bleus, des membres souples et agiles, une démarche légère et aisée.

L'homme sanguin a le pouls vif et réglé; il fait bien toutes ses fonctions ; il a bon appétit et digère bien ; il transpire aisément.

Comme le sang circule facilement, que les viscères sont sains et robustes, il aime les bons repas, il est un gai convive ; il a l'humeur joviale et plaît par son enjouement; il aime le luxe, les plaisirs, les femmes ; il aime avec beaucoup de délicatesse. Le produit des bonnes digestions est la bonne santé ; le produit de la bonne santé est l'amour du plaisir : l'homme sanguin est donc voluptueux. Mais il est indiscret et inconstant ; il a des goûts plutôt que des passions. Ses bons côtés disparaissent souvent sous une sensualité trop grande et une légèreté impardonnable.

Des gens sanguins.

Il a la mémoire heureuse, l'imagination vive et brillante ; il a beaucoup d'esprit, des idées heureuses et promptes, des expressions aisées ; il est fécond en bons mots et en traits d'esprit ; il est charmant en société. Il aime l'étude, fait des progrès rapides dans son instruction; il juge bien; mais, malgré sa conception facile, il est peu propre aux méditations profondes et aux sciences abstraites, ayant peu de goût pour tout ce qui exige un travail assidu : il excelle dans toutes les sciences agréables; il est enclin à la poébie, à la musique, à la peinture.

Il est franc et couraj;eux; aussi étourdi que sensible, il s'emporte aisément et se calme de même, ne connaît ni soucis ni ressentiment, voit tout en rose, même le malheur et l'adversité; offensé, il pardonne ; affligé, il se console sans difficulté.

Il a une grande vivacité de sentiment, des impressions promptes, mais légères ; c'est une eau dont la surface s'agite au moindre souffle, mais se calme aussitôt que le souffle a passé ou se dirige en sens inverse, selon le courant que l'air suit lui-même. Le désir naît instantanément; mais, s'il ne trouve aussitôt de quoi se satisfaire, il se déplace sans peine et oublie l'objet qui l'a d'abord excité. Un homme à tempérament sanguin est facilement ému ; en ce moment, il puisera sans hésitation dans sa bourse ; mais n'attendez pas au lendemain les effets de ces bonnes dispositions : avec l'émotion a passé l'élan de générosité. II a des défauts, de grands défauts même, et les confesse avec franchise, se repent amèrement de ses fautes et prend les meilleurs résolutions ; il se retourne, une occabion se présente, la tentation est plus forte que la volonté, et le voilà retombé dans ses anciennes misères.

Bref, c'est un aimable homme, mais ce n'est pas un homme de mérite.

La bonté de cette constitution n'est pas un titre pour vivre longtemps : la sensibilité et la vivacité, qui sont propres à l'homme sanguin, lui font consumer rapidement la vie et abréger ses jours.

Commentaires de l'École de Salerne.

Le tempérament sanguin est le plus heureux de tous. C'est celui des enfants et des jeunes gens; ce fut celui de certains hommes célèbres que l'on a le plus aimés dans tous les temps ; Alexandre, Henri IV, Louis XV, etc., étaient de ce tempérament.

On distingue le tempérament sanguin non seulement dans les particuHers, mais encore chez les peuples et sous certains gouvernements, car rien ne modifie l'homme comme les lois qui le régissent. Tel fut celui des anciens Grecs et des anciens Romains. Les peuples naissants, les peuples libres conservent cette heureuse constitution des individus : les peuples abrutis par le poids de la tyrannie ou du despotisme le perdent.

Page 170. — Des gens bilieux.

On voit plus de personnes vomir de la bile jaune que l'on n'en voit vomir de la bile noire : il y a donc plus de tempéraments bilieux que de mélancoliques. Mais cette humeur jaune, anière que l'on vomit ainsi et que certains sujets semblent rendre avec une extrême facilité, est-elle en effet de la bile ? Vient-elle du foie ? Point du tout : c'est un faux nom qu'on lui a donné, à cause de sa couleur et de son goût. Autant la vraie bile, la bile, produit de la sécrétion du foie, est nécessaire à la digestion des ahraents, autant celle-ci est nuisible à toutes les fonctions.

Le tempérament bilieux n'est pas plus naturel que le mélancolique ; cependant il a son caractère et ses nuances.

L'homme bilieux est velu, grand, maigre ; il est fort, nerveux, bien musclé ; ses os sont gros, ses chairs fermes et compactes ; sa peau, aride et sèche, est d'un rouge foncé, brune, olivâtre et quelquefois noire ; ses poils et ses cheveux sont presque toujours noirs et crépus ; ses yeux sont noirs et perçants.

Toutes les fonctions vitales sont promptes chez le bilieux : il croît vite; il a le pouls fréquent, sec, raidc; il mange beaucoup,

Des gens bilieux. ^05

digère facilement ; il a ordinairement un appétit vorace • le tissu de sa peau est serré et peu perspirable, et les urines sont acres €t abondantes.

Mais, perdant apparemment beaucoup par la transpiration de la peau, il n'engraisse pas aisément.

Il reçoit les impressions avec autant de facilité, mais il les garde et les laisse pénétrer plus profondément. Sa volonté est forte et tenace; ses passions éclatent avec violence, et sa colère pour être prompte, n'en est pas moins énergique. Il a des affections et des antipathies nettement tranchées; il sent l'obstacle aiguillonner ses désirs ; il cède devant la douceur et la résignation, et sa fureur, qui semblait vouloir tout démolir, s'apaise par degrés et disparaît bientôt. ^

Le bilieux est hardi, entreprenant et violent. Il n'est pas rebuté par un long travail; il poursuit avec constance le but qu'il s'est une fois proposé, et l'atteint ou succombe. Il rêve l'honneur et la gloire; Il souffre d'une condition obscure, et il s'agi san cesse pour en sortir; son âme, habituellement occupée de ses pro jets d'elévation, se sent propre à entreprendre J plus'Ldes affaires. Il est né pour commander plutôt que pour obéif ma son pouvoir est tyrannique, susceptible et jaloux.'ll est bra^iu"

L homme bilieux est, de tous les hommes, celui qui est le p us amoureux : l'amour est pour lui une affairé capital i a ie passionnément et avec fureur; il est fort et conserve long eZ

jont souvent altérées par la dureté de Ton teté, opmiâtre et misanthrope

Commentaires de VÊcole de SaJerne.

sentiment propre à la nature humaine. C'est du moins une phase sensible du tempérament sanguin, qui passe souvent au tempérament mélancolique : à l'âge de cinquante ans, les bilieux deviennent mélancoliques.

Page 170. — Des phlegmatiqtjes.

Le tempérament /m'i? et humide, pituiteux, lymphatique, propre à l'enfance, est celui dans lequel les chairs sont lâches, molles, spongieuses, abreuvées de sérosités et couvertes de graisse. La taille est avantageuse, épaisse et massive; k peau, blanche, douce, belle, garnie de très peu de poils longs et fins ; le visage, pâle, quelquefois bouffi ; les yeux, bleus, grands, mais éteints ; le regard, humble et languissant. Les femmes de ce tempérament ont beaucoup de gorge, mais qui ne se soutient pas longtemps.

Toutes les fonctions sont languissantes et embarrassées chez les pituiteux ; les fibres, relâchées et sans ton, se laissent aisément distendre par l'action des humeurs. Le pouls est rare, mou, faible, le sang aqueux et sans consistance, la respiration lente ; ils ont peu d'appétit, digèrent lentement et mal, et supportent longtemps la diète et même la faim, sans en être incommodés.

Quant aux qualités morales, ils ont le sens très obtus et sont peu enclins aux plaisirs de l'amour. Les fonctions de leur esprit sont faibles et languissantes ; leur imagination est froide et leur mémoire peu fidèle. Les pituiteux sont peu propres aux travaux pénibles, à moins qu'on ne les y accoutume par degrés : l'habitude fait leur loi ; ils sont naturellement obéissants et aptes à recevoir l'impression qu'on leur donne ; ils ont le caractère doux, affable, paisible, le jugement sûr ; l'état d'apathie fait leur bonheur.

L'émotion est lente à venir ; elle dure à la vénté plus long-

Des mélancoliques .

temps que dans le tempérament sanguin, mais la volonté manque pour l'exécution. Le flegmatique aime le repos, le plaisir, pourvu qu'il ne doive pas se le procurer au prix de grands eflbrts. Il est incapable d'une grande passion, il a trop de réflexion pour faire une folie et ne va jamais au delà de la limite qu'il s'est tracée.

Les individus pituiteux vivent plus longtemps que les autres, parce qu'ils usent moins la vie.

Les femmes, et les hommes mous et voluptueux, sont en générale flegmatiques.

C'est l'homme d'ordre, l'homme exact, l'homme soignant son ménage, surveillant son commerce les bras croisés, et vivant heureux dans le meilleur des mondes possibles. Mais de cette grande placidité il n'y a pas loin à la paresse, et l'indifférence émousse souvent les sentiments les plus naturels et les plus fidèles .

Le tempérament flegmatique est quelquefois originel ; il y a des cUmats où les hommes naissent pituiteux. Néanmoins le genre de vie et l'éducation ont une action décisive à cet égard sur la plupart d'entre eux. Les Flamands, les Hollandais, les Anglais, les Allemands, les Suisses, les peuples soumis à un gouvernement constant sont flegmatiques.

Page 171. — Des mélancoliciues.

Le tempérament mélancolique ou atrabilaire est propre à la vieillesse. On peut le considérer comme le maximum du tempérament bilieux.

Les mélancoliques ont ordinairement les cheveux bruns ou noirs ; le corps grêle ; les jambes et les cuisses maigres ; les bras et les doigts effilés ; la peau sèche, jaune, brune ou noirâtre, quelquefois garnie de poils très noirs.

Le pouls est fréquent, sec, petit, inégal.

Le sang est, paraît-il, plus foncé, circule plus lentement ; on

Commentaires de l'École de Salerne.

croit même que le cœur et tout le système artériel n'a pas l'irritabilité voulue. Les mélancoliques sont voraces ; leurs digestions se font irrégulièrement, ainsi que les fonctions du ventre ; les urines sont abondantes, claires, peu colorées.

Ils ont l'imagination aussi vive, aussi exaltée, aussi pittoresque que celle des Orientaux. Ils peignent toujours en parlant : tout est image, comparaison ; mais ils grossissent ou exagèrent souvent les choses.

Le mélancolique jouit d'une grande sensibilité ; aussi le plus petit revers, la douleur la plus légère le jette dans l'abattement et le désespoir. Les sentiments ne s'éveillent que peu à peu, mais ils sont constants et durables, et, bien qu'ils soient parfois très vifs, la raison et la prudence ne leur permettent de monter que par degrés.

A voir un homme de cette espèce, on le dirait insensible, parce qu'il est peu expansif et retient tout en lui-même ; mais, à un moment donné, la passion longtemps nourrie en silence se fait jour, dévoilant souvent une profondeur de sentiment qu'on n'eût jamais soupçonnée.

On le trouve fidèle en amour et en amitié, ponctuel à remplir SCS devoirs, capable des plus grands sacrifices. Il apprend avec peine, mais ne perd pas le fruit de son travail. Sévère envers lui-même, il exige des .autres la fidélité au devoir avec la même sévérité ; mais, comme le plus souvent il s'est trompé dans son attente, blessé dans ses illusions, il s'abandonne à son humeur chagrine, comprend dans un même mépris les hommes et les choses ; puis, à force de se tourmenter lui-même, il tombe souvent dans cette triste infirmité morale qu'on appelle a mélancolie ».

Il est pessimiste, rêveur, méditatif ; son imagination se repaît de chimères, qui le troublent et le rendent malheureux, par la crainte de le devenir. Le principal est la tristesse et la taciturnité. Le mélancolique, occupé intérieurement, ne se répand point au dehors. Il s'agite en lui-même, compare tout, combine tout;

Des mélancoliques.

et, comme il pense naturellement à son bien-être, il craint de trahir un secret, qui pourrait influer sur son bonheur et peutêtre le lui ôter ; de là son opiniâtreté et sa méfiance.

Le caractère du mélancolique est sombre, rêveur, difficile, inquiet, méfiant, chagrin. Il est très exigeant, et furieux lorsqu'on lui manque ; ennemi implacable et adversaire très redoutable, il est cependant bon ami, mais amant jaloux et porté au désespoir.

Le sentiment étant très aiguisé chez lui, et par l'habitude de sentir et par celle de réfléchir, il aperçoit et juge avec facilité et justesse; de là ses machinations sourdes, obscures et ténébreuses dans lesquelles il a coutume de se plonger et de réussir.

Les entreprises qui paraissent supérieures aux forces humaines, les conquêtes, les hérésies, les sectes, les révolutions des empires, les crimes les plus atroces, ont été souvent l'œuvre des mélancoliques. Ce tempérament produit les grands hommes, les héros, les ambitieux, les grands philosophes, Démocrite, Aristote, Platon, Cicéron, les grands scélérats, les César, les Brutus, les Charles XII, les Bonaparte, les Robespierre, les fanatiques Clément, Ravaillac, Louvel. Les gens mélancoliques sont des héros, ou des criminels fameux, des savants ou des fous, mais ils sont rarement bons.

Ce tempérament n'est donc point dans la nature; c'est un produit des modiflcations que l'homme reçoit durant sa vie par l'éducation, par les lois, en un mot par la société. Chacun le sait, et chacun le dit : on change de tempérament à mesure que l'on s'éloigne de la naissance, et cela ne peut venir que des impressions profondes et multipliées que les objets qui environnent font sur nous.

Au tempérament mélancolique se rattache le tempérament nerveux. A notre époque, et surtout dans les classes élevées de la société, le tempérament qui domine, et dont l'exagération con-

510 Commentaires de l'École de Salerne.

stitue un véritable état maladif, est le tempérament nerveux. Nous empruntons les lignes qui suivent à M. le Dr Cheron ' :

Le développement considérable pris par cette forme de tempérament n'est point nouveau; si les conditions actuelles de notre civilisation usent les grands rouages de notre organisme en les surexcitant outre mesure, la dépression morale résultant de la crainte et de la superstition, les angoisses créées par les luttes continuelles étaient, au moyen âge, des conditions tout aussi favorables au développement de cette forme maladive; cependant l'étude de cet état, confondu avec la plupart des maladies nerveuses, n'avait point été comprise avant ces dernières années.

Le docteur Sandras nous en a laissé une remarquable description.

« Une des choses, dit-il, qui frappent le plus la personne qui s'approche d'un malade en proie à l'état nerveux, est la disposition morale dans laquelle on le trouve et qui lui prête un caractère tout particulier. L'état nerveux est accompagné d'une irritabilité extrême : un rien, un mouvement, un bruit, une parole, à plus forte raison une contradiction, une contrariété suffisent pour la faire éclater. Si le névropathique parvient à se contenir et à réprimer, pour un moment, l'explosion de l'emportement ainsi provoqué, ce n'est qu'un peu de cendre jetée sur un feu allumé : l'instant d'après , l'embrasement se fera jour, malgré tous les efforts de la raison, malgré les intentions les mieux arrêtées de se tenir sur ses gardes. »

L'irritabilité est en général d'autant plus grande que l'état nerveux est plus prononcé, quelle qu'en soit d'ailleurs la cause.

La susceptibilité est très grande. Sous une forme polie, on déclare sensible la personne qui en est atteinte. Un mécontentement intérieur ne demande qu'un prétexte pour éclater.

Du

I. Cheron, Le Soir, 1871. — Voyez aussi Bouchut, x^. nervosisme aigu et chronique et des maladies nerveuses, 2" édition, Paris, 1877.

Des mélancoliques.

Prompts à se passionner et à s'attendrir, les nerveux versent facilement des larmes, alors même que le moindre effort de résistance pourrait maintenir chez un autre ce trop facile attendrissement.

Lorsqu'ils sont plus impressionnés que de coutume, ils ressentent, au niveau du creux de l'estomac, un sentiment d'angoisse comparable à celui qu'on éprouve dans le chagrin.

Cette sensation les pousse à la tristesse, au dégoût, à l'ennui, jusqu'au moment où une distraction subite vient leur rendre le soulagement et la gaieté.

Sensibles aux changements de l'atmosphère, ces personnes sont au moral de véritables protées.

Entraînées par leurs impressions, elles font acte de courage quand leur système nerveux est surexcité, et la puissance de leur volonté devient si grande que les plus rudes épreuves, les fatigues et les efforts sont supportés avec facilité.

Au service d'une bonne tête et d'un bon cœur, l'état nerveux a pu enfanter d'admirables choses. Dans les conditions contraires, rien n'est plus triste à voir et surtout à éprouver : la raison n'est pas là pour réprimer les impulsions maladives; les affections s'éteignent, l'égoïsme règne sans partage ; le malade souffre et n'inspire plus qu'un médiocre intérêt ,

Parallèlement à ces troubles moraux apparaissent sans cesse des souffrances physiques très variées : lourdeurs de tête, bouffées de chaleur à la figure, étourdissements , vertiges , maux d'estomac, manque d'appétit, battements de cœur, sensibilité exagérée de l'œil, bourdonnements, tic nerveux, etc.

D'une autre part, de véritables aberrations de la sensibilité, auxquelles on ne peut échapper, sont imposées par cet état.

La célèbre actrice Mlle Contât s'évanouissait à l'odeur du lièvre.

J.-J. Rousseau rapporte que le son de la cornemuse produisait chez un Gascon nerveux une incontinence d'urine.

Paulini cite l'exemple d'un homme chez lequel la musique déterminait des vomissements.

Commentaires de VÉcole de Salerne.

Lamotte éprouvait un vif sentiment de douleur lorsqu'il entendait des accords.

Le physiologiste Wagner subissait une sensation horrible de froid dans le dos lorsqu'il touchait une pêche.

Le comte de Caylus éprouvait une agitation extrême toutes les fois qu'il rencontrait un moine : il parvint à se guérir de cette lubie en mettant dans son cabinet un capucin de bois revêtu du costume de l'ordre.

Marguerite de Valois, sœur de François Ie% ne pouvait entendre prononcer le mot mort.

Et tant d'autres ! — Et tous ces gens-là étaient simplement des nerveux subissant leurs aberrations sans chercher à y porter remède.

La femme subit plus souvent que l'homme l'influence maladive du tempérament nerveux; les conditions auxquelles elle est soumise, l'allaitement et l'âge de retour, surtout, peuvent développer ce fâcheux état.

Les déplorables conditions d'hygiène dans lesquelles nous vivons, à l'endroit des exercices musculaires, la vie anormale que nous menons dans les grands centres d'agglomération, favorisent de plus en plus le développement de cet état maladif.

Rétablir l'équilibre entre les divers appareils en les obligeant à fonctionner : voilà le grand principe qui doit servir de point de départ au traitement de cette forme exagérée du tempérament nerveux.

Déprimer par l'eau froide appliquée sur la peau l'action du système nerveux anormalement excité, augmenter les fonctions de cette dernière, dépenser en mouvement l'excès d'irritabilité nerveuse, et le médecin aura bien peu de chose à faire pour compléter le rétablissement de l'équilibre des fonctions.

Rappelons-nous que l'état nerveux est une servitude morale continuelle envers tout ce qui nous entoure; que des déterminations capitales, des actes sérieux de toute nature ont été suggérés et malheureusement accomplis sous cette influence. Ayons

De la physionomie suivant V humeur. 513

donc le courage de nous soumettre aux lois de l'hygiène : appréciant le rôle immense de réaction du physique sur le moral, nous atténuerons les effets désastreux d'un état maladif pénible à celui qui en est atteint, plus pénible encore à ceux qui l'entourent.

Les genres de tempéraments que nous venons d'étabUr sont les plus apparents et les plus évidents. Dans aucun homme, l'un de ces quatre tempéraments ne se présente jamais seul et exclusif de tous les autres ; Ws se mêlent et s'enchaînent au contraire, se fondent l'un dans l'autre en des proportions variées et multiples, par des nuances insensibles, et cela dans un même individu, au point qu'on ne trouverait pas deux hommes à caractère parfaitement égal ; de cette manière , ils contribuent à niarquer les individualités humaines sous le rapport physique.

Page 172. — De la physionomie suivant l'humeur.

Rien n'indique mieux l'humeur dominante dans un sujet que la couleur de son teint.

Un homme sanguin a constamment le teint vif et animé, lesyeux brillants, les joues vermeilles, les lèvres rouges, les dents blanches, le coloris frais; c'est une image vivante de la santé, de la bonne constitution.

Au contraire, si les digestions se font mal, s'il s'est amassé de la saburre dans les premières voies, le visage aussitôt se ternit, le blanc des yeux jaunit, le fond du teint pâlit On voit paraître, en foule, les phénomènes qui annoncent la bile jaune et qui indiquent que le sujet a besoin d'être purgé.

Quand, en avançant, les humeurs s'accumulent, s'invétèrent, pénètrent dans la masse du sang, que le sentiment intérieur' émoussé ou distrait, ne permet plus aux viscères d'expulser l'humeur surabondante, qui acquiert sans cesse de nouveaux degrés-

514 Commentaires de r École de Salerne.

d'acrimonie, le teint devient hâve et plombé, les joues se sèchent, les tempes se contractent, l'œil est sombre et hagard; l'atrabile s'annonce de toutes parts.

Enfin, les flegmatiques sont, en général, pâles et langoureux. Leur regard est aimable, mais sans vivacité; leur teint blanc n'est relevé par aucune autre nuance ; leurs lèvres sont sans pourpre ; leurs dents se chargent de tartre.

C'est donc encore le teint de l'homme sanguin qui paraît le plus naturel, le plus agréable, le plus beau; il annonce une bonne constitution et une santé florissante; aussi est-ce celui que l'on tient le plus à conserver ou à se donner avec le plus de soin, d'empressement, de sollicitude, de frais.. Aussi les femmes qui sont dépourvues de ce coloris attrayant cherchent-elles à s'en procurer un factice, par l'art de la toilette et par les fards dont elles surchargent leur peau, au grand détriment de leur santé *.

Je les avertis que les fards rouges ou blancs, qu'elles mettent sur leur visage bouchent les pores de la peau , empêchent là transpiration et y causent une pléthore locale, qui, jointe aux autres causes du mal de tête , auquel la plupart d'entre elles sont ■en proie, contribue à produire les incommodités dont elles se plaignent. Les maux d'yeux, d'oreilles, de dents, les étourdissements et les crispations des nerfs du visage peuvent naître, du moins en partie, de cette cause, quelque légère qu'elle soit.

Tu as beau d'eau de lis user Et faire, à t'encéruser, De ton visage un faux visage, Tu ne fais rien que t'abuser, N'en recevant nul avantage.

Tu perds et ton fard et ta peine.

Perrette, penses-tu, par l'art De savoir détremper le fard.

Faire, d'une Hécube, une Hélène?

I. Voyez Piesse, Des odeurs, des parfums et des cosmétiques, 26 édition, Paris, 1877.

Causes du tintement d'oreilles.

Page 185. — Embarras d'oreilles.

Le sommeil pris immédiatement après le repas du jour rend le corps lourd et pesant, les sens obtus. Un mouvement excessif épuise et fatigue les sens. L'ivresse abrutit et rend hébété. Toutes ces choses appesantissent, engourdissent le sentiment, et rendent par conséquent l'ouïe moins libre, moins aisée; mais il y en a beaucoup d'autres qu'on pourrait accuser avec plus de raison de produire cet effet.

Cet aphorisme ne vaut pas grand'chose. Le suivant, sur le même sujet, est plus exact et plus vrai.

Page 186. — Causes du tintement d'oreilles.

Le bruissement, le tintement d'oreilles, consiste dans un bruit imaginaire et plus ou moins importun, qu'on rapporte aux oreilles, et qui est le plus souvent accompagné de surdité légère ou forte.

Les causes prochaines de cet état sont le mouvement du sang •ou de l'air, et quelquefois l'illusion du sens de l'ouïe. Les causes occasionnelles sont très nombreuses : parmi celles-là, on peut ranger les causes rapportées dans le présent aphorisme. Le mouvement, l'exercice démesuré produit ce résultat, en augmentant •et prolongeant sur les viscères du bas-ventre la pression qu'y causent toujours ses muscles, mis en action; un coup, en produisant quelque secousse violente aux vaisseaux sanguins ou même un épanchement ; le vomissement, en comprimant avec force l'aorte descendante ; la faim, par la gêne où l'estomac se trouve, en troublant la circulation du sang qui parcourt les viscères abdominaux ; le froid, en contractant les vaisseaux de la surface du corps et en repoussant ainsi le sang de la circonférence au centre.

-5i6 Commentaires de l'École de Salerne.

Page i86. — Hygiène des yeux.

Les diverses causes relatées dans cet aphorisme portent un grand préjudice à la vue; ce qui irrite la glande lacrymale et qui l'excite à une action contre nature fait pleurer.

Le bain, si on le prend trop chaud, peut bien produire la rongeur momentanée des yeux, mais ne saurait leur faire aucun mal, puisqu'il leur est, au contraire, très salutaire, et qu'on l'ordonne avec succès pour combattre leur inflammation.

Pour ce qui est des fèves et des lentilles, nous ne saurions reconnaître à ces légumes, quoique indigestes, aucune propriété nuisible à la vue. Il faut, pour donner de la probabilité à l'assertion de l'Ecole de Salerne, supposer que l'on se farcit le ventre de ces légumes, de manière à se donner des indigestions; car alors, le sang se portant trop abondamment à la tète, la glande lacrymale peut être spécialement affectée, comme il arrive d'ordinaire dans les engorgements du bas-ventre.

II n'en est pas de même du vin. Les ivrognes qui sont pléthoriques ont tous les yeux rouges et éprouvent un larmoiement habituel.

Les voluptueux sont sujets à sentir leur vue baisser de bonne heure.

Le vent vif exprime les larmes; le feu, le soleil, la poussière^ les coups blessent fortement les yeux.

Les oignons, les poireaux, l'ail, la moutarde et la fumée causent une irritation prompte et notable aux membranes de l'œil.

Le travail fatigue, épuise tous les organes de la machine, et conséquemment ceux de la vision. La veille trop longue produit la plus sensible altération de la vue.

D'où il suit qu'il est très avantageux pour la santé de se méfier des causes offensives que cite l'Ecole de Salerne dans cet aphorisme, et de les éviter.

Ejfets de Vabondance du sang.

Page 188. — Maladies résultant des vents.

La rétention des vents peut causer des maux de plusieurssortes, dont les plus ordinaires sont : les coliques, les spasmesdans le bas-ventre, les étourdissements , la tympanite ; les douleurs dans diverses parties membraneuses ou muscukires, qui simulent les efforts et même les points de côté ; mais ces souffrances ne sont point de longue durée et disparaissent bientôt d'elles-mêmes.

Page 188. — Effets de l'abondance du sang.

Les signes de la pléthore sanguine sont assez mal tracés par l'Ecole de Salerne.

Les voici plus clairement définis : engourdissement des extrémités et de tout le corps, bâillements involontaires, qui annoncent la surcharge des poumons, crachement de sang, difficulté de respirer, tintement d'oreilles, dureté de l'ouïe, douleur detete, rougeur de la face, gonflement et pesanteur des yeux, vuefaible, étourdissement, plénitude des veines, rougeur et sécheresse de la peau, fièvre inflammatoire, pouls plein, dur fréquent ; langue sèche, soif, constipation, suff-ocations , 'rêveseffrayants.

Le plus grand nombre de ces signes annonce bien, à la vérité que le sang se porte à la tête, mais non pas directement qu'il y I une trop grande quantité de sang dans un sujet. On remarquesouvent partie des mêmes symptômes chez ceux qui sont le •moms sanguins. Qut l'aorte descendante, ou quelqu'une de ses branches principales éprouve une pression, une gêne inaccou^ tumée, quelque légère qu'elle soit, elle suffira pour faire, comme on dit monter le sang à la tête et pour produire les phénomènes dont il est question.

5i8 Commentaires de V Ecole de Salerne.

Cependant le pouls plein, fréquent, fort et dur, la rougeur du visage, les lassitudes universelles, la peau sèche et brûlante, l'aridité de la bouche et la soif, réunis ensemble, marquent, ^ussi clairement qu'il est possible, la surabondance du sang, connue sous le nom de pléthore. Mais la dépravation du goût, la douleur du front, la constipation du ventre, la bouffissure du visage, ne sont pas aussi décisifs. Ces signes, surtout s'ils s'accompagnent de ceux dont il va être fait mention, annoncent bien plus certainement la surabondance de bile, que l'on appelle pléthore ou plénitude humorale. Il faut même y comprendre la mollesse du pouls, qui n'annonce point du tout la plénitude sanguine, mais qui caractérise au contraire infailliblement l'embarras de la poitrine et du ventre par l'amas des humeurs dans l'une ou l'autre de ces cavités.

Page 189. — Effets de l'abondance de la bile.

Les migraines, les maitx d'oreilles et de dents, les fluxions, les esquinancies, les pleurésies , les rhumatismes, la goutte, ji'ont ordinairement pour cause efficiente que la bile. Dans ce cas, on ne manque point de rencontrer les signes rapportés dans le texte de l'aphorisme. Mais il y en a qui dépendent d'une irritation nerveuse et sympathique, d'autres de l'action immédiate de l'humeur sur une partie, et d'autres du mouvement irréguher du sang.

Ceux qui dépendent de l'action immédiate de l'humeur sont le défaut d'appétit, les nausées, le vomissement, les vents, la soif, les coliques et les douleurs d'estomac.

Ceux qui sont sympathiques sont : le point de côté, le tmtement d'oreilles, les maux des parties éloignées du siège du mal, soit en haut, soit en bas, au-dessus ou au-dessous du diaphragme ; les oscillations anormales du système artériel ; l'agitation du sang, dont le mouvement est irrégulier à cause de l'irn-

Effets de f abondance de Vatrabile.

tation que les artères partagent avec les organes immédiatement embarrassés, et qui produit à son tour divers phénomènes, tels que la dureté et la fréquence du pouls, la rougeur des parties sympathiquement affectées, la chaleur insolite et brûlante, enfin les rêves de même nature. C'est ainsi que la plénitude humorale produit souvent les symptômes que l'École de Salerne vient d'attribuer à la plénitude sanguine. D'où il suit qu'il faut soigneusement se garder de donner un plein consentement à cet aphorisme.

Page 190. — Effets de l'abondance du phlegme.

Les anciens médecins distinguaient trois sortes de pituite : la plus ténue, nommée lymphatique ou lymphe ; une seconde, un peu plus dense et jaunâtre, nommée séreuse ou sérosité ; et une autre, plus visqueuse, claire, transparente, semblable à du verre blanc fondu, que l'on appelle pituite vitrée.

Les deux premières dominent dans les cachexies hydropiques et scorbutiques, comme étant le produit de la décomposition du sang.

La dernière, et c'est d'elle qu'il s'agit principalement ici, paraît formée par l'altération des sucs digestifs et réside communément dans l'estomac et dans les intestins, comme la bile jaune et la bile noire. C'est de là qu'elle produit les symptômes que cite l'aphorisme. La salivation, la toux quinteuse ou férine, la cardialgie, la coHque, le vomissement de cette humeur, sans les aliments, quoique récemment pris, sont l'escorte ordinaire de la pituite vitrée. Je ne crois pas que les rêves aqueux en proviennent. Cette assertion est à coup sûr hasardée et incertaine.

Page 191, — Effets de l'abondance de l'atrabile.

Des humeurs visqueuses qui peuvent surabonder dans le corps humain, il n'y en avait point de plus terrible et de plus funeste

520 Commentaires de l'École de Salerne.

que l'atrabile. Cette humeur était constituée par les restes de mauvaises digestions; cette bile, qui se niche dans les plis et dans le velouté de la membrane interne du canal intestinal, s'y amasse, y acquiert, par la durée de son séjour et par la chaleur de l'organe, une couleur brune et parfois si noire, qu'elle ressemble à de la poix fondue. Elle y contracte, par les mêmes causes, une saveur des plus acides et des plus corrosives, dont elle infecte les plus douces substances que l'on puisse avaler.

Page 195. — Signes de la mort.

Quoique la plupart des faits d'inhumation prématurée qu'on cite soient apocryphes et semblent avoir été inventés à plaisir, il en reste assez encore de bien constatés pour inspirer les précautions les plus sérieuses ^

Le célèbre anatomiste Winslow, le filleul de Bossuet, a failli être enterré vivant, et il a raconté avec vérité, après sa résurrection, sa terrible aventure,

Milady Roussel, qui était sous le coup d'une crise cataleptique 2, après huit jours de mort apparente, revint à elle au son de la cloche et dit en se levant sur son séant : « Voilà le dernier coup de la prière ; allons, il est temps de partir. »

Pour bien constater un décès et ne laisser aucun doute ni dans l'esprit du médecin ni dans celui des familles, il suffit de

1. Voyez : Julia Fontanelle, Recherches médico-légales sur l'incertitude des signes de la mort. Paris, 1834. — Scènes de la dernière heure (Revue britannique, i85o, t. XXVII, p. 23-6i). — Josat, De la mort et de ses caractères, Paris, 1854, p. 168. — Bouchut, Traité des signes de la mort, 1^ édition, Paris, 1874.

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