Voyez Prus, Rapport sur la peste et les quarantaines
Paris, 1846. , . ^ , ^
2. Ramazzini, Traité des maladies des artisans et de celles qui résultent des diverses professions, par Ph. Pâtissier. Pans,
^^3. ^Parent Duchatelet, Annales d'hygiène publique et de médecine légale, nombreux mémoires de 1829-1836, passim.
Pratique niédicak. ^gi
Le premier doyen de l'École de santé, Thouret, honora la profession médicale parles plus utiles travaux. Appelé à concourir à l'exhumation des débris du cimetière des Innocents, il nous a initié à toutes les difficultés de cette grande entreprise, réclamée depuis plusieurs siècles et exécutée enfin en 1785. Malgré le supplice inique de son illustre frère, il ne cessa jamais de servir son pays avec dévouement. C'est à Thouret et à Fourcroy que l'on doit la nomination, comme professeurs, des Corvisart des Pelletan, des Pinel, des Hallé, des Percy, des Chaussier ' des Dubois, des Boyer, des Jussieu, des Vauquelin, etc. Devenu membre du Tribunat, Thouret n'oublia pas, comme tant d'autres, les intérêts de la science à laquelle il devait son élévation et il réclama contre l'anarchie et le charlatanisme qui, dans lé silence des lois, avait pénétré jusqu'au sanctuaire de l'art de
guérir
A aucune époque, la science médicale n'est restée étrangère ni à la fermentation des grandes idées, ni à ce travail visible ou caché qui pousse l'humanité vers un port mystérieux». Faible à son origine, et enveloppée pour ainsi dire dans les langes de son berceau, elle reçut l'empreinte des croyances qui dominaient alors la société. Aussi, dans les âges primitifs de l'Egypte et de la Grèce, fut-elle théocratique et presque toujours voilée d'une superstitieuse obscurité. Mais, à mesure que l'observation approfondie des lois de la nature fit des progrès, la médecine se dégagea des systèmes philosophiques; du génie de quelques hommes s échappèrent des lueurs phosphorescentes qui brillèrent à travers les siècles et devinrent comme des fanaux pour la civilisation
Dans les dernières années, plusieurs médecins se sont trouvés entraînés presque à leur insu vers les doctrines sociales. Témoins journaliers des souflTrances du pauvre et de la condition malheureuse de quelques tristes victimes vouées en naissant à la ma-
tique.
i.^Eusèbe Salverte, Rapports de la médecine et de la poli-
582 Commentaires de l'École de Salerne.
ladie, à la dégradation et à une mort prématurée, ils ont accusé la société, rêvé une meilleure distribution des biens de ce monde, et protesté contre la disproportion des fortunes, la dureté des cœurs, et enfin contre les douleurs et les privations imméritées. Mais, dans leurs aspirations généreuses, ils n'ont point vu sans doute l'abîme vers lequel, sans le savoir, ils poussaient la société! J'ai fait mon possible, disait avec raison Diderot, pour concevoir un monde où il n'y eût point de mal, et je n'ai pu y parvenir.
Est-il prudent, est-il sage à l'homme d'étude, à l'homme de science, d'abandonner les régions sereines où l'intelligence a placé son empire, pour se mêler à l'administration des affaires publiques et à la fureur des partis? Les agitations de la vie politique ont un charme cruel et perfide. L'abîme attire. Il y a dans l'atmosphère du pouvoir et des cours une séduction puissante, semblable à l'enivrement causé par l'opium. On sent que le poison vous consume; on le désire, on le recherche cependant, on ne peut vivre sans cette satisfaction déUrante, on veut mourir enivré. Un penseur aimable, Joubert, appelait les passions politiques des voracités sans proie. Il se trompait peut-être ; mais, à la place des proies que l'ambition promet à de nobles coeurs, on ne trouve ordinairement que soucis, perfidies, déceptions. Heureux lorsque la route où l'on entre, bercé d'illusions, ne conduit pas au délaissement, à la prison, à l'exil, à la roche Tarpéienne.
Je suis loin de prétendre que le savant, le philosophe, le poète, ne soient pas aptes au maniement des affaires. Oui, sans doute, heureux les peuples lorsqu'ils seront gouvernés par un roi philosophe, un Marc-Aurèle, un Trajan, un Louis IX, un Charles V! Mais il faut convenir que les hommes dont les sciences, les lettres et la philosophie ont nourri les âmes, reculent devant ces nécessités terribles appelées raisons d'Etat. Victimes du devoir, ils s'offrent en holocauste plutôt que de commettre des actes de violence et d'abandonner le sentier de la justice.
De nos jours, un grand nombre de médecins n'ont pas craint d'affronter les agitations du Forum. Quelques-uns furent appelés
Pratique médicale.
aux premiers postes de l'État, et, s'ils n'y déployèrent pas le génie des grands politiques, personne du moins ne les surpassa en intelligence et en probité.
La politique fut toujours fatale au médecin.
Un siècle s'est écoulé depuis que Lestocq , médecin d'Elisabeth, parvint, au prix des plus grands périls, à placer cette princesse sur le trône de Russie. D'abord comblé d'honneurs, calomnié ensuite, il fut renfermé dans une forteresse, dont il ne sortit qu'à l'avènement de Pierre III.
Struensée, médecin de Christian VII, devenu son favori, et chargé de l'éducation du prince royal, fut enfin nommé premier ministre en 1771. Son avènement au pouvoir fut signalé par d'utiles réformes; il accomplit une révolution complète dans l'État. Mais bientôt, accusé de conspiration et d'un commerce criminel avec la reine, il fut arrêté, mis en jugement, et eut la tête tranchée, en 1772.
Malheur donc au médecin qui s'expose aux orages de la vie politique, lui dont la mission est d'étancher le sang, de calmer les souffrances et de tarir les pleurs des infortunés ! On peut s'intéresser vivement aux destinées de sa patrie, sans se mêler aux passions de la foule et à des luttes fratricides. Au milieu des agitations du monde et des partis qui le divisent, attachons-nous à la science, réfugions-nous dans l'étude. C'est dans la retraite, c'est déjà condamné à mort, privé de livres et en proie à tant d'angoisses, que Condorcet composa V Esquisse des progrès de l'esprit humain, son plus remarquable ouvrage. Le spectacle des guerres civiles semble avoir inspiré à Cicéron ses traités philosophiques De la nature des dieux, Du destin, De la divination, ses Tusculanes enfin. Il sentait que tout lui échappait, la liberté, la gloire, sa douce patrie, et pressentant sa fin prochaine, détournant sa pensée du monde, il projetait son regard vers la tombe et l'infini, qui lui répondaient : immortalilé ! L'immortalité ! pensée divine qui consolait son âme de l'injustice des triumvirs et lui faisait tendre tranquillement la tête au glaive du licteur.
Commentaires de l'École de Salerne.
Restons médecins, et vouons-nous à la science ; c'est le conseil que nous donnent à la fois la raison, l'expérience et la philosophie, ce guide fidèle. de la vie : Vita pUlosophia dux.
Le nombre toujours croissant des médecins leur a fait perdre, il est vrai, une partie du prestige qui, dans les temps antiques, s'attachait à ces vénérables bienfaiteurs de l'humanité. Mais le praticien modeste, qui vit et meurt obscurément dans un humble village, n'en a pas moins une place utile dans l'ordre social.
Tous les auteurs conviennent que la médecine a une origine mystérieuse et en quelque sorte divine : Apollon, dans Ovide, se proclame l'inventeur de cette science.
Inventum medicinae meum est : opiferque per orbem Dicor; et herbarum subjecta potentia nobis.
Suivant Qiiintilien, les anciens ne pouvaient se figurer que l'art de guérir eût pu être inventé par le génie de l'homme : credebant eam vix humanis potiiisse ingeniis inveniri. Aussi, dit Cicéron homines ad deos nulîa re propiiis accednnl quant salutem hominihus dando. On lit dans Suétone que César conféra le droit de cité à tous les étrangers qui pratiquaient la médecine à Rome, et dans Pline que la Grèce rendit à Hippocrate les mêmes honneurs qu'à Hercule. De grands hommes et des rois mêmes s'honoraient de leurs connaissances dans l'art de guérir. Achille aimait la médecine, la poésie et la musique ; Mithridate le Grand et Attale III, celui qui légua ses Etats au peuple romain, furent de savants médecins ; le pape Jean XXII a laissé plusieurs traités de médecine et entre autres Thésaurus pauperuin.
Du reste, la religion reconnaît en termes formels la mission divine de celui qui pratique l'art de guérir.
Rendez, dit VEcclésiaste, rendez au médecin l'honneur qui lui est dû, à cause de la nécessité; c'est le Très-Haut qui l'a créé.