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I. Celse, Liv. I, chap

310 Commentaires de F Ecole de Salerne,

pris la coutume de manger à des heures fixes, notre corps en prend l'habitude, nos forces se proportionnent et s'attendent à ces actes ; elles comptent chaque jour régulièrement aux mêmes instants à ces moyens de restauration. Notre estomac sonne l'heure du repas, aussi régulièrement que le ferait une horloge. De même, le sommeil, le réveil reviennent le lendemain à point nommé, comme si le tour d'un rouage ramenait les mêmes mouvements ; et rien ne rend ses fonctions si complètes et si salutaires, que de les remplir régulièrement à leur temps ou aux heures qu'on en a pris la coutume.

Il y a peu d'individus qui n'aient éprouvé sur eux ce que peut l'empire tyrannique de l'habitude. Qu'on ait pris, par exemple, la coutume d'uriner à telle heure de la nuit, il est sûr que toutes les nuits, à la même heure, on sentira si fort le besoin d'uriner, qu'on ne pourra se dispenser de se livrer à cette fonction, ou plutôt de satisfaire à ce besoin.

Un prince de Venouse ne pouvait aller à la garde-robe qu'après avoir été rudement fouetté par son valet de chambre. Les lavements et les autres moyens ne pouvaient rien sur lui ; la douleur des coups de fouet était seule capable de lui lâcher le ventre, et le domestique lui administrait régulièrement ce singulier laxatif.

Il en est de même de la quantité d'aliments que l'on prend. Celui qui s'accoutume à manger et boire en certaines proportions fixes sentira le besoin de s'y arrêter, car, pour peu qu'il les dépasse, il en sera incommodé.

On est donc forcé de suivre ses habitudes quand elles sont enracinées ou qu'on n'a pu s'en délivrer peu à peu; aussi, rien n'est plus nécessaire, plus indispensable à l'étabHssement et à la conservation de la santé, et à la jouissance d'une vie heureuse, que de ne point contracter des habitudes, dans quelque genre que ce soit.

Régies générales pour tous les repas. 3 1 r

« Dans la vie ordinaire, et avec l'alimentation journalière habituelle, on se trouve, pendant toute la durée de la digestion d'un repas, sous l'influence bonne ou mauvaise des idées qui ont occupé l'esprit pendant que l'on prenait ses repas. » Ainsi, selon que l'on s'est mis à table avec des idées souriantes ou des réflexions tristes, une impression bonne ou mauvaise persévère presque toujours jusqu'au repas suivant.

Il est donc d'une importance réelle, lorsqu'on va se livrer à l'acte de la réfection, de mettre de côté toutes les pensées qui se lient aux choses trop sérieuses, aux ennuis et aux petites misères de la vie. Il faut consigne^ les fâcheux, congédier les ennuyeux et n'admettre près de soi que des personnes gaies. Il faut surtout éviter de se mettre en colère.

Rien ne doit déranger riionnéte homme qui dîne i.

Le bailli de Suflren étant à Achem, dans l'Inde, une députation de la ville vint lui demander audience au moment où il était à table. Comme il était gourmand et n'aimait point à être troublé dans ses repas, il imagina plaisamment, pour se débarrasser de la députation, de lui faire dire qu'un article de la religion chrétienne défendait expressément à tout chrétien à table de s'occuper d'autres choses que de manger, cette fonction étant d'une grande importance. La députation se retira respectueusement en admirant l'extrême dévotion du général français.

Si l'on prend son repas en compagnie, il est essentiel de ne s'occuper que de sujets agréables. Il sera toujours prudent de s'abstenir de causer politique ou d'autres sujets sur lesquels généralement on n'est jamais d'accord ; car l'humeur que l'on remporte de ces discussions influence défavorablement pendant plusieurs heures ceux qui s'y livrent 2.

De plus, si l'on s'engage dans des conversations controversées,

r. Berchoux, La gastronomie, 4e édition, Paris, i8o5, p. 72. 2. Voyez Gros, Mémoires d'un Estomac.

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il arrive souvent que, pour être à temps à une réplique, l'on avale les morceaux à peine mâchés, d'où un excès de travail pour Testomac obligé ainsi de suppléer aux fonctions de la mâchoire.

Après le repas, c'est différent ; l'influence n'est plus directe.

Une lecture pendant le repas est préférable à une conversation, même agréable, où l'on discute. Pendant qu'on lit, la mastication et la déglutition des aliments s'accomplissent mécaniquement, tranquillement, méthodiquement.

« Lire en mangeant, fut toujours ma fantaisie, dit J.-J. Rousseau ', au défaut d'un tête-à-tête : c'est le supplément de la société qui me manque. Je dévore alternativement une page et un morceau, c'est comme si mon livre dînait avec moi. »

L'homme étant pourvu de dents incisives et de molaires, et ayant le canal intestinal très long et très ample, doit user des aliments végétaux et animaux, dans un mélange à peu près égal.

Helvetius - avance que l'homme est un animal essentiellement Carnivore. J.-J. Rousseau au contraire regarde l'homme qui se nourrit de viandes comme un animal dépravé ^

Mais le raisonnement de l'un n"a pas plus le sens commun que la boutade de l'autre.

L'homme par sa nature est véritablement omnivore.

Le régime végétal est trop peu nourrissant et occasionne des aigreurs, des vents, des diarrhées, etc.

Les substances animales sont au contraire très nourrissantes.

La nature fournit dans chaque climat la nourriture la plus convenable à l'homme.

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