‹ L'ecole de Yasnaïa PolianaChapitre 24 sur 59 · Oncle · texte numérisé non relu

Oncle

lecture mécanique. Les élèves écrivaient fort mal. Le nouveau maître introduisit l'enseignement de l'écriture d'après des modèles (un procédé également séduisant et commode pour le maître). Les élèves se dégoûtèrent; nous dûmes laisser là la calligraphie, sans pouvoir imaginer un moyen de leur redresser la main. Ce moyen, la classe supérieure le trouva d'elle-même. En finissant d'écrire la leçon d'histoire sainte, les aînés voulurent emporter leurs cahiers à la maison. Ils étaient tout sales, déchirés, abominablement écrits. Le méthodique mathématicien R... demanda une feuille de papier et se mit à recopier son histoire.

Cela sourit à tous :

— A moi aussi, une feuille de papier ! A moi aussi, un cahier !

Et ainsi se répandit le goût de la calligraphie, qui s'est maintenu jusqu'à présent dans la classe supérieure. Ils prennent leur cahier,

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posent devant eux l'alphabet du modèle d'écriture, et copient lettre par lettre, en se vantant les uns aux autres : en deux semaines, les progrès étaient remarquables.

Presque tous, quand nous étions petits, on nous a forcés à manger à table avec du pain : on ne l'aimait guère alors, sans savoir pourquoi ; aujourd'hui, on ne mange volontiers qu'avec du pain. Presque tous, on nous a forcés a tenir la plume avec les deux doigts étendus, et tous nous la tenions en ployant les doigts, parce qu'ils étaient trop courts : aujourd'hui, nous étendons les doigts. On se demande : pourquoi nous avoir martyrisés ainsi pour une chose qui s'est faite d'ellemême quand le besoin en a surgi ? Est-ce qu'en toutes choses le goût, le besoin de la science, ne surgiront pas semblablement d'eux-mêmes ?

Dans la seconde classe, on écrit sur les ardoises, d'après un récit d'histoire sainte, un

résumé qu'on reporte ensuite sur le papier. Dans la classe inférieure, on écrit ce qu'on veut. En outre, les cadets, pendant les soirées, écrivent chacun les phrases qu'ils composent tous ensemble. L'un écrit, les autres chuchotent entre eux, notant ses fautes, attendant seulement la fin pour le reprendre sur un « yate », sur une préposition mal placée, et, parfois, sur quelque absurdité. Écrire eux-mêmes correctement et corriger les fautes d'autrui, c'est pour eux un grand plaisir. Les aînés s'arrêtent sur chaque lettre rencontrée, s'exercent à corriger les fautes, tendent de toutes leurs forces à bien écrire. Mais la grammaire et l'analyse de la langue, ils ne peuvent les souffrir; et, malgré notre prédilection pour l'analyse, ils ne l'admettent que dans des proportions minimes; ils s'endorment ou quittent la classe.

Nous avons essayé de diverses méthodes d'enseignement de la grammaire, et nous de-

vons avouer que pas une d'elles n'a atteint le but: rendre cet enseignement attrayant. Dans la première et la seconde classe, cet été, le nouvel instituteur commença l'explication des parties du discours, et les enfants — en petit nombre d'abord — s'y intéressaient comme à des charades et à des énigmes. Souvent, après la leçon, leur pensée tombait sur les énigmes, et ils s'amusaient à s'en proposer les uns aux autres, comme : « Où est l'attribut ?» ou : « Qui est assis dans la cuiller en laissant pendre ses jambes ? » Mais aucune application a l'écriture correcte , ou des applications inexactes. Ainsi, par exemple, à propos de la lettre a, tu diras qu'elle se prononce o, mais qu'il faut écrire a, et lui d'écrire « robota, molina1 » ; tu diras que deux attributs doivent être séparés par une virgule, et lui d'écrire : « Je veux, dire, » etc. Lui

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