‹ L'ecole de Yasnaïa PolianaChapitre 14 sur 59 · École · texte numérisé non relu

École

est du genre neutre, il sait encore beaucoup d'autres choses, grâce auxquelles il ne sent plus la nécessité d'aller de compagnie. L'heure est venue, et il se rend. Il me semble qu'ils deviennent d'un jour à l'autre plus francs d'allures, que leur caractère prend plus d'initiative.

Chemin faisant, je ne les ai presque jamais vus s'amuser, sauf peut-être quelqu'un des plus petits, ou un nouveau sortant d'une autre école.

Aucun ne porte rien sur lui, ni livre, ni cahier : on ne donne jamais de devoirs à faire à la maison. Et non-seulement l'enfant ne porte rien dans les mains, il n'a rien non plus à porter dans la tête. Point de leçon : ce qu'il a fait hier, il n'est pas obligé de s'en préoccuper aujourd'hui. Il ne se torture pas l'esprit pour la leçon qui va venir. Il n'apporte que luimême, sa nature impressionnable, et la certitude que l'école lui sera aujourd'hui aussi

joyeuse qu'hier. Il ne songe à la classe qu'au moment où elle commence.

Jamais de reproche pour un retard, et tout le monde arrive à l'heure, hors un grand que son père, parfois, relient pour quelque hesogne, un grand que l'on voit alors accourir au galop, hors d'haleine.

En attendant le maître, ils se réunissent^ les uns près du perron, à se donner des poussées sur les marches, ou a faire des glissades sur la glace du sentier, les autres dans les salles de l'école, où, quand il fait froid, ils lisent, écrivent ou s'amusent.

Les filles ne se mêlent pas avec les garçons. Lorsque les garçons ont quelque chose à proposer aux filles, ils ne s'adressent jamais à l'une d'elles, en particulier, mais à toutes ensemble.

— Eh ! fillettes ! pourquoi ne glissez-vous pas ?

Ou:

— Voyez, les fillettes sont toutes gelées! Ou:

— Allons, fillettes, sautez toutes sur moi seul !

L'une d'elles, pourtant, une fille de la cour l, une enfant d'une dizaine d'années, aux aptitudes remarquables et variées, commence à se détacher du groupe des filles : c'est la seule que nos écoliers traitent comme une égale, comme un garçon, mais avec une légère nuance de politesse, d'indulgence et de retenue.

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