PREMIERE ÉTUDE
Aperçu général et caractère de l'école.
Lecture mécanique et progressive.
Grammaire et style.
Nous n'avons pas de commençants.
La classe inférieure lit, résoud des problèmes relatifs aux trois premières règles d'arithmétique et apprend l'Histoire Sainte: de sorte que les matières se distribuent, d'après le tableau de l'emploi du temps, de la façon suivante :
1° La lecture mécanique et progressive ;
2° L'écriture ;
W La calligraphie ;
4" La Grammaire ;
5° L'Histoire Sainte ;
6° L'Histoire de Russie ;
7° Le dessin ;
8° Le dessin linéaire ;
9° Le chant ;
10° Les mathématiques ;
11° Des conversations sur les sciences naturelles ;
1 2° L'instruction religieuse.
Avant de parler de l'enseignement, je dois donner un aperçu succinct de l'école de Yasnaïa Poliana1, de son caractère et de son développement.
1 . Ecole établie par le comte Léon Tolstoï dans son domaine de Yasnaïa Poliana, aux environs de Toula.
Comme tout être vivant, l'école non seulement se modifie chaque année, chaque jour et chaque heure, mais elle est exposée à diverses crises, a des malheurs, à des maladies.
L'école de Yasnaïa Poliana a traversé, l'été dernier, une de ces crises maladives, due à des causes multiples.
1° Comme il arrive toujours en été, les meilleurs élèves avaient quitté l'école ; nous
ne les rencontrions plus qu'à de rares intervalles, aux champs, aux travaux el dans les pâturages ;
2° Des maîtres nouveaux survinrent, et, partant, de nouvelles influences s'établirent;
3° Pendant tout l'été, chaque jour amenait de nouveaux visiteurs, des maîtres en vacances; et rien ne nuit plus que les visites à la bonne marche d'une école : le professeur en est toujours plus ou moins dérangé.
L'école compte quatre maîtres : deux anciens, en fonctions depuis deux ans déjà ; ils sont familiarisés avec leur besogne comme avec leurs élèves, avec la liberté et le désordre extérieur de l'école ; — deux nouveaux, venus tout récemment ; grands amateurs de l'exactitude, de l'emploi du temps, de la cloche, des programmes, etc., ils ne sont point entrés dans la vie de l'école comme les premiers. Ce qui, aux premiers, semblait raisonnable, nécessaire, impossible
à concevoir autrement, comme les traits, même sans beauté, d'un enfant qu'on aime et qu'on a vu grandir, — les nouveaux maîtres n'y voyaient que des défauts à corriger,
L'école se trouve dans une maison en pierre à deux étages. Deux pièces sont réservées aux enfants, deux aux maîtres ; une autre sert de cabinet de travail. Sur le perron, au-dessous de l'avanl-toit, suspendue par un cordon, une petite cloche. Dans le vestibule d'en bas, le gymnase ; dans celui d'en haut, l'établi. Escalier et vestibules portent des marques de neiges ou de boue ; même la, on peut lire sur les murs le tableau de l'emploi du temps.
Voici comment se règle l'enseignement.
Vers huit heures, le maître logé dans l'école, l'ami de l'ordre extérieur, chargé d'administrer, envoie sonner l'un des élèves, qui la plupart du temps a passé la nuit là.
Au village on se lève a la clarté des lampes. De l'école, depuis longtemps déjà, on voit des lumières briller aux fenêtres ; une demiheure après le coup de cloche, dans le brouillard, sous la pluie ou les obliques rayons d'un soleil de printemps, apparaissent sur les hauteurs — le village est séparé de l'école par un ravin — de confuses silhouettes, par deux, par trois, ou solitaires. Cet instinct qui pousse les chevaux à marcher par troupeaux, nos élèves l'ont perdu depuis longtemps. Plus besoin d'attendre, ni de se crier les uns aux autres :
— Hé ! enfants, a l'école !
Il sait déjà, notre écolier, que oulchiliichè 1