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I. La Fontaine, Fables

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Le fœtus est dans une sorte de sommeil dans le sein de sa mère. Les enfants dorment presque toujours lorsqu'ils viennent de naître : les prémices de nos jours ne sont donc qu'une sorte de léthargie. Les hommes semblent ne naître que pour se familiariser avec la mort, sous l'image trompeuse d'un doux sommeil. Plus on est jeune, plus on doit dormir. Ainsi l'aphorisme de l'Ecole de Salerne est faux, surtout quand il fixe la même durée de sommeil pour le jeune homme et pour le vieillard. Les enfants avant l'âge de dix ans dorment ordinairement de dix à douze heures et s'en trouvent bien; huit ou neuf heures de sommeil conviennent, en général, à l'homme fait, tandis que le vieillard s'assoupit à peine quelques instants, ou ne dort que quatre ou cinq heures.

Les femmes et les individus doués d'un tempérament sanguin ou nerveux ont besoin de beaucoup de sommeil.

Certaines personnes ont une propension particulière au sommeil ; elles dorment plus de dix heures et se portent très bien. Nous avons vu plusieurs de ces grands dormeurs parvenir à une longue vieillesse, exempts d'infirmités.

Picquer remarque que les hommes dont la tête est fort grosse dorment fort longtemps.

L'habitude influe beaucoup sur la durée du sommeil. Les sujets qui sont accoutumés à dormir longtemps ne peuvent se priver de quelques heures de sommeil sans être incommodés, tandis que d'autres jouissent d'une très bonne santé, en ne prenant ordinairement que quelques heures de sommeil.

L'hiver est la saison du repos et celle où l'on doit le plus dormir.

Il est d'une grande importance de régler sur ses besoins les heures et le temps de son sommeil : un juste milieu dans toutes les jouissances peut seul conserver la santé.

L'habitude de se lever de bonne heure est la plus salutaire, comme elle est la plus utile.

Sommeil. 297

Heureux celui qui , ne s'écartaat jamais des lois de la modération, saute à bas de son lit lorsque ses forces sont réparées et ne les énerve pas en y séjournant trop longtemps. Il conserve par ce moyen toute la force, toute la santé du corps et toute la liberté de son esprit ; il n'est point enfin exténué de maigreur ni surchargé d'un embonpoint extrême.

Le sommeil ne pourra néanmoins vous procurer ces avantages qu'autant que vous lui consacrerez le temps que la nature lui désigne ; en efi;et, le soleil ne parcourt sa carrière qu'afin d'éclairer les travaux auxquels nous devons nous livrer pendant le jour. La nuit n'obscurcit, à son tour, le ciel et la terre, qu'afin que le silence y règne et que les hommes, fatigués des exercices de la journée, réparent leurs forces dans le sein d'un paisible sommeil. Rien n'est donc plus contraire à la santé que de veiller la nuit. On reconnaît bientôt, à leur visage blême et défait , ces habitants efféminés des grandes villes , qui , selon l'expression vulgaire, font de la nuit le jour, et du jour la nuit. On n'enfreint point impunément les lois de la nature ; c'est elle qui a marqué à l'homme la nuit pour dormir et le jour pour veiller.

Le vieux précepte rimé, qui date du temps de François 1er, est encore le meilleur à suivre :

Lever à six, dîner à dix; Souper à six, coucher à dix.

Nous fait vivre dix fois dix.

Seize heures de veille et huit heures de sommeil paraissent être un partage convenable de la période de vingt-quatre heures qui forme un jour.

A cet ordre naturel, excepté l'homme civilisé et à son grand détriment, obéissent tous les êtres de la création, même les

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plantes. On s'étonne du dépérissement et de la mort des arbres sur les boulevards de Paris, et l'on en accuse toutes sortes de causes, sans que Ton songe à la plus réelle de toutes, la privation de sommeil par l'illumination nocturne des becs de gaz.

Les méditations trop longues, les travaux excessifs, la faiblesse qui accompagne les longues maladies, la vieillesse, les épuisements de tout genre entretiennent l'insomnie ou empêchent le sommeil.

Le sommeil qui est troublé par des songes pénibles, bien loin de restaurer, ajoute à l'épuisement des forces ; mais les rêves et le sommeil pénible sont dus bien souvent aux excitations fortes que les passions vives de l'âme ont produites sur nous pendant l'état de veille. Tout le monde sait que les songes se rapportent ordinairement à ce qu'on a fait pendant le jour, comme l'a exprimé Claudien dans des vers dont nous donnons la traduction :

A ce qu'on fait le jour on songe dans la nuit : Le juge, du Palais semble entendre le bruit; Le chasseur croit courir dessus la bête fauve, Et le cocher après le cheval qui se sauve.

Page 71. — SOxMMEIL DE JOUR.

Le sommeil de l'après-midi est contre nature.

Dans les pays chauds, durant les chaleurs de l'été, et lorsqu'on en a pris l'habitude, on peut faire une courte méridienne, mais sans oublier que le sommeil de l'après-midi doit être très court. Encore serez-vous exposé, après la méridienne, à éprouver un grand engourdissement du corps et de tous les sens, de la migraine ; mais il est bien rare que la fièvre se mette de la partie, encore moins le catarrhe, qui n'a rien à faire en pareille occur-

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rence, si l'on n'a point ressenti le froid pendant son sommeil.

Cette coutume convient cependant aux individus maigres, faibles, qui digèrent mal, et aux vieillards.

Les personnes qui ne se lèvent pas de grand matin et celles qui sont disposées à prendre de l'embonpoint doivent s'abstenir de la méridienne.

Page 73. — Des vents et de l'urixe.

Les reins remplissent une fonction des plus importantes, celle de séparer l'urine du sang. Deux canaux nommés uretères portent le liquide dans la vessie, d'où il sort par le canal de l'urètre ; mais, si cette évacuation des urines n'a pas lieu librement, elles refluent vers les uretères, les reins et le tissu cellulaire environnant , gonflent ces parties, d'où la tension du bas-ventre, la pesanteur des reins, le malaise, Fanxiété : et à la suite, la rétention d'urine et les divers maux qu'elle cause. D'un autre côté, la vessie étant pleine et fort distendue, elle occupe trop d'espace dans le bassin ; elle refoule, à droite et à gauche, les parties flottantes dans le bas-ventre, et presse davantage sur le rectum. Il en résulte la gêne dans les excrétions des urines et des selles, le gonflement du ventre, des coliques et même des vomissements, la difficulté ou l'impossibilité d'uriner, etc. En séjournant dans la vessie, l'urine y laisse déposer les matières salines qu'elle contient et y forme des calculs.

Mais les personnes qui urinent à plein canal ne sont point exposées à ces maux.

Hommes qui avez passé la cinquantaine, ne dédaignez pas ces conseils ; ils sont d'une prévoyante sagesse.

Le besoin de miction ne doit jamais être différé dans sa satisfaction. Plus on avance en âge, plus il faut être sévère dans l'observance de ce précepte. Ce besoin est plus ou moins fréquent selon le plus ou moins de capacité, de tolérance^ selon l'état sain ou malade de la vessie, selon le plus ou moins d'abondance

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de sécrétion d'urine par les reins, selon la quantité et la nature des boissons.

Page 74. — De l'usage des bains.

On distingue les bains en hains de rivière et en hains domestiques ; ceux-ci, en hains chauds et en hains froids ; et l'on y rapporte les demi-hains , les pédihives , et même les lavements.

Tout bain, de quelque nature qu'il soit, agit sur notre corps d'une manière qui lui est propre. Toujours il porte plus ou moins d'eau dans l'intérieur de nos organes, et avec l'eau une plus ou moins grande quantité des substances qui y sont en dissolution.

Le hain froid excite sur les nerfs une sensation violente, qui va quelquefois jusqu'à l'engourdissement ; il repousse les humeurs de la circonférence au centre, arrête le jeu des capillaires à la surface du corps, ou le modère selon la température de l'eau ; et cela peut être plus ou moins avantageux dans certaines circonstances.

Le hain chaud attire le sang du centre à la circonférence ; il dilate les capillaires, calme l'irritabilité des nerfs, relâche les solides, et tempère efficacement les fluides ; il fournit aux humeurs beaucoup plus d'eau que le bain froid. Aussi les effets des bains chauds sont-ils bien différents de ceux des bains froids. On ne peut user de ceux-ci sans précaution ni conseil ; ceux-là sont ordinairement salutaires ou indifférents.

On regarde les bains comme des remèdes fortifiants ; mais ils ne le sont pas par leur nature, ni de la même manière, quand ils le sont. Si le bain froid fortifie, c'est en augmentant l'action des solides ; si le bain chaud donne de la force, c'est en purifiant les fluides de certaines causes de faiblesse. On peut dire la même chose de toute espèce de bain local, tel que la lotion, le lavement, le pédiluve.

Des repas. 301

Les bains de rivière, durant les jours chauds, sont communément utiles à la santé pour les raisons que je viens de dire. L'eau étant tiède alors, elle pénètre aisément le corps et le nettoie fort bien. Entrant mieux dans les pores de la peau, elle se mêle mieux aussi à nos humeurs, et voilà comment les bains tempèrent et rafraîchissent.

On rend les bains énioïïieiits par Taddition des herbes émollientes, dont on mêle la décoction dans l'eau du hd^m \ fortifiants, par les plantes aromatiques ; on fait des lains de mer artificiels, par l'addition du sel.

Le précepte que donne l'Ecole de Salerne, de se tenir chaudement après le bain, est sage. Le bain ayant disposé le corps à la transpiration, il y aurait évidemment de l'imprudence à s'exposer à un air capable de la supprimer. On courrait un risque certain de prendre quelque rhume.

Page 78. — Des repas.

L'appétit, tel devrait être le seul régulateur des repas. Ne mangez que quand vous sentez le désir de le faire ; en suivant cette simple formule, vous éviterez des causes innombrables de maladies.

Toute rhygiène gastronomique est contenue dans ces excellents préceptes; malheureusement, il n'en est pas qui soit moins suivi.

L'homme civihsé s'est fait en toute sorte de choses, des appétits factices, et ils ne sont pas les moins impérieux. Il confond une soif légère et l'appétit avec la soif et la faim, qui sont des besoins qu'il importe de satisfaire.

Il y a trois sortes d'appétits :

Celui que Ton éprouve à jeun, sensation impérieuse, qui ne chicane point sur les mets et qui vous fait venir l'eau à la bouche à l'aspect d'un bon ragoût.

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Le second appétit est celui que l'on ressent lorsque, s'étant mis à table sans besoin, on a déjà goûté d'un plat succulent, qui consacre le proverbe : U appétit vient en mangeant.

Le troisième appétit est celui qu'excite un mets délicieux qui paraît à la fin d'un repas, lorsque, l'estomac satisfait, l'homme raisonnable allait quitter la table sans regret.

Il est vrai que l'habitude peut pervertir à la longue les sensations involontaires.

En général, dans les classes aisées, l'homme mange trop.

La bonne règle, suivant Hippocrate, est de quitter la table avant la satiété.

On digère bien ce que l'on mange avec appétit, parce que l'estomac alors se trouve vide et que la diète est le meilleur remède contre la plénitude de cet organe et contre l'indigestion.

Il ne s'agit pas d'ingérer des aliments dans l'estomac, mais de les digérer. Toutes les fois que la digestion des aliments que l'estomac a déjà reçus n'est pas complète, il faut s'abstenir d'en prendre de nouveaux. Le sentiment de plénitude, le dégoût, ou le défaut d'appétit sont un sûr avertissement pour l'homme comme pour les autres animaux.

Seul, dans la nature, l'homme connaît l'obésité, ce châtiment des gros mangeurs, et la goutte, cette expiation des gourmands.

Santorio ou Santorini, généralement connu sous le nom de Sanctorius, naquit à Capo-d'Istria en 1561. Il fit ses études à Padoue, et, après avoir été élève dans cette Université, il y devint professeur. Bientôt il renonça à l'enseignement, pour pratiquer la médecine à Venise, où il mourut, en 1636, à l'âge de 75 ans. Chaque année, le collège de médecine de Venise chargeait un de ses membres de prononcer l'éloge de Sanctorius, en reconnaissance d'un legs qu'il lui avait laissé.

Sanctorius doit sa réputation plutôt à l'originalité qu'à la valeur réelle de ses travaux, et surtout aux recherches curieuses,

Sanctorius dans sa balance.

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qu'il continua pendant 30 années, sur les phénomènes de la traiispirat/oii cutanée insensible : il s'en occupait le premier, selon les uns ; après Galien, si l'on en croit Mackenzie ' .

Il se plaçait dans une balance de son invention (fig. p. 303). « Le siège est disposé comme on le voit dans cette figure, dit-il lui-même. La balance est suspendue au plafond de la chambre à manger dans un endroit caché. Ainsi elle n'est aperçue ni des personnes de distinction que choquerait l'irrégularité de la salle, ni des ignorants qui trouvent ridicules toutes les choses insolites. Le siège, éloigné du parquet de la largeur d'un doigt, demeure fixe pour résister aux secousses 2. »

Après avoir pesé les aliments et les boissons qui lui étaient nécessaires pour l'espace de vingt- quatre heures, il en comparait le poids avec celui de ce qui sortait sensiblement de son corps : il parvenait ainsi à déterminer le poids et la quantité de la transpiration insensible, et son rapport avec les ahments qui l'augmentent ou la diminuent. Il trouva, par exemple, que, si l'on mange et si l'on boit en un jour la quantité de huit livres, il en sort environ cinq livres par la transpiration insensible.

Il signale en ces termes l'utilité de sa balance :

« Nous tirons de l'emploi du siège deux avantages : le premier, c'est de calculer la transpiration insensible du corps. Ne pas tenir compte exactement de cette transpiration, c'est rendre le médecin inutile, car c'est d'un excès ou d'un défaut de transpiration que dérivent presque toutes les maladies.

« Le second avantage, c'est que, assis sur ce siège, nous remarquons sans peine, en mangeant, l'instant précis où nous avons pris la juste quantité d aliments et de boisson au delà ou en deçà de laquelle nous sommes incommodés,

1. Mackenzie, Histoii^e de la santé et de l'art de la conserver , Trad. de l'anglais sur la seconde édition. A La Haye, lySg. In-8,

2. Sanctorii De medicina statica Aphorismi. Commentaria notasque addidit A. C. Lorry. Parisiis, 1770, in-12, p. 35.

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« Lors donc qu'en ingérant des aliments nous avons atteint le poids voulu et la mesure préalablement prescrite, l'extrémité de la balance s'élève un peu, tandis qu'au même instant le siège s'abaisse légèrement. C'est cet abaissement qui indique immédiatement à la personne assise qu'elle a absorbé la quantité convenable d'aliments ^ »

Ses aphorism.es sur la médecine statique ont été dépassés par le progrès de la science : et cependant bien des médecins et le vulgaire attribuent encore la plupart des maladies à la diminution de cette évacuation.

Cornaro vivait de 12 onces d'aliments solides, tels que pain, jaune d'œuf, viande et potage, et 14 onces de vin par jour-. Ce régime, excellent pour lui, aurait exténué une forte constitution.

Un curieux travail de statistique établit qu'un homme, parvenu à l'âge de cinquante ans, n'a pas absorbé moins de 70,000 livres de pain, 20,000 livres de viande, 5,000 livres de légumes. Et, détail très intéressant, il a bu 32,000 litres de liquides divers, formant un lac de trois cents pieds de superficie sur trois de profondeur ; il a dormi pendant un espace de temps égal à 6,000 jours, travaillé pendant 6,000, marché pendant 800, mangé pendant 15,000, a été malade pendant 500, et s'est amusé pendant 4,000.

Ce sont là, bien entendu, des chiffres movens.

Ne buvez pas à jeun, au sortir de votre lit. Cela doit s'entendre surtout des liqueurs alcooliques, car rien n'est plus sain,

1, Sanctorii, Loco citato, p. 35.

2. Voyez Cornaro^ De la Sobriété, traduction nouvelle. Paris,

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au contraire, que l'usage de boire une petite quantité d'eau fraîche en se levant et au moment même des ablutions matinales; c'est une pratique d'hygiène des plus salutaires.

Mais l'habitude si générale, parmi les classes laborieuses, de boire à jeun de l'eau-de-vie ou quelque liqueur fermentée, est déplorable. Et cependant l'origine de ce funeste usage semble remonter à quelque précepte d'hygiène mal interprété et dont la tradition est encore vivace dans le peuple, qui croit ainsi tuer le ver. Il tue son estomac. Rien de plus meurtrier pour ce viscère que de l'irriter, dans l'état de vacuité, par l'ingestion de liqueurs excitantes. La plupart des maladies organiques de l'estomac prennent leur origine dans cet usage de boire le petit verre ou le vin blanc le matin. Plusieurs médecins pensent que la fréquence des cancers de l'estomac va en augmentant ; il est certain que dans les hôpitaux, quand se présentent ces terribles affections, presque toujours les sujets qui en sont atteints confessent cette funeste habitude matinale ^ . Par des raisons de police fort sases, on force les débitants de boissons à fermer leurs boutiques à une certaine heure de la nuit. Par des motifs d'hygiène très sérieux, on pourrait les forcer à ne les ouvrir qu'à une certaine heure du matin.

Page 79. — Ordre du dîner.

Dans l'état de santé, il est, selon l'Ecole de Salerne^ indifférent de marcher ou de s'asseoir après le dîner. Cependant il vaut mieux faire alors un léger exercice que de rester dans un repos qui ne manque guère d'appeler le sommeil.

I. Voy. Bergeret, De l'abus des boissons alcooliques, dangers et inconvénients pour les individus, la famille et la société. Paris, 1870.

Règles générales pour tous les repas. 307

Page 79. — Règles ghxérales pour tous les repas.

Il n'appartient qu'à un médecin instruit de donner de bons conseils au sujet des aliments : sur leur qualité, leur quantité, le lieu, les heures, le moment où vous devez en user; et Ton conçoit d'abord que le médecin devra prendre en considération une foule de circonstances et d'objets essentiels, qui se rattachent à l'individu, comme l'âge, le tempérament, le sexe, le lieu qu'on habite, la saison de l'année, les heures du jour, l'état du sujet, ses occupations, son moral, ses habitudes surtout, etc 1.

La même quantité d'aliments, tant solides que liquides, les mêmes mets ne sauraient convenir également à tous :

Il faut qu'un enfant mange beaucoup , un adulte raisonnablement, un vieillard peu et souvent, une femme moins qu'un homme. Un robuste habitant des champs digère, sans peine, ce qui donnerait d'horribles indigestions à un enfant, à un bourgeois, à un citadin déUcat 2.

Un enfant doit faire trois ou quatre repas ou plus par jour; deux suffisent à l'homme adulte, à m.oins qu'il ne se lève de grand matin, quïl ne se livre à des travaux pénibles et qu'il ne lasse une grande dépense de force musculaire. On conçoit qu'alors il aura besoin de prendre plus souvent de la nourriture ; tandis que celui qui mène une vie molle, sédentaire, reçoit toujours une alimentation trop considérable, soit relativement à la quantité ou à la qualité trop nourrissante des aliments.

Les hommes d'affaires et les riches citadins ne doivent pas se borner à un repas par jour. Un seul repas dans les vingt heures, ne peut qu'être très nuisible. Deux repas médiocres, mêlés en proportions déterminées d'aliments de nature animale

1. Fonssagrives, Hygiène alimentaire des malades, des convalescents et des valétudinaires, 1^ édition, Paris, 1867.

2. Voyez Donné, Hygiène des Gens du Monde, 2^ édition. Paris, 1879, p. 389, Hygiène de l'estomac.

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et végétale, sont au moins nécessaires à l'homme qui prend le moins d'exercice.

J'ai cependant connu un confrère, approchant de la soixantaine, qui se portait admirablement bien, exempt de toute infirmité, ni gras ni maigre, mais de cette coraplexion moyenne qui se rapproche le plus de cet état naturel des animaux vivant en liberté ; depuis l'âge de 20 ans, il ne faisait qu'un seul repas par jour, mais abondant, substantiel et véritablement réconfortant.

On raconte qu'un médecin ayant demandé au Père Gratry quel régime il observait, cet austère religieux lui répondit : « Je ne fais qu'un repas par jour. » — « Gardez-vous, répliqua le médecin, de rendre votre secret public ! Vous nous enlèveriez tous nos malades. »

« Lequel vaut mieux de dîner ou de souper ? » demandait quelqu'un à Mormon. — « Ni l'un ni l'autre, car il ne faut faire qu'un repas, mais qui dure tout le long du jour. »

C'est ainsi que l'empereur Geta passa trois jours consécutifs à table, en se faisant servir une série de mets dont les noms commençaient par chacune des lettres de l'alphabet. L'empire romain n'eut peut-être jamais été troublé, si tous les Césars eussent employé le temps à des occupations aussi innocentes.

Quelqu'un ayant dit à Montmaur que les médecins grecs soutenaient qu'il fallait dîner légèrement, mais manger davantage à souper, et que les Arabes au contraire croyaient qu'il fallait faire un léger souper, mais un bon dîner : « Eh bien, dit Montmaur, je dînerai avec les Arabes et je souperai avec les Grecs. »

Règles générales pour tous les repas. 309

On a dit, avec raison, que Thabitude est une seconde nature. En effet, l'habitude est, après k nature, le pouvoir le plus grand et le plus durable de tous, chez l'espèce humaine. La santé et la maladie sont soumises à son empire ; tout grand changement dans le régime alimentaire est dangereux. Des aliments peu salutaires conviennent mieux lorsqu'on y est habitué que d'autres plus sains dont on n'a pas l'habitude. Ainsi , lorsqu'on est obligé de faire quelques changements considérables dans le régime, il ne faut le faire que peu à peu, et à la longue; autrement on doit craindre des résultats fâcheux.

Quant à ceux qui n'ont point encore contracté d'habitudes, nous leur dirons avec Celse ^ :

« Un homme robuste qui se porte bien et qui est son maître ne doit point s'assujettir à aucun régime. 11 n'a nullement besoin de médecin. Il doit mener un genre de vie fort varié : il faut qu'il soit tantôt à la campagne, tantôt à la ville, et plus souvent à la campagne. Qu'il navigue, qu'il chasse, qu'il se repose quelquefois, mais qu'il s'exerce souvent ; car le repos appesantit le corps, le travail le fortifie : l'un hâte la vieillesse l'autre prolonge la jeunesse. Qu'il ne se prive d'aucun aliment dont le peuple fait usage ; qu'il se trouve quelquefois dans les festins, que d'autres fois il les évite ; qu'il mange tantôt plus qu'il ne faut, tantôt qu'il ne prenne juste que le nécessaire. Qu'il mange plutôt deux fois par jour qu'une. Cette manière de vivre et de s'exercer est autant salutaire qu'une conduite contraire serait dangereuse, car, si quelques affaires obligent d'interrompre l'ordre des exercices et des autres choses auxquelles on s'est accoutumé, le corps s'en trouve mal. »

Les habitudes des anciens , touchant le manger, se rapportent à ce qui se pratique aujourd'hui^ avec cette différence que l'on déjeûne à peu près aux heures que l'on dînait autrefois, et que Ton dîne quand nos ancêtres soupaient ; une fois que nous avons

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